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Full text of "Mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers / Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles"

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MÉMOIRES COURONNÉS 


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: MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS, 


PUBLIÉS PAR 


L'ACADÉMIE ROYALE 


DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 


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MÉMOIRES COURONNÉS 


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PUBLIÉS PAR 


L'ACADÉMIE ROYALE 
DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 


TOME XXVI. — 1854-1855. 


BRUXELLES. 


M. HAYEZ, IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE ROYALE. 


1855. 


PERS 


TABLE 


DES MÉMOIRES CONTENUS DANS LE TOME XXVI. 


CLASSE DES SCIENCES. 


MÉMOIRES COURONNÉS. 


Évolution des Grégarines, par M. Nathanaël Lieberkuhn. 
Histoire naturelle du Tubifex des ruisseaux, par Jules d'Udekem. 


MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS. 


Mémoire sur les foyers, par M. Ern. Quetelet. 
Essai sur des effets de réfraction et de dispersion produits par l'air atmosphérique; par Ch. Mon 


tigny. 
Corrélation des hauteurs du baromètre, et de la pression du vent, par le même. 
Mémoire sur les calendriers judaïque et musulman, 1" partie; par M. Mahmoud. 


CLASSE DES LETTRES. 


MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS. 


Mémoire sur les anciens noms de lieux dans la Belgique orientale, par Ch. Grandgagnage. 


ÉVOLUTION 


DES GRÉGARINES, 


PAR 


Narnanazz LIEBERKUHN, < ce À 


DOCTEUR EN MÉCECINE. 


{Mémoire couronné le 15 décembre 1854.) 


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ÉVOLUTION 


DES GRÉGARINES. 


Les recherches suivantes traitent de l’histoire du développement des 
Grégarines et sont, pour la plupart, faites sur les Grégarines du Lombric. 
Elles commencent par l'acte de la propagation : la transformation de 
l'animal dans un kyste immobile. Il est prouvé qu’une seule Grégarine peut 
s’enkyster aussi bien que plusieurs; la supposition d’une multiplication 
de Grégarines par la conjugaison, comme elle a lieu dans les plantes infé- 
rieures, n'est pas admise. La transformation du contenu du kyste dans des 
psorospermies est décrite plus en détail; une manière particulière avait été 
omise par les observateurs antérieurs. Le changement du contenu des navi- 
cules était tout à fait inconnu jusqu’à présent; l'hypothèse que les Gréga- 
rines se développent dans l’intérieur des navicules est réfutée par des faits; 
par contre, il est établi, par l’accord des formes, que les amibes innombra- 
bles que l’on rencontre dans le Lombric sont le produit final du contenu 
des navicules. Voilà la première histoire du développement des amibes. 
De plus, il y a dans le Lombric tous les passages possibles des amibes aux 
Grégarines; il n’y a pas de doute que les amibes ne se transforment en 
Grégarines, et l’histoire de leur développement est terminée. On a admis 
la possibilité que les Grégarines soient des nématodes en état de quies- 


4 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


cence, ou que les grégarines deviennent des nématodes. Cette opinion n’est 
pas en accord avec le développement des Grégarines elles-mêmes et avec 
celui des nématodes du Lombric que je donne plus loin. 

Jusqu'ici on était partagé sur les psorospermies des lapins : les uns les 
prenaient pour des psorospermies, d’autres pour des œufs d’entozoaires; 
je déduis, par analogie, qu’elles naissent de Grégarines. J’en fais dé même 
pour les psorospernries des Poissons. 

A cause de la concordance de toutes ces formes , les noms de navicules, 
pseudonavicules, Spindelzellen, ont été rejetés pour les Lombrics, et rémplacés 
par celui de psorospermies. 

La simplicité des: formes et le peu: d’étendue de la littérature is 
tent la plus grande concision dutexte. Les dessins sont exécutés à l’aide 
de la chambre claire. -Je:me suis servi: généralement d’un microscope 
d’Oberhaeuser, rarement de- celui de :Schieck. L’explication de chaque 
figure porte pour cette raison Obh. ou un: S.; selon le microscope que j'ai 
employé et le grossissement: Les figures sont: rangées dans l’ordre histo- 
rique des recherches qui, pour cette raison, ne coïncide pas avec l'ordre 
du mémoire. 


Les faits connus au sujet, du-développement des Grégarines de Léon 
Dufour sont contenus dans les recherches de Stein et dans celles de Kôl- 
liker. Mais les théories, de-ces deux auteurs se, trouvent en contradiction. 
L'un d'eux prétend'que les Grégarines se multiplient per conjugationem , et 
que des spores qui en résultent. (des. corps. ressemblant aux psorosper- 
mies) s’échappent les Grégarines développées, sans avoir jamais observé 
cet acte. L'autre, au contraire, soutient qu’elles se multiplient. per divisio- 
nem, et qu'on ignore ce que-deviennent les psorospermies. 

De tout ceci il résulte clairement que l'histoire. de. l’évolution des 
Grégarines n’est pas encore. complétée. Les recherches qui suivent sont 
destinées à expliquer les contradictions et à compléter la théorie par ide 
nouveaux faits! 


Les Grégarines étaient depuis longtemps: découvertes: et dédie par 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. ÿ 


Léon Dufour (Annales des:sciences nat.; 1. XIIL, p. 366 ; 1828), lorsque 
Henle (Müller's Archiv, 1845 , p. 375) eut l’idée de leur rapporter les kystes 
des psorospermies qui les accompagnent fréquemment. 

Von Siebold (Beiträge zur Geschichte wirbelloser Thiere, 1839, p. 69) avait 
jadis observé dans la larve de Sciara nitidicollis, qui logeait de nombreux 
individus de sa Gregarina caudata, une foule de vésicules sphériques avec des 
psorospermies et des vésicules de même dimension avec une masse granu- 
leuse fine; enfin des vésicules qui, au lieu de la masse granuleuse, conte- 
naient des psorospermies. Cet auteur émit Fopinion que les psorospermies 
sont analogues aux formations que Henle (Müller’s Archiv, 1855, p. 574; 
Uber die Gattung' Branchiobdella) avait découvertes dans le Lombric. Plus 
tard, Henle (Müllers Archiv, 1845; p: 575) publia la découverte des Gré- 
garines du Lombric ; et présuma que les diverses vésicules sont en rap- 
port avec les Grégarines. Puis von Frantzius (Observationes quædam de Gre- 
garinis; Berolini, 1846) fit connaître ce résultat que, dans huit diverses 
espèces d'insectes, il avait trouvé les Grégarines ; en même temps, avec les 
vésicules à contenu granuleux; et qu'une seule fois une wésicule contenait 
des psorospermies. De même, von Frantzius réfuta l'opinion antérieure de 
Kôlliker (Schleiden und Nägele, Zeitschrift für wissenschaflliche Botanik, 1845, 
vol. I, p. 97) qui avait admis qu’une propagation a lieu, per divisionem , 
sans établir de rapport avec les vésicules à psorospermies. 

H. Meckel (Müller's Archiv, 1844; p. 482) a vu diverses formes de ces 
vésicules, mais il les regarde pour les œufs des Lombrics. 

Il n’est démontré que par les recherches de Stein (Müller's Archiv, 1848, 
p. 204, etc.) et de Kôlliker (Siebold et Külliker, Zeüschrift für wissen- 
schafil. Zoologie, t. E, p. 1), que les kystes naissent de Grégarines. Nous 
avons déjà dit que l'opinion des auteurs diffère pour le détail. 

Stein prétend que deux Grégarines s’enkystent toujours et subissent les 
changements suivants : les deux Grégarines enkystées se confondent en un 
seul corps; le contenu du kyste paraît alors uniformément granuleux ; 
puis il se: forme dans l’intérieur du kyste des vésicules qui se trouvent 
dispersées çà et là et s’entourent à la fin d’une enveloppe membra- 
neuse pour former: des psorospermies qui sortent après avoir rompu la 


6 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


membrane du kyste. Le reste du contenu du kyste, qui n’a pas été changé 
en psorospermies, se dissout et sert à faire crever la membrane du kyste et 
à chasser les psorospermies arrivées à l’état de maturité. Ce dernier fait : 
a été observé par Stein, dans des recherches récentes (Siebold et Kôlliker, 
Zeuschrift für wissenschaftl. Zoologie, t. III, p. 484). Tout ce phénomène 
est nommé par lui une conjugaison, et il le croit identique avec celui qui 
est connu dans les plantes. 

Kôlliker (Zeitschrift für wissenschaftl. Zoologie, t. 1, p. 211) déclare que 
cette théorie de conjugaison est erronée, surtout parce que l'essentiel de 
la conjugaison consiste en ce que le contenu de deux individus se mêleet 
se transforme en spores. Ce que Stein envisage pour deux Grégarines, il 
le regarde comme une seule qui s’est divisée, et il est d’avis qu’en général 
c’est par la division que commence l'acte de la propagation des Grégarines, 

Bruch est l'adversaire décidé de Stein (Siebold et Külliker, Zeitschrift 
für wissenschaftliche Zoologie, t. 11, p. 110). Suivant lui, les Grégarines se 
raccourcissent et se roidissent en même temps que la membrane devient, 
par la contraction, plus épaisse et plus grosse; de cette manière il se pro- 
duit diverses formes irrégulières avec des saillies et des enfoncements, et 
les nucléus des Grégarines, selon lui, disparaissent totalement. Tout ce 
phénomène a, d’après Bruch, la plus grande ressemblance avec un œuf 
fructifié, et le développement commence même par une espèce de sillonne- 
ment qui ne peut pas être distingué du sillonnement de l’œuf de l’Ascaris 
nigrovenosa. Bien souvent on voit deux masses granuleuses hémisphériques, 
et la Grégarine offre alors l’aspect de deux vésicules aplaties pressées l’une 
contre l’autre; mais il est bien prouvé que ces deux hémisphères ne sont 
pas séparées par une cloison, car, par la pression, on peut réunir les deux 
masses en une seule, comme cela arrive aussi dans des œufs sillonnés. Bien- 
tôt après, le nombre des masses granuleuses augmente, elles prennent la 
forme globulaire, mais elles ne sont pas toutes de la même grandeur; car, 
l’une d’elles peut avoir le double de l’autre. Si ces globules ont une cer- 
taine petitesse, leur ensemble paraît assez homogène et commence alors 
à s’éclaircir par les bords. 

Bruch appelle cette exposition de ses observations l’énumération -des 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 7 


faits nus. Mais il y a là bien des choses qui ne sont pas des faits, comme, 
par exemple, quand il dit que la Grégarine se raccourcit, se roïdit, que 
la membrane devient plus épaisse et plus grosse par la contraction, qu’il 
y'a commencement de sillonnement. Ce qui est incontestable, c’est qu’il 
y a des vésicules qui ont des parois plus épaisses que ne les ont ordinai- 
rement les Grégarines et un contenu granuleux, mais point de nucléus; 
qu’il y a encore des vésicules dont le contenu n’est plus homogène, mais 
qui s’est déjà divisé dans plusieurs masses. Est-ce que maintenant ces 
vésicules sont produites par la transformation d'une seule Grégarine sui- 
vant le mode énoncé, ou n'est-ce pas plutôt, comme Stein le prétend, 
que deux Grégarines se joignent, forment autour d'elles une enveloppe 
commune et perdent en même temps leur membrane et leur nucléus, de 
manière à former une vésicule à contenu homogène et sans nucléus? Le 
résultat final est, dans les deux cas, le même, tandis que Pacte de la for- 
mation est tout à fait différent. 

‘Les questions à résoudre sont les suivantes : 

1° Est-ce qu’une seule Grégarine, sans s’enkyster, peut parvenir à la 
formation de psorospermies ? 

2e Est-ce qu’une seule Grégarine peut s’enkyster? 

3° Est-ce que deux ou plusieurs grégarines se réunissent dans un kyste? 

4» Est-ce que la division continuée du contenu a toujours lieu avant 
la formation des psorospermies ? 

Dans la cavité abdominale du lombric, entre l'intestin et les muscles de 
la peau , se trouvent aussi bien des Grégarinés que des kystes sous toutes 
les formes décrites plus haut, et aussi quelques autres formes que nous 
n'avons pas encore énoncées. Des Grégarines ont déjà été trouvées par 
Dujardin dans les Lombrics (Sur les organismes inférieurs, Annazes pes 
scrences nAr., vol. IV, p. 364, déc. 1835); mais il les a décrites et représen- 
tées sous le nom de Proteus tenax. Meckel y a vu plusieurs formes de kystes 
et les croit être des œufs du Lombric à différents degrés de développe- 
ment. C’est dans la partie postérieure du Lombric qu’on les trouve le plus 
abondamment. Les recherches suivantes sont faites sur des objets trouvés 
dans ces conditions. 


8 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


C’est ici que l’on rencontre parfois des vésicules de la grandeur des Gré- 
garines ordinaires, qui, dans leur intérieur, contiennent une seconde 
vésicule avec le contenu granuleux des Grégarines; on voit cela surtout 
bien clairement, lorsque la vésicule intérieure ne remplit pas exactement 
l'extérieure (pl. VE, fig. 5), et si, par hasard, on la presse tellement que 
l'intérieure verse son contenu dans la vésicule enveloppante. La figure cor- 
respondante représente les kystes achevés, c’est-à-dire une vésicule qui 
renferme distinctement une seconde remplie de psorospermies. On s’en con- 
vaine facilement si, par une pression légère, on fait crevasser l’intérieure, 
tandis que l’extérieure reste intacte; alors les psorospermies se dégorgent 
dans l’interstice entre les deux vésicules. On peut s’imaginer en ce cas 
qu’une seule Grégarine se soit enkystée et ait alors transformé son con- 
tenu granuleux en psorospermies. 

Et, en vérité, il y a des faits qui parlent en faveur de cette manière 
d'envisager les choses, car dans les vésicules séminales du Lombric on 
voit parfois des vésicules d’une grandeur considérable qui ont un con- 
tenu granuleux, un nucléus et un nucléolus, et qui, par conséquent, res- 
semblent tout à fait, quant à la forme, aux Grégarines. Ces vésicules, on 
les voit entourées d’une enveloppe propre, transparente, sans structure 
apparente (pl. VITE, fig. 6); on pourrait envisager cela aussi comme une 
seule Grégarine enkystée, puisqu'il y a des Grégarines de la même forme 
et de la même grandeur qui montrent un mouvement. Von Franzius pré- 
tend de même, et avec raison ( Wiegmann’s Archiv., p. 192, 1848), que, 
dans des cas rares, il ne se trouve réellement qu’un seul nucléus dans un 
kyste d’une monokystide du Lombric, mais il ne fait pas connaître les 
détails sur lesquels il se fonde. 

Mais puisqu'on ne peut pas établir de différence formelle entre un œuf 
et une Grégarine complétement développée, on ne peut juger avec certitude 
de la nature d’un tel corps que lorsqu'on le voit en mouvement, et cela 
est exigé pour les formes que nous nommons, d’après Stein , les mono- 
hystides, et surtout lorsque, dans les parties qu’on examine, il y a des 
œufs entre les Grégarines, et nommément des œufs inconnus. Ces circon- 
stances se rencontrent précisément dans le Lombric, car il contient ses 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 9 


propres œufs, que nous ne connaissons pas assez !, et encore des œufs de 
nématodes. 


:1ÆEnexaminant les vésicules séminales, je trouvais, à différentes reprises , 
aux mois de juillet et d'août, des corpuscules qui offraient les caractères 
principaux des œufs et qui se trouvaient souvent en grande quantité pres- 
sés étroitement les uns contre les autres; quelquefois j'en comptais plus 
de trente. Ils sont composés d’une membrane sans structure qui entoure un 
contenu finement granuleux et à bords subtils, dans lequel on distingue 
une vésicule à membrane extrêmement fine et avec un nucléolus. Je n'ai 
vu aucun mouvement à ces corps, contrairement à ce que j'ai pu observer 
pour toutes les formes des Grégarines du Lombric. Souvent aussi le con- 
tenu finement granuleux est étroitement serré par la membrane extérieure , 
et alors l’interstice indiqué a disparu. Le-plus grand diamètre de ces 
corps. est à peu près: de 0,14//; celui: du nucléus de 0,02//’ et celui du 
uucléolus de 0,007/!/'. Quant aux œufs des nématodes, j'en donnerai les 
détails plus bas. 

Ce sont.les Grégarines de la Sepia oficinais qui jettent le plus de jour sur 
cette question. Une-personne de ma connaissance me céda quelques dessins 
de corps qu'il avait trouvés dans le ventricule (partie de l’estomac compa- 
rable au.feuillet) de Sepia officinalis, et les accompagna d’un morceau de ce 
ventricule qu'il avait conservé dans de l’esprit-de-vin. En ramollissant ce 
dernier avec de la glycérine, étendue de beaucoup d’eau, j'étais en état 
de vérifier les dessins. Les Grégarines de cette Sepia étaient de différentes 
grandeurs; justement comme.chez le Lombric; leur forme approchait d’un 
globule;, d’un ellipsoïde, de différents autres corps de révolution. Je ne 
trouvais jamais des appendices. Le contenu était partout finement granu- 
leux,.ce dont on pouvait.se persuader en faisant crever la membrane. Le 
nucléus était distinct. Les psorospermies diflèrent, par la forme, de celles 
du Lombric; en ce qu’elles possèdent une figure à peu près elliptique. 
Je ne pouvais, m'apercevoir de différences établies par le développement. 
Elles étaient,contenues dans.des kystes.semblables à ceux du Lombric et 
OPUS SLPAMMOBNt- aluEO ASD INHMOQINTO 


-# La découverte enia été faite depuis par M. d'Udekem. 
Tome XXVI. 2 


10 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


des poissons. Or, parmi les kystes, on en trouve qui démontrent qu'une 
seule Grégarine peut s’enkyster. 


De la formation des psorospermies ou navicules. 


Les auteurs sont en contradiction sur la manière dont se forment les 
psorospermies, puisque chacun établit abusivement comme une généra- 
lité ce qu'il croit avoir observé. 

Stein rapporte (p. 204) que les vésicules qui se sont formées dans les 
kystes granuleux changent leur forme globulaire en ovalaire sans aug- 
menter leur volume d’une manière appréciable, s’entourent alors d’un halo 
transparent et incolore, qui est le plus visible aux pôles de l’ovale au delà 
desquels il s’avance en pointe. Ce halo provient, d’après Stein, d’une sub- 
stance gélatineuse entourant la vésicule ovale et qui se prolonge peu à peu 
dans le diamètre de la longueur, mais s’endurcit enfin pour former l’écale 
ferme, fuselée, au travers de laquelle on distingue la vésicule finement 
granuleuse de l’intérieur. La psorospermie est achevée. 

Suivant les observations de Bruch (Eïinige Bemerkungen über die Gregarinen, 
Siebold en Kôlliker, Zeitschr., t. Ir, p. 111), il se forme d’abord aussi des 
vésicules rondes, mais leur transformation en psorospermies se fait sim- 
plement par croissance dans le sens de la longueur; de là on voit des kystes 
avec des psorospermies rondes ou elliptiques et pointues; aussi ces der- 
nières croissent-elles encore, car on les rencontre dans divers kystes de 
différentes grandeurs. Les psorospermies, à l'époque de leur développe- 
ment complet, perdent l'aspect granuleux, deviennent lisses et transparentes 
et ne possèdent ni nucléus ni quelque autre forme déterminée. 

Les observations de Stein sont indubitablement exactes, car il y a dans 
un même kyste des vésicules et des psorospermies avec des contours 
extrêmement fins et contenant les mêmes vésicules; de plus, on y rencon- 
tre encore les psorospermies ordinaires; de sorte qu’on ne peut rien 
objecter à cette façon d’envisager l’engendrement des psorospermies. Mais, 
on aperçoit avec la même certitude des kystes dans lesquels se trouvent 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 41 


les formes observées par Bruch. Un tel kyste se trouve, par exemple, 
représenté pl. V, fig. 14; on y distingue des globes gélatineux à contenu 
finement granuleux (pl. V, fig. 15), puis des corpuscules d’à peu près la 
même grandeur et qualité, qui possèdent déjà la forme des psorospermies 
(pl. V, fig. 10), et enfin des corpuscules qui, d’après leur forme, tiennent 
le milieu (pl. V, fig. 13). Si l'on compare la substance de ces différents 
corps avec celle des grands globes et des autres corps irréguliers qui 
résultent de l’acte de sillonnement, on se persuade facilement qu'il n’y a 
aucune différence apercevable. Il y a aussi des Grégarines qui contiennent 
la même substance; ainsi il n’y a rien à dire contre l'opinion que, par la 
division continue, des Grégarines se forment finalement les psorosper- 
mies. 

Il y a aussi des Grégarines dont le contenu subit sans aucun doute un 
grand changement avant de se transformer en psorospermies. On voit 
cela clairement, puisque les psorospermies nouvelles sont composées 
d’une matière tout à fait autre que les Grégarines qui y appartiennent. 
Tandis que les Grégarines contiennent des grains presque globuliformes 
d’une grandeur extraordinaire, leurs psorospermies n’en possèdent pas la 
moindre trace, mais renferment pourtant une masse visqueuse et exempte 
de grains. Il y a des kystes qui montrent clairement les passages intermé- 
diaires. On voit, par exemple, beaucoup d’amas de grains dont la plupart 
sont formés des gros grains de Grégarines; quelques-uns d’entre eux n’en 
contiennent que très-peu; tandis que d’autres renferment une masse géla- 
tineuse avec un contenu granuleux extrêmement fin (pl. 1, fig. 11 et 20); 
dans d’autres, les gros grains manquent tout à fait; et enfin, on voit des 
fragments gélatineux dans lesquels les psorospermies sont distinctement 

‘reconnaissables (pl. V, fig. 7). Les psorospermies changent maintenant 
leur contour, qui devient de plus en plus distinct (pl. V, fig. 8). De tels 
faits ne se prêtent que fort rarement à l'observation. Les psorospermies 
développées se trouvent dans ces kystes presque toujours rangées en ligne, 
en se touchant par leur pointe, comme Henle l’a représenté le premier 
(Müller's Archiv, 1845, p. 375; pl. XIL, fig. 7). Il arrive aussi que, dans ces 
kystes , on ne trouve que des psorospermies nettement développées mêlées 


12 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


avec des masses granuleuses globulaires, lesquelles ne montrent pas encore 
la plus légère transformation en psorospermies (voir pl. ILE, fig. 12). 

Une troisième manière de se former est la suivante : on rencontre dans 
le testicule du Lombric, comme dans la cavité péritonéale, des vésicules 
renfermant deux masses hémisphériques très-serrées l’une contre l’autre, 
mais qui ne sont pas jointes entre elles. Il n’existe qu’une enveloppe com- 
mune, du moins je ne pus en découvrir d’autre. Au bord exactement limité 
de ces masses, on aperçoit des saillies extrêmement petites et limpides 
(pl. VIT, fig. 7), tantôt en petit, tantôt en grand nombre, tantôt sur les 
deux masses (pl. VIF, fig. 2), tantôt seulement sur lune (pl. IH}, fig. 11), 
sans qu’on puisse y apercevoir d'autre changement ; puis on trouve des 
vésicules à deux masses, dont l’une est en outre entourée de vésicules 
limpides très-distinctes, tandis que l’autre n'offre que les saillies que je 
viens de mentionner. Des observations plus étendues montrent des kystes 
dans lesquels le nombre des vésicules a augmenté dans la même propor- 
tion que la grandeur des masses a diminué, et d’autres qui ne contiennent 
que des vésicules. Ce que ces vésicules deviennent nous est connu par 
d’autres kystes, dans lesquels se montrent, en dehors des vésicules, 
encore des corps allongés d’un ou de deux côtés, dont les dernières pos- 
sèdent la forme complète des psorospermies. 

Cette observation ne permet pas la généralisation que Stein s’est per- 
mise dans sa doctrine de la formation des psorospermies. Suivant lui, les 
deux masses doivent toujours se confondre en une seule avant que la 
formation des psorospermies commence. Mais il y aurait aussi la même 
difficulté d'appliquer ici la théorie de la conjugaison. Külliker (Zeüchr. f. 
wissench. Zool., t. 1, p. 211) a déjà fait observer que la transformation des 
Grégarines en psorospermies, in specie leur jonction, ne peut pas être com- 
parée à une conjugaison, puisque, dans cette jonction, le contenu de deux 
Grégarines ne se confond pas, comme cela a toujours lieu pour le con- 
tenu des algues. Kôlliker avait déjà énoncé cela avant d’avoir connu les 
observations mentionnées, qui contrarient les idées de Stein, et nommé- 
ment celles où l’une des masses a déjà commencé à former des psoro- 
spermies, tandis qu’on n’en voit encore rien dans l’autre; l’observation 


Vu, 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 13 


de la formation de psorospermies se faisant sur une seule Grégarine isolée 
dans un kyste, est du reste également contraire à cette théorie. Il est vrai, 
on ne peut le nier, que l'idée de Stein est d’une grande valeur pour le 
cas qu’il décrit en détail, néanmoins, on peut envisager ce phénomène 
sous un autre point de vue, et assurément, il n’est pas général pour les 
Grégarines. 


Transformation des psorospermies. 


Ce que deviennent les psorospermies plus tard, Kôlliker (p. 30) ne l'a 
que légèrement soupçonné. D’après lui, elles pourraient, par un dévelop- 
pement continu, passer en Grégarines par la transformation de leur mem- 
brane en membrane enveloppante et par la transformation de leur contenu 
en grains et nucléus, puisqu'il n’y a qu’un pas des psorospermies aux 
jeunes Grégarines et que certaines Grégarines, principalement les plus 
petites , sont liées entre elles comme certaines psorospermies. 

Or, il n’est pas du tout vraisemblable qu’ils se métamorphosent en un 
animal différent des Grégarines et plus compliqué. Bruch dit (p. 111) qu'il 
ignore ce que deviennent les psorospermies et que, dans le Lombric, elles 
ne.se développent pas davantage. 

Stein (p. 219) a trouvé dans les spores de la Gregarina blattarum, des 
individus tout à fait jeunes qui excédaient à peine la longueur des spores, 
n'ayant que -+-/’’ de longueur. Il croit qu’ils venaient d’éclore, mais en 
attendant, il avoue qu'il n’a pas observé directement l'acte de l'éclosion. 
De même, il n’y a, dans ses recherches, pas la moindre indication qu'il 
ait reconnu de jeunes Grégarines complètes dans l’intérieur des psorosper- 
mies mêmes. Dans le testicule du Lombric, les kystes remplis de spores 
mûrs ne s'ouvrent jamais, dit-il (p. 220), et les psorospermies libres qui 
y paraissent ne proviennent que de kystes écrasés. 

Ainsi on ignore ce que deviennent les psorospermies. C’est en obser- 
vant le liquide de la cavité péritonéale du Lombric qu’on peut étudier 
d'une manière suivie le développement des Grégarines. 


14 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


Parmi un grand nombre de Lombrics, on en trouve toujours qui se 
distinguent, par des taches blanches sur la peau, de la grandeur des kystes 
de Grégarines; ce sont des Grégarines ou des kystes de Grégarines qui 
sont nichés entre la peau et l'intestin et qui reluisent à travers cette der- 
nière. De tels Lombrics doivent être préférés pour des recherches, puis- 
qu’on est sûr d’y trouver les parasites en grande quantité. Dans la cavité 
ventrale, von Frantzius (Wiegmann, Archiv für Naturg., 1848, pp. 108-196) 
trouva des Grégarines libres dans la Blatta. D'après les observations 
d’'Hammerschmidt (Helminthologische Beiträge von D' Hammerschmidt, Isis 
de Oken, 1838, p. 551), qui furent faites également à l’état libre dans la 
cavité péritonéale, elles ressemblent fortement à des Bullinia tipulae. 

Si l’on ouvre le Lombric par une coupe longitudinale sans léser l’in- 
testin, les kystes se répandent souvent par les seules contractions du 
Lombric. Dans ces kystes se trouvent réunis le contenu des Grégarines et 
celui des psorospermies ; je les étudiais dans le but de trouver la manière 
dont se transforme le contenu des psorospermies, afin de savoir si les 
Grégarines en naissent directement, comme Stein le prétend, ou si elles 
proviennent d’une forme d’animal transitoire. Je choisis de préférence, 
pour l'observation, les formes les plus grandes des psorospermies, parce 
qu'elles prêtent le plus de facileté à l'observation des changements de leur 
contenu. Néanmoins, on a besoin d'employer toujours les forts grossis- 
sements. | 

La forme ordinaire des psorospermies dans laquelle elles paraissent 
persévérer le plus longtemps est représentée pl. IF, fig. 17 et 18; elle con- 
tient une masse unie, exempte de grains et coupée longitudinalement par 
le milieu. On a quelquefois l’occasion d’observer les différents change- 
ments de cette dernière dans un même kyste. On trouve alors des psoro- 
spermies dont le contenu s’est partagé en quatre, huit ou plusieurs amas, 
(voir pl. I, fig. 10); à côté, on en voit d’autres dans lesquelles toute la 
masse granuleuse s’est contractée en masse globuliforme dans le milieu 
de la psorospermie. (Voir pl. I, fig. 19 et 21; pl. V, fig. 25.) Les deux 
dernières figures représentent une variété de psorospermies assez com- 
mune, que l’on peut considérer comme la concrétion de deux exemplaires 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 15 


ordinaires ; on les trouve dans toutes les phases d'évolution possibles et de 
grandeur bien différente (voir pl. IE, fig. 7; pl. V, fig. 2 et 12), et même 
trois peuvent former une pareille concrétion. 

C’est principalement dans ces psorospermies anomales que le contenu 
est souvent facile à reconnaître. Outre les psorospermies que je viens de 
décrire, il en est encore qui ont un nucléus distinct, mais avec une 
membrane extrêmement fine (voir pl. IV, fig. 2, 1, 4); des psorosper- 
mies dont la membrane a presque disparu (même pl., fig. 10), et enfin, 
des nucléus de psorospermies qui ne sont entourés que d'une enveloppe 
fort délicate et des nucléus libres qui, par leur grandeur et par leur 
forme , répondent exactement à ceux qui se trouvent dans l’intérieur des 
psorospermies. (Voir pl. IT, fig. 20 et 22.) D’autres de ces nucléus sur- 
passent en grandeur ceux qui sont encore énfermés. (Voir pl. IV, fig. 3 
et 9.) Dans quelques-uns d’entre eux, une partie de la substance de 
l'intérieur est arrangée de manière qu’on croit voir un nucléolus, mais 
cela, on le trouve aussi encore dans l’intérieur de la membrane (pl. IV, 
fig. 3); ce nucléolus n’est toutefois qu’apparent. On finit même par voir 
des membranes vides de psorospermies ou le reste d’une psorospermie 
détruite. 

Reste à traiter la question si la rupture provient de l’eau, comme Stein 
le prétend. J'ai gardé des kystes et des psorospermies pendant quinze 
jours dans un vase rempli d’eau, et je les ai retrouvés après dans un état 
tel que j'étais incapable de les distinguer de près. De même, je n'ai 
pu remarquer qu'ils se développassent davantage dans l’eau. Il s'ensuit que 
les enveloppes vides n’ont pas la signification que Stein leur attribue. 

Dans quelques kystes, on trouve encore, outre les nucléus libres et les 
psorospermies, d’autres psorospermies fragmentaires et évacuées où une 
partie de l’une des moitiés n’est plus visible. (Voir pl. V, fig. 23.) Si des 
écales vides étaient échappées de jeunes Grégarines , il faudrait que ces 
dernières se trouvassent encore dans le kyste; mais on n’en peut rien voir, 
quoique la membrane enveloppante soit bien translucide; on n’y aperçoit 
que les objets que je viens de mentionner. 

Si l’on entame la peau du Lombrie avec le scalpel, il n’est pas rare 


16 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


de voir s’écouler une liqueur particulière et trouble dans laquelle des 
kystes de psorospermies sont suspendus. Sans les mettre en contact avec 
l'eau, je les examinai à l’aide du microscope, et j'y trouvai aussi:des 
nucléus sans membrane et des membranes de psorospermies libres. D'où 
il suit que ce n’est pas l’eau qui est la cause de la rupture des. psoro- 
spermies. 

Que deviennent ces nucléus par la suite? Pendant mes recherches jour- 
nalières sur le contenu du corps des Lombrics, depuis le mois d’avril jus- 
qu’en septembre, je n’ai vu que deux. fois des kystes qui paraissaient 
contenir exclusivement des, nucléus sans membrane (pl. VIIL, fig. 8); du 
moins leur forme s’accordait parfaitement avec ceux qui étaient reconnus 
indubitablement être tels. Après un intervalle d'à peu près une heure, ils 
avaient subi sous le verre un petit. changement. Aucun des nucléus ne 
montra de mouvement. 


Du développement des nucléus des psorospermies. 


Une forme de corps tout à fait semblable aux nucléus des psorosper- . 


mies décrits se trouve en grande quantité libre dans la cavité ventrale, 
surtout vers la partie postérieure de beaucoup de Lombrics. Ces corps 
apparaissent pour la plupart avec la forme globulaire, et les plus: petits 
ont.un diamètre de 0,007//!, les plus grands, au:contraire, 0,03///; ceux 
de grandeur moyenne abondent. M. Morren s’est, le premier, aperçu de 
ces corps (De Structura Lumbrici terrestris, Acra AcapemIAE GaNDavENsIS, 1825 ; 
Gandavi, 1829, p. 170), dans ses Recherches sur le sang. des, Lombrics. 11 
dit qu’ils lui paraissaient différer tellement, des corpuscules de sang des 
autres animaux, qu'il ne croyait pas, pouvoir, les regarder pour tels. 
Plus tard, Rodolphe Wagner (Zur vergleichenden Physiologie des, Blutes, 
p. 25) fait mention de petits grains ronds dans le sang des. Lombrics, 
mais dont la nature lui paraissait fort douteuse. Dans un écrit postérieur, 
il émet l'avis que ce sont des corpuscules de sang,.et.rapporte leur, gran- 
deur de 5 à -4//! (Uber Bluthürperchen bei, Regenwürmern,,. Blutegeln, und 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 17 


Dipterenlarven , MüiLers’ Ancnv, 1855, p. 313). Carus avait émis la même 
opinion (Lehrbuch der vergleichenden Anatomie, t. IT, p. 682). 

Hünefeld (Chemismus in der thierischen Organisation, 1840, p. 98) n’adopte 
pas l'existence des corpuscules de sang dans ces vers. Je ne connais pas 
d’autres observations sur ce sujet. 

Si l’on étudie avec attention ce corps, qui paraît d'abord globulaire, on 
trouve qu'il pousse des élongations et qu'il les retire pour en pousser 
d'autres ailleurs. Ces élongations sont parfois aiguës, parfois obtuses, 
d’autres fois, toute une partie du corps se protracte en forme d'une masse 
limpide et gélatineuse pour se contracter bientôt après. Quelques-uns de 
ces corps ne contiennent qu’un peu de matière granuleuse extrêmement 
fine (pl. IV, fig. 17); d’autres en contiennent davantage. Cette matière gra- 
nuleuse prend part à ces déplacements et même à tel point qu’elle forme 
un noyau rayonnant dans tous les sens et offre beaucoup de ressemblance 
avec un faisceau de fils spermatiques. (PI. V, fig. 24.) La substance fine- 
ment granuleuse se retire également dans l’intérieur et est bordée d’une 
gélatine limpide; le tout offre alors l'aspect d’un œuf. Aussi, émane-t-il 
du corps globulaire des rayons si fins qu’il paraît poilu, mais ces poils 
disparaissent ensuite. (PI. VE fig. 15 et 16.) Parfois ce corps semble 
vouloir se fendre en deux, mais il reprend bientôt sa forme première. 
Tous ces changements sont quelquefois apercevables dans un même indi- 
vidu. Dans l’intérieur, il se forme souvent des cavernes (des vacuoles, 
Dujardin) (pl. VIF, fig. 1), ou des cavernes et des élongations en même 
temps. (PI. IV, fig. 14.) Ces élongations sont de la même longueur que le 
corps entier ou bien plus longues ou plus courtes. Les cavernes peuvent 
disparaître lentement et être remplacées par de nouvelles. En général, les 
mouvements s’opèrent si lentement qu’il est en quelque sorte impossible 
de les distinguer, et ce n’est que par leurs changements successifs qu'on 
peut s’en apercevoir. 

Ces corps sont sans contredit des amibes, comme le prouve Dujardin 
dans cette description : « Amibes. Animaux formés d’une substance gluti- 
» neuse, sans tégument, sans organisation appréciable; changeant de 


» forme à chaque instant par la protension ou la rétraction d’une partie 
Towe XXVI. 5 


18 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


» de leur corps, d’où résultent des expansions variables. Mouvement 
» lent. » (Histoire naturelle des Zoophytes : Inrusores, par Félix Dujardin, 
1841, p. 226). Si l’on doit comparer cette amibe à une espèce connue, 
ce serait à l’Amœba diffluens; mais elle diffère cependant autant des autres 
espèces que de la nôtre. Je n’ai pas réussi à les conserver vivantes dans 
l’eau pendant quelque temps, et voilà déjà une différence qui les sépare 
de l'Amœba diffluens. Je propose pour elle le nom d’Amæba lumbrici, tout 
en rappelant la sentence de Dujardin (p. 252) : « Dans l’énumération que 
» je vais donner, il est donc bien essentiel de ne pas voir une distinction 
» d'espèces. » 

Ce n’est pas la première fois que des amibes sont observées dans l’or- 
ganisme; déjà Valentin en avait découvert dans le sang de Salmo fario 
(Uber ein Entozoon im Blute von Salmo fario, dans Müller’s Archiv, 1841, 
p. 455, etc.); d’après lui, elles ont été trouvées aussi une fois dans le 
quatrième ventricule du cerveau. Elles avaient la grandeur de 0,003 à 
0,005”. De plus, A.-F.-J. Mayer (Specilegium observationum anatomicarum 
de organo electrico in ras anelectricis et de Haematozois ; Bonnae, 1845, p. 18) 
vit, pendant ses recherches sur le sang de la grenouille, nager deux animal- 
cules, dont l’un apparaissait planum et gelatinosum , et l’autre ventriculosum 
et leviter loricatum ; ils étaient un peu plus grands que les corpuscules de 
sang; il trouva environ huit individus dans une même goutte de sang. Il 
n'entre point dans d’autres détails et néglige même de les comparer avec 
d’autres espèces connues. On ne pourrait cependant que les joindre aux 
amibes. Je n'ai pas réussi jusqu’à présent à voir ces animaux dans le sang 
des poissons ou des grenouilles. 

Pour étudier les amibes des êtres organisés, on ne peut trouver de meil- 
leure ressource que dans le Lombric. Lorsque celui-ci en contient, il en 
existe ordinairement dans toutes ses parties, et parfois même, en ouvrant 
la cavité ventrale, il en sort un liquide, semblable à du pus, qui ne con- 
siste presque qu’en amibes. 

J'ai trouvé aussi un grand nombre d’amibes fort petites dans le sang 
du Lombric; elles sont rondes, ou déchiquetées, ou d’une forme irrégu- 
lière, lorsqu'on les prend dans l'organisme et qu’on les observe tout de 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 19 


suite avec le microscope. Il m'est arrivé de n’en pouvoir trouver la moindre 
trace dans le sang, et jamais je n’en ai vu qui se distinguassent des 
amibes. Ainsi je ne puis me ranger à l'opinion de Hünefeld, qui ne vit 
pas de corpuscules dans le sang de Lombrics, et je dois laisser à des 
recherches ultérieures le soin de décider si Carus et Wagner en ont vu et 
si c’étaient des amibes. 

Il reste donc à démontrer que les amibes se trouvent originairement 
dans le sang. Perty a le premier décrit de jeunes amibes, qu’il trouva dans 
le mucus d’un Limnœus ovatus; elles étaient grandes de 4 à -1//. Ce 
savant pense cependant que ce pourraient être des fragments d’une mem- 
brane muqueuse contractile (Zur Kenntniss kleinster Lebensformen nach Bau , 
Funktion, Systematik mit Specialverzeichniss der in der Schweiz Beobachteten ; 
Bern, 1852) semblable au tissu contractile qu’Ecker décrit dans la Hydra 
viridis (Von Siebold et Külliker, Zeüschrift für wissenschaft. Zoologie, À, 
p. 218-248, zur Lehre vom Bau und Leben der contractilen Substanz der nie- 
dersten Thiere). Cette objection ne pourrait être faite au sujet des amibes 
du Lombric, puisque celui-ci en est quelquefois dépourvu et que beau- 
coup d'amibes ont une telle grandeur et se rapprochent à ce point des Gré- 
garines, qu’il n'ya point d'exemple pareil entre les formations épithéliales 
du règne animal, à moins qu’on ne veuille établir que toutes les amibes 
soient des fragments d'animaux inférieurs qui errent dans les eaux. 

Je rapporterai ici encore d’autres formations qui, outre celles que je 
viens de décrire, se trouvent aussi dans la cavité abdominale du Lombric 
et se rapprochent plus ou moins des dernières par leur forme. 

Ce sont d’abord des corpuscules gélatineux oblongs, pointus ou tron- 
qués des deux bouts, dépourvus de grains (voir pl. V, fig. 17 et 18), dans 
lesquels on ne reconnaît aucune structure. Ils offrent une espèce particu- 
lière de mouvement; ils remuent d’abord l'un des bouts ou tous les deux 
avec vitesse, ou se courbent et se redressent pour reprendre la forme pres- 
que elliptique ou sphérique qu’ils conservent définitivement; leur grandeur 
varie. La plupart sont longs de 0,04//! et larges de 0,002//'; quelquefois 
il faut attendre bien longtemps pour les voir en mouvement. Souvent on 
peut disséquer bien des Lombries sans en rencontrer, d’autres fois ils se 


20 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


trouvent en grande quantité dans la cavité abdominale, après avoir ôté les 
intestins. Malgré des tentatives réitérées, je n’ai pu découvrir que ce fussent 
des fragments de quelque tissu du Lombric. J'ignore, du reste, ce qu’ils 
signifient. 

Puis on trouve dans le même lieu des nématodes et leurs œufs dans leurs 
différents états d'évolution. C’est principalement vers l'extrémité posté- 
rieure de l'animal qu'on découvre des amas gris, ovalaires, qui sont com- 
posés de kystes de Grégarines , de nématodes emboîtés en quantité énorme 
et d’autres débris, comme, par exemple, des cellules de l'organe glandu- 
laire de l'intestin. Ces nématodes enkystés, je les ai trouvés tous sans 
organes sexuels, souvent aussi ils étaient à l’état libre et avaient la queue 
particulièrement pointue (pl. XI, fig: 12} ou un peu tronquée (pl. XF, 
fig. 15). Il est bien rare qu’on puisse voir-un œuf avec l’embryon (pl. VI, 
fig. 1), mais j'ai réussi plusieurs fois à voir l'éclosion (pl. VIF, fig. 6); 
les individus éclos font. pour la plupart; pendant quelque temps; des 
mouvements violents, et traînent la conque avec eux ; il'est impossible de 
découvrir en eux quelque trace de structure : ils sont transparents, ne con- 
tiennent pas de substance granuleuse, mais la queue est distinctement 
visible. Ce n’est que dans des individus plus développés qu'on reconnaît, 
dans l’intérieur, des signes de cette masse granuleuse qui, plus tard, 
devient si claire, et des stries longitudinales extrêmement fines, qui déno- 
tent l’œsophage et le canal intestinal , lesquels paraissent si distinctement 
dans la suite. Je n’ai pu saisir la moindre trace du phénomène de sillonne- 
ment, mais j'ai reconnu qu'ils contiennent une vésicule distincte (pl: VIF, 
fig. 1), qu’on peut, du reste, expulser par la pression, 

S'il est facile de reconnaître les formes mentionnées plus haut pour 
des amibes , il n’en est pas de même pour la forme suivante, bien qu’elle 
possède les grains des Grégarines. Les grains des Grégarines se laissent 
sans contredit diviser en plusieurs espèces, qui jamais ne se trouvent en- 
semble dans une même Grégarine. Il y en a d’abord de forme elliptique 
où le diamètre longitudinal est le double de celui de la largeur; puis ily 
en a qui s’approchent de la forme globulaire, où les deux diamètres me 
diffèrent que très-peu;.et enfin des grains si petits que, même à l’aide des 


+ 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 2 


plus forts grossissements de nos microscopes ; l'on ne peut en distinguer 
exactement la forme. 

Stein à établi que les masses finement granuleuses conviennent aux 
jeunes Grégarines et celles de grains plus grossiers aux vieilles, sans qu’il 
fasse mention de la différence de forme et sans avoir démontré son asser- 
tion. La grandeur des Grégarines n’est d'aucune valeur, car il y en a de 
fort petites, à grains grossiers, et de très-grandes, à grains petits. 

Dans les formes mentionnées , les grains sont, comme dans les Gréga- 
rines développées, retenus ensemble par une substance glutineuse. ( Voir 
pl V, fig. 41; pl. V, fig. 26.) Il leur manque toujours l'enveloppe par- 
ticulière et dépourvue de toute structure des Grégarines et leur nucléus. 
L'absence d’une:membrane envéloppante fait que les mouvements qui en 
dérivent deviennent impossibles, et ces corps ne font que se glisser avec 
une extrême lenteur, comme font les amibes; leur mouvement ne se fait 
pas avec. l’uniformité que l’on remarque chez les espèces connues des 
amibes, mais comme par boutades. Aussi ces corps diffèrent-ils des amibes 
en ce que je ne les ai jamais vus former d'appendices aigus. Par leur gran- 
deur, ils s’approchent des plus petites Grégarines et de celles de taille 
moyenne. Chez certains individus du Lombric, on les rencontre en grande 
quantité dans le testicule; ils manquent tout à fait chez d’autres. 

Puisque ces corps possèdent les trois espèces de grains des Grégarines 
et la substance gélatineuse qui retient ces grains, puisqu'ils se rapprochent 
de ces dernières par leur mouvement, il faut indubitablement les mettre 
en relation avec elles. Mais si on veut les ranger dans un genre d’après les 
caractères établis jadis par les z0ologistes, on doit les placer près des 
amibes;, car ils en ont tous les caractères essentiels. Il suit de là qu'il faut 
les regarder comme une forme transitoire des amibes aux Grégarines. 
Quand ces animaux sont immobiles, on les voit souvent prendre une 
forme presque globulaire, et les contours sont si distincts qu'ils ressem- 
blent à des kystes de grains avec une membrane enveloppante extrêmement 
fine; dans l’arrangement de la masse granulaire, ils peuvent montrer la 
plus grande variété de formes. 

J1 nest pas encore démontré-si, dans la série des développements, ils 


22 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


naissent d’abord des amibes avant de devenir des Grégarines. On pourrait 
du moins supposer que quelques-unes des plus petites formes des Gréga- 
rines perdent leur enveloppe et leur nucléus avant de s’enkyster de cette 
manière réunies à deux ou à plusieurs; on aurait alors un mode d’expli- 
cation de l’engendrement de ces kystes dans lesquels se trouvent deux 
masses granuleuses séparées sans membrane et sans nucléus. 

A cette manière d'envisager s'oppose ce qui suit : d’abord il est sûr que 
les Grégarines avec nucléus et membrane se trouvent comme telles dans 
les kystes ; puis il n’y a pas de doute, comme le prouvent les observations 
de Stein, que, dans les kystes remplis de masses granuleuses sans mem- 
brane, il y a aussi des nucléus ; et finalement ces amibes sont en général 
irès-pelites, et parmi ceux que j'ai vus, il n’y en a pas qui ressemblent au 
contenu des kystes plus grands. Cependant, pour mettre cette question 
tout à fait hors de doute, il serait nécessaire d’observer le développement 
dans un même exemplaire, chose qui ne m’a pas réussi jusqu’à présent. 
Ce qui est important et hors de tout doute, c’est qu’il faut les envisager, 
pour la forme, comme un état transitoire des amibes aux Grégarines. 

Il faut y ajouter encore une forme très-semblable, sinon identique, 
prise également du testicule des Lombrics, dans laquelle je ne pouvais 
trouver de nucléus, quoique l'animal fût tout à fait aplati par la pres- 
sion jusqu’à faire sortir finalement le contenu; de même je ne pouvais 
me persuader, par le même procédé, qu’il y eût une membrane envelop- 
pante, car la substance gélatineuse environnante paraissait plus limpide 
que celle qui se trouve immédiatement entre les grains, et semblait avoir 
un autre pouvoir réfringent. (Voir pl. VIH, fig. 5.) Ces animaux ont la 
faculté d'étendre des appendices et de les retirer jusqu’à se rapprocher 
d’un globule. En général, si dans des recherches sur les Grégarines, on 
veut s'assurer de la présence d’une membrane enveloppante, il est in- 
dispensable de recourir à l'expulsion du contenu, car les simples qua- 
lités de l'animal observé sous le microscope ne suflisent pas, comme 
Stein l’a déjà dit. La Grégarine que je viens de décrire a; par exemple, la 
faculté, après avoir retiré les appendices, de s'arranger de manière à 
former un contour double qui disparaît complétement dès que lesiappen- 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 93 


dices sont avancés, et alors certaines régions offrent l'aspect singulier 
comme si la peau se dissolvait dans une masse gélatineuse; bientôt après, 
le contour double de l'enveloppe reparaît. Le même phénomène n’est pas 
rare dans les amibes de la cavité abdominale du Lombric, qui se trouvent 
représentées pl. IV, fig. 18, et pl. V, fig. 16. 


Les Grégarines développées. 


Stein, dans son mémoire que nous avons cité plusieurs fois, a décrit 
une forme de Grégarines qui se distingue essentiellement des autres, en ce 
qu’elle possède sur toute la surface du corps des appendices poilus. Il 
ne les a trouvées que très-rarement, tandis que j'ai en le bonheur d’en 
rencontrer en grande quantité, et je crois avoir enrichi les observationë 
de Stein de quelques faits nouveaux. 

Il y a des individus (pl. T, fig. 7) qui ont de ces appendices dont la base 
est d’une plus grande circonférence que le milieu ou la pointe; c’est pour 
cela que ces poils paraissent cunéiformes, et que l'animal a l'apparence 
d’être revêtu d’un épithélium. D'ailleurs, ces Grégarines possèdent tout ce 
qui en fait l’essence : la contractilité de la membrane enveloppant, un con- 
tenu granuleux et un nucléus. Dans d’autres individus, les poils sont plus 
minces et se rapprochent quelquefois de l'apparence des cils. (PI. VIF, 
fig. 10 et 15.) Je reconnus avec évidence qu'il y avait aussi des poils sur 
une Grégarine oblongue dont le contenu pouvait à peine être nommé gra- 
nuleux, mais qui fut néanmoins poussé en haut et en bas, et dont le nu- 
cléus n’était pas reconnaissable. (PI. V, fig. 2.) 

Ces Grégarines velues sont sujettes à la mue. On voit les Grégarines, 
pourvues de nucléus et d’une membrane enveloppante d'apparence fine 
détachée de la peau pileuse, se trouver au milieu d'elle, (PI. VIIT, fig. 7.) 
Au lieu de poils cunéiformes, il y a aussi des appendices grossiers sans 
pointe, (PI. VI, fig. 17.) La Grégarine, enfermée parfois, ne possède pas 
de nucléus. Des Grégarines de la même configuration et de la même gran- 
deur se trouvent aussi à l’état libre. (PI. HIT, fig. 44.) Parfois on trouve aussi 


24 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


des enveloppes vides à appendices épineux qui paraissent appartenir à une 
Grégarine échappée. Les Grégarines poilues ne se distinguent pas des 
autres par la manière de leurs mouvements. Jamais je n’ai trouvé deux 
ou plusieurs Grégarines attachées l’une à l’autre, toutes étaient isolées. 
Quelques Lombrics en contenaient en grande quantité, dont un petit 
nombre appartenaient à d’autres formes. 

Ces observations permettent de croire à une mue. Il est impossible tou- 
tefois de prouver que toutes les Grégarines y sont sujettes ; mais il est sûr 
que toutes les formes des monokystides observées par moi dans le Lombric 
trouvent leurs représentants parmi les formes poilues. 

Je n'ai vu que fort rarement des Grégarines pourvues d’une trompe 
dans le Lombric, si l’on veut nommer trompe lappendice d’une Gréga- 
garine oblongue qui, dans les entortillements véhéments de l'animal, ne 
se remplit jamais de la masse granuleuse, tandis qu’autrement cette masse 
pénètre avec le nucléus jusque dans les extrémités des replis et des sinuo- 
sités de l'animal avec un mouvement de va-et-vient. 

Dans une Grégarine globulaire, j'ai trouvé quelque chose en forme 
d’une couronne (pl. I, fig. 2), qui, pendant les mouvements, resta tou- 
jours au même endroit et ne fut jamais retiré. 

Comme dans les formes oblongues (pl. 1, fig. 1), j'ai rencontré aussi 
dans ceux qui vivent à deux (Zygocystis cometa, Stein) des stries longitudi- 
nales apparentes sur la partie inférieure de l'animal (pl. VIE, fig. 11); cepen- 
dant je ne puis affirmer si c’est une structure particulière ou seulement 
le résultat de la contraction. 


Si nous poursuivons le cours du développement d’une Grégarine, nous 
trouvons en résumé ce qui suit : La Grégarine se change en psorospermies 
par la division ou par la division et la tranformation simultanée de son 
contenu. Dans le premier cas, que nous voulons seul prendre en consi- 
dération, nous découvrons dans la psorospermie encore les grains de la 
Grégarine dont elle naquit. La psorospermie ne montre pas encore de 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 93 


nucléus-ni de membrane; ce n’est qu'une pièce fusiforme d’une masse 
gélatineuse transparente avec des grains éparpillés. Les grains disparais- 
sent peu à peu, et une-membrane enveloppante devient de plus en plus 
apparente. Le contenu limpide s'étend à travers toute la psorospermie : 
c'est le degré de développement où elles se trouvent ordinairement et où , 
selon toute apparence, elles restent bien longtemps. Après, le contenu 
uniforme subit une division continue, jusqu’à ce qu’il soit transformé 
en de petits grains; alors il se comprime vers le milieu de la psoro- 
spermie et apparaît-sous la forme d’une agglomération sphérique. Enfin 
la membrane enveloppante subit un changement : elle commence à s’atro- 
phier, et les lambeaux se détachent du contenu pour ne plus trouver 
d'autre emploi. Nous voyons les nucléus libres dans le kyste. Jusqu'ici on 
peut poursuivre directement le phénomène; mais, par une série de faits, 
il nous est permis de déduire l'avenir prochain des nucléus libres. Nous 
pourrions nous en dispenser, s’il était possible de procéder par leur déve- 
loppement artificiel. Nous trouvons maintenant dans la cavité abdominale 
des Lombrics, à ce qu’il paraît en quantité égale avec les psorospermies, des 
amibes, dont la grandeur variable répond complétement à celle des nucléus 
libres. Leur substance finement granuleuse et gélatineuse pourrait les 
faire confondre aisément avec les nucléus eux-mêmes, si elles ne s'en 
distinguaient par un caractère spécial : leur mobilité. Pour prouver leur 
identité, on peut encore-alléguer ce: qui suit : en ouvrant la cavité abdo- 
minale des Lombrics ; on rencontre souvent des agglomérations blanches, 
que de prime abord on croirait être des kystes: à psorospermies, puisque 
leur grandeur est la même. (PI. VIT, fig. 4.); mais en examinant de plus 
près, on découvre que ce sont des amas d’amibes innombrables de la 
plus petite espèce; car on voit que les contours de ces agglomérations ne 
restent pas les mêmes, mais changent continuellement de forme. (PI. VIF, 
fig. à.) Les amibes se rencontrent le plus souvent dans la partie posté- 
rieure du Lombric, justement Rà où les kystes à psorospermies se trouvent 
en graride .quantité. Les amibes-montrent dans leur forme tous les pas- 
sages aux Grégarines, de manière que, pour quelques-unes d’entre elles, il 


est douteux si on doit les considérer comme des amibes ou comme des Gré- 
Tous XXVI. 4 


26 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


garines. Il ÿ a des amibes qui possèdent les trois espèces de grains des 
Grégarines : les unes contiennent des grains sphériques, d’autres des 
grains elliptiques au diamètre longitudinal double de celui de la largeur, 
d’autres, enfin, des grains d’une petitesse extrême. Il y a aussi des Gréga- 
rines qui, comme les amibes, n’ont pas de membrane enveloppante appré- 
ciable, mais un nucléus distinct (pl. VIF, fig. 13 et 14) et qui font glisser 
leur substance, forment des appendices et les retirent de nouveau à l'instar 
des amibes. Parmi ces corps, quelques-uns possèdent la masse granuleuse 
particulière et le mode de se mouvoir des Grégarines, et se rapprochent 
des amibes par le manque de nucléus et d’une membrane distincte. Pour 
pouvoir donner un nom à ces formes transitoires douteuses, on a reconnu, 
comme signes nécessaires d’une Grégarine, l'existence d’un nucléus, qu’il 
y ait une membrane enveloppante ou non, et on nomme amibes tous ces 
corps qui ne possèdent pas de nucléus, quelles que soient la masse granu- 
leuse et leur manière de se mouvoir. Mais la preuve de l'identité ; ici comme 
ailleurs, ne peut être fournie qu’au moyen de recherches morphologi- 
ques. Avec l’histoire du développement des Grégarines l’engendrement des 
amibes se trouve expliqué pour la première fois. 

Ce n’est qu’en passant que je fais ici mention d’une assertion de Stein 
au sujet de l'absence du nucléus chez quelques jeunes Grégarines. Il pré- 
tend que cette absence ne dépend que de ce que l’eau, pénétrée dans la 
cavité du corps, dissout le nucléus qui se trouve encore dans un état de 
mollesse. Je répondrai à cette objection que les formes de ces animaux 
chez lesquels j'ai recounu l’absence du nucléus comme caractéristique, je 
ne les ai jamais étudiées dans l’eau, mais bien dans le liquide du Lombric 
où elles vivent. De cette manière il ne reste plus de doute. Mais il me 
faut pourtant constater ici que l’assertion de Stein n’est pas fondée sur 
des expériences; il envisage les choses de cette manière, parce que cela 
convient justement. J'ai examiné les nucléus d’un grand nombre de Gré- 
garines récentes et anciennes, je les ai broyées d’abord dans la liqueur où 
elles vivent, j'ai traité les nucléus isolés de cette manière par de l'eau 
de puits et par l’eau distillée, sans être jamais parvenu à en dissoudre un 
seul. 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 97 


Cependant je suis bien loin de prétendre que toutes les amibes naissent 
de psorospermies ou que toutes les Grégarines se développent d’amibes. 
En attendant que des recherches ultérieures tranchent ces questions, on 
peut admettre que les amibes des eaux naissent des psorospermies des 
poissons et que ces phénomènes doivent leur origine aux amibes trans- 
formées en Grégarines. 


Les psorospermies des lapins. 


L'histoire du développement des psorospermies du. Lepus cuniculus n’est 
pas encore faite, Elle se trouve même dans un état moins avancée que celui 
qui a été signalé par, Stein à l'occasion des psorospermies du Lombric, 
« que les matériaux nécessaires se trouvaient prêts en majeure partie et 
n'exigeaient que le discernement et l'explication. » 

Les formations en question ont été découvertes par Hake (A treatise on 
varicose capillaries, as conslituting the structure of carcinoma of the hepatic ducts. 
With on account of a new form of the pus globules. London, 1839). Nasse cite 
ce passage en y ajoutant quelques remarques dans Müller's Archives, 1845 , 
p. 210. Hake donne une description exacte des psorospermies, et il a‘vu, 
en outre, des membranes enveloppantes sans nucléus et des nucléus sans 
enveloppes. Il lui paraît vraisemblable qu’elles prennent leur origine dans 
des veines capillaires variqueuses. Il les a retrouvées dans l'estomac et 
dans le duodenum , malgré la petite altération de forme amenée par l'effet 
de la digestion. Il les considère comme des globules de pus. Nasse les 
ayant le premier mesurées exactement, réfute l'opinion de Hake, et conclut 
de leur forme et de quelques réactions chimiques qu’elles ressemblent 
plutôt à des cellules de cartilage. De plus, il fait mention de leur manière 
de se décomposer : « On peut, » dit-il, « la déduire facilement des com- 
posants microscopiques des vieilles dépositions, les grains du nucléus se ré- 
partissent, dans la substance enveloppante, qui se rétrécit en même temps 
pour disparaître tout à fait. » Mais il ne fait aucune mention de leur origine. 

Remak les trouva dans des groupes qui paraissaient entourés d’une 


28 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


membrane, et offraient tantôt la forme d’un pivot, tantôt se bifurquaient. 
( Diagnostische und pathogenetsche Untersuchungen. Berlin, 1845, p. 239.) 
Il les remarqua dans les capsules de Peyer, de l’appendice vermiforme 
et des parois du jejunum, et les trouva exactement conformes au volume . 
et à la forme des glandes de Lieberkühn avec lesquelles elles étaient im- 
mergées dans la muqueuse. Remak les considère comme une espèce par- 
ticulière d'organisme parasitique semblable aux psorospermies de Müller, 
et incline, par suite de ses observations, à faire naître ces vésicules dans 
l'intérieur des cylindres épithéliales qui tapissent les glandes de Lieber- 
kühn et les conduits bilifères. 

Les connaissances que l’on possédait déjà sur la nature des psorosper- 
mies ont été enrichies par une découverte due à Kauffmann (Analecta ad 
tuberculorum et entozoorum cognitionem auctore Guilelmo Kauffmann. Berolini, 
1847. Dissert. inaug.). Il observa un développement particulier de leur 
nucléus, après les avoir.gardées dans de l’eau pendant quinze jours. Le 
nucléus se divisa insensiblement en trois ou quatre corpuscules, qui de 
nouveau se transformèrent en psorospermies, et grandirent dans leur 
enveloppe commune. Il réussit à faire sortir par la pression ces psoro- 
spermies nouvelles de cette enveloppe (p. 20). Il croit que ces cellules sont 
engéndrées par l'organisme lui-même et qu’elles font une maladie pareille 
à la tuberculose. Jam antea professus sum, illas formationes in hepate eadem 
tubercula, quae phthisis tuberculosae principium indicant , me non habere , tamen 
illum morbum processu ad modum simili produci, maxime esse verisimile, negare 
non possum. Il définit la division spontanée des psorospermies comme un 
produit d’une activité vitale anomale, et ne l’a jamais pu retrouver dans 
l'intérieur des lapins. 

Certains auteurs ont cru que les psorospermies sont des. œufs de quelque 
helminthe. Küchenmeister (Virchow , Archiv für pathol. Anatomie , tome IV, 
p. 94) a énuméré les diverses opinions émises sur ce sujet et a tâché de les 
réfuter. I] prouve par leur dimension que ce ne sont pas des œufs de 
distomes; les œufs de distomes mesurent 0,020 à 0,022//, tandis que 
les psorospermies n’offrent qu’un diamètre de 0,015 à 0,016//'. Jen ai 
observé moi-même qui avaient 0,02//’ de diamètre de longueur. Küchen- 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 29 


meister ajoute que ce ne sauraient être des globules de pus; il les compare 
au pus des lapins produit par un onguent irritant. Il finit par les envisager 
provisoirement comme des œufs de nématodes. 

Virchow, dans une lettre adressée à Küchenmeister (Loc. cit., p. 84), 
laisse dans le doute si ce sont des œufs de nématodes ou des organisations 
propres et de l'espèce des psorospermies. 

Voilà, en somme, ce que nous possédons jusqu’à nos jours sur ces for- 
mations spécifiques dans l'organisme des lapins. De plus , on a observé par- 
fois, en compagnie avec ces formations , des enveloppes vides et des corps 
globuliformes qui avaient une certaine ressemblance avec les nucléus. 

La diversité des opinions émises par les auteurs qui les regardent tantôt 
comme des globules de pus, tantôt comme des œufs entozoaires, nous 
fournit la preuve qu’on ignore d’où elles naissent et ce qu’elles deviennent. 

Suivent maintenant les observations qui éclaircissent leur nature. 

Dans les parois du gros intestin de certains lapins, on découvre à l'œil 
nu, sur la surface extérieure, des amas de grains jaunâtres et extrême- 
ment fins, associés souvent en groupe de cinq à dix; parfois ils sont 
étendus sur un petit espace, d’autres fois sur tout le gros intestin. Ces amas 
deviennent plus distincts, si l’on ôte la partie du péritoine qui les recouvre. 
Au moyen du microscope, on les reconnaît pour des kystes qui, pour la 
plupart, possèdent une enveloppe extrêmement fine et un contenu varié. 

Les uns renferment des corps granuleux extrêmement petits, plongés 
dans une substance glaireuse, et répartis sans distinction dans tout l’inté- 
rieur du kyste. (Voir pl. X, fig. 3.) La grandeur diamétrale de ces kystes 
globuliformes est à peu près la même que celle des glandes du gros intes- 
tin. Ils se trouvent dans les glandes du gros intestin aussi bien que les 
formes suivantes. D’autres kystes montrent les corps granuleux arrangés 
dans des amas plus ou moins nombreux et de grandeur variée. (Même 
planche, fig. 9.) Dans d’autres, on aperçoit les mêmes corps déjà répartis 
en amas approximativement égaux, de sorte qu’ils égalent à peu près les 
psorospermies par leurs diamètres de longueur et de largeur. Si l’on fait 
crever une telle agglomération par une faible pression, on voit une grande 
quantité de corps qui possèdent parfaitement la configuration des psoro- 


30 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


spermies, seulement ils n’ont ni enveloppe extérieure , ni aucune trace 
d’une formation de nucléus. (PI. 1X, fig. 16.) Quelques-uns d’entre eux 
offrent une enveloppe gélatineuse, transparente , mais dont les contours ne 
sont pas aussi distincts ni si précis que dans les psorospermies parfaites. 
Ces psorospermies incomplètes se trouvent quelquefois dans le même kyste 
avec des psorospermies achevées. Parfois aussi on rencontre quelque kyste 
qui contient les corps que je viens de décrire et d’autres extrêmement 
semblables qui montrent une membrane enveloppante aussi distincte que 
les psorospermies. (Voir pl. X, fig. 6.) Parmi eux il y en a qu’on pren- 
drait pour des psorospermies, si le nucléus n’avait pas une forme plutôt 
elliptique que globulaire; il est toutefois produit de cette masse granu- 
leuse mentionnée. Enfin, il en paraît encore d’autres où cette masse gra- 
nuleuse forme distinctement le nucléus des psorospermies. (PI. IX, 
fig. 22.) Il n’est pas rare de trouver dans le cœcum des agglomérations de 
psorospermies libres, sans adhérence aux parois de l'intestin; d’autres 
agglomérations sont encore recouvertes de la couche épithéliale de l'in- 
testin, mais l’ont déjà soulevée au-dessus du plan environnant, de manière 
à former une petite élévation; d’autres, enfin, se sont déjà levées telle- 
ment qu’elles paraissent être sur le point de se détacher. Quelquefois 
aussi on observe bien clairement ces phénomènes dans l'intérieur de la 
vésicule du fiel, où les agglomérations des psorospermies , retenues en- 
semble par une substance gélatineuse, flottent dans la bile sous forme 
d'amas blancs. Si l’on étend sur un porte-objet la vésicule ouverte dans 
le sens de sa longueur, de manière que la paroi intérieure se trouve en 
haut, l’on découvre souvent sur la muqueuse des élévations qui se dis- 
tinguent par une couleur jaunâtre, et offrent un contour précis; on les 
voit même reluire déjà à travers la vésicule avant de l'avoir ouverte. Sous 
le microscope, on reconnaît des vésicules à membrane fine et de gran- 
deur bien différente, qui ont le même contenu que celles qui se rencon- 
trent dans les parois de l'intestin. Les unes contiennent une substance 
légèrement jaunâtre et uniforme, pourvue de petits grains; d’autres offrent 
la même substance partagée dans des amas de différente grandeur; dans 
d’autres encore on trouve des corps globulaires ou elliptiques, dela gran- 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 31 


deur et de la forme des psorospermies, mais encore sans membrane et 
sans nucléus ; dans d’autres enfin, on voit les corps elliptiques entourés 
en partie d’une substance transparente gélatineuse, en partie d’une mem- 
brane parfaite, accompagnés en même temps de psorospermies complètes ; 
il y en a aussi dans lesquels on ne trouve que des psorospermies. 

La même chose se présente dans les conduits bilifères, dont on voit 
les parois fortement épaissies lorsqu'on les ouvre soigneusement dans la 
longueur; il arrive que, par ce procédé, quelques kystes sont détruits, 
et alors on trouve à la fois tous ces éléments énoncés. Le plus souvent on 
trouve des kystes à psorospermies parfaites. Quelques-unes de ces der- 
nières offrent une forme particulière. Les nucléus perdent en partie leur 
aspect granuleux et s’éclaircissent dans un ou plusieurs endroits. (Voir 
planche IX, fig. 7.) Or, on trouve de ces nucléus tout à fait solitaires 
et en même temps des conques fendues vides. 

On ne saurait méconnaître que ce sont des nucléus détachés; ils peu- 
vent être distingués très-bien de ces corps qui ont une forme ou bien 
globulaire ou elliptique et la même masse granuleuse que les kystes 
entiers, qui n’ont pas encore éprouvé de changement. 

Outre ces nucléus libres, on trouve encore des vésicules qui ont à peu 
près le diamètre double, même un peu plus grand, mais dont le contenu 
est le même pour la forme, et encore une foule de vésicules qui tiennent 
le milieu entre ces deux corps, de manière que les nucléus semblent 
croître peu à peu et se changer en ces vésicules. Les dernières n’ont pas 
toujours la forme sphérique, mais aussi des formes tout à fait irrégu- 
lières, qui, lorsqu'elles sont mises dans l’eau, reprennent la première, et 
crèvent plus tard presque toutes en versant une partie du contenu et 
paraissent déchiquetées au bord. Voilà le seul mouvement que j'aie pu 
remarquer. Il se fait bien lentement, et il faut faire grande attention pour 
l’apercevoir. 

Si , au lieu de mettre les vésicules en question dans de l’eau, on les met 
dans le fiel,-on ne s'aperçoit pas d’un tel mouvement, supposé qu’on ait 
puisé les vésicules dans les conduits bilifères. Dans les parois du canal 
intestinal, elles paraissent quelquefois en société avec des psorospermies 


32 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


mûres. D’après cela, le mouvement et la rupture des vésicules paraît donc, 
dans les cas en question, dépendre de l’endosmose. 

Parfois j'ai trouvé dans les conduits bilifères et dans la sécrétion du 
jejunum des vésicules de la même grandeur, mais qui se distinguaient de 
celles que nous venons de décrire, en ce que leur superficie entière était 
munie de cils au moyen desquels elles étaient capables de faire des mou- 
vements comme font les embryons des distomes. Je n’ai aucune raison de 
mettre ces corpuscules en rapport avec ceux dont il s’agit ici, d’autant plus 
que les embryons des distomes qui logent, d’après Bremser, dans les 
lapins sont encore inconnus. Les œufs de Passalurus ambiguus peuvent faci- 
lement être distingués de ces vésicules, et certainement ils ne paraissent 
que fort rarement dans les conduits bilifères. 

Sans doute, les psorospermies ne périssent habituellement dans les 
conduits bilifères. Une preuve de ce fait est fournie par ces agglomérations 
tuberculeuses qui sont composées de masses dépourvues de structure, 
mélangées avec des restes des enveloppes des psorospermies et des pso- 
rospermies délabrées. La substance de ces masses peut souvent encore 
être distinguée , et l’on reconnaît leur origine des psorospermies ou des 
kystes, qui ne contenaient que de la substance gélatineuse avec un contenu 
finement granuleux. Il y a quelquefois aussi des cristaux parsemés dont 
la forme n’est pas bien reconnaissable, à cause de leur petitesse. Les 
psorospermies concomitantes contiennent des globules ou des corpuscules 
irréguliers qui, par leur extérieur, ressemblent à des globules d'huile. 
(Voir. planche IX, fig. 5 et 6; planche X, fig. 8.) Elles manquent de 
nucléus, et la substance qui les remplit ressemble à la masse environ- 
nante sans structure et diffère beaucoup de la substance de celles qui 
ont le pouvoir de se développer, pendant que les psorospermies récentes 
s’écoulent pour la plupart comme une masse semblable à du pus; lors- 
qu’on ouvre les canaux, le conglomérat des autres au contraire est solide 
et pas du tout liquide. 

J'ai trouvé aussi quelquefois dans les conduits bilifères des enveloppes 
vides d’une telle grandeur qu’on ne peut l’attendre d’une seule psorosper- 
mie; elles n'avaient pas de structure; leurs: paroïs étaient fort minces et 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 33 


plus ou moins pliées; parfois il y avait en outre une psorospermie déve- 
loppée. (Voir planche IX, fig. 8.) 

Dans le jejunum, comme dans le côlon, il y avait encore des psorosper- 
mies qui, outre leur membrane connue, paraissaient en avoir une seconde 
immédiatement en dessous de la première et qui possédaient souvent des 
prolongements plus ou moins longs également sans aucune structure. Aussi 
des psorospermies non complétement développées, et ne possédant pas 
encore leur membrane enveloppante sont souvent enduites d’une telle 
membrane, soit en entier, soit en partie; quelquefois aussi cette mem- 
brane se détache lorsqu'on ‘fait agir une pression à travers le verre cou- 
vrant. Il n’est pas rare de voir trois ou plusieurs psorospermies, en- 
duites chacune d’une telle membrane, réunies ensemble. En examinant 
attentivement les kystes de l'intestin, on en rencontre quelquefois qui 
donnent l'explication de ce qui précède : ce sont des trabécules d’une 
membrane gélatineuse plus ou moins compacte qui forment une réunion 
de cellules semblables à un rayon de miel; ces cellules ont à peu près la 
grandeur des psorospermies et en contiennent encore qui sont en partie 
enfermées. 

Dans la sécrétion du canal intestinal, et notamment dans le jejunum, 
non loin du côlon, je trouvai à plusieurs reprises des corpuscules qui 
étaient entourés d’une membrane et contenaient en dedans une masse gra- 
nuleuse et albuminoïde avec un nucléus distinct, nucléus qui ressemblait 
beaucoup à celui des Grégarines. Ils étaient de forme différente, mais ap- 
prochaient pour la plupart d’un globule ou d’un ellipsoïde. Je n’y vis point 
de mouvement. On ne les observe, du reste, que rarement. 

Je terminerai en disant que j'ai été à même de constater la justesse des 
observations de Kauffmann; en répétant ses expériences je suis arrivé aux 
mêmes résultats. Cependant, il me semble que cet auteur se trouve dans 
l'erreuren supposant que le procédé qu'il a observé le premier est ano- 
mal et n'arrive jamais dans l'organisme. 

J'ai abandonné une grande quantité de psorospermies dans de l'eau de 


puits ordinaire pendant quinze jours, au mois d'août; elles avaient changé 
Towe XXVL. ÿ 


= 


34 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


pour la plupart. A côté de beaucoup d’infusoires, nommément des amibes 
de la plus petite espèce, des paramécies, etc., se trouvèrent les formes 
suivantes : quelques psorospermies avaient le nucléus trois ou quatre fois 
entaillé (voir planche IX, fig. 18, 19, 20); d’autres avaient, en place du 
nucléus, de trois jusqu’à cinq corpuscules globulaires ; dans d’autres, ces 
corpuscules étaient elliptiques et un ou plusieurs étaient complétement 
développés sous forme d’une petite psorospermie dont le nucléus était 
évident. (Voir planche IX, fig. 21.) 

Si l’on envisage ces formes comme une série de développements, on 
voit d’abord le nucléus se changer, se fendre et subir un phénomène 
analogue à celui du sillonnement des œufs. Les globules prennent peu 
à peu la forme elliptique et s’entourent d’une membrane sans structure, 
au centre de laquelle le nucléus se forme successivement, et la psoro- 
spermie est achevée. Le tout grandit après, et les psorospermies sont fina- 
lement répandues par la rupture de la membrane commune. 


Les faits énoncés ne permettent plus de supposer que les psorosper- 
mies des lapins soient des œufs d’entozoaires. On ne voit pas d'œufs 
se multiplier par la division. Si Küchenmeister avait eu connaissance des 
recherches de Kauffmann, il aurait certainement établi une autre hypo- 
thèse. De même la supposition de Remak, que les psorospermies naissent 
d'un produit morbide de quelque formation épithéliale n’est plus sou- 
tenable. Aussi ne peut-on pas faire passer la destruction des enveloppes 
des psorospermies comme l'effet des liquides de l'estomac et de l'intestin, 
parce que les mêmes altérations de forme se rencontrent dans la vésicule 
du fiel et dans le foie. L’explication la plus simple et qui résulte de l’en- 
semble des faits, c’est de regarder les psorospermies des lapins comme 
les produits des Grégarines, et leurs différentes formes comme de diffé- 
rents degrés de développement. Rien ne s'oppose à cette interprétation. 

Les vésicules uniformément remplies d’un contenu finement granuleux 
répondent aux kystes des Grégarines dans lesquels la formation de psoro- 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 33 


spermies veut prendre place; celles au contenu sillonné sont analogues à 
celles du Lombric, dans lesquelles le phénomène de sillonnement est déjà 
introduit; les vésicules aux masses granuleuses sans enveloppes et de 
forme globulaire et ovalaire correspondent à celles du Lombric où le sil- 
lonnement est fini et où, pour l'achèvement des psorospermies, il ne faut 
plus qu’un léger changement de forme et la formation d’une enveloppe. 
Les psorospermies qui ont déjà leur enveloppe, mais manquent encore 
de nucléus, répondent aux psorospermies ordinaires et limpides; celles 
‘qui ont le nucléus parfait répondent aux psorospermies parfaites dans 
lesquelles le changement du contenu est tellement avancé qu’elles sont 
sur le point de sortir. Les nucléus libres de la plus grande variété de 
forme ont leur analogie dans les nucléus libres des psorospermies des 
Lombrics. 

Les nucléus libres grandissent, mais ne prennent pas la nature des 
amibes, et voilà une déviation qui peut-être se trouve aussi chez les Gré- 
garines des insectes, mais qui ne peut pas être démontrée, puisque, 
d’après les recherches de Stein, ces psorospermies ne se développent pas 
davantage dans l'organisme des insectes. Les vésicules au conténu fine- 
ment granuleux et avec un nucléus qui ne se rencontre que rarement dans 
les lapins et dont nous avons parlé plus haut, sont les Grégarines qui, 
jusqu’à présent, il est vrai, sont sans mouvement et ont peu de grandeur. 
Il est possible que les psorospermies ne se développent que rarement 
dans les lapins jusqu’à la forme des Grégarines, et c’est ce qui fait qu’on 
les trouve si rarement; mais il s’ensuivrait aussi que les Grégarines dé- 
veloppées en dehors des lapins s’introduiraient d’une manière quelconque 
dans ces animaux et subiraient tout de suite le changement en psoro- 
spermies. 

L'on voit que la conclusion per analogiam n'offre pas d’obstacles ; les 
phénomènes observés permettent de regarder aussi les psorospermies des 
lapins comme le produit de Grégarines. 


36 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


Les psorospermies des poissons. 


Ce n’est que depuis peu que l’on est fixé sur l’engendrement des pso- 
rospermies des poissons, que Jean Müller avait découvertes le premier 
dans l'orbite d’un jeune brochet, quoique Müller lui-même eût déjà 
trouvé des kystes (Uber eine eigenthümliche parasitische Bildung mit specifisch 
organisirien Samenkürperchen. Müizer’s Arcmv, 1841, p. 477) qui indiquent 
le mode de développement, c’est-à-dire des kystes qui, outre les psoro- 
spermies, contenaient aussi beaucoup de grains globulaires (MWüller's 
Archiv, 1842, p. 193). Depuis on a observé encore des psorospermies 
dans beaucoup de poissons de mer et d’eau douce (voir la compilation 
exacte dans l'ouvrage de Charles Robin : Histoire naturelle des végétaux para- 
sites, Paris, 1855, p. 291-321), sans qu’on ait trouvé des faits concer- 
nant leur développement, jusqu’à ce que Dr. Franz Leydig (Uber Psopo- 
spermien und Gregarinen dans Müller's Archiv, 1851, p. 221, etc.) publiât 
ses découvertes. Leydig dit avoir fait les observations suivantes dans la bile 
de Squatina angelus : 

1° Des vésicules rondes avec une liqueur de quelque consistance et 
des grains fins, grands de 0,0135-0,054//'; 

2° Les mêmes vésicules, qui contenaient dans leur intérieur plusieurs 
autres vésicuies complétement limpides; 

5° Les mêmes vésicules, dont les vésicules intérieures contenaient une 
psorospermie; 

4 Les mêmes vésicules, dont le contenu granuleux avait presque dis- 
paru et dont les vésicules intérieures avec leurs vésicules intérieures les 
remplissaient presque totalement. | 

De plus, Leydig trouva de pareilles vésicules dans le Spinax vulgaris, dont 
le contenu était réparti inégalement; dans le Torpedo narke encore avec 
d’autres vésicules contenant une psorospermie; dans le Raja batis les 
mêmes corps et avec des psorospermies d’autre forme; dans le Scyllium 
canicula les mêmes vésicules avec beaucoup de psorospermies enveloppées 
dans d’autres vésicules. 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 37 


Je n'ai pu remarquer les faits énoncés par Leydig dans les poissons 
d’eau douce, quoique j'aie examiné beaucoup d’espèces. C’est le brochet 
(Esox lucius) qui a servi surtout à ces recherches. 

J'ai trouvé sur les branchies de ce poisson des vésicules qui avaient 
0,51!! de long et 0,17! de large et dont le contenu variait. Les unes ne 
contepaient que des psorospermies en partie sans queue, en partie avec une 
queue (souvent ces deux espèces se trouvaient pêle-mêle dans un kyste); 
les autres ne contenaient pas de trace de psorospermies, mais plutôt les 
grains que J. Müller avait observés à côté des psorospermies ; enfin, il y 
avait des vésicules qui renfermaient en même temps des grains et des pso- 
rospermies en proportion variée : on trouvait peu de psorospermies avec 
une grande masse granuleuse ou beaucoup de psorospermies avec une 
petite masse granuleuse. Aux psorospermies, je ne trouvais d'autre diffé- 
rence que celle qui a été signalée déjà par J. Müller, c’est-à-dire qu'il y 
avait aussi des psorospermies sphériques ayant ordinairement le même 
contenu. 

Dans la vessie fellique du brochet, je vis, à différentes reprises, des 
corpuscules globulaires diaphanes qui avaient la faculté de déplacer leur 
substance et de former des prolongements fort obtus; ils ne semblaient 
avoir ni structure, ni nucléus, ni membrane enveloppante. Ce sont sans 
doute des amibes; j'en trouvai deux ou trois dans une goutte de bile, 
mais ce n’était que dans des individus rares. Je puis assurer que ces corps 
provenaient de la bile, ayant pris la plus grande précaution pour pré- 
venir tout mélange. 

Je citerai encore une observation de Dujardin (Histoire naturelle des Hel- 
minthes ou vers intestinaux; Paris, 1845, p. 644), au sujet des psorospermies 
du Cyprinus erythrophthalmus : « Au lieu d’être contenues dans de petits 
» kystes, elles sont disséminées dans une substance glutineuse presque 
» diaphane, décomposable par l’eau, analogue à celles des amibes, et 
» formant des végétations ramifiées longues de 1°",25 à 1®",50 sur les 
» lamelles des branchies. Je n'ai pas vu de membrane enveloppante, non 
» plus que sur les amibes, et il m’a semblé que cette végétation, avec les 
» psorospermies contenues, constitue une production animale distincte. 


38. ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


» Peut-être faut-il ranger parmi ces productions celles qu'on observe fré-. 
» quemment dans les testicules des Lombrics. » 

J’amplifierai les conjectures de Dujardin en me servant des observa- 
tions de Müller, de Leydig et des miennes. 

Les corpuscules décrits par Leydig répondent à ceux des kystes de 
Grégarines, des Lombrics dans lesquels la formation de psorospermies 
n'a pas encore commencé. Ce ne sont pas les Grégarines elles-mêmes, 
comme Leydig la cru, car il n'indique pas le nucléus ni le mouvement. 
Les vésicules trouvées par moi ne renfermant qu’un contenu granuleux 
sont de même analogues aux kystes sans nucléus, mais avec un contenu 
granuleux, dans lequel la transformation en psorospermies doit avoir 
lieu. Les kystes décrits par Jean Müller, qui contenaient simultanément 
des psorospermies et de la masse granuleuse, ainsi que ceux que Leydig 
trouva, répondent à ces kystes du Lombric où la formation des psoro- 
spermies a déjà commencé. 

Le développement des psorospermies des poissons correspondant au 
développement des psorospermies des Lombrics est encore inconnu. Mais 
il y a des amibes aussi bien dans les poissons que dans les Lombrics. Des 
formes transitoires entre les amibes et les Grégarines des poissons n'ont 
pas encore été observées jusqu’à présent. 

Comme on le voit, l’analogie est frappante et assurément, en suivant 
Leydig, on peut comparer les parasites des poissons dont il vient d'être 
question avec ceux des Lombrics. 


ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 39 


POST -SCRIPTUM. 


J'ai eu l'honneur, il y a quelque temps, de présenter à l’Académie une 
notice dans laquelle je disais avoir vu éclore des Grégarines de psoro- 
spermies, de grenouilles et de poissons; je nai pu vérifier jusqu’à pré- 
sent ce fait sur les psorospermies des Lombrics. 11 est possible que dans 
une psorospermie de Lombric naissent ou bien plusieurs Grégarines ou 
seulement une seule; cependant nos connaissances actuelles ne permet- 
tent pas d'établir une conclusion précise. Parmi les corpuscules mobiles 
que l’on rancontre dans la cavité péritonéale des Lombrics et que, dans 
mon Mémoire, j'ai nommés amibes, il y en a peut-être qui sont de 
jeunes Grégarines et les autres peuvent avoir encore une autre significa- 
tion. Il est certain qu’il y a de jeunes Grégarines qui ont cette forme et ce 
mouvement, ce dont on s’assure facilement par l'observation des Gréga- 
rines de la vessie urinaire du brochet. Il est aisé en effet de trouver des 
Grégarines depuis la grandeur de celles qui éclosent des psorospermies , 
jusqu’à une grandeur telle qu’on peut les reconnaître à l'œil nu; on pour- 
rait confondre les plus petites avec des cellules des tissus de la vessie uri- 
naire, dans lesquelles des phénomènes de diffusion produisent ce mouve- 
ment. Pour se détromper, il suffit de voir si l’on peut distinguer dans leur 
contenu des cristaux rougeûtres de la forme de l’hématoïdine, que Funke 
représente dans son Atalas zur physiologischen Chemie (planche VE, fig. 5); 
les cristaux se trouvent dans les Grégarines les plus petites comme dans 
les plus grandes, et ne paraissent jamais dans aucune cellule de la vessie 
du brochet, pas plus que dans les corpuscules du sang. Les cristaux du 
sang des poissons que Kôlliker a observés dans l’intérieur des corpus- 
cules du sang et que Funke annonçait plus tard être des cristaux d'héma- 
globuline, ont une tout autre forme (voir planche X, fig. 5,) : or, les 


40 ÉVOLUTION DES GRÉGARINES. 


petites Grégarines de la vessie urinaire offrent les mêmes mouvements que 
les corpuscules en question des Lombrics. Une autre partie de ces corpus- 
cules est peut-être analogue à ces formations globulaires qu'on trouve 
libres dans la cavité péritonéale des naïdes, qui n’offrent cependant aucun 
mouvement et dont la signification est restée tout à fait inconnue jusqu’à 
présent. 

Si l’on se rapporte à la définition que G. Ehrenberg donne des amibes, 
les jeunes Grégarines en diffèrent évidemment, mais il n’en est pas de 
même de la définition de Dujardin. Selon Ehrenberg , les amibes avalent 
des corps étrangers comme corps alimentaires, et il a vu entrer des parti- 
cules d’indigo dans toutes ces espèces d’amibes. Pour les Grégarines, 
j'ai vainement tenté cette épreuve, et je n’ai pu trouver des amibes, telles 
que les décrit d'Ehrenberg, ni dans les Lombrics, ni dans les vessies uri- 
naire et biliaire des poissons. 

D’après Ehrenberg, les amibes ont de plus un organe glandulaire que 
d’autres naturalistes nomment nucléus. J’ai vu cet organe dans plusieurs 
formes d’amibes, et même j'y ai pu distinguer parfois un nucléolus. De 
telles formes offrent complétement l’image d’une cellule, comme le font 
aussi plusieurs formes de Grégarines; mais elles possèdent la faculté d’in- 
corporer de l’indigo, et voilà la seule différence qu’il m'a été possible 
de constater jusqu’à présent entre certaines formes d’amibes des infusions 
et certaines formes de Grégarines 1. 

Je prie les lecteurs de modifier d’après ceci tout ce qui, dans le cours 
de mon Mémoire, ne coïncide pas avec des recherches plus récentes. 


N. Lieperkunx. 


1 Voy. les détails dans les Bulletin de l'Académie, 1. XXI, 1"° partie, p. 168, Müllers Archiv., 
1854, pp. 1-24-349-368. 


FIN. 


EXPLICATION DES PLANCHES. 


PLANCHE L 


Fig. 1. Grégarine du testicule de Lombric. (Gross. 330 Obh.; 244 Berlin.) 
2, — du même lieu avec un renflement en forme de couronne. (40 Obh.; 524 Berlin.) 
3et6. —  velue avec le nucléolus évident. (Fig. 3, 200.— Fig. 6, 220 Obh.) 
4. Forme semblable sans poil. (300.) 
5. Grégarine très-longué avec un nucléus et des grains elliptiques. (160 Berlin.) 
7. Grégarine avec des poils coniques et pointues. (200 Obh.) 
8. L'appendice membraneux de cette Grégarine est une continuation de la membrane 
enveloppante d'où la masse granuleuse est sortie. (160 Obh.; 15/5553 Berlin.) 
9. Grégarine avec des stries longitudinales, dans laquelle aucun nucléus n'a été trouvé 
(220 Obh.; 5/5.55 Berlin.) 
10. Psorospermie dont le contenu est sur le point de se partager. (220 Obh.) 
11, 20 et 21. Globules sans membrane d’un même kyste dont le contenu est sillionné et 
préparé à la formation de psorospermies. (450 Obh.) 
12-16. Différents degrés de développement de psorospermies nouvellement formées. (450 
Obh.) 
17. Contenu d’une psorospermie. (450 Obh.) 
18, 19. Forme rare de psorospermie. (450 Obh.) 


PLANCHE I. 


Du testicule du Lombrie. 


Fig. 1-7. Différentes formes de psorospermies. 


8. Grégarine enkystée. (300 Obh.) 
9. Kyste avec des psorospermies et des globules de sillonnement pas encore changées. 


(300 Obh.) 
10. Kyste à psorospermies achevées. (300 Obh. 


Tome XXVI. 6 


42 


EXPLICATION DES PLANCHES. 


Fig. 11 et 15. Grégarine globuleuse observée en mouvement. 


12. 
14. 
1. 
16. 
17, 


20, 
21: 
23. 


Kyste avec des globules de sillonnement très-réguliers. (40 Obh.) 

Leurs grains. (450 Obh.) 

Les psorospermies isolées. (450 Obh.) 

Trois Grégarines avec nucléus et membrane pas encore enkystées (15 S.) 

18 et 19. Psorospermies à différents degrés de développement. 19 montre déjà le nucléus 
complet. (450 Obh.) F 

22. Nucléus libre, (450 Obh.) 

Forme extraordinaire de psorospermie avec nucléus complétement développé. (450 Obh.) 

Forme rare de kyste. (160 Obh.) 


PLANCHE HI. 


Fig. 1et 2. Globules qui se transforment en psorospermies. (450 Obh.) 


3, 
6, 
8. 
9, 
10. 
1 


12. 
15, 
14. 


15. 
19. 


Fig. 1, 
5, 

5. 

8. 

44, 


12, 


4,5. Jeunes mais très-grandes psorospermies. (450 Obh.) 

7. Amas de grains d’un kyste qui contenait aussi de psorospermies. (450 Obh.) 

Les grains isolés du kyste, fig. 11. (160 Obh.) 

Les globules limpides du kyste, fig. 11. (160 Obh.) 

Transformation avancée et globules. (160 Obh.) 

Kyste avec deux masses granuleuses séparées, sur la périphérie desquelles se sont rangés 
des globules limpides d’où naissent des psorospermies. (160 Obh.) 

Kyste avec des psorospermies et des globules de sillonnement pas encore transformées. 
(280 Obh.) 

16, 17 et 18. Psorospermies dans lesquelles les grains de Grégarine sont encore visibles. 
(450 Obh.) 

Petite Grégarine du testicule de Lombric. (450 Obh.) 

Grégarine enkystée, (300 Obh.) 

Contenu d’un très-grand kyste, composé de beaucoup de grains et de deux kystes com- 
plets à psorospermies et avec un globule de sillonnement. (160 Obh.; 5/:,55 Berlin.) 


PLANCHE IV. 


2, 4,10 et 7. Psorospermies dont l'enveloppe s'évanouit progressivement. (450 Obh.; 
5/s.53 Berlin.) 

9. Contenu libre. (450 Obh.; 5/5,53 Berlin.) 

Grégarine petite qui montrait clairement le changement de place du contenu de la con- 
traction de la membrane, (450 Obh.; 5/5.53 Berlin.) 

Nucléus d’une grande Grégarine globulaire (450 Obh. ; 5/s,55 Berlin.) 

13, 14, 16, 17 et 18. Différentes formes d'amibes. (Fig. 40-16, 450 Obh.; fig. 17, 450 
Obh.; fig. 18, 500 Sch.) 

15. Des kystes dans lesquels se trouvent un contenu granuleux et des globules gélati- 
neux, (Fig. 12, 200 Obh., 22%/5.55; fig. 15, 160 Obh,, 255,53 Berlin.) 


RTC PET 


EXPLICATION DES PLANCHES. 45 


Fig. 19. Forme particulière des psorospermies. (330 Obh.) 
20. Grégarine avec les nueléus distinets, qui montre un nucléolus. (450 Obh. ; 255.53.) 


PLANCHE V. 
Pris dans la cavité abdominale. 


Fig. 1. Grégarine qui s'est contractée au milieu, de manière qu’elle semble former deux portions, 
mais pouvait déplacer son contenu avec le nucléus d’un bout à l’autre. (330 Obh.; 
20/5.u3.) 

2. Grégarine velue sans nucléus appréciable. (450 Obh.) 
3. La même forme sans poils. (450 Obh.; 27/5,53.) 

4. Kyste dans l'acte du sillonnement. (200 Obh.; 255,55.) 
5. Amibe. 

6, 8. Psorospermies achevées. 

7. Psorospermies qui commencent à se former. 

10, 12. Des psorospermies. (Fig. 5-9, 450 Obh., %/s.; fig. 10, 12, 450 Obh.; fig. 45, 280 Ohb.) 

11. Amibe sans membrane et sans nucléus, mais avec les grains de Grégarine. (450 Obh.) 

13. Formation intermédiaire de l'acte de la formation des psorospermies. (280 Obh.) 

14. Kyste avec des globules de sillonnement (/ig. 9), des globules petits qui se changent en 
psorospermies (/ig. 15), et des corps qui possèdent déjà la forme des psorospermies et 
contiennent des grains de Grégarines. (Fig. 14, 280 Obh.) 

16, 24. Amibes de la cavité abdominale du Lombrie, vues en mouvement. (Fig. 16,450 Obh., 
245.55; fig. 24, 450.) 

17, 18. Corpuscules gélatineux mobiles avec des stries fines longitudinales. (450 Obh.. 
24/5.35.) 

19. Amibes contenant un corps étranger. (450 Obh., 24,/5.53.) 

20. Grégarine avec nucléus sans contenu granuleux, vue en mouvement. (450 Obh.; 245,53.) 

21, 22. Contenu de psorospermie libre d’un même kyste. (580 Obh., 2%4/5,53.) 

23. Enveloppe de psorospermie sans contenu. (580 Obh.) 

23. Variété rare d’une psorospermie développée. (450 Obh.) 

26. Amibe avec des grains de Grégarines oblongs. (450 Obh.) 


PLANCHE VI. 


Fig. 1. OEuf de nématode avec l'embryon développé. (450 Obh., 20/5.55.) 
2. Amibe avec des grains petits. (450 Obh.) 
5, 4. Amibes sans grains. (450 Obh.) 


44 EXPLICATION DES PLANCHES. 


Fig. 5. Kyste de psorospermies doublement enveloppé. (450 Obh.) 
6-15. Différentes formes de la même amibe en mouvement; prolongements variés, même 
jusqu’à la finesse de poils. (480 Obh.) 
16. Amibe à contenu finement granuleux, qui protend de la masse gélatineuse sans nucléus. 
(430 Obh.) 
17. Grégarine entourée de l'enveloppe velue. (450 Obh.) 
18, 19. Grégarine avec des grains extrêmement fins. (Fig. 18, 290, Obh.; fig. 49, 450 Obh.) 


PLANCHE VII. 


Fig. 1. Amibe avec des vacuoles. (330 Obh.) 
2. Kyste de Grégarines, A l’un des globules la formation de psorospermies a déjà commencé. 
(450 Obh.) 
3. Amibe avec des grains fins. (330 Obh.) 
4, 5. Amas d’amibes. (Fig. 4, 172 Obh.) 
6. Nématode sortant de la conque. (430.) 
7. Kyste de Grégarine, L'un des globules montre la première trace de la formation de pso- 
rospermies. 
8. Amibe limpide avec des vacules. (450 Obh.) 
9, 10, 15. Grégarines finement chevelues. (Fig. 15, 280 S.) 
11,12. Zygocystis cometa. (Fig. 42, 450 Obh.) 
13, 14. Grégarine sans grains et sans peau appréciable, formant des prolongements, comme 
des amibes. (580 Obh.) 


PLANCHE VII. 


Fig. 1. OEuf de la petile espèce de nématode de Lombrie, avec la vésicule germimative qu'on 
peut faire sortir par la pression. (450 Obh.) 
2. Apparemment l'œuf de la plus grande espèce de nématode de Lombric. 
3. Amibe avec des grains de Grégarine formant lentement ses prolongements. 
4. Grégarine. (450 Obh.) 
5. L'œuf du nématode aplati par le verre couvrant. 
6. Apparemment une Grégarine enkystée. 
7. Grégarine velue se détachant de l'enveloppe velue. 
8. Kyste avec des nucléus de psorospermies encore inaltérés. (450 Obh.) 
9. Psorospermie de sépia. (500 S.) 
10, Kyste de Grégarines avec formation de Grégarine évidente, Le nueléus se marque à tra- 
vers ses entours. (260 S.) 
11. Kyste à psorospermies parfaites. (260 S.) 
12. Grégarine enkystée de sépia (130 S.) 
43. Des psorospermies délabrantes du foie de lapin. 


EXPLICATION DES PLANCHES. 45 


Fig. 14. La même, nucléus plus développé. 
45. Masse granuleuse dont se forme la psorospermie. 
16. La même, mais traînée en longueur. 


PLANCHE IX. 


Fig. 1. Masse granuleuse entourée d'une enveloppe. 

2. La même. Le contenu granuleux se rend dans le milieu pour former le nucléus. (450 Obh..) 
3. Psorospermie parfaite avec nucléus. 
4. Forme rare de sporospermie. 
3,6. — de psorospermies délabrées du foie de lapin. 
7. Psorospermie plus développée. 
8. Psorospermie enfermée dans une enveloppe particulière. 
9. Écale de psorospermie. 

10, 11. Psorospermie. Nucléus plus développé. (Fig. 10, 450 Obh.) 

12. Masses granuleuses dont se forment des psorospermies du jejunum. 

13. —— — _ plus développées du même lieu. 

14. Kyste avec des psorospermies parfaites des parois du côlon. 

- 45, 16. Masses granuleuses dont se forment les psorospermies du jejunum. 
17,18,19, 20, 21. Psorospermies gardées pendant quinze jours dans de l'eau. Différents états 
de division du nucléus et formation de nouvelles psorospermies du nucléus. 
22. Psorospermie avec un nucléus. (Fig. 23.) 


PLANCHE X. 


Fig. 1. Kyste de psorospermies du jejunum. (160 Obh.) 
2, 7. Grégarine du jejunum de lapin (450 Obh.) 
3. Kyste de Grégarine du gros intestin. (160 Obh.) 
4. Corps particuliers avec des cils du jejunum et des conduits bilifères de lapin ; simulta- 
nément avec psorospermies. (330 Obh.) 
5, 9. La même plus tard. (160 Obh.) 
6. Psorospermies qui est sur le point de former son enveloppe. (330 Obh.) 
8. Psorospermies délébrantes des conduits bilifères. (330 Obh.) 
10. Kyste de Grégarines des branchies de brochet. 
11. Les psorospermies libres de ce kyste. (450 Obh.) 
12. Kyste de Grégarines, dans lequel se sont développées des psorospermies des branchies de 
brochet. (330 Obh.) 


PLANCHE XI. 


Fig. 1. Kyste de psorospermies des branchies de brochet. (220 Obh. ; 58.53.) 
2, 5, 4. Différentes formes de psorospermies de brochet. 


46 EXPLICATION DES PLANCHES. 


Fig. 5. Amibe de la vessie fellique de brochet. À 
6, 7. Les nucléus des psorospermies développés à des vésicules. 
8. La grande espèce de nématode de Lombric ; jeunesse, (450 Obh.) 
9, 10, 14. Amibes d’eau douce. (450 Obh.) 
12. La petite espèce de némathode de Lombrie. (450 Obh.) 
43. La grande espèce de nématode de Lombrie. (450 Obh.) 


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HISTOIRE NATURELLE 


DU 


TUBIFEX DES RUISSEAUX, 


DOCTEUR EN SCIENCES NATURELLES, DOCTEUR EN MÉDECINE, 
AGRÉGÉ DE L'UNIVERSITÉ DE LIÉGE, 


Toue XXVE. I 


HISTOIRE NATURELLE 


DU 


TUBIFEX DES RUISSEAUX. 


INTRODUCTION ET HISTORIQUE. 


Il est très-remarquable que le Tubifex rivulorum , animal que l'on trouve 
en si grande abondance dans presque tous les ruisseaux , ait si peu attiré 
l'attention des naturalistes. Cependant, d’une part sa grande transparence 
et de l’autre la facilité que l’on a de se le procurer, rendent son étude plus 
facile que celle des autres vers de la même famille. 

Dans ce mémoire nous nous proposons d'étudier le Tubifex rivulorum 
tant sous le rapport zoologique, qu’anatomique et embryogénique. 

Nous croyons que cette étude sera fructueuse et enrichira la science de 
quelques faits nouveaux ; car non-seulement elle nous fera connaître des 
formes anatomiques toutes nouvelles, mais encore elle jettera quelque 
lumière sur l’organisation interne des animaux appartenant aux familles 
si intéressantes et si peu connues des Lombricins et des Naïdes. 

Avant d'entrer en matière, jetons un coup d'œil rapide sur les travaux 
de nos devanciers et faisons connaître l’état de la science sur le sujet que 
nous nous proposons de traiter. 

C'est Bonnet! en France et Schæffer en Allemagne qui parlèrent les 
premiers des Tubifex rivulorum. Bonnet s’occupa de ces animaux, princi- 
palement pour tenter des expériences sur la reproduction après la scission 


1 Insectologie. T. 1* de ses OEuvres d'histoire naturelle, p. 219. 


4 HISTOIRE NATURELLE 


artificielle. Cet auteur ne nous donne aucun détail sur l’organisation des 
Tubifex ; mais il nous fait connaître plusieurs particularités de leurs 
mœurs et de leurs formes. 

Il les désigne de la manière suivante. « Vers blanchätres d’une troisième 
espèce qui périssent quand on les coupe en morceaux ou qu’on les mutile. » 
L'auteur décrit et figure les trous que ces animaux se construisent dans 
le sable des ruisseaux, la manière dont ils s’y tiennent, les vibrations 
qu’ils font exécuter à l'extrémité postérieure de leur corps, la propriété 
qu'ils ont de se rouler en spirale quand on les tourmente. 

Schæffer, dans un ouvrage ! que nous n’avons pas eu l’occasion d’exami- 
ner, est cité par le professeur Grube? comme ayant donné une figure et 
une description du Tubifex rivulorum , qu’il appelle Kleinen Wasseraal. 

Après lui Otho Müller5, cet observateur si judicieux des animaux 
inférieurs, classa notre ver dans le genre Lombric sous le nom de Lum- 
bricus Tubifex. La description de l’auteur que je viens de citer présente 
beaucoup d’imperfections; elle ne mentionne que deux rangées de soies, 
tandis que réellement il y en a quatre; mais la présence de ces quatre 
rangées de soies n’était pas déjà si facile à constater avec les moyens d'ob- 
servation que l’on possédait alors, pour qu’une erreur ne soit très- 
possible et très-pardonnable. 

À part cela, la description qu'Otho Müller donne de son Lumbricus 
Tubifex peut s'appliquer très-exactement au Tubifex rivulorum, et les figures 
qui accompagnent le texte, quoique imparfaites, ne peuvent laisser aucun 
doute sur l'identité de ces vers. Ce n’est que sous le rapport zoologique 
qu’Otho Müller a considéré le Lumbricus Tubifex ; il ne donne aucun détail 
sur son organisation interne. 

Lamarck#, dans son histoire naturelle des animaux sans vertèbres, 
sépara le Lumbricus Tubifex et le Lumbricus Lineatus du genre Lumbricus de 
Müller, pour en former un genre nouveau auquel il donna le nom de 


1 Abhandlungen von Insecten. Regenberg, 1764. 

2 Wiegmann's Archiv. 1844, 1, p. 211. 

5 Historia vermium terrestrium et fluviatilium. 1775, vol. I, p. 27, p. I. 

* Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, p. 225 de la première édition. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 5 


Tubifex ; il appela le premier Tubifex rivulorum, et le dernier Tubifex marinus. 

Quoique ayant une idée des plus inexactes de l’organisation de ces 
vers , il remarqua cependant la grande analogie qui existe entre eux et 
les Naïdes, et il les réunit à ces derniers pour en former la classe des vers 
Hispides. 

Nous croyons inutile de parler des travaux de Duges, car ses observa- 
tions sur les Tubifex sont très-incomplètes, et il applique ce nom à des 
animaux si divers qu’il est très-difficile de le suivre dans ses descriptions. 

Hoffmeister !, dans une dissertation publiée en 1842, rappela l'attention 
des naturalistes sur l’ancien genre Lombric de Müller, qu’il divisa en trois 
genres nouveaux, les Lumbricus, les Enchytreus et les Sœnurus, et il plaça 
le Tubifex rivulorum dans son nouveau genre Sænurus. Voici les caractères 
qu'il assigne à ce dernier genre : 

« Corpus tres, distincte annulatum, annulis raris, quadrifaciam ternis 
ad senis pedicellis inæqualibus aculeatum, numerus annulorum 140-160. 


Diaphragmata arcta, color sanguinis ruberimus. Ventriculus musculosus 
nullus. » 


Ce genre diffère du genre Lombric par l'absence du ventricule stomacal 
musculeux et par les soies qui sont d’inégale longueur; et du genre Enchy- 
treus par la couleur du sang et par les anneaux qui sont séparés distincte- 
ment les uns des autres. 

Les caractères spécifiques du Sœnurus variegatus sont, d’après le même 
auteur, les suivants : 


« Labro superiore dilatato, antice acuminato, corpore postice attenuato, 
pedicellis ordinis externi duplo longioribus quam interni; ovario 10-14 annu- 
um, papillae cum orificio oviductus in undecimo, diaphragmata arcta, hepar 
dissecantia intestinum constringentia. Longit. pocillum trium, plerumque 
minor. » 


Les détails anatomiques que le docteur Hoffmeister donne sur le Tubi- 
fex rivulorum sont incomplets et souvent très-inexacts; c’est ce que nous 
aurons soin de démontrer dans le cours de ce mémoire. 


1 De vermibus quibusdam ad genus lumbricorum pertinentibus. 


6 HISTOIRE NATURELLE 


Le même auteur a commis l'erreur de considérer comme identiques le 
Sœnurus variegatus et le Lumbricus variegatus de Müller. 

Le professeur Grube, dans un article publié dans les archives de Wieg- 
man, 18451, démontre parfaitement bien cette non-identité et établit que 
le Sœnurus variegatus du docteur Hoffmeister n’est autre que le Lumbricus 
Tubifex de Müller. 

À la fin du même article le professeur Grube fait ressortir la grande 
analogie qui existe entre le Sœnurus variegatus et les Naïdes; il croit qu’il 
forme un type intermédiaire entre cette dernière famille et les Lombricins. 
Le même auteur, dans un ouvrage récemment publié ?, classe les Tubifex 
parmi la famille des Naïdes sous le nom donné par Hoffmeister, et dans 
un tableau des genres il leur assigne les caractères suivants. 


Ohne kiemen, borsten bundelchen zweizelich, obere borsten haar und haken- 
formig , selten obere und untere hakenforming , blut lebhaft roth oder Roth- 
gelb. 


Le professeur Budge, de Bonn 5, s’est occupé du Tubifex rivulorum sous 
le point de vue anatomique ; il a donné la description des organes respira- 
toires et des organes génitaux. Ces descriptions, quoique plus exactes que 
celles du docteur Hoffmeister, laissent encore beaucoup à désirer; nous en 
parlerons quand nous traiterons de ces organes en particulier. 

Dans ce mémoire, nous nous proposons de donner d’abord la descrip- 
tion anatomique de chaque organe du Tubifex rivulorum; nous traiterons 
ensuite de son développement, et en dernier lieu nous donnerons quel- 
ques détails zoologiques. 

Nous avons conservé le nom de Tubifex à l'animal qui va nous occuper, 
parce que c’est sous ce nom que Lamarck le rangea le premier dans un 
genre particulier. Le nom de Sœnurus créé plus tard était inutile; le premier 
doit être conservé par droit de priorité. 


à PA D: 
? Die Familien des Anneliden mit angabe ihrer Gattungen und Arten, p. 146. 
5 Archives de Wiegmann, Jahr. XVI, 1°" Band. 


PREMIÈRE PARTIE. 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. 


TÉGUMENTS EXTERNES ET ORGANES DE LA LOCOMOTION. 


Les téguments des Tubifex rivulorum blancs et transparents ne présen- 
tent pas de reflets irisés comme cela a lieu chez les Euaxes et les Lom- 
brics. Ils sont composés, comme chez presque tous les Annélides, d’un 
épiderme très-mince et d’un chorion intimement uni à la couche mus- 
culaire sous-cutanée. 

L'Épiderme. — L'épiderme ! peut être vu quand on place l'animal sous 
le microscope, avec un grossissement assez fort, ét en pressant légèrement 
l'animal entre deux verres. Mais pour l’apercevoir plus nettement il faut 
l'isoler soit par la macération dans l’eau, soit par l’action d’une solution 
alcaline. L’épiderme se présente alors sous l'apparence d’une membrane 
mince, hyaline, parfaitement transparente, enveloppant tout l'animal, 
n'ayant des ouvertures qu’à la bouche et à l’anus ainsi qu’au-devant des 
faisceaux de soies ; ces dernières ouvertures sont allongées transversale- 
ment et de tout leur pourtour naissent des prolongements qui étendent 
l'épiderme jusqu’à l’intérieur des cavités où se trouvent les soies. 

L'épiderme présente au segment céphalique et au dernier anneau du 
corps près de l'anus, surtout chez les jeunes individus, de petits spi- 


1 Voyez pl. I, fig. 6, a. 


8 HISTOIRE NATURELLE 


cules ! très-difficiles à apercevoir; ces organes sont très-aigus et parfaite- 
ment transparents. 

Des spicules entièrement analogues existent chez toutes les Naïdes que 
nous avons observées et nous nous étonnons beaucoup qu'aucun auteur 
n’en ait encore parlé; chez le Chœtogaster limnei, Baer., entre autres, tout 
l’épiderme en est couvert; il est probable que ces organes servent à rendre 
le toucher plus délicat. 

Le Chorion. — Le chorion ? présente une épaisseur d’environ 0,02 de 
mill.; sous le microscope on le distingue parfaitement bien de la couche 
musculaire sous-cutanée par la couleur plus foncée de ses bords; il est du 
reste très-transparent, et paraît être formé par l’entre-croisement de fibres 
irrégulières le plus souvent fusiformes. 

La couche musculaire sous-cutanée 5 enveloppe le corps entier, elle est 
formée de deux plans de fibres, dont les unes sont circulaires et les au- 
tres longitudinales. Les premières occupent la partie supérieure et sont 
assez difficiles à apercevoir avec le secours du microscope ; il faut les sou- 
mettre à l’action de l'acide acétique pour bien constater leur existence. Ces 
fibres paraissent plus minces que les suivantes. 

Les fibres longitudinales se voient très-bien au moyen du microscope 
avec un grossissement de 200 à 500 diamètres ; elles sont assez volumi- 
neuses, sans stries transversales; mais quand l’animal se contracte forte- 
ment elles forment des ondulations. 

On ne rencontre pas chez le Tubifex rivulorum la couche moyenne de 
fibre musculaire entre-croisée qu’on trouve chez plusieurs annélides. 

Les muscles sous-cutanés produisent les mouvements vermiculaires du 
corps. 

Les Tubifex rivulorum présentent dans l’intérieur du corps des cloisons 
musculaires transversales # qui séparent les anneaux les uns des autres ; 
ces cloisons manquent seulement entre les 9we et 10m et les 10m et 11m 


Voyez pl. I, fig. 7. 
PL. I, fig. 6 b. 
PL. I, fig. 6 cet d. 
# PL IL, fig. 5 4. 


& 2, » 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 9 


anneaux. Quand les organes de la génération ont acquis leur parfait déve- 
loppement, partout ailleurs elles existent; elles sont minces, transpa- 
rentes, contractiles ; elles naissent de tout le pourtour de la réunion de 
deux anneaux, et se dirigent transversalement vers l’intérieur du corps 
pour entourer le tube digestif, à la manière d’un sphincter. 

Ces cloisons auxquelles je donne le nom de muscles diaphragmatiques, 
sont formées de deux plans de fibres, l’un antérieur et l’autre postérieur. 
Il n’est pas possible de suivre la direction des fibres qui entrent dans leur 
composition : il est probable qu'il y a des fibres circulaires et des fibres 
qui se dirigent des téguments vers le tube digestif. 

Les muscles diaphragmatiques sont traversés par le tube digestif, ainsi 
que, par les vaisseaux dorsaux et ventraux et par l'extrémité interne des 
organes sécréteurs !. 

Les muscles diaphragmatiques ont pour principale fonction de main- 
tenir le tube digestif et les autres organes internes à leurs places respec- 
tives. Ils facilitent aussi les mouvements vermiculaires, et établissent une 
séparation complète entre les différents segments du corps. Quand ils se 
contractent très-fortement, le corps devient moniliforme. Leur action est 
quelquefois assez énergique pour briser les vaisseaux. Outre le$ muscles 
diaphragmatiques , il y a encore quelques fibres musculaires qui se di- 
rigent transversalement de l’intérieur des téguments au tube digestif. 

Il existe encore deux autres espèces de muscles, dont les uns servent aux 
mouvements des faisceaux des soies , et les autres s’attachent au pharynx. 
Nous parlerons des premiers après avoir donné la description des fais- 
ceaux des soiïes; et des seconds quand nous parlerons du tube digestif. 

Des soies. — Les soies? sont réunies en faisceaux dans des petits sacs 
qui font saillie dans l’intérieur du corps, comme cela a lieu chez tous les 
Chétopodes. 

Les faisceaux de soies sont situés sur deux rangées longitudinales 
de chaque côté du corps; on les distingue en faisceaux dorsaux et en fais- 
ceaux ventraux, suivant qu'ils occupent les parties supérieures ou infé- 

‘ PL NH, fig. 5. 


2 PI, fig. 6, 7, 8. 
Towe XXVI. 2 


10 HISTOIRE NATURELLE 


rieures du corps. Les derniers se composent uniquement de soies à 
double crochet ou aiguillons, et les premiers d’aiguillons et de soies 
capillaires ou soies proprement dites. Cela n’a lieu que pour environ 
les 50 à 60 premiers anneaux du corps. Postérieurement les faisceaux 
ventraux et dorsaux sont uniquement formés d’aiguillons. Quelquefois 
les soies proprement dites manquent entièrement, est-ce une variété de 
l'espèce, ou bien ces soies sont-elles simplement tombées? 

La longueur des soies à double crochet ou aiguillons est d’environ 0,4 
de mill. Il n’y a pas de différence de longueur entre les aigullons des fais- 
ceaux dorsaux et ceux des faisceaux ventraux. 

Le nombre des aiguillons varie dans chaque faisceau. Le plus souvent 
on en compte de trois à sept, plus rarement de deux à huit. 

Les soies capillaires sont ordinairement au nombre de deux dans 
chaque faisceau, quelquefois cependant on en trouve trois, plus rarement 
quatre. 

La forme des aiguillons, comme l'indique la figure, est en S, très- 
légèrement courbé. L’extrémité externe, plus volumineuse que l’interne, est 
terminée par un double crochet. Vers la réunion du tiers externe avec le 
tiers moyen se trouve un léger renflement. La forme des aiguillons, dans 
chaque espèce de Chétopode, mérite d’être examinée avec soin; car presque 
partout elles présentent des différences notables, quoique se ressemblant 
beaucoup à la première vue. Ces différences peuvent devenir très-utiles 
pour distinguer les espèces. Oersted, dans son conspectus generum Naïdorum, 
a déjà parfaitement démontré ce que nous avançons en indiquant avec 
plus d’exactitude qu'on ne l’avait fait avant lui, la forme des aiguillons 
chez la plupart des Naïs. 

Les soies capillaires, dont le nom indique la forme, ne dépassent jamais 
en longueur la largeur du corps. C’est aux anneaux antérieurs qu’elles 
atteignent le maximum de longueur, surtout aux 4" et 5e anneaux; de là 
leur longueur va en diminuant jusqu’à ne plus dépasser celle des soies à 
double crochet. 

Les deux espèces de soies sont sécrétées par des glandes ou phanères 
qui sont une dépendance du chorion. Chaque faisceau de soies est ren- 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 11 


fermé dans une poche ! qui fait saillie dans l’intérieur du corps et qui 
est un prolongement du chorion. Les parois de ces poches sont couvertes 
d’un épiderme , mais le fond en est dépourvu. Du côté externe du fond de 
la poche?, on voit un amas de petites cellules au milieu desquelles se forme 
une soie qui grandit par sa base. Quand elle à atteint sa longueur, une 
autre se développe à son côté interne, Chaque soie reste adhérente au 
fond de la poche. Dans les faisceaux antérieurs et supérieurs, on voit se 
former de la même manière et les soies proprement dites et les aiguillons. 
Il est à remarquer que l’on trouve alternativement une soie capillaire et 
un aiguillon. 

Quant à la structure de ces organes, elle est peu appréciable; il faudrait 
des grossissements beaucoup plus forts que ceux dont on a coutume de se 
servir, pour en avoir une idée exacte. 

Nous dirons seulement que les aiguillons paraissent creux dans une 
partie de leur longueur, et que les soies capillaires sont formées par une 
certaine quantité de fibres très-minces, intimement unies entre elles. Chez 
quelques individus, nous avons rencontré ces fibres à l’état de désagréga- 
tion, de manière que les soies ressemblent à de petits plumets 5. Cette 
disposition est très-rare ; à peine l’avons-nous trouvée deux fois. 

Muscles des soies #. — Nous avons vu que les sacs-prolongements du 
chorion, qui renferment les faisceaux de soies, forment une saillie coni- 
que dans l'intérieur du corps. Du sommet de ces cônes se dirigent en 
rayonnant vers les téguments, de petites bandes musculeuses qui se réu- 
nissent à la couche musculaire sous-cutanée. Parmi ces petits muscles, 
ceux qui se dirigent directement , soit en avant, soit en arrière, sont plus 
longs que ceux qui se dirigent dans les autres sens. 

Les fonctions de ces muscles sont d’abord de faire saillir les faisceaux 
de soies hors des téguments, quand ils se contractent ensemble, ensuite 
d'imprimer aux faisceaux divers mouvements suivant que les fibres anté- 
rieures , postérieures ou latérales se contractent séparément. D’autres mus- 


! Planche If, fig. 6, a. 
? Même figure, b. 

3 PL If, fig. 8. 

# PI. IE, fig. 3. 


12 HISTOIRE NATURELLE 


cles s’attachent, d’une part, à la base des cônes formés par les petits sacs 
et, de l’autre, aux téguments internes près de la ligne médiane. Ils ont 
pour fonctions de retirer les soies dans l’intérieur du corps et de rétrécir 
l'ouverture des petits sacs qui les contiennent. 


SYSTÈME NERVEUX. 


Le système nerveux se distingue assez difficilement; il faut des recher- 
ches très-minutieuses pour parvenir à connaître sa disposition. Il se com- 
pose d’une partie centrale et d’une partie périphérique. 

La partie centrale comprend la moelle abdominale et le cerveau réunis 
par l'anneau œsophagien. La moelle abdominale ! s’étend dans toute la 
longueur de l’animal. Elle est située au-dessous du tube digestif et du 
vaisseau ventral, entre ce dernier et les téguments du corps. Elle présente 
à peu près la même largeur dans toute son étendue. Elle est formée par 
deux cordons nerveux intimement accolés qui se bifurquent à la partie 
antérieure pour former l'anneau œsophagien. 

Sur le trajet de ces cordons et au milieu de chaque segment du corps, 
un certain nombre de ganglions s’y ajoutent pour former des renflements. 

Le premier de ces renflements se trouve à l'endroit de la bifurcation 
des deux cordons. 

Le cerveau ? est très-difficile à apercevoir à cause de l’opacité du pharynx 
et des mouvements continuels de la bouche au-dessus de laquelle il est 
placé, et dont il est séparé par le vaisseau dorsal. Quand on examine 
l'animal de profil, le cerveau s’observe plus facilement. 

La forme de la masse encéphalique est globulaire, légèrement échancrée 
en arrière, se réunissant des deux côtés aux bifurcations de la moelle 
abdominale pour compléter l'anneau œsophagien. 

Malgré tous nos efforts, nous n'avons pu apercevoir que très-indistinc- 
tement la structure du cerveau; nous avons seulement vu qu’il était formé 
de plusieurs ganglions et de fibres provenant de la moelle abdominale. 


1 PI. I, fig. 8. 
2 PI. H, fig. 9 et fig. 10, f. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 15 


La partie périphérique du système nerveux se compose des nerfs qui 
se rendent aux différents organes du corps. 

De la partie antérieure du cerveau naissent deux gros nerfs ! qui se perdent 
dans les muscles et les téguments du segment céphalique. Sur quelques indi- 
vidus, il nous a semblé voir deux nerfs placés en dehors de ceux dont nous 
venons de parler, qui s’avançaient en s’élargissant vers les téguments où 
ils se terminaient en entourant un petit corps transparent. 

Ne serait-ce pas là les nerfs de l'audition? Nous émettons cette hypothèse 
très-timidement, car les chances d’erreur sont très-faciles, et il faut une 
grande certitude pour admettre un organe dont l'existence n’a pas encore 
été constatée chez les vers de la famille de celui dont nous nous occupons. 

Du bord postérieur du cerveau naissent deux nerfs ? qui se terminent 
dans les muscles du pharynx; ce sont les nerfs pharyngiens supérieurs. 

Vers la réunion des branches de l'anneau œsophagien, on voit de cha- 
que côté sortir deux troncs nerveux qui ne tardent pas à se bifurquer et 
à se perdre dans les téguments. 

Les autres nerfs proviennent des ganglions de la moelle abdominale *. 
Généralement on ne distingue que trois troncs nerveux qui prennent nais- 
sance de chaque côté des ganglions abdominaux. Ces troncs nerveux se 
dirigent, en se divisant, vers les téguments externes, dans lesquels ils se 
perdent. Nous n'avons jamais vu des branches nerveuses naître directement 
des cordons nerveux de la moelle abdominale intermédiaire aux ganglions. 

Tout le système nerveux du Tubifex rivulorum est entouré d’une névri- 
lème peu épais et fort transparent. 

Malgré nos efforts nous n'avons pu trouver aucune trace du nerf grand 
sympathique. 


ORGANES DES SENS. 


Les Tubifex rivulorum possèdent le sens du toucher développé à un très- 
haut degré. C'est à la partie antérieure du segment céphalique qu'il est le 


.H, fig. 9, e, k 
. E, fig. 9, g 
. I fig. 8. 


14 HISTOIRE NATURELLE 


plus délicat. Les spicules dont nous avons parlé lors de la description de 
l’épiderme, favorisent cette fonction. Tous les segments du corps sont extré- 
mement sensibles; ce qui le prouve, c’est qu'à la moindre agitation de 
l’eau dans laquelle se trouvent des Tubifex, on les voit se retirer entiè- 
rement dans les tubes où se cache la partie antérieure de leur corps. 
Quant aux autres sens, les Tubifex en paraissent privés. Dans la descrip- 
tion du système nerveux, nous avons parlé d’un nerf partant du cerveau et se 
terminant aux téguments, après avoir entouré un petit corpuscule trans- 
parent. Ce corpuscule est-il un cristallin ou un otolithe? Ce nerf existe-t-il 
bien réellement? A ces questions, nous répondrons que de nouvelles obser- 
vations sont encore nécessaires pour les résoudre d’une manière certaine. 


ORGANES DE LA DIGESTION. 


Le tube digestif! se voit facilement à cause de la transparence des 
téguments. Il est incolore dans les quatre premiers anneaux, brun jaunâtre 
dans les deux tiers antérieurs du corps, et dans le tiers postérieur beau- 
coup moins coloré. Ce sont les glandes hépatiques qui sont la cause de la 
couleur du tube digestif. 

Le canal intestinal se compose de la bouche, du pharynx, de l’œso- 
phage, qui est très-court, et de l’intestin, qui, après avoir parcouru toute 
la longueur du corps, se termine par l'anus à la partie postérieure du 
dernier anneau. 

La bouche ?, située à la face inférieure du segment céphalique, se 
présente sous la forme d’une ligne transversale quand elle est fermée, et 
d’une ouverture arrondie quand elle est ouverte. 

La bouche s'ouvre dans un pharynx musculeux qui occupe les 2"° et 
5% segments du corps; il est plus ou moins globuleux, incolore ou 
légèrement jaunâtre. 

Le pharynx, dont les parois sont très-épaisses, est mis en mouvement 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 15 


par plusieurs muscles, que l’on peut distinguer en intrinsèques et en 
extrinsèques. 

Les muscles ! intrinsèques forment en grande partie les parois du pha- 
rynx ; ils sont placés sur deux plans. Le plan supérieur est formé de fibres 
circulaires , et le plan inférieur de fibres longitudinales. Ces couches mus- 
culaires produisent les mouvements péristaltiques du pharynx. 

Les muscles extrinsèques du pharynx sont ceux qui le projettent en 
avant et ceux qui le retirent en arrière. 

Les premiers peuvent encore se diviser en supérieurs et en inférieurs. 

Les muscles intrinsèques supérieurs naissent de la partie supérieure 
du pharynx et se terminent à l'extrémité du segment céphalique. Nous 
avons compté jusqu’à huit faisceaux musculaires. 

Les muscles intrinsèques inférieurs s’attachent à la partie inférieure 
du pharynx et se terminent autour de la bouche. 

Les deux séries de muscles dont je viens de parler projettent quel- 
quefois le pharynx au dehors de la bouche; il est alors retiré dans 
l'intérieur du corps par un autre ordre de muscles qui s’attachent anté- 
rieurement à la partie latérale du pharynx et postérieurement aux tégu- 
ments externes des 2% et 3" anneaux. Ces derniers muscles sont courts 
et assez gros. 

L'œsophage suit le pharynx ; il se distingue de ce dernier par son 
étroitesse, et de l'intestin par sa couleur. Il occupe les 3" et 4° an- 
neaux. Sa structure est semblable à celle du pharynx. 

Le canal intestinal ne présente pas de dilatation stomacale immédiate- 
ment après l’œsophage, c’est-à-dire qu’au 5"° anneau commence l'intestin, 
qui se dirige en ligne droite ou très-légèrement ondulée jusqu’à l'extrémité 
du corps. 

L’intestin diffère de lœsophage par sa largeur plus grande et par sa 
couleur, qui est, comme nous l'avons déjà dit, brun jaunâtre. Il est re- 
couvert dans toute sa longueur par le vaisseau dorsal, qui y adhère assez 
fortement. Il recouvre lui-même le vaisseau ventral et la moelle abdomi- 


16 HISTOIRE NATURELLE 


nale. Dans toute sa longueur, l'intestin est maintenu en place par les 
muscles diaphragmatiques, qui l’étranglent légèrement. 

En procédant de l’intérieur vers l'extérieur, la structure de l'intestin 
est la suivante ! : 

1° Une membrane muqueuse très-mince recouverte d’un _épithélium 
vibratil à cils très-longs, qui ne sont bien apparents qu’à la partie anté- 
rieure de l’intestin ou vers sa terminaison. Avec un peu d’attention et avec 
un grossissement assez fort, on peut constater son existence sur toute 
l'étendue de la muqueuse ; 

2° Une couche musculeuse également très-mince. Il faut recourir à 
l’action de l'acide acétique pour reconnaître sa nature. C’est elle qui fait 
exécuter à l'intestin les mouvements péristaltiques ; 

5° Une couche glanduleuse composée de deux espèces de glandules ?. 
Les premières sont des utricules dont on peut parfaitement bien suivre 
le développement ; on voit d’abord un nucléole qui s’entoure d’une mem- 
brane transparente, laquelle grandit et s'éloigne du nucléole. Dans l’es- 
pace intra-cellulaire ainsi formé se trouve un liquide jaunâtre dans lequel 
naissent des granules. Quand ces cellules ont acquis leur entier déve- 
loppement, elles s'ouvrent dans l'intestin et y restent adhérentes comme 
autant de petits cœcums. Les glandules de la deuxième espèce présentent 
un développement semblable à celui des glandes de la première espèce. 
Mais leur contenu diffère : au lieu d’un liquide jaunâtre, on y trouve un 
liquide transparent dans lequel nagent une grande quantité de gouttelettes 
de graisse. Les glandules de la seconde espèce manquent presque entière- 
ment au tiers postérieur de l'intestin, ainsi qu'aux endroits des deux 
autres tiers qui sont en rapport avec le vaisseau dorsal. 

On doit considérer les deux espèces de glandules dont nous venons de 
parler comme représentant le foie des animaux supérieurs; il est du moins 
très-probable que leur rôle physiologique est de sécréter un liquide ser- 
vant à la digestion. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 17 


ORGANES SÉCRÉTEURS. 


Nous considérons comme organes sécréteurs ! les appareils qui jusqu'ici 
ont été regardés, par les naturalistes, comme remplissant les fonctions 
respiratoires. 

Commençons d’abord par donner la description de ces organes, et nous 
tàcherons ensuite de prouver qu'ils ont bien réellement pour fonction 
celle que nous venons de leur attribuer. 

Les organes sécréteurs sont au nombre de deux dans chaque anneau 
du corps, l’un à droite et l’autre à gauche de l'intestin. 

Ils se composent chacun d’un long canal ? vibratile fortement entortillé 
sur lui-même, d’un orifice externe et d’un orifice interne. 

L'orifice externe 5 est placé sur le côté ventral du corps, un peu au 
devant des aiguillons ventraux; il est très-petit, en forme de ligne trans- 
versale quand il est fermé, et arrondi quand il est ouvert. 

Le canal vibratile, d’abord légèrement dilaté près de son orifice externe 
présente ensuite partout la même largeur. Il est fortement entortillé sur 
lui-même et intimement uni au vaisseau ventral, auquel il paraît être fixé 
par une membrane très-mince, qui l’attache en même temps au tube di- 
gestif. 

Le canal sécréteur présente quelquefois à sa surface externe des espèces 
d'ampoules transparentes #. Dans l’intérieur du canal on voit des cils vibra- 
tiles dont le mouvement est très-rapide, mais qui n’est pas constant, et peut 
même manquer totalement; dans ce dernier cas, au lieu d’un liquide qui 
remplit la cavité du canal, on y trouve des granules qui, par leur accu- 
mulation, le difforment. 

Tout près de sa terminaison, le canal vibratile traverse le muscle dia- 
phragmatique © pour s’ouvrir dans l'anneau qui précède celui où se trouve 


1 PL IT, fig. 4,8, 2,3. 

2 PI. Il, fig. 4, 5. 

5 PI. I, fig. 4, sq. 

# PI. IE, fig. 4, c. 

5 PI. I, fig. 4, b. 
Tome XXVI. 


Q1 


18 HISTOIRE NATURELLE 


son orifice externe et dans lequel il fait de nombreuses circonvolutions. 
L'orifice interne ! est précédé d’une légère dilatation du canal; il est 
arrondi et entouré d’une couronne de cils vibratiles. 

Structure ?.— Les organes sécréteurs sont formés chacun, d’une mem- 
brane externe, d’une membrane interne et d’un tissu intermédiaire. 

La membrane externe est mince et transparente ; elle paraît plus dila- 
table que la tunique interne. C’est elle qui forme les ampoules transpa- 
rentes que M. Franz Leydig a prises pour des glandes. 

La membrane interne est une muqueuse munie de cils vibratiles très- 
longs, dont le mouvement est dirigé de l’intérieur vers l'extérieur. 

Le tissu intermédiaire, entre les deux tuniques précédentes, forme une 
couche assez mince qui est probablement de nature glanduleuse. Il doit 
exister dans les canaux vibratiles des fibres musculaires, qui produisent le 
mouvement ondulatoire dont ils sont parfois animés, mais il m'a été im- 
possible de constater leur présence. 

Nous allons maintenant tâcher de prouver que l'organe dont je viens 
de donner la description, est bien réellement sécrétoire et nullement res- 
piratoire. 

°° Nous ferons remarquer d’abord que le canal vibratile est tantôt vide 
et tantôt rempli de granules, que l’on peut voir sortir par l'ouverture 
externe. Si c'était un organe respiratoire, il est probable que l’on ne verrait 
dans ce canal que de l’eau’; 

2% Pour accomplir l'acte respiratoire, l’eau devrait pénétrer de l’exté- 
rieur vers l’intérieur dans les canaux vibratiles ; la disposition des cils vibra- 
tiles démontre que les liquides qui circulent dans le canal ont une marche 
opposée, c’est-à-dire qu’ils se dirigent de l’intérieur vers l'extérieur; 

3° Les canaux vibratiles sont plus développés dans la partie antérieure 
du corps que dans la partie postérieure; or, c’est cette dernière qui est 
la plus favorablement disposée pour opérer la respiration, car pendant 


1 PI. IE, fig. 4, a. 

2 PI. I, fig. 3. 

5 C’est M. le professeur Van Beneden qui le premier a considéré comme excréteur des organes 
analogues chez les Cestoïdes et les Trématodes. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 19 


que la première est cachée dans un tube enfoncé dans la terre, elle flotte 
librement dans l’eau; 

4 Chez les jeunes embryons, encore contenus dans l’œuf, on voit déjà 
les canaux vibratiles dans un parfait état de développement, et, à cette 
époque, la respiration ne peut pas encore s'effectuer par l'introduction 
de l’eau dans ces canaux ; 

ÿ° On comprend très-bien que la respiration peut s'effectuer par les 
téguments externes, surtout par ceux de la partie postérieure du corps, qui, 
toujours plongé dans l’eau, s’y balance constamment afin de déplacer le 
liquide. Il est donc inutile d'attribuer cette fonction à un autre organe ; 

6° Enfin, un organe excréteur est nécessaire à l'existence de l'animal. 
Car, partout où il y a vie il y a mouvement de composition et de décom- 
position. Le produit de cette décomposition ne pouvant être entièrement 
gazeux à cause de la quantité d’azote qui s’y trouve, ce produit sera li- 
quide ou solide; il faut, pour peu qu’un organisme animal soit compliqué, 
un organe particulier pour en délivrer l’économie. Où serait cet organe? 
si ce n’était celui qui nous occupe. Je conclus donc que ces organes, en 
forme de canaux vibratils, sont sécréteur ou excréteur et qu’ils doivent 
être comparés aux reins des animaux supérieurs. 

MM. Hoffmeister ! , Budge ? et Franz Leydig 5 ont observé ces canaux, 
mais il n’y a que le dernier qui en ait donné une bonne description. Les 
deux premiers n’aperçurent point l’ouverture interne de ces canaux. Tous 
trois les ont considérés comme des organes respiratoires. 


ORGANES DE LA CIRCULATION. 


Les organes de la circulation # se composent d’un vaisseau dorsal, d’un 
vaisseau ventral, d’un cœur contractile, de vaisseaux latéraux qui établis- 
sent, dans chaque anneau du corps, des anastomoses entre le vaisseau 


1 Voyez plus haut ouv. cités. 

? Ibidem. 

5 Zeitschrift für Weissen. Zoolog. von Siebold und Kælliker. 
PL 1, fig. 1. 


20 HISTOIRE NATURELLE 


dorsal et le vaisseau ventrale; enfin, de vaisseaux contractiles des organes 
de la génération, qui sont, ainsi que le cœur, comme nous le verrons bien- 
tôt, des modifications des vaisseaux latéraux. 

Le vaisseau dorsal ! est très-volumineux; il est placé sur la face supé- 
rieure de l'intestin auquel il adhère très-intimement; il s'étend depuis 
l'extrémité de la queue jusqu’au premier anneau du corps, dans lequel il 
se bifurque. Il est contractile dans toute sa longueur et les contractions font 
marcher le sang d’arrière en avant. 

Le vaisseau ventral ? est situé en dessous du tube digestif, auquel il n’est 
que très-légèrement uni; il s'étend depuis le troisième anneau du corps 
jusqu’au dernier. Il naît en avant de la réunion des deux branches de 
bifurcation du vaisseau dorsal, qui, changeant de direction, se courbent 
d’abord en bas, puis en arrière, et se réunissent en dessous du pharynx, 
dans le troisième segment. 

Les vaisseaux latéraux % sont au nombre de deux dans chaque anneau 
du corps; ils naissent du vaisseau dorsal vers le milieu de chaque anneau. 
L'un à droite et l’autre à gauche, ils se dirigent d’abord transversalement 
en dehors jusqu'aux téguments externes, font quelques circonvolutions, 
puis se courbent en bas et en dedans pour se jeter dans le vaisseau ven- 
tral, vers le milieu de chaque anneau. 

Les vaisseaux latéraux présentent des modifications suivant les anneaux 
dans lesquels ils se trouvent. 

Ils n'existent pas dans le premier anneau céphalique; ils y sont rem- 
placés par les branches de bifurcation du vaisseau dorsal. Au septième 
anneau ils manquent également et sont remplacés par le cœur. 

Les vaisseaux latéraux des 2m, 3" et 4% anneaux * céphaliques sont 
beaucoup plus larges, plus longs et plus entortillés que les autres. Ceux 
des 10%, 11m et 12e anneaux sont également plus développés quand les 
organes de la génération existent. 


1 PI. IE, fig. 1, a 
2 PL. I, fig. 4, d 
5 PI. HI, fig. 4, f. 
4 PL M, fig. 1, h,g, à. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 21 


Les vaisseaux du 10° anneau s'étendent sur le testicule en faisant plu- 
sieurs circonvolutions. Ceux du 11" anneau accompagnent les cœcums 
capsulogènes. 

Enfin, ceux du 12° arineau s'étendent sur toute la longueur des organes 
génitaux, c'est-à-dire jusqu'aux 16° et 17" anneaux. 

Dans les autres segments du corps les vaisseaux latéraux n’éprouvent plus 
de modifications. Ce sont ceux du dernier anneau caudal qui établissent 
la communication postérieure entre le vaisseau ventral et le vaisseau dorsal. 

Les cœurs ! au nombre de deux, placés de chaque côté du vaisseau dor- 
sal, au milieu du septième anneau, sont pyriformes, assez volumineux, émi- 
nemment contractiles, contournant le tube digestif de l’un et de l’autre côté 
pour s'ouvrir dans le vaisseau ventral; en définitive, les cœurs ne sont que 
des vaisseaux latéraux fortement dilatés, plus courts et plus contractiles. 

Le sang est d’un beau rouge et ne contient pas de globules. II à la 
même couleur partout; seulement il paraît plus päle dans les vaisseaux 
les plus minces. La marche du sang a une direction d’arrière en avant 
dans le vaisseau dorsal, et d'avant en arrière dans le vaisseau ventral. 

En parlant du sang nous devons nous arrêter un instant sur le liquide 
qui baigne tous les organes internes et qui occupe les intervalles qui se 
trouvent entre ces organes et les téguments externes. 

Ce liquide est incolore; il contient des globules ? dont le nombre varie 
beaucoup : c’est chez les jeunes individus qu'on les trouve en grande 
quantité. Ces globules paraissent avoir une structure cellulaire et con- 
tiennent des granules. Leur grandeur varie beaucoup ; en moyenne elle est 
de 0,026 mill. La forme de ces cellules est ordinairement sphérique, 
d’autres fois leurs contours sont irréguliers. 

La description des organes de la circulation telle que nous venons de la 
donner, s'éloigne beaucoup de celle du docteur Hoffmeister 5, que les autres 
auteurs ont copié. Il ne fait mention ni des cœurs, ni des vaisseaux con- 
tractiles des organes de la génération, et il n’a fait qu'entrevoir la dis- 
position des vaisseaux latéraux. 


1 PI. IN, fig. 4, d. 
2 PI. IT, fig. 9. 
5 Voyez plus haut ouv. cités. 


22 HISTOIRE NATURELLE 


ORGANES GÉNITAUX. 


Les organes génitaux sont extrêmement compliqués. Les deux sexes 
sont réunis sur le même individu, et les organes génitaux mâles sont si 
intimement unis aux organes génitaux femelles, qu’il est presque impos- 
sible de séparer leurs descriptions. 

L'appareil de la génération se compose : 1° d’un testicule; 2° de deux 
canaux déférents ; 3° d’une vésicule spermatique; 4° de deux ovaires ; 
5° d’une matrice; 6° de deux organes particuliers dans lesquels s'ouvrent 
les canaux déférents, la vésicule spermatique et la matrice; 7° de deux 
cœcums ou glandes capsulogènes, et enfin 8° d’une ceinture de glandules 
qui couvre les 10° et 11° anneaux. 

1° Testicule. — Le testicule ! est unique; on le trouve dans le huitième 
anneau, en dessous du tube digestif, sous la forme d’une glande volumi- 
lobulée, de couleur grisâtre, parsemée de taches d’un pigment jaunûtre. 

Le testicule est formé par une membrane en forme de sac renfermant 
une grande quantité de cellules volumineuses dans lesquelles se forment 
les spermatozoaires. 

Le testicule n’a pas de canal excréteur. Quand il a acquis son entier dé- 
veloppement, sa membrane externe se déchire à son extrémité postérieure, 
et les spermatozoaires tombent dans la cavité du corps, dans laquelle ils 
flottent librement jusqu’à ce qu’ils soient repris par le canal déférent, 
comme nous le verrons plus tard. 

Les spermatozoaires ont la forme de petits filaments atténués à leur 
extrémité postérieure, et renflés légèrement à l’autre extrémité, qui est, en 
outre, recourbée en anneau. Leur longueur est d'environ 0,071 mill. 

Les spermatozoaires ? se développent dans des cellules de la manière 
suivante : D'abord se forment, dans les testicules, des noyaux renfermant 
un nucléole très-apparent. Ce noyau ne tarde pas de s’'entourer d’une 
membrane cellulaire transparente, qui s'étend de plus en plus. Dans la 


‘ PI IL, fig. 1, 2, 5. b. 
2 PI. II, fig. 2. a-g. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 23 


cellule ainsi formée se dépose au sein d’un liquide des granules qui 
deviennent si nombreux qu’ils cachent complétement le noyau. Au milieu 
de ce contenu granuleux naissent les spermatozoaires. La membrane cellu- 
laire, quand elle à atteint la grandeur d'environ 0,073 mill., se brise 
et disparaît. Alors on voit les spermatozoaires encore tous réunis par leur 
extrémité antérieure, mais ayant la queue libre, dirigée en dehors et se 
mouvant très-vivement. Bientôt après, ils se désagrégent. 

Le canal déférent. — Le canal déférent ! est très-long, plusieurs fois 
entortillé sur lui-même ; il présente une ouverture interne et une ouver- 
ture externe. 

L'ouverture interne s’évase fortement et forme un calice ou entonnoir, 
qui est placé dans le dixième anneau derrière la glande capsulogène, par 
laquelle il est séparé du testicule. Ce calice du canal déférent est muni 
à son bord, ainsi qu’à sa surface interne, de longs cils vibratiles, dont le 
mouvement continuel force les spermatozoaires, qui flottent librement dans 
la cavité du corps, d'entrer dans le canal déférent. 

Quand les spermatozoaires sont en grand nombre, le calice ressemble 
à un plumet formé de longs fils. Le canal déférent lui-même est extrême- 
ment long; sa largeur est partout à peu près égale, depuis le calice jus- 
qu'à sa terminaison. 

Du dixième anneau dans lequel le canal déférent commence, il passe 
au-dessus des ovaires, et va dans le onzième anneau s’entortiller plusieurs 
fois sur lui-même; il se termine finalement à un organe dont nous donne- 
rons plus loin la description. 

Le canal déférent présente un mouvement vermiculaire ou péristaltique 
qui facilite la marche des spermatozoaires. A la surface interne du canal 
on aperçoit des cils vibratiles allongés dans un mouvement continuel. 

Structure ?. — Le canal déférent est formé : d’une membrane muqueuse 
interne munie d'un épithélium vibratile ; d’une membrane externe, mince, 
transparente et sans structure apparente. Entre ces deux membranes on 
trouve une couche musculaire formée de fibres transversales allant d’une 


PI. I, fig. 5, b; fig. 6; fig. 5, g. 
# PI. II, fig. 6. 


24 HISTOIRE NATURELLE 


membrane à l’autre. Il existe probablement des fibres longitudinales : il 
m aété impossible de constater leur présence. 

L’organe dans lequel s'ouvre le canal déférent présente également les 
orifices de la matrice et de la vésicule spermatique; nous lui donnerons 
le nom de cloaque, et nous reviendrons sur sa description après avoir dé- 
crit les organes que nous venons de citer. 

Vésicule séminale. — La vésicule séminale ! est unique, placée au milieu 
du corps, au-dessous du tube digestif et entièrement invaginée dans la ma- 
trice. Quand elle a acquis tout son développement et qu’elle est entière- 
ment remplie de spermatozoaires, elle s'étend jusqu'au quinzième ou 
seizième anneau, en traversant les muscles diaphragmatiques qui l’étran- 
glent légèrement à chaque intervalle d’anneaux. 

La vésicule séminale s'ouvre à droite et à gauche dans les cloaques par des 
orifices invaginés dans les orifices de la matrice. Elle présente des mou- 
vements vermiculaires très-prononcés et toujours dirigés d’arrière en avant. 

La vésicule séminale est formée par une membrane mince, transparente, 
couverte de taches pigmentaires jaunes; elle contient probablement des 
fibres musculaires transversales et longitudinales. 

Les fonctions de l'organe que je viens de décrire sont de servir de 
réservoir au sperme. 

Ovaires. — Les ovaires ?, au nombre de deux, sont placés de chaque 
côté du tube intestinal dans le dixième anneau. Leur forme est allongée. 
Dans leur intérieur, on aperçoit des œufs de toutes les grandeurs. Ils sont 
entièrement entourés d’une membrane qui se continue directement avec 
la matrice. 

Matrice. — La matrice 5 est unique; elle s'étend, quand les organes géni- 
taux ont acquis leur plus grand développement, depuis le onzième anneau 
jusqu’au quinzième et même au seizième anneau du corps, en dessous du 
tube digestif; elle contient la vésicule séminale entièrement invaginée. 

La forme générale est celle d’un sac allongé, arrondi, présentant des 


1 PI. IE, fig. 5, j; fig. 5, g. 
2 PI. I, fig. 5, k. 


5 PI. IN, fig. 5, i; fig. 5, h. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 25 


rétrécissements à chaque intervalle d’anneaux ; son extrémité antérieure 
est bifurquée pour se continuer avec les deux ovaires. En dessous des 
deux branches de bifurcation se trouvent, de chaque côté, les orifices 
externes de la matrice qui s'ouvrent dans les cloaques. 

Cloaques !. — Les organes auxquels nous avons donné le nom de cloaque, 
faute d’un meilleur, sont au nombre de deux, placés de chaque côté du corps 
et formés par l’invagination de deux canaux, dont l’interne naît de la réunion 
du canal déférent et de l’orifice de la vésicule séminale, et dont l’externe fait 
suite à la matrice. Ce dernier est beaucoup plus long que l’autre, et très- 
souvent la membrane qui le forme est plusieurs fois repliée sur elle-même. 

Ces deux canaux ainsi invaginés s'ouvrent, à l'extérieur, à la face ventrale 
du douzième anneau, quelquefois ils produisent une saillie en forme de pénis, 
à l’extrémité de laquelle on voit alors les deux ouvertures concentriques. 

Quand le canal interne n’est pas replié sur lui-même, il est très-allongé : 
une partie de ses parois paraît résistante, Les deux canaux invaginés sont 
renflés à leur extrémité interne. À cette même extrémité s'ouvre le canal 
déférent, dont la membrane interne se continue directement avec le sac 
interne. Sur l’un des côtés des cloaques existent les ouvertures de la ma- 
trice et de la vésicule séminale. Les paroïs de la matrice se continuent avec 
le canal externe, et les parois de la vésicule séminale avec le canal interne. 

Structure. — Les canaux externes des cloaques sont formés par une 
membrane transparente sans structure apparente, qui paraît plus résistante 
à son extrémité externe. 

Les canaux internes sont chacun formés de trois tuniques, l’une interne, 
muqueuse, pourvue de cils vibratiles, l’autre intermédiaire, composée d’une 
couche de grandes cellules arrondies, qui sont probablement glanduleuses, 
enfin, d’une troisième externe sans structure. 

L’extrème complication des organes génitaux rend leur description très- 
difficile; aussi n’ignorons-nous pas que celle que nous venons d’en donner 
présente beaucoup d’obscurité; mais nous espérons que les figures qui 
accompagnent le texte éclairciront ce qui ne serait pas compris par le 
lecteur. 


1 PL IH, fig. 5, c. d. 
Toue XXVI. 


Rs 


26 HISTOIRE NATURELLE 


Glandes capsulogènes !. — J'appelle ainsi deux glandes en forme de cœ- 
cum, qui ont pour fonction de sécréter les matériaux qui serviront à 
former les capsules des œufs. Le professeur Budge leur donne le nom 
de vésicule pyriforme. Ges glandes sont au nombre de deux, placées dans 
le neuvième anneau du corps, l’une à droite et l’autre à gauche, immédia- 
tement derrière le testicule; elles s’ouvrent à l'extérieur par des orifices 
arrondis, situés de chaque côté de la ligne médiane sur le milieu de la 
face ventrale du neuvième anneau. 

Ces organes sont en forme de cœcum, assez longs, présentant des mou- 
vements péristaltiques très-prononcés. Leur volume varie dans le même 
rapport que l’état de développement des organes génitaux. Ces cœcums 
contiennent des cellules pressées les unes contre les autres, qui, à cause 
de cela, sont polyédriques. Le contenu de ces cellules se compose d’un 
liquide albumineux et de granules. 

De plus, on trouve dans les glandes capsulogènes des corps particuliers 
dans lesquels se développent des fibres très-allongées. Ces corps, en forme 
de tubes, transparents, plus ou moins longs, font quelquefois plusieurs 
circonvolutions. L’une de leurs extrémités est atténuée, l’autre est renflée. 

Ils sont formés d’une paroi transparente dont l’intérieur est garni de 
longues fibres plus ou moins tournées en spirale. 

Voici les opinions que les auteurs ont professées sur les fonctions des 
organes auxquels nous avons donné le nom de glandes capsulogènes. 

Le professeur Grube? les considère comme des testicules. 

Le professeur Budge, qui a reconnu en partie le véritable testicule, 
ignore les fonctions de ces vésicules pyriformes, comme il les appelle; mais 
il n’est pas éloigné de les considérer comme des réservoirs de sperme, 
quoique jamais il n’ait observé des spermatozoaires dans leur intérieur. 

Le professeur Siebold, dans son Anatomie comparée 5 dit en note : J'ai 
« toujours été frappé, chez les Sœnurus, Euaxes et Naïs de ce fait, qu’à 
» l’époque du rut, les deux ouvertures génitales antérieures conduisent 


1 PL, fig. 4, de a. jusqu'à L. 
? Loc. cit. 
3" Loc.'eit. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 27 


» dans deux cœcums contenant du liquide séminal et des faisceaux de sper- 
» matozoïdes allongés. » Effectivement, chez la Naïs proboscidea, on observe 
des fibres allongées dans ces cœcums, mais ce ne sont pas des spermato- 
zoaires ; car d’abord ils n’ont pas de mouvements propres, et puis on peut 
parfaitement suivre, dans les cœcums eux-mêmes, tout leur développement, 
qui est entièrement différent de celui des spermatozoaires, que l’on peut 
également observer avec facilité. Chez les Tubifex, M. Siebold a pris pour 
des spermatozoaires les fibres dont nous avons parlé tout à l'heure. 

M. Menge n'hésite pas à donner le nom de testicule à des cœcums analo- 
gues qu’il a observés chez les Euaxes. 

Quant à nous, nous pouvons affirmer que ces organes ne sont pas des 
testicules; parce que le véritable testicule est placé plus en avant et n'a 
aucun rapport avec eux, nous avons observé chez l'Enchytrecus albidus, 
chez la Naïs proboscidea, chez le Chœtogaster diaphanus, des cœcums sem- 
blables entièrement distincts des testicules. 

Ce ne sont pas non plus des réservoirs de sperme, car jamais nous 

n'avons trouvé dans leur intérieur des spermatozoaires. 
.… Nous considérons donc ces organes comme destinés à produire les maté- 
riaux de la capsule qui entoure les œufs. En effet, cette dernière est for- 
mée d’un feutrage de fibres unies par une substance transparente amorphe. 
Ces fibres sont semblables à celles contenues dans les cœcums, et la sub- 
stance amorphe provient probablement de la solidification du liquide trans- 
parent des cellules qui remplissent ces derniers. Nous croyons donc que le 
nom le plus convenable que l’on puisse donner à ces organes est celui de 
glandes capsulogènes. 

Ceinture glanduleuse . — Avant de terminer la description des organes 
génitaux , nous devons encore parler d’une série de glandules qui entourent 
les dixième et onzième anneaux, et leur forme une véritable ceinture. 
J'ignore entièrement la fonction de ces glandules ; elle se rattache probable- 
ment, soit à l’accouplement, soit à la confection de la capsule. 

Si, dans le courant de cet article, nous n’avons pas fait mention des 
auteurs qui ont parlé des organes génitaux du Tubifez rivulorum, c'est 


‘ PL HE, fig. 8. 


28 HISTOIRE NATURELLE 


parce que leurs descriptions sont tellement incomplètes, surtout celles du 
docteur Hoffmeister qu’elles ne méritent pas d’être mentionnées. 

Il n’y a que les observations du professeur Budge qui soient un peu 
moins inexactes. Ainsi, il a reconnu l'existence du canal déférent, auquel 
il donne le nom de canal vibratile. Il décrit très-bien le calice. Il a égale- 
ment observé le testicule, ainsi que les spermatozoaires dont il donne 
le développement. Mais la vésicule spermatique et la matrice lui ont entiè- 


rement échappé. 


DEUXIÈME PARTIE. 


ne 


DÉVELOPPEMENT. 


(PI. IV, depuis 1 jusqu'à 15.) 


Malgré toutes les peines que nous nous sommes données, nous n’avons 
jamais été assez heureux pour observer l’accouplement des Tubifex rivulo- 
rum; nous ignorons donc complétement de quelle manière il a lieu. 

On peut suivre le développement des œufs du Tubifex rivulorum avant 
leur fécondation dans l'ovaire. D'abord, on aperçoit des cellules très-trans- 
parentes munies d’un noyau obscur. Ce sont des vésicules germinatives 
avec la tache germinative. 

Plus tard, elles s’entourent d’une membrane vitelline. Entre cette der- 
nière et la vésicule germinative se forme un vitellus granuleux, auquel 
s'ajoutent de petites gouttelettes de graisse. 

L'œuf est alors entièrement formé. Vu directement, il est blanchâtre, 
mais observé au microscope quand la lumière le traverse, il paraît noirâtre, | 
à cause du contour foncé des gouttelettes de graisse du vitellus. 

Quand les œufs ont acquis leur entier développement ils se détachent 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 29 


de l'ovaire et pénètrent dans la matrice au fond de laquelle ils s’accumu- 
lent. Le nombre des œufs qui sont contenus dans la matrice varie beau- 
coup; si ce nombre est grand, elle s'étend jusqu’au seizième et même 
jusqu’au dix-septième anneau du corps. 

Nous ne sommes pas parvenu à observer comment se faisait la sortie 
des œufs du corps de l'animal; nous croyons qu'ils sortent par une déchi- 
rure spontanée des téguments externes. Cette hypothèse a pour elle l'ana- 
logie; en effet, ce mode de ponte n’est pas inconnu dans le règne animal : 
il a été observé chez plusieurs vers, et entre autres, chez les rotifères , qui, 
sous beaucoup de rapports, se rapprochent des Annélides. 

Nous l'avons observé également chez le Chœtogaster diaphanus. 

Les œufs pondus plusieurs ensemble sont, à leur sortie du corps, en- 
tourés d’une capsule commune. 

La capsule! produite par les cœcums capsulogènes dont nous avons 
donné la description plus haut, est transparente, jaunâtre, d'environ 2 mill. 
de longueur ; sa forme est ellipsoïdale ; elle présente à chacun de ses pôles 
une saillie correspondante et a un prolongement unique dirigé vers l’inté- 
rieur de la capsule. 

Les parois de la capsule sont formées de plusieurs couches de fibres 
entre-croisées, transparentes, réunies par une substance amorphe également 
transparente. Le nombre de ces couches varie; nous en avons compté jus- 
qu'à quatre, d’autres fois il n’y en a qu’une seule. 

Les œufs contenus dans les capsules sont plus ou moins nombreux ; le 
plus souvent on en compte de quatre à neuf; nous en avons observé treize 
dans une seule. 

Maintenant nous devons suivre le développement de l'œuf jusqu’à l’ap- 
parition de l'embryon, ainsi que le développement de ce dernier jusqu'à sa 
sortie de l'œuf. 

Ce développement est simple, c’est-à-dire que l'embryon prend immédia- 
tement, sans métamorphose aucune, la forme qu'il conservera plus tard 
quand il deviendra animal adulte. 


1 PLIV, fig. 15, 16, 47 et 18. 


50 HISTOIRE NATURELLE 


Aussitôt après la sortie des corps, les œufs perdent la vésicule germinative. 

Le premier travail qui s'opère dans le vitellus est une concentration des 
parties solides qui le forment; après cela commence le sillonnement, qui 
est très-difficile à observer, parce qu’il est irrégulier. Ainsi, lon ne voit 
pas, comme dans l’œuf de beaucoup d'animaux, le vitellus se diviser net- 
tement, d’abord en deux parties, puis en quatre, etc. Ici l’on ne peut 
presque pas suivre les intermédiaires; on voit bien qu’il y a division des 
parties solides du vitellus, sans qu’on puisse dire quelle est la marche de 
cette division. Quand le sillonnement du vitellus est parvenu jusqu’à lui 
donner la forme d’une mûre, on le voit s’entourer d’une zone transparente, 
qui est le blastoderme. 

Le blastoderme enveloppe donc immédiatement tout le vitellus; pour 
s’en assurer et le rendre bien apparent, il faut traiter les œufs par l’acide 
acétique, qui dissout les globules de graisse de la masse vitelline. 

Le blastoderme est entièrement formé de grandes cellules, qui sont plus 
nombreuses et plus petites, à la place où plus tard se montrera l’extré- 
mité céphalique. Ces cellules, à mesure qu’elles se développent, devien- 
nent de plus en plus nombreuses et de plus en plus petites. Il nous a 
paru qu’elles naissent d’une manière endogène, c’est-à-dire que les jeunes 
cellules naissent dans l’intérieur de cellules mères. Au commencement, 
elles sont pourvues de noyaux, qui plus tard disparaissent. À cette époque 
du développement, on voit le blastoderme se diviser en deux couches : 
l’une externe, qui formera dans la suite l’enveloppe externe de l’animal, 
et l’autre interne, d’où naîtront les parois du tube digestif. Entre ces deux 
couches se trouvent de petites cellules. 

L’embryon commence alors à se mouvoir et à grandir jusqu’à distendre 
la membrane vitelline. Bientôt après, le corps de l'embryon se divise en 
plusieurs anneaux par la formation de muscles diaphragmatiques. Cette 
division procède de l'extrémité antérieure de l'embryon vers son extrémité 
postérieure, ce qui fait que ce sont les anneaux céphaliques qui sont les 
premiers formés. Les téguments externes se séparent alors plus distinc- 
tement des parois de l'intestin; la bouche et l’anus s'ouvrent, les vaisseaux, 
les organes excrétoires et les soies se forment. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 51 


L'embryon, à cette époque, s’est fortement allongé et fait plusieurs cir- 
convolutions dans l'œuf. Il est rare que tous les œufs d’une même capsule 
se développent: il y en a ordinairement plusieurs qui disparaissent par la 
pression que leur fait éprouver le développement des autres. 

L'embryon est maintenant un animal complet, c’est-à-dire présentant 
tous les organes que, plus tard, on observera chez l'animal adulte. Ainsi, on 
peut voir le système nerveux composé du cerveau et de la moëlle adomi- 
nale. Ces deux derniers sont, comparativement à ces mêmes organes chez 
l'adulte, beaucoup plus gros et plus apparents; la moelle abdominale sur- 
tout, qui paraît être formée par une suite de ganglions. On ne voit pas 
encore les cordons intermédiaires. 

Le tube digestif est entièrement rempli de gouttelettes de graisse et de 
granules vitellines, et comme il est très-large, il donne à tout l'embryon 
une couleur blanche. Tout autour du canal intestinal se voient les cellules 
hépatiques. 

Ce que l’on peut voir du système sanguin , c’est le vaisseau dorsal et le 
vaisseau ventral. Quant aux cœurs et aux vaisseaux latéraux, nous ne 
sommes pas parvenu à les observer; il se peut cependant qu’ils existent ; 
mais leur extrême ténuité fait qu'ils échappent à la vue. 

Quand l'embryon possède une trentaine d’anneaux, et qu’il a la lon- 
gueur d'environ un centimètre, il est replié plusieurs fois sur lui-même 
dans la membrane vitelline fortement distendue, qui bientôt se brise, et le 
jeune sort de la capsule par un de ses pôles. 

Les prolongements que nous avons décrits aux pôles des capsules con- 
tiennent un tissu plus mou que ces dernières, ce qui fait que les jeunes 
Tubifex parviennent facilement à le percer. 

Les seules différences que l’on observe maintenant entre les jeunes 
Tubifex rivulorum, qui viennent de sortir de l'œuf, et ces mêmes animaux 
adultes sont : la longueur du corps et le nombre des anneaux, l’absence 
des organes génitaux, le plus de largeur de l'intestin, le nombre plus 
grand de globules que nous avons appelés {ymphatiques. Les jeunes, nou- 
vellement sortis de l'œuf, prennent un rapide accroissement: nous avons 
observé dans l’espace de vingt-quatre heures un accroissement de cinq 


32 HISTOIRE NATURELLE 


anneaux. Cet allongement ne se fait pas par l’adjonction de nouveaux 
anneaux à la suite des anciens, mais par la division du dernier anneau 
en plusieurs, qui, tous, grandissent. 

Une semaine suffit au développement complet des œufs; il est possible 
qu'en été ils se développent plus rapidement; mais nos observations ayant 
été faites à la fin de l’automne et au commencement de lhiver, nous 
n'avons pu le constater. 

On n’observe pas chez les Tubifex rivulorum de reproductions par bour- 
geons. 

La reproduction par scission naturelle ou artificielle n’a pas lieu non 
plus, du moins d’une manière complète, c’est-à-dire que les deux parties 
d’un animal divisé ne redeviennent plus chacune un animal complet. Il n’y 
a que la partie qui porte la tête qui continue à vivre; et à la place de la 
partie divisée, il en reçoit une autre. La partie privée de la tête continue 
à vivre pendant assez longtemps après la scission, mais sans former de 
nouveaux segments céphaliques. Sous ce rapport, les Tubifex s’éloignent 
beaucoup des Lumbriculus, que l'on peut diviser à l'infini, et toujours les 
différentes parties redeviennent des animaux complets. 


TROISIÈME PARTIE. 


DESCRIPTION ZOOLOGIQUE. 


Avant de donner les caractères du genre Tubifex, nous devons faire 
remarquer qu'ils ne pourront être établis d’une manière définitive que 
quand des études plus approfondies auront éclairci l'anatomie des ani- 
maux qui composent les familles des Lombricins et des Naïdes. 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 55 


Dans l’état actuel de la science nous croyons que les caractères suivants 
sufhront : 


Genre TUBIFEX, Lamanck. 


Corps vermiforme, cylindrique, transparent, distinctement annelé, 
terminé antérieurement par un prolongement conique, atténué postérieu- 
rement. Quatre séries longitudinales de faisceaux de soies. Toutes les soies 
sont en forme d’aiguillon à double crochet, ou bien, dans la série supé- 
rieure des faisceaux, il y a des soies capillaires entremélés aux précé- 
dentes. Sang de couleur foncée. Organes génitaux s’ouvrant au dehors par 
deux orifices placés transversalement à la face inférieure du dixième an- 
neau; deux glandes capsulogènes; capsule cornée contenant plusieurs œufs 
volumineux. 


4 
TA 


TUBIFEX DES RUISSEAUX. — TUBIFEX RIVULORUM !. Lamarck. 


Synonymie. — Luwenicus rusirex. O. Müller. 
Soenurus variecaTus. Hoffmeister et Grube. 


Caractères spécifiques. — Le corps vermiforme est très-transparent, cylin- 
drique; le premier anneau céphalique est terminé par un prolongement en 
forme de cône aigu ; l'extrémité postérieure du corps est atténuée. 

Le nombre des anneaux est très-variable ; très-rarement il arrive à cent. 

Chaque anneau du corps possède quatre faisceaux de soies, excepté le 
premier anneau céphalique, qui en est entièrement dépourvu, ainsi que les 
dixième et onzième anneaux, quand les organes génitaux sont dans leur 
entier développement. 

Les faisceaux supérieurs ou dorsaux sont composés en partie de soies 
en forme d'aiguillon à double crochet, et en partie de soies capillaires, 
ordinairement au quart inférieur du corps; elles sont toutes en forme d'ai- 
guillon à double crochet. 


à PILE, fig. 3, fig. 1. 
Toue XXVI. 


©: 


34 HISTOIRE NATURELLE 


Les soies des faisceaux inférieurs ou ventraux sont toutes en forme 
d’aiguillon à double crochet. 

Le tube digestif est droit; il s’étend depuis le premier anneau jusqu’au 
dernier. La bouche est placée à la partie inférieure du premier anneau. 
Le pharynx est musculeux; il occupe les deux premiers anneaux ; l’œso- 
phage qui le suit est plus étroit. L’intestin commence au cinquième anneau, 
s'étend en ligne droite jusqu’à la partie postérieure du dernier anneau, où 
se trouve l’anus. Il n’y a pas de dilatation stomacale; tout l’intestin est 
couvert de glandes hépatiques jaunätres. Des muscles diaphragmatiques 
maintiennent le tube intestinal en place et séparent les anneaux les uns 
des autres. 

La respiration s'opère par les téguments externes, surtout par ceux de 
la partie postérieure du corps. 

Dans chaque anneau, on trouve deux organes sécréteurs qui s'ouvrent 
à l’intérieur et qui représentent les reins des animaux supérieurs. 

Le système sanguin se compose d’un vaisseau dorsal contractile, d’un 
vaisseau ventral, de deux cœurs contractiles, situés dans-le septième 
anneau, et de vaisseaux latéraux, qui, à chaque anneau, établissent des 
anastomoses entre le vaisseau dorsal et le vaisseau ventral. 

Les organes génitaux sont blanchâtres; ils commencent au huitième 
anneau et s'étendent jusqu’au seizième et même jusqu’au dix-septième. 
Le corps est légèrement renflé dans cet espace. 

Les organes génitaux des deux sexes sont réunis sur le même indi- 
vidu et entrelacés d’une manière intime. 

Les orifices internes des organes mâles et des organes femelles sont 
au nombre de deux, placés de chaque côté de la ligne médiane au milieu 
de la face inférieure du dixième anneau. 

Les orifices des glandes capsulogènes , également au nombre de deux, 
sont placés de chaque côté de la ligne médiane, au milieu de la face infé- 
rieure du neuvième anneau. Les œufs réunis à plusieurs sont, après la 
ponte, entourés d’une capsule de forme ellipsoïdale et à parois cornés 
solides et transparentes. À chacun des pôles de la capsule se trouve un 
petit prolongement. Le développement de l'œuf est simple; l'embryon ne 


DU TUBIFEX DES RUISSEAUX. 55 


subit aucune métamorphose. Le blastoderme entoure immédiatement tout 
le vitellus après le sillonnement de ce dernier. 

Les Tubifex rivulorum se trouvent en grande abondance aux environs de 
Bruxelles et de Louvain, seuls lieux où j'aie eu l’occasion de les observer. 

Ils habitent le fond des ruisseaux, et semblent préférer ceux dont l'eau 
est courante et le fond sablonneux. 

Dans la vase, sous des eaux stagnantes, ils nous ont toujours paru 
acquérir un moins grand développement. 

Les Tubifex rivulorum se construisent, dans le sable ou dans la vase, 
des tubes ! dans lesquels ils peuvent se cacher entièrement ; cependant le 
plus souvent le tiers postérieur du corps flotte librement dans l’eau, et 
exécute des mouvements vibratoires que l’on a comparés aux mouvements 
du pendule, tandis que les deux tiers antérieurs restent cachés dans le 
tube. Pour peu qu’on les trouble, ils se cachent entièrement et avec grande 
rapidité. Quand on les retire de leurs tubes et qu’on les touche, ils se 
roulent en spirale ?, 


Les Tubifex rivulorum se nourrissent de terre, de la même manière que 
les Lombrics. 


AFFINITÉS ZOOLOGIQUES. 


Les Tubifex rivulorum, comme l’a déjà fait remarquer le professeur 
Grube, ont la plus grande analogie, d’une part, avec les Naïs et de l'autre 
avec les Lombrics. Par la forme des soies, la transparence du corps, 
la disposition des organes génitaux, ils se rapprochent des Naïs; tandis 
que par la forme générale du corps, la couleur du sang, la disposition du 
système circulatoire, ils se rapprochent des Lombrics. 

Nous ne pousserons pas cette comparaison plus loin, car, nous le répé- 
tons encore, il faudrait des observations nouvelles, faites avec soin sur les 
Naïs et les Lombrics, beaucoup de points de leur histoire demandant à être 
rectifiés et éclairés, notamment en ce qui concerne les organes génitaux et 
le développement. 


1 PI. 1, fig. 4, f. 
SPl.E, fig: 2: 


Fig. 1. 
2: 
3. 
4. 


Fig. 1. 


EXPLICATION DES PLANCHES. 


PLANCHE I. 


Tubifex rivulorum, grandeur naturelle. 

Le même animal roulé en spirale. 

Le même animal vu au microscope. 

Le même animal. La figure indique de quelle manière il se tient dans les tubes qu'il se forme 
au fond des ruisseaux. 

Coupe transversale et idéale : « téguments externes ; d cordon nerveux; € orifices internes 
des organes sécréteurs ; d tube digestif. 


. Téguments externes : & épiderme; db chorion; c couche musculaire à fibres transversales; 


d, couche musculaire à fibres longitudinales. 


. Montre les spicules de l’épiderme et les muscles qui meuvent le pharynx. 
. Système nerveux. 


. Portion céphalique du système nerveux : a cerveau ; b branches de l'anneau œsophagien; 


c ganglion inférieur, le premier de la moelle abdominale; f, e, g, branches nerveuses 
naissant du cerveau. 

Coupe longitudinale: & moelle abdominale; f cerveau; e vaisseau dorsal ; b vaisseau ven- 
tral; d canal intestinal; g bouche. 


. Coupe du canal intestinal: a muqueuse ; b couche glandulaire inférieure ; e couche glandu- 


laire supérieure. 


. Portion du canal intestinal. 
. 4,b, c,d,e, f, glandules de la couche inférieure du canal intestinal dans ses différents 


degrés de développement. 


. a,b,c, d,e, f, g, glandules de la couche supérieure du canal intestinal dans ses différents 


degrés de développement. 


PLANCHE HI. 


Appareil circulatoire du Tubifex rivulorum : a vaisseau dorsal; b vaisseau ventral; 
e bifurcations des vaisseaux dorsaux qui se réunissent pour former le vaisseau ventral; 
d cœur; e vaisseaux latéraux des 2°, 3% et Ame anneaux; f vaisseaux latéraux des 
autres anneaux; g vaisseau contractile du testicule; L vaisseau contractile de la glande 


Fig. 2. 


(32 O1 19 — œ 


-1 


EXPLICATION DES PLANCHES. 37 


capsulogène ; à vaisseau centractile du restant des organes génitaux; j glande capsulo- 
gène; k testicule ; { organes génitaux mâles et femelles entrelacés. 
Deux anneaux du corps fortement grossis et vus de profil. 


. Deux anneaux du corps fortement grossis, vus de face. Dans ces deux figures, les mêmes 


lettres indiquent les mêmes organes : « épiderme; b chorion; k couche musculaire sous- 
cutanée; c vaisseau dorsal ; f vaisseau ventral; d vaisseaux latéraux; à organe sécréteur; 
it orifice interne; &? orifice externe; j aiguillons et muscles des aiguillons; ! muscles 
diaphragmatiques. 


. Organe sécréteur fortement grossi et isolé : a orifice interne; b endroit où l'organe sécréteur 


traverse le muscle diaphragmatique; e ampoules le long de son trajet; d dilatation ter- 
minale; e orifice externe. 


. Portion du canal vibratile fortement grossi : c muqueuse ; b couche intermédiaire; a couche 


externe. 


. Aiguillons en forme de double crochet : a parois du sac; b développement d'un aiguillon ; 


c endroit où adhèrent les aiguillons au fond du sac. 


. Soies en forme de double crochet et soies capillaires. 
. Structure des soies capillaires. 
. Globules lymphatiques. 


PLANCHE ll. 


. Testicule. 
. Développement des spermatozoaires. 
. Organes génitaux : a tube digestif; b testicule; ec glande capsulogène; e orifice externe de 


la glande capsulogène ; g conduit déférent; h entonnoir du conduit déférent; f cloaque 
et son ouverture externe ; à vésicule séminale ; j matrice; k œuf. 


. Glande capsulogène: a glande capsulogène isolée et son orifice externe; b le même orifice 


vu de face; e, d, e, f, cellules qui remplissent la glande capsulogène; g, h,i, j,k, 1, 
différents degrés de développement des corps qui produisent les fibres de la capsule. 


. Organes génitaux isolés : « entonnoir du canal déférent rempli d'un côté de spermato- 


zoaires ; b canal déférent; c eloaque; d sa membrane externe; e sa membrane intermé- 
diaire; e ouverture des organes génitaux femelles; f ouverture des organes génitaux 
mâles ; g vésicule séminale; 4 ovaires; k matrice; à œuf; m et { téguments externes du 
corps. 


. Portion du canal déférent fortement grossi : «a membrane externe; b membrane moyenne 


musculeuse; e membrane muqueuse à épithélium vibratile. 


. Montre la terminaison du cloaque, quand il est fortement retiré en dedans : a ouverture 


externe; b canal communiquant avec les organes mâles; c canal communiquant avec les 
orgaues femelles. 


. Portion de la ceinture qui entoure les 10" et 41"° anneaux du corps, quand les organes 


génitaux ont acquis leur parfait développement. 


38 


Fig. 


EXPLICATION DES PLANCHES. 
PLANCHE IV. 
1 1 
2. | OEufs, contenus dans l'ovaire, à différents degrés de développement. 
5 


4. OEuf parfaitement développé. 
4, Grandeur naturelle. 


5. OEuf un peu après la ponte. 

% | Phénomènes du sillonnement de l'œuf. 

à Formation du blastoderme. 
10. 
11. | Embryon et ses différents degrés de développement. 
12. 


43. La partie céphalique d'un embryon au moment de sortir de l'œuf, fortement grossi. 
44. Jeunes Tubifex rivulorum après la sortie de l'œuf, grandeur naturelle. 

15. Capsule remplie d'œufs. 

46. Grandeur naturelle de la capsule. 

17. L'un des pôles de la capsule, fortement grossi. 

18. Jeunes sortant de la capsule. 


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FIN. 


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Mém . de M.d’Udekem.PL.T . 


Mém.cour.et Mem.des sav. étrang. Tom. XXVT. 


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Mém.cour.et Mem.des sav. étrang. Tom. XXVT. Men. de M.d'Udekem, PI. IV. 


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MÉMOIRE 


SUR LES FOYERS, 


PAR 


M. Erx. QUETELET, 


(Présenté à la séance de l'Académie , le 9 mai 1854.) 


Tour XXVI. 


MÉMOIRE 


SUR LES FOYERS. 


Dans un précédent travail, nous avons étudié quelques propriétés des 
surfaces, en les faisant dépendre des relations réciproques qui existent 
entre d’autres surfaces plus simples nommées médianes, et dont les équa- 
tions peuvent se déduire sans peine de l'équation de la proposée. Nous 
examinerons dans celui-ci une certaine classe de points qui, pour des sur- 
faces données, jouissent de propriétés caractéristiques. Ces points sont les 
foyers. 

Les anciens géomètres , dans leurs traités des sections coniques, avaient 
reconnu les foyers de ces courbes, qui sont situés dans leur plan. Ils se 
sont beaucoup occupés de ces points remarquables qui présentent un si 
haut intérêt pour les questions d'optique. Descartes, appliquant sa nou- 
velle géométrie, a ensuite examiné certaines courbes du quatrième ordre, 
qui, de leur inventeur, ont conservé le nom d’ovales de Descartes. I les 
construisait également par les foyers dont il détermine les propriétés 
optiques. 


4 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


Euler, bien que ces points soient surtout remarquables dans les ques- 
tions physiques, chercha les foyers des courbes du second ordre par une 
condition analytique. Ce sont, d’après sa définition, les points du plan de 
la conique, dont la distance à un point quelconque de la courbe est une 
fonction rationnelle des coordonnées de ce dernier. 

En 1820, mon père, partant de la propriété de l’ellipse que la somme des 
rayons vecteurs tirés des foyers à un même point quelconque de la courbe 
est une constante, fit voir que le sommet de tout cône de révolution mené 
par une conique est un foyer de celle-ci; il démontra, le premier, que le 
lieu de ces foyers est une autre section conique. M. Chasles reconnut aussi 
un troisième foyer aux ovales. Or, la définition d’Euler s'applique à tous 
ces points. Il devenait dès lors intéressant de rechercher directement les 
foyers, en partant de cette condition. Cette étude nous a conduit à quel- 
ques résultats que nous croyons nouveaux; mais le but principal de cet 
écrit est de déterminer les foyers par un procédé simple et général. 

Nous nous sommes donc proposé de rechercher les courbes ou les sur- 
faces douées de points tels, que leur distance à un point quelconque de 
la courbe ou de la surface, soit une fonction rationnelle des coordonnées 
de ce point. 

Mais avant tout, pour que cette définition ait quelque valeur, il faut 
démontrer que les points ainsi définis sont indépendants de la position 
des axes. Rien n’est plus simple; car pour passer d’un système d’axes 
à un autre, on a des relations linéaires entre les coordonnées anciennes 
et nouvelles ; ainsi les premières s'expriment sans aucun radical au moyen 
des autres. Si donc le rayon vecteur était fonction rationnelle des anciennes 
coordonnées, il devra l'être encore pour les nouvelles. 

Il en résulte que pour déterminer les foyers d’une surface, on peut 
indifféremment prendre trois axes quelconques. Pour plus de simplicité, 
nous les supposerons rectangulaires dans tout ce qui va suivre. 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 5 


ÉQUATION DES SURFACES DOUÉES DE FOYERS. 


La surface S = o étant rapportée à trois axes rectangulaires, la dis- 
tance d’un de ses points æ, y, z à un point fixe de l’espace x’, y', 2! est : 


PV + (y y + (7. 


Cette expression de 4. doit être une fonction rationnelle des coordonnées 
æ, y, 2; et cela doit s’obtenir par la condition S— 0. Nommant donc F cette 


fonction rationnelle, on a : 
(sc) + (y— sf + (3-3), 


et cette équation doit être identique avec S = 0. 

Telle est donc, en coordonnées rectangulaires, l'équation de toute sur- 
face douée d’un foyer. 

Quand cette fonction F est entière, le foyer est de premier genre; quand 
elle est fractionnaire, le foyer est de second genre. Le premier genre est 
ainsi un cas particulier du second. D’après cela, désignant par F et / deux 
fonctions rationnelles et entières des coordonnées x, y, z, l'équation d’une 
surface douée d’un foyer de premier genre est en coordonnées rectan- 
gulaires : 


Fr (a— sh + (y— y + (2 — 2), 


et l'équation d’une surface douée d’un foyer de second genre est : 


F=f{(z—2h +(y— y) +(z—3)] 


Observons ici qu’une surface, pour avoir un foyer, doit être d'ordre 
pair. À la vérité on trouvera plus loin l'exemple d’une courbe de troisième 
ordre douée d’un foyer; mais alors, outre cette courbe, il existe encore 
une droite qui a ce même point pour foyer, et la droite jointe à la courbe 
constitue une véritable ligne du quatrième ordre. 


6 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


Nous remarquerons encore qu'il faut supposer que les deux membres 
de l'équation n’ont aucun facteur commun. 


IL. 
DE L’INTERSECTION DE DEUX SURFACES CONFOCALES. 


Soient deux surfaces confocales de premier genre, les deux équations 
sont : 


F—(x—x} +(y— y} +(z— 3) 
F—(x— x +(y — y +(z—3). 
Leur intersection est donc située sur la surface : 


o=F— F2 (F+F) (F—F'). 


Ainsi deux surfaces confocales de premier genre se coupent suivant deux courbes 
situées chacune sur une surface, dont l’ordre est moitié de l'ordre le plus élevé des 
deux surfaces proposées. 


Soient deux surfaces confocales de second genre, leurs équations sont : 


Fr fe[(r—o + (y—y (27) 
Papa [a — 2 + (y— y + (22). 


Tous les points de leur intersection satisfont donc à la relation: 
OF PURE << FO(FP= FT). 


Ainsi deux surfaces confocales de second genre se coupent suivant deux courbes 
situées chacune sur. une surface dont l’ordre est toujours inférieur à la demi-somme 
des ordres des deux surfaces proposées. 


IL. 


DES DIRECTRICES. 


On sait que, dans les surfaces du second ordre, à chaque foyer corres- 


pond un plan directeur. Toutes les surfaces à foyer possèdent une propriété 
analogue. 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 7 


Examinons d’abord les foyers de premier genre. p — F est l'expression 
du rayon vecteur, les æ, y, : contenus dans F étant les coordonnées de la 
surface à foyer. Si nous posons F = 0, en laissant x, y, 2 arbitraires, nous 
aurons une surface qui sera la directrice relative au foyer, dont les coor- 
données sont +’, y', z!, et la propriété de cette directrice consiste en ce que : 
Si, d’un point quelconque de la surface, on mène à la directrice une transversale 
parallèle à un axe arbitraire mais invariable, le produit des segments interceptés 
par la directrice, à partir du point de la surface, est dans un rapport constant avec 
le rayon vecteur mené de ce point au foyer. 

Prenons l’axe invariable pour axe des x; et soit alors, dans F, Az” le 
terme ayant le plus haut exposant de cette variable. En transportant l’ori- 
gine des coordonnées au point x, y, z de la surface proposée, le plus haut 
exposant de x dans l'équation de la directrice demeure Az, et le terme 
constant devient (F) où les variables sont remplacées par les coordonnées 
du point de la proposée. Le produit des segments interceptés par la direc- 
trice sur le nouvel axe des x à partir de l’origine est donc : p — ®. Or (F) 
est précisément le rayon vecteur tiré du foyer au point de la surface pro- 
posée; donc p — f: Le théorème se trouve ainsi démontré. 

La directrice correspondante à un foyer de premier genre est de l’ordre 
moitié de celui de la surface. 

Pour les foyers de second genre, il y a généralement deux directrices, et 
leur propriété s’énonce : Si d’un point quelconque de la surface, on mène à la 
première directrice une transversale suivant une direction arbitraire mais inva- 
riable, et qu’on fasse la même chose pour la seconde (les deux alignements pouvant 
d'ailleurs différer), le produit des segments interceptés par la première directrice est 
au produit des segments interceptés par la seconde, comme le rayon vecteur mené 
de ce point au foyer est à une constante. 

Pour le démontrer aisément, supposons d’abord que les deux directions 
coïncident. F = 0, f — o étant les deux directrices, et Az" et Bx? présentant 
les plus hauts exposants de x, portons l’origine en un point de la surface pro- 
posée. Comme les x sont supposés pris sur une parallèle à la direction des 
transversales, le nouvel axe sera une de celles-ci, et l’origine des coordonnées 
sera en même temps l’origine des segments. Le produit des segments inter- 


ceptés par la première directrice est o — P, le produit des segments de 


8 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


@. = p. Dans (F) et (f) les coordonnées courantes des direc- 


trices sont remplacées par les coordonnées du point de la surface proposée. 
PL donc P = p. p.?+ Le théorème est donc dé- 
montré quand les deux directions coïncident. 

Le cas où elles ne coïncident pas se ramène au précédent par le théo- 
rème connu : Si par un point on mène à une surface deux transversales 
parallèles à deux axes fixes, le produit des segments interceptés par la 
surface sur l’une à partir du point, est au produit des segments interceptés 
sur la seconde, dans un rapport constant, quel que soit ce point. 


Ce qui précède doit être modifié, quand le plus haut exposant de x 


la seconde est 


Mais on sait que p — 


pour la direction choisie a un coefficient fonction des autres variables. Il 
faut alors construire le cylindre représenté par ce coefficient et lui mener 
par le point de la surface proposée une transversale parallèle à une troi- 
sième direction fixe, puis faire le produit des segments de la transversale 
interceptés par le cylindre à partir de ce point. 

En supposant que le cylindre se rapporte à la première directrice, on 
dira que le produit des segments interceptés par la première directrice, 
multiplié par le produit des segments interceptés par le cylindre corres- 
pondant est dans un rapport constant avec le produit des segments inter- 
ceptés par la deuxième directrice, multiplié par le rayon vecteur. Tous 
les segments et le rayon vecteur tiré du foyer sont comptés à partir du 
même point quelconque de la surface proposée, et pour chaque directrice 
ou cylindre suivant une direction arbitraire, mais constante. Car alors, 
dans la dernière formule À n’est plus constant, mais représente une con- 
stante D multipliée par le produit p! des segments relatifs au cylindre, et la 

Pp’ B 


relation est = =. 
[] D 


Pour plus de clarté, prenons un exemple dans le plan. Soit : 
(ay — nf = à + 
une courbe du quatrième ordre, dont l’origine des coordonnées est un 


foyer de premier genre et qui a pour directrice l’hyperbole équilatère 
zy = m?. Prenons pour direction des transversales l’axe des x; nous aurons 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 9 


alors comme courbe auxiliaire l'axe des x lui-même, auquel on pourra 
mener une transversale parallèle aux y. Dans ce cas, le rayon vecteur tiré 
du foyer à un point de la courbe du quatrième ordre est dans un rapport 
constant avec le produit fait de l’ordonnée de ce point et de la distance de 
ce point à l’hyperbole, cette distance étant comptée sur une parallèle 
aux &. 


1 
DES FOYERS DANS LES COURBES. 


Une courbe est généralement définie par deux équations S —0, S, = 0, 
qui représentent deux surfaces ; or, le rayon vecteur mené du foyer à un 
point quelconque de la courbe doit être fonction rationnelle des coordon- 
nées de ce point. On a donc = F ou p— + qu'on peut écrire : 


(er + (y— y + (2 — 2), 
fa {ea hf + (y— y + (2— 2). 


Il est clair que si, pour un point quelconque de la courbe on a une de ces 
deux relations , elle doit résulter des équations des deux surfaces détermi- 
nantes. Mais chacune de ces deux relations représente elle-même une surface 
douée d’un foyer. Donc : 

Si une courbe possède un foyer, on peut mener par cette courbe une surface 
qui aura ce même point pour foyer. 

D'ailleurs, on a évidemment ce second principe : 

Quand un point est foyer d’une surface , il est foyer de toutes les courbes qu'on 
peut tracer sur cette surface. 

Il en résulte que la recherche des foyers des courbes se réduit à la ques- 
tion de mener par ces courbes des surfaces douées de foyers. 

Ici encore, à chaque foyer correspond au moins une surface directrice. 
Mais il faut observer que ces directrices ne doivent pas passer par la courbe. 

Nous nous occuperons maintenant de quelques exemples de la déter- 


mination des foyers dans les surfaces et dans les courbes. 
Towe XXVI. 2 


10 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


V. 


FOYERS DE LA DROITE ET DU CERCLE. 


Tous les points d’une droite sont des foyers de celle-ci, et elle n’en a point d’autres. 
Prenons cette droite pour axe des x, ses équations sont : y = 0,2—0, 
et la droite doit être située sur la surface 


F2 [(2— 2) + (y— y +(s—2)] 


Ainsi l’hypothèse y = 0, 2 — 0 doit réduire cette équation à une identité, 
quel que soit x. Alors elle devient : 


= g [(2— 2'$ +,:y? + 232]. 


Or, dans &* et ? tous les facteurs en x sont doubles; il doit donc en être 
de même pour (æ—x')° + y? + 2°, ce qui exige que y*+2/° soit nul 
ou que y — 0,2 — 0. 

La proposition est ainsi démontrée. On en déduit immédiatement que le 
plan n’a aucun foyer et que toute surface, qui admet des génératrices rec- 
tilignes, ne peut avoir de foyer que si toutes ces droites passent par un 
même point. Ainsi, parmi les surfaces du second ordre, l’hyperboloïde à 
une nappe et le paraboloïde hyperbolique n’ont aucun foyer, et le cône ne 
peut avoir pour foyer que son sommet. 

Le cercle a pour foyers tous les points de la droite menée par son centre perpen- 
diculairement à son plan et n’en a aucun autre. La sphère a pour foyer unique son 
centre. 

En choisissant convenablement les axes coordonnés, on peut écrire les 
équations du cercle = 0, 4° + y —R?. Si le point +’, y’, z', est un foyer, 
tous les points du cercle doivent satisfaire à l'équation : 


ln do À ont À né à Ant À mia Lame où L 
Faisant 2—0, il faut donc que la condition z° + y*—R* rende identique 


Be a{(o— ap + (y = y} 2%] 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. il 


Réduisons autant que possible le degré de ® et de + par l'équation du 
cercle, et soient 1,,, , les deux plus hauts degrés qui sont premiers avec 
a + y*. Réduisant de même le second facteur du deuxième membre, on 
a:—22'x — 2y'y. Le plus haut degré du premier membre est donc 1}, d’or- 
dre pair, celui du second #4}, (— 2zx'z — 2y'y) d'ordre impair. Comme ces 
deux produits sont irréductibles , ils doivent se détruire, ce qui nécessite 
æ'& + yy= 0 où &'=0, y—=0. C’est précisément le lieu des foyers assigné 
au cercle. 

Le foyer de la sphère, devant être foyer de tout cercle tracé sur sa 
surface, ne peut donc être que le centre. 

Daus toute surface du second ordre, on peut mener deux séries de 
sections circulaires. Dans chacune des deux séries, les lieux des foyers des 
cercles sont des droites parallèles, et ces droites ne coïncident que si la 
surface est de révolution. C’est donc dans ce dernier cas seulement qu’une 
surface de second ordre peut avoir un foyer. 


VI. 
DES FOYERS DANS LES SECTIONS CONIQUES. 


Les trois courbes planes du second ordre sont comprises dans l'équa- 
tion y —=px —qa?, où p est le paramètre toujours positif et q le rapport 
carré du second axe au premier (ce rapport étant positif, négatif, ou nul, 
suivant qu’il s’agit d’une ellipse, d’une hyperbole ou d’une parabole); la 
deuxième équation est z = 0. 

La courbe générale du second ordre douée d’un foyer est représentée 
en coordonnées rectangles par l'équation : 


(Az + By + Cz + DR—=(r—r} +(y—yh + (2— 3), 


où le point (æ', y', z') est le foyer et le plan o = Az + By + Cz + D la 
directrice. Le rayon vecteur tiré du foyer au point #, y, x, de la courbe 


estp= Az + By + C:+ D. 


12 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


Comme 3 est nul pour tous les points de la courbe, on peut le suppri- 
mer dans la recherche du foyer. Les équations précédentes doivent être 


identiques et par conséquent tous leurs termes proportionnels. Cela donne 
six relations : 

A2 — 1 

B? — 1 

2AB 

2AD + 2% 

2BD + 2y 

D? — x? — y? — 7° 


WUHUNT 


La troisième donne soit À — o ou B—o. 
Supposons B = 0. Alors a = 1, À — V1 —q. Or, q est négatif, nul, 
ou positif plus petit que l'unité, donc A est réel. Il reste 


’ 


Y = 0, 2AD + 2% = p, D? — 22 — 32 — 0. 


Nous avons donc deux équations entre z’, z', D. Ainsi la question est 
indéterminée et les foyers forment un lieu. Ce lieu est plan, puisque y’ —o 
et son équation est : 


(2x —ph=4(1— g) (xt «+ 3%), 
ou encore : 


Les plans directeurs sont compris dans l'équation Az + Cz + D = 0 
où A= V9, D= V' #24 722, et où C est entièrement arbitraire. 
Aïnsi tous les plans directeurs relatifs à un même foyer coupent le plan 
de la courbe selon une même droite parallèle au second axe, qui est la 
droite directrice relative à ce foyer. Quand on passe d’un foyer à un 
autre, cette droite directrice varie en demeurant toujours parallèle au 
second axe. Sa distance à l’origine est — ï où D seul varie avec le foyer. 
Mais D=— V3"? + z2 représente la distance à l’origine du foyer lui- 
même, et comme notre origine est le sommet de la courbe, on peut 
énoncer la proposition : 


Les distances au sommet de la courbe d'un de ses foyers et de la droite direc- 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 13 


trice correspondante sont dans un rapport constant , celui de l’excentricité au demi- 
grand axe. 

Or, il résulte de la définition même des directrices que, pour un foyer 
déterminé et pour sa droite directrice, la distance d’un point quelconque de 
la section conique au foyer et à la droite directrice correspondante sont dans un 
rapport constant. 

Rapprochant ces deux propositions, on en déduit le théorème suivant : 

Les distances d'un point arbitraire de la section conique à l’un quelconque de 
ses foyers et à la droite directrice correspondante, sont dans un rapport constant, 
celui de l'excentricité au demi-grand axe. 

Soit une conique. Prenons deux points de sa focale et les deux droites 
directrices correspondantes. Quel que soit le point de la conique, la 
somme ou la différence de ses distances aux deux droites directrices , et 
par conséquent aux deux foyers, est une constante. Pour un autre point 
de la conique, la somme ou la différence des deux distances sera donc 
la même que pour le premier point. On pourra donc énoncer la propo- 
sition sous la forme suivante : 

Si l’on joint deux points quelconques d’une conique à deux points également 
arbitraires de sa focale , il existera entre les quatre droites de jonction une rela- 
tion linéaire telle que la somme de deux de ces droites est égale à la somme des 
deux autres. 

Cette seule proposition ainsi énoncée suffit aussi à montrer la récipro- 
cité des deux coniques comme lieux des foyers. 

Examinons maintenant le second cas, celui où À = 0. Alors : 


———— 


Û 1 p p° 
= -, B — 1—-—, 2%=-, BD+y—=o, D=-— + Yy?+ 232 
han V q q d "Rd: 


Dans ce cas encore, le lieu des foyers est plan 22’ À, et l’équa- 
tion du lieu est : z/? + r= y? + E= 0. Or, comme 1 — q est toujours 
positif, cette courbe est imaginaire. Mais ce qu'il y a de remarquable 
dans ce cas, c'est qu’à des foyers imaginaires peuvent correspondre des 
plans directeurs réels. 


Dans l'ellipse, par exemple, q est positif, plus petit que l'unité; ainsi 


14 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


B est imaginaire. Il faut donc que D soit aussi imaginaire de la forme 
D’ VÉLS #5 pour que le plan directeur soit réel. Remplaçant alors C, 
qui est arbitraire, par C V” — 4, le plan directeur devient réel, 
B'y + C! + D'—0, l'imaginaire passant dans le rapport. Il suffit pour 
cela que la coordonnée y! du foyer soit réelle ; et alors, de même que, 
dans le premier cas, le rapport était À = V1—q= °, il est ici B — 
WATT 


Dans l’hyperbole, q est négatif, donc B est réel ; D doit donc être réel et 
par suite aussi y'. Ainsi, quoique les foyers soient vraiment imaginaires, 
l'équation de la courbe, écrite en mettant en évidence les foyers et les 
directrices, ne contient aucune imaginaire; ceci tient à cette propriété, 
qui paraît paradoxale au premier abord, que la distance d’un point réel 
à un point imaginaire peut être réelle. 

Pour en donner l'exemple le plus simple, soit un point x — a situé sur 
l'axe des #, et un point situé sur l'axe des z, pour lequel 3 — 0, y — 0, 
3—6b V1. En prenant la distance de ces deux points, on a : Va? — b?.. 
La sphère décrite du premier d’entre eux comme centre avec ce rayon ne 
coupe pas l'axe des z. Mais il faut prendre l'intersection de cet axe avec 
l’hyperboloïde imaginaire, qui est le complément de la sphère. 

Le plan directeur, dans le cas que nous examinons, étant réel, quoique 
le foyer soit imaginaire, on peut cependant donner un énoncé réel à la 
propriété géométrique représentée par l'équation aux foyers. Par exemple, 
dans le cas de l’hyperbole ci-dessus, on a 4 — 5, p—= , et l'équation 
de l’hyperbole s’écrit : 


b 
( y—"y}= CEE ET PP 
4 


Le premier membre donne le plan directeur ou la droite directrice; le 
second donne un cercle. 

L’hyperbole étant connue, prenons y! à volonté et construisons le cercle 
donné par le second membre; le centre est situé sur le second axe de 
l'hyperbole et éloigné du centre de la courbe de la quantité y'; son rayon 
est fonction de y’. Construisons la droite directrice correspondante, qui est 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 15 


parallèle au premier axe. Alors {a distance à la droite directrice d'un point 
quelconque de l'hyperbole est à la tangente menée de ce point au cercle, comme le 
second axe est à l'excentricité. 

Il est d’ailleurs facile de prouver que la droite d’intersection ou de 
symptose de deux de ces cercles est parallèle et à égale distance des deux 
directrices correspondantes. 

La même chose peut se dire de l'ellipse. 

On voit donc que la propriété d’un foyer imaginaire peut se trans- 
former en celle d’un cercle réel. Il est clair que la réciproque doit avoir 
lieu. On en trouvera plus loin un exemple. 

Tous les cônes de révolution que l’on peut mener par une conique ont 
leurs sommets sur la focale, et réciproquement ceux qui passent par la 
focale ont leurs sommets sur la conique. Et, dans ce cas, l'axe de révolution 
est précisément la tangente à la conique. Ainsi tous les rayons vecteurs tirés 
d’un point de la conique à ses divers foyers sont également inclinés sur la tangente 
à la conique en ce point, et constituent un cône de révolution dont cette tangente 
est l'axe. 

On peut dire encore que si l’on fait tourner une conique autour d'une des 
tangentes à sa focale, tous les points de la conique seront sur un cône de révolu- 
tion ayant son sommet au point de contact. 


VIL. 


FOYERS DES SURFACES DU SECOND ORDRE. 


Ces foyers sont de la forme : 
(Az + By + Cz + D'=(x— x? +(y— y} + (z— 2}, 


c’est-à-dire du premier genre. 
Toutes les surfaces du second ordre sont représentées en coordonnées 
rectangulaires par les équations : 


Pat + P9s + P°3 = NH, 
P'y® + P’23 — 9207, 


16 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


et il faudra successivement identifier la première avec chacune de ces 
deux-ci. Mais comme celles-ci ne renferment aucun rectangle, on a: 


AB — 0, ‘AC = 10,0 1BC = 0. 


Ainsi deux des quantités À, B, C sont nulles; dès lors la surface doit 


être de révolution. Nous supposerons donc que P!— P’. Et alors on 
aura : 


B' = 0, C = 0. 


Pour identifier les deux équations dans le cas des surfaces douées de 
centre, il reste à faire : 


4 — A2 = «P, 
der el”, 
— 9x — 9AD = 0, 
y = 0 
Z —\0, 
g2 — D = — dH. 


Les quatrième et cinquième indiquent que le foyer est situé sur l’axe 
de révolution de part et d'autre à égale distance du centre. 

Dans l’ellipsoïde, P, P', H sont de même signe. S'il est aplati, P' < P, 
A et x! sont imaginaires et il n’y a pas de foyers. Sil est allongé, P’ > P, 
et il y a deux foyers. 

Dans l’hyperboloïde de révolution à une nappe, P’ et H sont de même 
signe et P de signe contraire; donc x’ est imaginaire, et il n’y a aucun 
foyer. 

Dans l’hyperboloïde de révolution à deux nappes, P et H sont de même 
signe et P' de signe contraire; donc À et +’ sont réels, et il y a deux 
foyers. 


Le plan directeur est o — Ax + D ou «= ne + Il y en à un pour 
chaque foyer; il est perpendiculaire à l’axe de révolution et réel ou ima- 


ginaire avec son foyer. 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 17 


Identifions maintenant les équations des surfaces dénuées de centre : 


41 — A = 0, 
1 = «P”, 
— 9x — 2AD = — 2%, 

y =0, 

Z.= 0, 

x? — D, 

On en tire : 

x P 1 ? Q 
Y=0,14=0, ee Gr À = 1, ET gp 


Il n’y a donc qu’un foyer toujours réel, situé sur l’axe de révolution. 
La surface en question est le paraboloïde elliptique. Le plan directeur 
correspondant est 


o — Ax + D, où x = — x’. 


Quand on fait tourner une section conique autour d’un axe quelconque, 
la surface engendrée est généralement du quatrième ordré; mais quand 
Vaxe de révolution se trouve situé dans un-des deux plans principaux de 
la conique, cette surface n’est que du second ordre et les points où cet 
axe perce la focale située dans ce plan sont les foyers de la surface de 
révolution. Quant aux plans directeurs de la surface, on les obtient en 
menant, par les droites directrices de la conique relatives à ces foyers, 
des plans perpéndiculaires à l'axe de révolution. 


VIII. 


FOYERS DE L'INTERSECTION DE DEUX SURFACES DU SECOND ORDRE. 


Nous allons maintenant aborder un autre ordre de questions. Il s'agit de 
déterminer les foyers de premier genre et à directrice plane de la courbe d’inter- 
section de deux, surfaces du second. ordre. 

On sait déjà que par la courbe il faut alors pouvoir mener une sur- 
face du second ordre de révolution. On doit donc pouvoir déduire des 


équations dé la courbe une autre équation qui représente cette surface de 
Towe XXVI. 3 


18 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


révolution. Dans ce cas, la courbe possède les foyers relatifs à cette sur- 
face. Si elle en a d’autres, c’est que par la courbe on peut mener une 
seconde surface de révolution. 

Laissant de côté le cas où la courbe n’a aucun foyer et celui où elle n’a 
que les foyers relatifs à une surface, examinons si une courbe par laquelle 
on peut faire passer deux surfaces de révolution, peut encore appartenir 
à une troisième. Or, la courbe pouvant être déterminée par deux surfaces 
quelconques, prenons pour déterminantes ces deux surfaces de révolution. 
Choisissant alors l’axe des + parallèle à l'axe de révolution de la première, 
celle-ci aura pour équation : 


ar? + d'y? + a + x + cy+€"z + d= 0. 


Pour la seconde surface, il nous faudra distinguer trois cas, celui où 
les deux axes de révolution sont obliques, celui où ils sont perpendicu- 
laires, enfin celui où ils sont parallèles. 

S'ils sont obliques, conservons l'axe des x parallèle au premier et 
menons les plans æy, æ2 de façon que ni l’un ni l’autre ne soit parallèle au 
second axe; la deuxième surface aura pour équation : 


Aa? + AY? + À'22 + Byz + B'xz + Bay + Cx + C'y + C3 + D —0, 


où B, B’, B'’ ne sont point nuls, mais où l'on a les relations : 


B'B’’ BB'’ s BB’ 
A ee nn Ne = 


2B I". | ep, 


Dans ce cas il ne passe par la courbe aucune autre surface dé révolution 
du second ordre. En effet, toute surface de cet ordre menée par la courbe 
est comprise dans l'équation : 


z + aD 
+ a'd. 


0— &œÀ | x° + «A 


+ aa 


ÿ° + cA" æ +- aC' 


+ ac! 


y + àC/’ 
+ac/ 


2° + cByz + aB'æ2 + «Boy + a«G 
+ de 


+ aa! + œ'a 


Or, les rectangles n'étant point nuls, celle-ci ne peut être de révolution 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 19 


qu'autour d’un axe oblique aux axes coordonnés. On aura donc les rela- 
tions : 


aB'B" BB" «BB 
= 0À' + aa! — = gÀ" + «a — 


ans ? 
2B' 2B" 


ah + «a — 


qui, par les conditions précédentes, se réduisent à : «a = a 'a'=a'a". I 
faut donc que #—0 ou que a — a’. La première condition fait retomber 
sur la surface connue, la seconde suppose la première surface sphérique; 
celle-ci a donc alors un axe de révolution parallèle à l'axe de la seconde, et 
on rentre dans le troisième cas. Ainsi par la courbe d’intersection de deux sur- 
faces de révolution à axes obliques, on ne peut mener aucune autre surface de révo- 
* lution. 

Supposons les deux axes de révolution perpendiculaires entre eux et 
prenons les axes des + et des y parallèles à ceux-ci. La seconde surface aura 
pour équation : 


Aa? + A'ÿ? + Az? + Cx + C'y + C2 + D — 0. 


Alors toute surface de second ordre menée par la courbe sera comprise 
dans l'équation : 


œA 
+ c'a 


3 + aD = 0. 


+ «'d 


æ + aC 
+ &œ'c’ 


x* + a’ 
+ a 


x + ac 
+ «0 


ÿ + A 
+ aa 


y + aC"’ 
Hé 74 


et l’on voit que cette surface ne peut être de révolution qu’autour d'axes 
parallèles aux axes coordonnés. Rejetant donc l'hypothèse que l’une des 
surfaces déterminantes soit sphérique, ce qui rentrerait dans le troisième 
cas, nous n'avons qu’une nouvelle solution : 


A + aa = a + «a, 
d’où l’on tire : 
& a — a 
cénéie Pi SEL 
. 


Ce rapport n’est pas nul, il n’est pas infini non plus, tant que les 
courbes ne sont pas sphériques. On a done toujours une troisième solution. 


20 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


Ainsi la courbe d’intersection de deux surfaces de révolution à axes perpendicu- 
laires appartient encore à une troisième surface de révolution, dont l’axe est per- 
pendiculaire à ceux des deux premières. 
Supposons enfin que les deux surfaces données soient de révolution 

autour d’axes parallèles. Leurs équations sont alors : 

0 = ax? + d'y + de + ex + c'y + C’z + d, 

o — Aa? + A'ÿ9 + A2? + Cx + C'y + C'z + D. 
Quand aucune des deux n’est une sphère, on ne peut avoir ni aa, ni 
À = A. Toute autre surface de second ordre menée par la courbe a dans 
son équation même coefficient pour y° et pour 2, et si l’on veut que le 
coefficient de 4° soit égal à chacun des deux autres, il faut poser : 


ah + a = À + «à, 
L2 Li 
d’où 
C2 a — à 
« A — A" 


C'est donc un rapport fini et parfaitement déterminé. Ainsi par la courbe 
d’intersection de deux surfaces de révolution à axes parallèles, on peut toujours 
mener une sphère. 

Il y a ici deux cas à observer particulièrement. Le premier a lieu, 
quand A0, a—0; alors + — — Es correspond à une équation linéaire, 
et on en conclut que deux paraboloïdes de révolution à axes parallèles se coupent 
toujours selon une courbe plane. 

Le second cas se présente quand A’—o, a! = 0, d’où l'on tire = = — ©: 
On a encore une équation linéaire, et chacune des surfaces est un cylindre 
parabolique. Aïnsi : Ayant dans un plan deux paraboles dont les axes sont paral- 
lèles, si par chacune on mêne un cylindre quelconque dont la génératrice soit per- 
pendiculaire à l’axe, leur intersection sera plane. 

Revenons au cas général. En prenant pour axe des æ, l’axe de révolu- 
tion de la première surface et faisant passer le plan xy par l’axe de révo- 
lution de la seconde, les deux équations sont : 

0 = ax? + ay + az? + cr + d, 
= Aa? + A'y? + A2 + Cr + C'y + D; 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 21 


et alors : 


23 + aC 


+ ac 


æ + aC'y + aD 


+ «d 


o = 4À | 2? + a’ | y? + «A 


+ «'a + aa + aa 
est l'équation générale de toutes les surfaces du second ordre qu’on peut 
mener par la courbe. On voit donc qu’elles sont toutes de révolution 
autour d’axes parallèles, et que tous ces axes sont situés dans un même 
plan ; par conséquent, le lieu des foyers est une courbe plane. 

Pour avoir l'équation de ce lieu, il faut chercher les foyers de la sur- 
face générale ci-dessus, puis éliminer le rapport =. Or, pour cela, iden- 


tifions l’équation de cette surface avec la formule connue : 
(x — 2) + (y — yh4 (os — 5) = (Mr + Ny + Ps + Q}°. 


La première ne renferme aucun rectangle, et le coeficient de y? égale 
celui de 2. On a donc : N—0, P—0, et il reste simplement six équations 
de condition : 


1° «À + x'a = 1 — M, 

D a+ a = 1, 

8 ‘aC + a'cl— — 2x — 9MQ, 

4 aC'= — 2, 

»° o== + 23", 

6 ,aD + ad =1,22,#,y2 + 22 — Q. 


On a d’abord z/ —0, ce qui est l'équation du plan qui contient tous les 
foyers. Restent alors cinq équations entre les inconnues &, «,M, Q,2, y'. 
Si donc nous pouvons éliminer les quatre premières, nous aurons le lieu 
cherché; or, rien n’est plus facile. (2) et (4) donnent « et 4', et entre (1), 
(3), (6), on élimine de suite M et Q. On a donc : 


et 


4(aD + xd — 22 — y2) (aA + d'a — 1) = (aC + ae + 27° À, 


‘29 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


ou par substitution : 


2Dy d 2A'dy' | 24y 9 2A'ay’ | 
: Se a fra. des Lift CR ne À Ste 
C’ “a a NE a'C'’ æ y €: + a’ D 4 d'C! 


En posant pour abréger : 


2C 2A'c 2 c On 2A 2A'a à a 

PRE LATTES m , RHOT D eng € eee ee » LE D Te , 
C * «C a C’ a'C’ f a' f 
2D 2A/d d 
— — — =", — = = $, 
C’ a C’ 74 

cette équation peut s’écrire : 
(a & my € n} = (py + q) (224 g2 + ry + s) + » . . . (1) 


et l’on remarquera qu’on peut déterminer les deux surfaces de façon à 
satisfaire à l'équation (1), quels que soient les six coefficients. 

Le lieu des foyers est donc une courbe plane du troisième ordre. Elle 
ne peut se réduire au second que quand p— 0, c’est-à-dire quand =; 
et l’on voit qu'alors la courbe d’intersection est plane. Si le lieu a un axe 
pour les transversales parallèles aux +, le premier degré de æ doit dispa- 
raître, donc m — 0, n = 0, d'où c — 0, G—0. Cela indique que les équa- 
teurs des deux surfaces sont dans le même plan. 

Quand les deux surfaces sont deux paraboloïdes de révolution à axes 
parallèles, ou quand ce sont deux cylindres paraboliques, comme on a 
vu plus haut, la courbe d’intersection est plane; dans tous les autres cas 
de l’intersection des deux surfaces de révolution à axes parallèles , la 
courbe est sphérique. Si nous supposons donc l’origine au centre de la 
sphère, ce qui comprend encore tous les cas où la courbe n'est point 
plane, et si nous supposons que la sphère soit notre première surface , 
on aura: a =), C = 0, & = — R2 

Posant alors : 


2C QA 94 D 
rt D PERTE 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 23 


le lieu des foyers de la courbe s'écrit : 
(a+ my} = py' (23 + y3 + ry3 + R3), . . . . . . (2) 


Ainsi cette équation comprend encore le lieu des foyers d’une manière 
générale, comme on peut le voir directement si, dans l’équation (1), on 
change l’origine des coordonnées. 

Ce lieu est la courbe que Newton a nommée hyperbole défective. 

Quand lune des surfaces est un cône de révolution, l'équation se sim- 
plifie en prenant le sommet du cône pour origine; car supposant que ce 
cône soit notre première surface, on a : € = 0,d = 0. 

En posant alors : 


2€ _,, 24 _ 24a HE 2D 
DR re Nues DAS DRE PRDE: 
C' , (ré a'C’ P ; q C 
l'équation du lieu des foyers est : 
(#° + my} = (py! + q) (#2 + y + rg"). . . . . . . (3) 


et cette courbe, comme on devait le prévoir, passe par le sommet du 
cône. 

Dans le cas particulier où la surface de révolution passe par le sommet 
du cône, on a D— 0; donc r — 0, et le lieu devient 


(+ myP = (py +9) (x? + y?) 


La courbe a, dans ce cas, un point double au sommet du cône. 
IX. 
PROPRIÉTÉS DU FOYER, QUAND L’UNE DES SURFACES EST UN CÔNE. 
Nous nous arrêterons quelques instants à examiner l'intersection de 


deux surfaces du second ordre, dans le cas où l’une d’elles est un cône 
de révolution; le sommet du cône est alors foyer de la courbe. 


24 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


Supposons que la seconde surface soit de révolution autour d’un axe 
parallèle à celui du cône, leurs équations seront : 


= a + y + a'2?, 
0 = Ar? + A'y? + A2? + Cr + C'y + D. 


Menons un plan quelconque par l’axe du cône : z — ay. Ge plan cou- 
pera généralement la courbe en quatre points situés sur deux génératrices 
du cône, et les quatre segments compris sur ces génératrices entre les 
points de la courbe et le sommet du cône sont égaux aux quatre + de la 
courbe correspondants, divisés par une constante, qui est le cosinus du 
demi-angle au centre du cône. Si donc, entre les #, il y a une-relation 
homogène, la même relation existera entre les segments. 


Prenons donc les + des quatre points en questiôn. On a d’abord, en 
éliminant z, 


ax? +- a'y? (1 + o°), 
0 = Az? + AY? (1 + à?) + Cx + C'y + D. 


Éliminant ensüite y, on trouve : 


C'2aa'x?, 


ÂG LCA c] Ca’ E Da = 122 
[(Aa a)? + Ca’x + Da] 114 


Il n’y a que le coefficient. de z°, qui soit fonction de «. On en déduit 
donc que : Dans la courbe d’intersection d'un cône de révolution avec une sur- 
face de révolution autour d’un axe parallèle à celui du cône, les quatre segments 
compris à partir du sommet du cône sur deux génératrices dans un plan quelconque 
mené par l’axe sont tels que leur somme est constante, que la somme de leurs 
inverses est constante et que leur produit est constant. De plus, on a cette rela- 
tion que la somme vaut la somme des inverses multipliée par la racine carrée du 
produit. On l’énonce encore autrement, en disant que : Si l’on ajoute les 
quatre quotients obtenus en divisant successivement par chacun des segments le pro- 
duit des trois autres, leur somme égale la somme des carrés des quatre segments. 

Reprenons par une autre analyse l’intersection d’un cône de révolu- 
tion avec une surface quelconque du second ordre, et recherchons dans 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 25 


quel cas la somme des quatre segments compris dans un plan quelconque, passant 
par l'axe du cône est une constante. 

L’axe de révolution étant choisi pour axe des z et le sommet pour origine, 
prenons, comme coordonnées, l’ordonnée rectangulaire 3, l'angle w compris 
entre l'axe positif des x et le rayon vecteur tiré de l’origine, enfin l'angle 9 
compris entre l’axe positif des + et la projection du rayon vecteur sur le 
plan æy. On a les formules de transformation : 


2=23, 2=21guc08;, y=7lg usine, 


que l’on écrira : 


Z=2, 3 = 3m, y = 2h, 


en observant que m? + n? = 1. 

Quand on s'occupe d’un cône de révolution, cette notation a l'avantage 
que t demeure constant pour tous les points du cône. 

La surface du second ordre qui, rapportée aux trois axes rectangles, 
était : 


o= Aa? + A? + A2? + Bys + B'os + By + Cr + C'y + C5 + D, 
devient : 
0 = Az 4m? + A'z%°n? + À!22 2 Bzün + B'22t1m + B'’2%2mn + Cztm + C'zin + C's5+0D, 


et quand, dans cette équation, on fait £ constant, on a entre m, n, z 
l'équation de la courbe d’intersection. 

D’après la question, la somme des segments compris dans un plan 
par l’axe est une constante. Donc aussi la somme des z des quatre points 
situés dans un plan quelconque par l’axe est constante. 

A cet effet, supposant w et + c’est-à-dire m, n, t déterminés, la somme 
des deux 3 est : 


Cim + C'in + C’' 
Alm® + An? + A" + Bin + B'im + B'mn 


Tome XXVI. 4 


ol 


26 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


Augmentons + de 180°; m et n changent de signe, et l’on a pour somme 
des deux 2 : 


— Ctm— C'in + C” 


Atm? + An? + A! — Bin — B'im + B''mn 


| 


Nommant donc Q la constante, on a : 


— — <=, ou PS + QR + QQS — 0. 
Posons : 
Cim + Cin=T, Atm? + An? + A + B'Emn=U, Bin + B'tm= NV, 
et alors cette égalité devient : 
o — NQS + 2C/U —2VT, avec la condition m? + n? = 1. 


En développant cette équation et réduisant partout les exposants de x 
au moyen de la condition n? — 1 — m°, il demeure cinq espèces de 
termes relativement à l'angle +, les termes m#, m°n, m?, mn et ceux qui 
sont indépendants de 4. Ces termes n’étant plus réductibles, et l'équation 
devant être satisfaite, quel que soit 9, on a cinq équations de condition : 


10 — 2(A'C"P + AC" — BCE) + Q[(A'E + A”) — BR], 

2% 0 — 22(AC”— A'C" + BC'—B'C) + A[2(A—A')(A'E + A”)e2 + B'24 + BU2— B'242], 
3 0 — 2(B/C/ — BC— B'C/) + of [2A'B'2 + 2A"B’—9BB/1, 

4 0= ott[(A— A’? — B’?], 

3 0 = ot [(2AB” — 24/B]. 


Les deux dernières sont satisfaites par © = 0. Il reste alors deux con- 
ditions : 
o — AC" — A'C" + BC’ — B'C, 
o — B’C’—BC — BC, 
et l'on a : 
he AC’: 
F2 BC’ +54 A'C/’ 


2 


s 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 97 


Quand on change l’origine, les deux conditions deviennent : 


mu (820 (8) + (8) 
(08 (8 


Pour que ces conditions soient satisfaites, l’origine doit donc parcourir 
une droite, et cette droite passe par le centre de la surface. 

Ainsi, étant donnée une surface du second ordre, on peut généralement par tout 
point de l’espace, pris comme sommet, mener un cône de révolution (il peut aussi être 
imaginaire) tel que la somme des quatre segments compris dans un même plan mené 
par l'axe soit nulle. Ceux d’entre ces cônes, dont les sommets se trouvent sur un même 
diamètre de la surface, sont de révolution autour d’axes parallèles. 

Supposant ensuite que Q n’est pas nul, comme t ne l’est pas non plus, 
les deux dernières conditions sont : 


(A—A'} — B'?— 0, (A— A')B’=0, 


et on en déduit : 


C’est le caractère analytique nécessaire et suffisant pour que la section 
faite dans la surface du second ordre, normalement à l’axe du cône, soit 
un cercle. 

Les trois autres conditions deviennent alors : 


e 
] 


2(AC"R + A"C” — BORA) + N[(AR + A”) — B42], 
2(BC' — B'C)8 + Qf[B? — B*?], 
28 (— BC — B'C') — 20BB'#; 


© 
I 


© 
] 


t disparaissant des deux dernières, on a par l'élimination de Q une 
relation entre les coefficients, 


2(BC' — B'C) BC + B'C' 


B? — p? pe ” 


28 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


qui devient : 
(B? + B'?) (BC — BC) — 0, 


et qui peut se résoudre de deux facons : 
: L B= 0, B—0, et:,2% B'C:—"BC. 


Le premier cas, donnant une surface de révolution dont l’axe est paral- 
lèle à celui du cône, a déjà été examiné. 
Dans le second cas, en posant: 


LR re ona nn 2 
ARE nue “api p 


La condition BC — B'C' exprime qu’un des cercles doit avoir son centre 
sur l’axe du cône; nous le nommerons cercle principal. Mais comme il peut 
être imaginaire, nous dirons que la droite, lieu des centres des cercles, 
doit rencontrer l’axe du cône. 

La surface est : 


o = Aa? + y?) + (By + B'x) (z + 0) + A2? + C3 + D, 


et le cercle principal est : 


3 = — p. 


La somme des quatre z des points de la courbe, situés dans un plan 
quelconque par l’axe, vaut donc deux fois le z du cercle principal. 
L’équation (1) devient : 


0 = (Aë + A”) [2C” + a (AR + A")], 


et se sépare en deux. Il y a donc deux cônes réels ou imaginaires , ayant 
leur sommet à l’origine et jouissant de la propriété demandée. 

Ainsi, la surface de second ordre est assujettie à la condition d’être coupée sui- 
vant un cercle par tout plan perpendiculaire à l'axe du cône; et il faut que la 
droite, lieu des centres de ces cercles, rencontre l'axe de révolution. Alors, il y a 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 29 


généralement deux cônes ayant leur sommet en un point donné et ré ta 
la question. 

Si l’on veut connaître les points de l’espace qui peuvent être les sommets 
de ces cônes, on remarquera que les lieux des centres des deux séries de 
cercles forment deux droites ; par conséquent, en menant par chacune un 
plan perpendiculaire aux cercles correspondants, le lieu se composera de 
ces deux plans. Si le sommet est un point d’une de ces deux droites mêmes, 
il se trouve dans le plan du cercle principal, donc L est nul, et il en est de 
même de la somme des quatre segments, comme on devait le prévoir. 

Nous chercherons encore, relativement à la courbe qui nous occupe, suivant 
quelle loi doit se mouvoir un plan passant constamment par le sommet du cône, pour 
que la somme des quatre segments inverses demeure une constante : 

La courbe est : 


0 = Az''Em? + A'2%%n? + À"22 + Bain + B'2%4m + B"22%f2mn + Cztm + C'ztn + C''z + D. (1) 
Un plan quelconque par l'origine est : 
ax + by + cz = 0, 
ou en nouvelles coordonnées 


EE NE TT PP IR RE OC Et | 


test connu; par l'équation (2) et par la relation constante m°+n°— 1, on 
aura m et n. Alors l'équation (1) donnera les quatre 2 des points de la 
courbe situés dans le plan (2). 

Or, nommant m,, m, les deux valeurs de m, et n,, n, les deux valeurs cor- 
respondantes de n, la somme des quatre z inverses est : 


Ctm, + C'in, + C” Ctm, + C'in, + C” 
D D 


Mais il est facile de voir que : 


ac 2bc 
a? + 62° 


im, + im, = — 


30 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


Donc la somme des quatre z inverses est : 


+ 2Cac + 2C'bce — 20” (a? + L?) 
D (a? + b?) 


Pour que la somme des quatre segments inverses soit constante, il faut 
etil suffit que celle-ci le soit. On a donc : ; 


Cac + C'he — (a? + b?) (C” + Da). 


Ainsi moyennant cette condition, on a une infinité de plans. 

Pour avoir leur enveloppe, prenons deux plans infiniment voisins. Or, 
mettant à part pour y revenir plus loin, le cas où c—0, nous pourrons sup- 
poser c constant et les deux plans avec leurs deux équations de condition 
donnent : 

az + by + CZ = 0, 
Cac + Che —= L(a? + b?), 
æda + ydb = 0, 
Ceda + C'edb — L(2ada + 2bdb), 


ou, pour abréger, on a posé C”' + DO — L. 
Ces deux dernières se réduisent à : 
Cey — C'ex — L(2ay — 2bx). 
De celle-ci et de la première, on tire a et b : 
cy (Cy — Cr) — 2Lers 
2L (x? + y?) 


— 0x (Cy — Cr) — 2Leyz 
2L (2? + y?) 


On en déduit : 
€ [(Cy — C'r)? + 422] 
AL? (x? + y?) 


* 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 51 


Substituant ces valeurs dans la seconde équation, on trouve : 
AL3 23 + 4Lz (Cx + C'y) — (Cy — C'aÿ = 0. 


C’est donc un cône du second ordre, concentique au premier, dont la 
base est parabolique et qui est tangent au plan z—0 suivant la droite Cy 
= C'z. A 

L'équation du cône se simplifie, quand on prend la droite de contact 
pour axe des x. Alors C' = 0, et l'enveloppe est : 


o = 4L?2? + ACLxz — C?y?. 


Il y a deux cas particuliers intéressants, que nous examinerons successi- 
ment. Le premier a lieu quand C—o, C' —0; le second quand c = 0. 

Soit donc C—0, C'—0. On a pour somme des z inverses des points situés 
sur une génératrice Q — — et la droite est quelconque, assujettie 
seulement à passer par l’origine. Quant à la surface du second ordre, dans 
ce cas elle est coupée par le plan 3—0 suivant une courbe qui a son centre 
à l’origine. On peut donc énoncer le théorème suivant : 

Si par le centre d’une section plane d’une surface de second ordre, on mène une 
droite quelconque, la somme des distances inverses à ce plan des deux points où la 
transversale coupe la surface est une constante. 

Cette propriété est générale et s'applique à toutes les surfaces sous 
l'énoncé suivant : 

Quand l'équation d'une surface est telle que les deux termes du premier degré 
en x et en y manquent, si par l'origine on mène une transversale quelconque , la 
somme des distances inverses, au plan xY , des points où la transversale coupe la sur- 
face est une constante. 

Rien n’est plus simple que de la démontrer directement. Cet énoncé 
peut prendre une autre forme : 

Si par un point on tire une infinité de transversales à une surface quelconque , 
on pourra toujours mener par ce point un plan tel que la somme des distances 
inverses à ce plan des points où une quelconque des transversales rencontre la sur- 
face soit une constante. 


32 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


La démonstration de cette propriété demande quelques lignes d’analyse. 
Rappelons d’abord une formule d’Euler pour passer d’un système d’axes 
rectangles à un autre système d’axes rectangles. 

L'origine reste la même, le nouvel axe des x’ est dans le plan y faisant 
l'angle + avec l'axe des x, les deux plans des xy comprennent l'angle 6. 
Les formules en question sont alors : 


æ = æ COS © — y’ sin & Cos 4 + z’ sin 9 sin 0, 
y —= + sin ? + y’ COS y COS 0 + z° COS y sin 6, 
z = y sin 8 + z' cos 6. 


Cela posé, pour prouver la proposition, il faut , sans changer d’origine, 
trouver trois nouveaux axes rectangles en ce point, tels que l’équation de la 
surface ne contienne plus les termes de premier degré en x et en y. Or, par 
les formules ci-dessus, qui permettent de passer à un nouveau plan des xy 
quelconque, tous les termes conservent le même degré. Il suffira donc de 
voir ce que deviennent les termes du premier degré. Représentons-les par : 


Ax + By + Cz, 


et dans l’équation transformée, prenons seulement les termes en + et en y, 
que nous égalerons à zéro; il vient : 


o— A cos: + Bsiny, 
0 — — A sin # cos 9 + B cos # cos 0 + C sin 6; 


d’où l’on tire : 


Asinp—Bocos? 
€ 


1g © —= — Le g 0 — 
B 
L’angle © étant déterminé par sa tangente est toujours réel; il en est de 
même de 9. Ainsi, le théorème se trouve démontré, et l’on voit même 
qu’un seul plan repond à la question. 
Ce plan, en nouvelles coordonnées, est ’ — 0. Pour avoir son équa- 
tion en fonction des anciennes coordonnées , remarquons que nous avons 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 35 


à éliminer entre six équations 9, 9, x’, y', z', et l'équation restante en 
æ, y, z sera le lieu cherché. z! étant nul, on a d’abord : 


æ = æ C08 çe — y’ sin + COS 6, 
y = &’ sin $ + y COS ? cos D, 
3 = y’ sin 6. 


Éliminant y! : 


T = x COS © — 


y = æ' sin ? + 


éliminant +! : 


y COS ÿ — x Sin 9 = 


pl 


Restent les lignes trigonométriques. On a : 


B 
S EE iñ . 
cos © À sin + 
Notre équation devient alors : 


A 
Az + By + ———— : = 0 
sin s tg 9 


} : 3 PU : 
Or, on démontre aisément que sin 9 tg 9 — =. Le lieu est donc : 
Az + By + Cz = 0. 


Ainsi, le plan qui, passant par l'origine, jouit de la propriété énoncée plus haut, 
s'obtient pour une surface quelconque , en égalant à zéro l’ensemble des termes du 
premier degré. 

Nommons S la somme des segments inverses pour la transversale nor- 
male au plan; il est clair que, pour une autre transversale faisant l'angle « 
avec la première, la somme des segments inverses sera S cos à. 

Pour les transversales situées dans le plan même, « — 90°. Donc, la 
somme des segments inverses est nulle, comme il a déjà été démontré dans 


un autre travail. 
Towe XXVI. ù 


34 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


m étant le degré de la surface, si, sur chaque transversale, on porte, 
à partir de l’origine, sa moyenne harmonique <=, on aura un plan 
parallèle au plan déterminé ci-dessus, et l’on voit que la propriété en 
question est, sous une forme un peu différente, un théorème que M. Pon- 
celet a donné dans son Mémoire sur le centre des moyennes harmoniques. 
(Voir la note page 43.) 

Passons maintenant au second cas particulier que nous avons signalé, 
celui où c —0. 

Alors, la somme des quatre z inverses des points situés dans un plan 
quelconque, mené par l'axe, est égale à — T, ou constante. 

Ainsi, quand un cône de révolution coupe une surface du second ordre, la 
somme des quatre segments inverses situés dans un plan quelconque, mené par 
l'axe, est une constante. 

Cette propriété est générale : Quand un cône de révolution et une surface 
quelconque se coupent, la somme des segments inverses, interceptés à partir du 
sommet du cône sur deux génératrices dans un plan quelconque, mené par l'axe, 
estune constante. 

La même analyse le démontre, sans qu’il soit nécessaire d’y rien 
changer. 

On peut encore l’énoncer autrement : Étant donnés une surface quelconque 
et un plan, soit un rayon incident en un point déterminé de ce plan et le rayon 
réfléchi par celui-ci. La surface étant d'ordre m, ce rayon brisé la rencontrera 
généralement en 2m points tels, que la somme des ordonnées inverses, pour le 
plan, de ces 2m points est une constante, quel que soit le rayon brisé par le plan 
en ce point fixe. 

Conservant le même point d'incidence, faisons varier le plan, en le faisant 
toujours passer par ce même point. Le plan est déterminé quand on connaît 
9 et 6 selon la notation de la question précédente. Quand les termes du 
premier degré et le terme connu, dans l'équation de la surface, étaient : 


Az + By + Cz + D, 


. 2C 
on avait pour constante O — — D ? pour ce nouveau plan, on aura : 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 35 
2 k F x 
dm —{$ {A ss din 0—,B cos ; sin 0 + C cos 0). 


Cherchons à rendre cette constante un maximum, et posons à cet effet : 


0 = À cos + sin 6 + B sin ? sin 6, 
0 = À sin $ cos 9 — B cos z cos 9 — C sin 8. 


Ces conditions donnent précisément le plan déterminé dans la question 
précédente, c’est-à-dire que le maximum a lieu pour le plan qui coupe la 
surface suivant une courbe dont l'équation n’a aucun terme du premier 
degré. 

Supposons donc que notre plan des æy soit ce plan à maximum. Alors 
À = 0, B = 0, les termes des degrés un et zéro sont simplement : 


Cz + D, 


£ 2 
et la constante maximum est Q, — — + 


Pour un autre plan déterminé par 4 et 9, la constante est : 


2 C cos 4 


Q = — 


= N, cos 9. 


Ainsi étant donnés une surface d'ordre m et un point fixe, si l'on mène par ce 
point un plan, tout rayon brisé en ce point par sa réflexion sur le plan coupe la 
surface en 2m points, dont la somme des ordonnées inverses par rapport à ce plan 
est une constante. 

On peut faire passer par ce point un plan unique , tel que cette somme soit un 
maximum ; cela se présente quand ce plan coupe la surface suivant une courbe dont 
l'équation n'a aucun terme du premier degré. Dans ce cas particulier, la somme des 
ordonnées inverses est la même pour le rayon incident et pour le rayon réfléchi. 

Pour tout autre plan passant par ce point et incliné de x degrés sur le plan 
du maximum, {a somme est égale à la somme maximum multipliée par le cosi- 
nus de cet angle. 


36 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


X. 


DES FOYERS DE PREMIER GENRE DANS LES COURBES PLANES DU QUATRIÈME ORDRE. 


Toute courbe plane du quatrième ordre douée d’un foyer de premier 
genre à directrice de second ordre peut, au moyen d’un choix convena- 
ble de coordonnées, s’écrire ainsi qu’il suit : 

; q 


(Aa? + Ag + Cy + D = (x — æ') + (y — y} + 22 


Les axes coordonnés sont alors parallèles aux axes de la directrice, et 
mème l’axe des y coïncide entièrement avec l’un d'eux. On sait que, dans les 
courbes dépourvues de centre, on ne peut faire disparaître C/y, mais comme 
y' de sa nature est une quantité finie, on peut, en changeant l’axe des 
æ en un axe parallèle, arriver enfin à la forme : 


(Aa? + A + Cy + D} = (x — 2} + y + 28, 0. 0. . (1) 


et cette équation en coordonnées rectangulaires comprend encore toutes 
les courbes du quatrième ordre à foyer de premier genre dont la directrice 
est de second ordre. 

Dans quel cas cette courbe possède-t-elle un second foyer de même 
espèce? 11 faut pour cela que l’on puisse identifier l'équation (1) avec : 


(ax? + ay? + bay + ex + cy + d\ = (x — nf + (y — y} + À . - : (2 
Mais la première ne contient aucun des termes 4°y, æy°, æ’, xy°. On a donc : 
ab — 0, ab — 0, ac = 0, de = 0; 


et comme a, a’ ne peuvent être nuls simultanément, ce qui entrainerait 
A—o, À'—0, et alors l'équation (1) descend au second degré, il faut que 
l'on ait : 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 37 


Pour identifier alors les deux équations, on a les conditions : 


a? — x?A1, 
a — 4211, 
aa = AN, 
ac’ == a«tAC, 
2ad — 1 = a (2AD — 1), 


Qa'd — 1 = a? (2A'D — 1), 
d’où l’on déduit : 


Des deux dernières on tire : 
d (A — A’) = oD (A — A’), 
et cette condition se sépare en deux autres : 


4 d= ab, 2%, A = A’. 


Si d=—4D, on a & = 1; les premiers membres des deux équations de- 
venant identiques, il en doit être de même des seconds , et l’on ne trouve 
aucun résultat nouveau. | 

Ainsi le seul cas où une courbe plane de quatrième ordre puisse avoir 
deux foyers de premier genre, a lieu, quand A — A’, c’est à dire quand la 
directrice est un cercle. 

Dans ce cas, l'équation (1) peut encore être simplifiée; car l’origine des 
axes rectangles étant au centre du cercle, on peut tirer l'axe des x par le 
foyer, et elle devient alors : 


(AZ + Af + Dim (es — 2) + y + 2, 
qu’on peut encore écrire sous cette autre forme : 


(+ gi + Mat + gt) + Nx + P = 0. 


38 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


Nous remarquerons que, dans cette dernière équation, il n’y a que trois 
coefficients liés aux quatre constantes de la précédente par les relations : 


24D — 1 
Mets 
2x’ 
Ne A 
DS © m2 2 
P — : 
A 


Éliminons À, D, et il reste entre x’ et 3! la relation : 


8x’ 2P 2M 
TN (x? + 32 + Sais hi à + N z'}?. 

C’est une équation du troisième degré. La courbe a donc une infinité de 
foyers tous situés dans un plan et dont la suite constitue une ligne du 
troisième ordre, qui appartient à la classe des hyperboles défectives. 

Cette courbe remarquable, la seule du quatrième ordre qui possède plus 
d’un foyer de premier genre, n’est autre que la célèbre ovale de Descartes. 
Nous nous arrêterons quelques moments à l’étudier, et, d’abord, il est aisé 
de démontrer qu’elle n’a pas d’autres foyers de premier ni de second genre 
que ceux qui déjà ont été reconnus. Il est inutile de développer ce calcul. 

A chaque foyer correspond un cercle directeur unique; mais, quel que 
soit le foyer, tous les cercles ont la propriété d’être concentriques. 

Prenons toutes les médianes premières parallèles des axes x et y: 


d5S 

— — 4,594°r, 
daxs 

dis 
—— — 9,9,92A1y, 
dx?dy per 
red 2.2.2A2 
dede — 2.2.2A2r, 
d5S 

dy — 4.3.2A?y. 


Toutes les quatre passant par l’origine, on en conclut que ce point, qui 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 39 


est déjà le centre commun de tous les cercles directeurs, est de plus un médian pre- 
mier de la courbe, c'est-à-dire qu’il est le centre des moyennes distances des points 
où une droite quelconque par ce point rencontre la courbe. 

Prenons les médianes deuxièmes parallèles : 


ds 

= Hles 12A%x? + A4A2%ÿ? + AAD — 2, 
ds 

Se me AS 

dxdy 8A°ay, 

d? 

HA = Az? + 12A%ÿ? + 4AD — 2. 
dy? 


Ainsi toutes les médianes deuxièmes parallèles sont des courbes du 
second ordre, qui ont ce médian pour centre. 

Quant aux médianes troisièmes parallèles suivant les deux axes, elles 
sont : 


= 4Ax (An? + Aÿ + D) — 2 (x — zx’), 


là & & 


= 4Ay (Az? + A + D) — 2y. 


Toutes les médianes troisièmes parallèles coupent en conséquence l’axe 
des x aux mêmes points. | 

l'y a donc toujours sur l'axe de l'ovale un point et quelquefois trois, tels que 
si l'on tire par un de ces points une suite de transversales, la somme des segments 
inverses sur chacune, comptés à partir de ce point, est toujours nulle; ces points 
sont par conséquent des médians troisièmes de la courbe. 

Nous prendrons, pour éléments de l’ovale, les coordonnées +’, z' de son 
foyer, le rayon du cercle directeur correspondant R'? — — F enfin le 
rapport du produit des segments au rayon vecteur N' — ï Alors l’équa- 
tion de l’ovale s'écrit : 


(et + y — RP = NE (e — 2) + y + 2:72]. 
Pour un autre foyer, elle s'écrit : 


(22 + y — R23 —= N2 [x — 2°) + y + 3"3], 


40 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


et l’on a les conditions : 


| N°? + 2R2 = N”?,+ 2R'?, 
N'2%' — N’2r”, 


[Rs ne (a? + 22%) = R'8 — N°2 (x°2 + 32). 


(a). 


| 


Telles sont les trois relations qui lient deux foyers quelconques. 

L’équation de l’ovale peut s’écrire autrement, en prenant pour variables 
les rayons vecteurs tirés des deux foyers à un même point de la courbe. 
Alors les deux équations précédentes deviennent : 


a + y — R? = Ny, 
x? 8 y? ATF à R'2 — “0! k 
ou bien : 


N'o’ dre R'2 mes No” pre: R’2. 


C'est sous cette forme que l'équation de l’ovale a été généralement 
étudiée. Il faut seulement remarquer, ici, que les rayons vecteurs se rap- 
portent à deux foyers quelconques. Ainsi les rayons vecteurs tirés d'un point 
quelconque de l’ovale à deux de ses foyers, choisis arbitrairement, sont liés entre 
eux par une relation linéaire. 

En reprenant l'équation : 


(a? + y — R?} = N?[(x — x} + y + 22], 


on voit que la distance d’un point de l’ovale à un foyer est dans un rap- 
port constant avec le carré de la tangente menée de ce point au cercle 
directeur correspondant. Si R’? est négatif, en portant sur l'axe des z à 
partir de l’origine une longueur numériquement égale à R’, la distance 
d’un point de l’ovale à un de ses foyers est constamment proportionnelle 
au carré de la distance de ce point au point déterminé sur l’axe des z. 
On modifierait semblablement sans peine l'énoncé, si z'? était négatif. 

La seconde relation montre encore que x’ et x/” doivent avoir le même 
signe. Ainsi lous les foyers se projettent sur le plan de la courbe d’un même côté 
du médian; et, pour deux foyers donnés, le rapport des réfractions est préci- 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 41 


sément mesuré par la racine carrée du rapport des distances au médian 
de la projection des deux foyers. 

Quand, dans les relations (+, on suppose que les foyers sont dans le 
plan de la courbe, on a = 0, 3!’ =—0. Alors entre les trois foyers on a les 
six relations : 

N'a + 9R3 = N°? + 9R°? — N°2 + 2R°?, 
Nez = N'27 = N'22, 
R'4 — N'2r2 — R'+ — N'ig"2 — R'72 — N''az' "3, 


qu'on peut réduire à : 


R2 Fa R'2 ee 2x’ F4 : N'? Es Az'"x'”, 
R3 + R3 = 9% x”", N°3 = 4x x”, 
R'2 rt kR'"2 Es, 2x''x'”’, N’’2 = 4x’ zx" : 


Quand on se donne les foyers, un des trois cercles directeurs peut être 
imaginaire. Mais, quand on se donne les trois cercles directeurs, les foyers 
sont toujours réels. 


XL 


DES FOYERS DU SECOND GENRE. 


Nous examinerons encore un cas particulier des foyers du second genre, 
celui où la courbe plane du quatrième ordre a un foyer dont les deux 
directrices sont rectilignes. 

En prenant la seconde directrice pour axe des x et faisant passer l'axe 
des y par le foyer, l'équation de la courbe est : 


(ax + by + = y [x + (y — y}? + 32]. 


Cette courbe peut, dans certains cas, avoir d’autres foyers ou des cer- 
cles dont les tangentes jouent le rôle des rayons vecteurs menés au foyer ; 
mais le nouveau foyer ou le centre du cercle se projette sur le plan de la 


courbe au même point > = 0, y = y!. Par exemple, quand :'—0,b— 0, 
Tome XXVI. 6 


42 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


c—0, on a un second foyer distant du plan de la courbe de Wa?" 
et dont les directrices sont le cercle 2? + ÿ?—y'y=0 et la droite x — 0. 

Cette équation peut aussi quelquefois se décomposer en deux facteurs du 
premier et du troisième degré. Cela arrive chaque fois qu’elle a la forme : 


(ax + by + ab} = y [e? + (y — y} — (y + a}?]. 
Les deux facteurs sont alors : 
0—=Y + 4, oO = 2{y — à) — Qabx + y5 — y? (2y + a) — by — ab?, 


mais il n’y a de foyer réel que si y = — a. Dans ce cas, son équation 
est : 


2 (y — a) — 2abx + (y + a) (ÿ — À) — 0. 


Cette courbe est une hyperbole défective; elle a reçu le nom de focale. 
Pour la construire (voir la planche), soit OF = a et OB — b, F est le foyer, 
BF est la première directrice et OB est la seconde. La droite AA’ paral- 
lèle à OB et distante de celle-ci de la quantité a est l'asymptote. 

Si, par le point B, on tire BS perpendiculaire à BF, et qu’on suppose 
que AA’ décrive autour de BS un cône de révolution, dont le sommet 
sera en S, on a précisément le cône dans lequel la courbe a été étudiée 
d’abord comme lieu des foyers de toutes les sections coniques dont le 
plan passe par le point F et est normal au plan de la courbe. 

Le point N est tel que ON — OB, et quant au point M pour lequel 
l'angle BFM est droit, on a MP — BF. De même, le prolongement de FM 
donne M'P'—MP et les points M, M sont précisément ceux dont les tan- 
gentes sont parallèles à l’asymptote. 

La propriété caractéristique des foyers est que, pour un point quel- 
conque m, On a : 


mg mF 


mp 08 | 
Si y + a n’est pas nul, on n’a pas de véritable foyer. Le point F pour 


(") Voyez Dissertatio inauguralis de curva focali, elc.; A. Quetelet; in-4°. Gand, 1819. 


MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 45 


lequel y — y’ devient le centre du cercle. L'intersection N des deux direc- 
trices est toujours un point double, et la courbe est tangente au cercle 
au point P, où la directrice NM coupe ce cercle. Dans ce cas on à : 

mq mt 


mp ON 


De même qu’une courbe de quatrième ordre à foyer peut quelquefois se 
décomposer en une droite et en une courbe du troisième ordre, elle peut 
aussi se décomposer en deux coniques ; mais alors, ou le foyer est ima- 
ginaire, ou il est précisément un des foyers déjà connus de la section 
conique. 


NOTE. 


On parvient plus élégamment au résultat précédent par le procédé qui a été indiqué 
dans les Recherches sur les médianes. On a vu que les polaires réduites m-1, m-2, etc., qui 
ont leur pôle à l’origine, sont (en écrivant par abréviation entre crochets les divers 
degrés de l’équation de la surface S — 0) : 


[m—1]+ 2[m—9)+  S[m—3]+ ...... + (m—1) [1] + mo] =0 
12{[m—2]+ 25[m—35]+ ...... + (m—2) (m—1) [1] + (m—1) m[o)= 0 
128[m—5)+ 2. + (m—3) (m—9) (m—1) [1] + (m—2) (m—1) m [0] = 0 

mr Us. (m—1)(11+25...... mfo]=0 


fe NANTES m{o]=0o 


44 MÉMOIRE SUR LES FOYERS. 


La polaire réduite première, s'écrit donc : 
[1] + mfo] = 0. 
Et, comme on l’a vu dans le travail cité, la somme des segments inverses de S pour une 


transversale par l’origine vaut m fois le segment inverse de la polaire réduite première. 
Cette polaire réduite est précisément le plan déterminé dans le texte. 


FIN. 


ESSAI 


SUR 


DES EFFETS DE RÉFRACTION ET DE DISPERSION 


PRODUITS PAR L'AIR ATMOSPHÉRIQUE; 


Ca. MONTIGNY, 


PROFESSEUR DE PHYSIQUE À L'ATRÉNÉE DE NAMUR. 


a ce du 5 novembre 1855.) 


Tous XXVI. 1 


ESSAI 


DES EFFETS DE RÉFRACTION ET DE DISPERSION 


PRODUITS PAR L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 


Il est peu de phénomènes qui soient plus souvent remarqués que les 
mouvements ondulatoires des objets éloignés que l'on voit, par un jour de 
forte chaleur, au travers des couches d’air fortement échauffées au contact 
du sol. Par leur étendue et leur succession rapide, ces vacillations de- 
viennent très-nuisibles à la netteté de perception des objets terrestres au 
télescope, aussi bien qu'à l'œil nu; elles sont le résultat des déviations 
qu'un rayon lumineux éprouve en traversant des ondes aériennes mobiles 
et de puissance réfractive différente. L’inégale répartition de la chaleur en 
tous les points de la couche d'air où passe le rayon de lumière est la cause 
première de ces effets : la diversité de densité de ces parties gazeuses étant 
la conséquence de leur inégalité de température, la puissance réfractive 
de ces parties est modifiée et leur équilibre troublé par rapport à l'air 
ambiant. 

Au premier abord, des recherches relatives à un phénomène qui 
n'échappe à personne et dont l'explication se résume aussi simplement, 
ne paraissent offrir que peu d'intérêt, même au point de vue de la science. 
En eftet, d’une part, les astronomes évitent le plus possible de recourir 
à des observations effectuées près de l'horizon, là où les effets ondula- 


4 RÉFRACTION ET DISPERSION 


toires sont le plus marqués; et de l’autre, il est peu probable que ces 
recherches conduisent à un procédé à l’aide duquel le pointé des objets 
terrestres puisse s'effectuer, à l'abri des erreurs que ces vacillations intro- 
duisent dans les opérations géodésiques. 

Cependant, pénétré de l'idée que, par suite de la connexion des phé- 
nomènes naturels , l'observation suivie d’un fait, le plus simple en appa- 
rence, peut renfermer en elle le germe de conséquences applicables à 
d’autres phénomènes plus importants comme l’histoire des sciences d’ob- 
servation nous en offre des exemples, j'ai cru devoir entreprendre des 
recherches sur les effets en question. J’y étais d’autaut plus porté que les 
diverses explications du phénomène de la scintillation se rattachent à des 
effets particuliers, qui trouveraïent leur cause dans linterposition de par- 
ties d’air, inégalement réfringentes, sur les trajectoires des rayons Jlumi- 
neux émanés des étoiles. 

Malgré les rapports que la cause même des ondulations des objets 
terrestres semble établir entre ce phénomène et la réfraction astrono- 
mique, aucune partie de ce travail n’a trait aux données sur lesquelles 
la solution de cette importante question scientifique repose. Voici quels 
seront les principaux points examinés dans ce travail. J’entrerai d’abord 
dans quelques considérations sur la production des ondes aériennes, 
causes des vacillations des images d’objets terrestres , et sur les déviations 
que doivent subir, dans des conditions données , les rayons lumineux lors 
de leur passage au travers de ces parties diversement réfringentes. Puis, 
après avoir exposé les principaux résultats d'observations à l'appui de ces 
prévisions théoriques, je citerai quelques particularités que la vision des 
objets nous offre par suite de l’interposition d'ondes mobiles. 

Enfin, je m’attacherai à des effets de coloration prismatique que les 
astres présentent fréquemment quand ils sont vus au travers de couches 
voisines de l'horizon, phénomènes dont plusieurs ont été l’objet de quel- 
ques observations régulières de la part d’astronomes, et qui, m’aideront 
à déterminer des éléments du pouvoir dispersif de Pair. 

Les différences de température de l'atmosphère aux divers points de la 
trajectoire d’un rayon lumineux, ont leur principale source dans l’échauf- 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 8 


fement de la couche d'air en contact avec le sol; il ne sera donc pas inop- 
portun de donner d’abord quelques indications sur les lieux d'observation 
et sur les accidents du terrain qui les sépare. 

. L'habitation d’où les phénomènes furent observés, est située sur une 
dés sommités nord qui entourent Namur, à 65 mètres environ au-dessus 
de la plaine où la ville est:assise. La fenêtre où ces observations furent 
particulièrement effectuées s'ouvre à l'étage, à 5 mètres environ au-dessus 
du niveau d'une cour. De ée point, la vue s'étend, vers la partie de l’hori- 
zon N.-0., sur un vaste plateau cultivé, qui s'élève insensiblement jusqu’au 
château de Saint-Marc, point distant d’une demi-lieueenviron, et vers lequel 
les observations ont été le plus fréquemment dirigées. Entre ce site et l’ha- 
bitation, le plateau est coupé par deux vallées peu profondes, dont l’une 
n’est pas éloignée du dernier point. 

La distance exacte du château de Saint-Marc à mon habitation serait 
de 2,430 mètres, d'après la carte détaillée de la Belgique, publiée récem- 
ment par M. Vandermaelen. La façade, récemment reconstruite d’après les 
dessins de M. Balat, présente une riche ornementation architecturale, dont 
les détails nombreux, en pierre de taille, offraient des points de repère 
d'autant plus précieux pour les observations , que leurs dimensions me 
sont exactement connues. Cette façade orientée vers le S.-E., reçoit en 
été les rayons du soleil, depuis son lever jusque vers une heure de l’après- 
midi. + 
L’instrument dont j'ai fait usage est un télescope grégorien de 0,08 
d'ouverture, jouissant d’un pouvoir grossissant de trente-sept fois. Lors 
des premières observations, un cheveu tendu au foyer de l’oculaire 
permit d'évaluer par estime l'étendue des ondulations des objets observés, 
en rapportant l'amplitude de ces déplacements à leurs dimensions. Par 
la suite, le cheveu a été remplacé par un réticule à fil curseur, placé 
également au foyer de l’oculaire; il fut alors aisé de mesurer exactement 
les déplacements qu'éprouvaient les images télescopiques des objets, 
comme je vais l’indiquer brièvement. Le fil curseur est fixé à un petit 
châssis glissant, à frottement doux, dans le cadre du réticule également 
en cuivre; ce fil s'éloigne ou se rapproche à volonté d’un second fil paral- 


6 RÉFRACTION ET DISPERSION 


lèle au premier, mais fixe de position. Ce mouvement s'effectue, dans un 
plan perpendiculaire à l'axe du télescope, par la rotation d’une vis à pas 
très-fin, dont l'extrémité extérieure porte un disque gradué en cent parties 
égales, destiné à évaluer le déplacement du fil curseur par rapport au 
second fil, qui est invariablement fixé près de l'axe de l'instrument. Le 
pas de la vis étant égal à 0"",346, le déplacement du fil équivaut évidem- 
ment à 0°",00346 pour un mouvement d’une division du disque. Les 
deux fils ont été tirés d’un cocon de vers à soie. Le tube portant le réti- 
cule reçoit avec facilité un mouvement révolutif autour de l'axe de l’in- 
strument, de sorte que les fils peuvent prendre toute inclinaison voulue. 

L’adjonction du réticule permet de déterminer avec précision le pou- 
voir grossissant du télescope de la manière suivante. Quand on regarde 
au moyen du télescope un objet de hauteur réelle k, placé à une distance 
D, la grandeur e de l'image qui se forme au foyer de l’oculaire, se mesure 
facilement par le déplacement qu’a dû éprouver le fil curseur, lorsque, 
après être parti de la graduation 0° du disque, correspondant au contact 
des deux fils, le fil curseur est amené à l’une des extrémités de l'image e, 
tandis que le fil fixe reste invariablement en contact avec l’autre extré- 
mité où il a été placé dès le principe. Si nous désignons par d la dis- 
tance de la vision distincte normale, le rapport 2 exprimera le grossis- 
sement de la première image formée ‘au foyer de la lentille oculaire. La 
distance focale de celle-ci étant f, le pouvoir grossissant de cette seule 
lentille a pour expression ” conséquemment la grandeur e de la pre- 
mière image et l'écart égal des fils se trouvent accrus dans le rapport 
Ÿ: de sorte que le pouvoir amplifiant du télescope a pour valeur finale 
le produit FT des deux expressions données. La hauteur réelle d’un pi- 
lastre de la façade du château de Saint-Marc étant 2,60, la grandeur e de 
sa première image au réticule a mesuré 1"",949 : la puissance focale f de 
l’oculaire étant d’ailleurs 34 millimètres, et le pilastre se trouvant à une 
distance de 2430 mètres, on obtient, à l’aide de ces données, le chiffre 
37,16 pour le pouvoir grossissant. du télescope. La détermination de ce 
nombre n’était pas indispensable à la mesure précise des déplacements 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 7 


angulaires qu'éprouvaient les objets par les ondulations de l'air; le prin- 
cipal élément à déterminer, c’est l'étendue de la déviation angulaire pour 
un écartement donné des fils, mesuré par le mouvement d’une ou de plu- 
sieurs divisions du disque de la vis réticulaire. Voici comment je procé- 
dai : le télescope étant dirigé vers le pilastre de Saint-Marc, de 2°,60 de 
hauteur, par un jour où les objets n’éprouvaient aucune ondulation , les fils 
furent écartés au point que chacun coïncida avec l’une des extrémités de 
l'image du pilastre au réticule; l'écart des fils était alors de 3 tours ?/10 
ou 590 divisions du cercle gradué, Or, comme à une distance de 2450 
mètres une ligne verticale de 2",60 est la tangente d’un are de 220//,7, il 
en résulte qu'une division du disque correspond à un déplacement angu- 
laire des fils égal à la 390% partie de la division précédente ou 0//,565. 

Quoique ce procédé soit, comme je l'ai dit, indépendant du pouvoir 
amplifiant du télescope, je crois devoir insister sur son exactitude, afin 
de légitimer l'emploi de la valeur trouvée pour mesurer les déviations 
angulaires des images ondulantes. Supposons que, lors de la vision télesco- 
pique, une ligne horizontale quelconque de la façade de Saint-Marc éprouve 
des ondulations qui nécessitent un écart des fils mesuré par 10 divisions 
du cercle, quand ceux-ci sont amenés en coïncidence avec les limites ex- 
trèmes de déplacement de la ligne. Faisons momentanément abstraction 
du grossissement produit par l’oculaire, que nous supposerons enlevé, et 
désignons par 3 la valeur angulaire du déplacement de la ligne dans ses 
ondulations. Quel que soit le pouvoir grossissant du télescope dégarni de 
son oculaire, on aura entre la quantité z et l’arc 220/’,7, dont la tangente 
est la hauteur du pilastre, le même rapport que celui des divisions du 
cercle 10 et 390 qui, dans l’un et l’autre cas, mesurent les écarts respec- 
tifs des fils ; on peut donc poser la proportion : 


2):.290",7 :°: 40 : 390 
d'où 
290/’,7 


ang X* 10% 5",08. 


Concluons de là que, pour traduire en écart angulaire un nombre de 


8 RÉFRACTION ET DISPERSION 


divisions du cercle parcouru, il suffit de multiplier ce nombre par 0//,565, 
valeur de l’écart des fils qui correspond à une division du cercle, 

La lentille oculaire n’a, donc. pour effet, dans les conditionstordinaires, 
que d'amener avec plus de précision les fils du réticule aux limites ex- 
trêmes du déplacement de la première image, sans que le pouvoir ampli- 
fiant de cette lentille puisse altérer l'égalité entre cet écart et l'étendue: des 
vacillations, amplifiés l’un et l’autre para: lentille oculaire. 2:56: +41 

Nous reviendrons sur: l'application du, nombre 0'/,565. à la mesure.de 
l'amplitude des. ondulations des ae lors de l'exposition des phéno- 
mènes observés: «: à ns!,eslloru1é sb moisersed 


De la production des ondes el de leurs effets de réfraction. à ré 
aol sieve do bborssiédonsié vontsorddslonil 

L'inégale répartition pr la chaleur dauis les satcbi d'air voisines du 
sol étant la cause première des différences de puissance réfractive.des par- 
ties d'air très-peu étendues que-nous appellerons ondes aériennes , je citerai 
ici quelques résultats de l’ébservation sur: la distribution dela témpéra- 
tureidansces circonstancesa em 201, 0R D conne Line: | 

Après avoir traversé les couches sspnahiridaiet supérieures;; la, cha- 
leur solaire vient échauffer Ja surface: du sol. : vers les,instants du jour où; 
en-été, cette action est le plus:intense,; la température, de la surface est .de 
beaucoup supérieure à celle -des;couches d’air qui lui, sont superposées. 
Aussi ; malgré l'emprunt incéssant de-ealorique: fait.à, la surface par ces 
couches, la différence de leurs températures atteint une valeur considéra- 
ble ;ainsi qu’on le reconnaitra par les exemples. suivants; qui sont .em- 
pruntés à des observations dans des-pays chauds. «Entre les tropiques, la 
» température du sol monte quelquefois à.52°,5. M. de Humboldt, près 
» des cataractes de l’Orénoque, a trouvé un;sable granitique blanc à gros 
» grains, couvert d’une belle végétation de graminées, qui avait une tem- 
» pérature de 65°,2, tandis que celle de l'air n’était que 29°,6. On a vu 
» en Égypte la température du sol monter à 67°,5. » (Éléments de météo- 
rologie de Becquerel, p. 111.) 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 9 


Dans un voyage en Abyssinie, M. d’Abbadie a trouvé : 


Pour la température de la surface d'un sable quartzeux, au soleil. . . . 601 
Pour’ celle indiquée par un thermomètre à l'air et à l'ombre : : : . . 42,7 
Différence. . . . . 17,4 


Dans nos contrées , l'excès de température de la surface du sol sur celle 
des couches d'air voisines est aussi parfois très-élevé en été. Comme il ne 
m'a point été possible de faire des recherches sur ce point pendant la 
période où les ondulations de l'air furent observées, je citerai les résultats 
recueillis à l'Observatoire de Bruxelles, en 1837, et qui sont extraits d’un 
travail de M. Quetelet concernant la température de l'air et du sol, inséré 
au tome IV des Annales de l'Observatoire. Trois thermomètres servirent à 
ces observations : l’un, placé au sud du bâtiment, reposait sur la surface 
d’un sol marneux blanchâtre où l’on avait laissé croître de l'herbe; il rece- 
vait l’action directe du soleil. Le second thermomètre, placé au-dessus 
du premier à 0,77 d’élévation, était tourné vers le nord, et ainsi à 
l'abri des rayons solaires pendant une partie du jour; le troisième est 
suspendu au nord de l'Observatoire et à l'ombre, à la hauteur de 3",50. 

J'ai réuni, pour l’année 1837, les températures maxima absolues obser- 
vées chaque mois au thermomètre, et celles indiquées à l'heure de midi, le 
jour des maxima, par les thermomètres placés l’un à 0",77 et l’autre au 
nord. M. Quetelet fait observer que la température à midi, à la surface 
du sol et sous l’action solaire, doit différer peu de la température maxi- 
mum de la journée pour cette surface. Afin de montrer l'influence de l’état 
du sol sur l'élévation de la température à sa surface, j'ai rapproché des 
maxima de 1837 ceux observés en 1836, également pour la surface du 
sol, au même lieu; mais il y eut cette différence que, pendant cette der- 
nière année, la surface étant restée entièrement nue, le thermomètre n’était 
pas abrité par de l'herbe, comme il le fut en 1837. 


Tome XXVI. 2 


10 RÉFRACTION ET DISPERSION 


1836, ÉLELR 
MAXIMUM MAXIMUM TEMPÉRATURE DE L'AIR A MIDI DIFFÉRENCE 
MOIS. absolu absolu d - des températures 
A LA sunrace | À La sunrace |à 0m,77 au-dessus | à 3,30 au-dessus | à ja.2e ot de ja & 
du sol. du sol. du sol. du sol. colonne, 
Janvier hs » 11525 » 1155 0:05 
Février. alé fs 12:00 12,50 » 7,6 4,90 
MR US 31,50 23,00 » 3,6 19,40 
AVE 1 GOT 28,80 53,50 18533 15,5 20,00 
| Mai:cesrarptiale 58,70 35,50 21,67 16,5 18,70 
Juin ns es 46,00 51,50 51,61 17,5 14,00 
JU Es 1 De 46,00 34,50 32,06 ; 23,7 10,80 
Aoû rÉPPU Li OI 43,10 36,50 55,66 28,7 7,80 
Septembre . . . . 39,00 27,50 23,33 20,8 6,70 
Octobre... . . . . 30,40 23,05 20,11 20,5 2,55 
Novembre . . . . 15,15 9,90 11,39 15,6 - 5,70 
Décembre .. . . . 11,25 11,80 » ‘ 2,0 9,80 
rent Lire REZ 


Ainsi, dans nos contrées, la différence des températures de l'air, à 5",30 
de hauteur et à la surface du sol, peut s'élever à 18 et 20°. Il n’y a pas 
de doute qu’elle puisse même dépasser ces limites, relatives à 1837, et 
cela selon la nature et l’état de cette surface. Ainsi, en, 1836, année où 
celle-ci resta entièrement nue aux mêmes lieux, les maxima absolus du 
thermomètre du sol furent généralement plus élevés que l’année suivante, 
quand celui-ci fut abrité par de l'herbe; ces maxima dépassèrent même 46°, 
limite extrême de l'échelle, en juin et juillet 1836, 

La température de la couche d’air à 0",77 se tient généralement inter- 
médiaire entre celles de la surface du sol et de la couche à 3",30 et à 
l'ombre, sauf au mois d'octobre où elle aurait été supérieure à la pre- 
mière. 

Les différences des températures moyennes mensuelles, observées à 
l'heure de midi, en 1837, dans les mêmes conditions, sont généralement 
dans le même sens. Mais il n’en est pas ainsi à toutes les heures de la 
journée : on conçoit qu'il arrive un moment où, pour chaque jour, la 
température de la surface du sol descende au-dessous de celle de l'air, et 
que cet instant varie selon les saisons; il arrive même, pendant des jours 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 11 
d'hiver, que la première reste constamment infériéure à celle de couches 
d’air élevées au-dessus du sol. 

Il serait inutile, pour l'objet que nous avons en vue, de chercher à 
apprécier les influences particulières des circonstances, si variées, qui 
interviennent dans l’échauffement ou le refroidissement des couches d’air 
voisines du sol. En ce qui concerne l’échauffement d’un point d’une de ces 
couches, il suffit de dire qu’il dépend tout à la fois de la portion de cha- 
leur empruntée aux rayons solaires directs, et de celle que ce point a 
reçue au contact du sol ou des corps qui y sont exposés à l’action plus ou 
moins intense du soleil. Le rayonnement de cés mêmes points de concen- 
tration de chaleur vers l'atmosphère, doit aussi contribuer à maintenir à 
une certaine température les couches d’air non trop éloignées. Quant au 
refroidissement d'une partie de couche d’air, il résulte tout à la fois de 
son contact avec des corps à une températuré inférieure, du mélange des 
ondes avec des portions d'air froid , et enfin du rayonnement calorifique 
de la couche considérée vers l’espace. 

Ainsi, c’est l'échauffement au contact du sol et dans les couches voisines 
qui est la source principale des ondes d'air échauffé dont nous examine- 
rons plus particulièrement les effets. Remarquons qu'il se forme aussi dans 
l'atmosphère des ondes froides, c’est-à-dire des portions d’air peu éten- 
dues dont la température, inférieure à celle de l'air ambiant, est la cause 
d’une variation de réfringence pour ces ondes. Non-seulement celles-ci se 
produisent au contact de corps plus froids, où quand la surface du sol 
possède une température inférieure à celle de couches plus élevées, mais 
il arrive que, pendant la formation d'ondes aériennes échauffées, les cou- 
rants d’air partiels dont la température est moins élevée et qui doivent 
affluer vers les points d’où les ondes se sont élevées, ne jouissent pas 
d'une température homogène ; ce fait nous oblige à reconnaitre l'existence 
de parties d'air ou d'ondes moins échauffées que la masse. 

Les variations de densité résultant de ces différences de température 
déterminent un mouvement des ondes, qui serait ascendant pour Îles 
ondes échauffées, et de sens inverse pour un courant d'air froid, si l'in- 
fluence d’un vent même léger et les effets de corps saillants à la surface 


12 RÉFRACTION ET DISPERSION 


du sol ne tendaient le plus souvent à faire varier excessivement la direc- 
tion naturelle d’un courant d'air. On doit reconnaître aussi que le mé- 
lange des ondes, résultant ainsi de leur excessive mobilité, contribue à 
établir l'égalité de température des différentes parties d’une couche d’air. 

Si nous voulions apprécier rigoureusement les effets de déviation pro- 
duits par une onde sur.un rayon lumineux, il faudrait connaître sa forme 
dans les parties que traverse celui-ci,,et être certain que ses limites de 
séparation avec l’air ambiant sont nettement tranchées. Or, l’analogie avec 
ce qui a lieu entre des liquides susceptibles de se mêler, doit nous faire 
envisager cet état de séparation comme  très-probable. On sait, en effet, 
que, si l’on verse dans de l’eau une petite quantité d’alcool ou d’acide 
sulfurique, le mélange ne se fait pas immédiatement, et que la surface 
de contact des deux liquides demeure, même pendant, longtemps, nette- 
ment accusée. Ajoutons encore que les nuages flottants dans l'atmosphère 
nous offrent des masses qui se rapprochent de l’état gazeux, et dont géné- 
ralement les surfaces ne se confondent nullement avec l'air ambiant. 

Si, sur la direction d’un rayon de lumière solaire, on interpose une 
barre de fer fortement chauffée, on voit s’élever de son ombre, projetée 
sur uné feuille dé papier, des'sinuosités d’éclats différents qui accusent 
le mouvement ascendant de l’air échauffé. Les sinuosités les plus écla- 
tantes le sont à cause de la concentration de la lumière sur ces points 
mêmes, tandis que des sinuosités, intermédiaires aux premières, prennent 
une teinte moins brillante par suite de la privation de la portion de lumière 
qui augmente l'éclat des autres sinuosités. On doit conclure de ces effets, 
produits par des ondes artificielles, que les surfaces des ondes naturelles 
qui s'élèvent d’un sol échauffé, présentent, en général, des courbures 
telles, que leurs traces sur un plan mené par le rayon incident, forme- 
raient deux lignes sinueuses accusant des renflements et des étranglements 
du milieu aérien, suivant l'épaisseur traversée par le rayon lumineux. 
Pour nous, une onde sera limitée entre deux étranglements ou deux ren- 
flements consécutifs, formés de cette manière. 

Avant de chercher à déterminer la déviation produite sur un rayon 
lumineux par la-courbure des/surfaces des ondes, il convient d'établir 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 15 


par le'caleul les éléments: de réfrangibilité du rayon par l'air ‘intérieur 
de l’onde relativement à l'air ambiant, réfrangibilité qui test la cause 
première de Vinflexion du rayon. L'indice de réfraction de l'air déperid 
de la température propre de l'onde et de celle de l'air environnant. Rap- 
pelons, d’abord, que la puissance réfractive de l'air au vide est exactement 
proportionnelle à sa densité; si donc on désigne par n? — 1 cette puissance 
à 0° et sous la pression 0,76, et par &? -— 1 la puissance réfractive de l'air 
au vide à la température + et sous la tension k, on aura : 


h 


TE ain À (La) MAG 


Dans cette expression , n et x représentent les indices de l'air au vide, l’un 
à la température Ü° et sous la pression 0,76, et Vautre à £ et sous la ten- 
sion 4. On déduit de cette expression : 


h 


2 Vsht OT gene paf): 


Pour une, température 1'.et sous la tension 4’, on aurait également :, , 


«rt 


sos £h 
22 V7 eq 


De ces valeurs, qui conviennent au passage du rayon lumineux de l'air 
au vide et inversement, on déduit l'expression de l'indice m, propre au 
cas où le rayon lumineux passe de la tranche d’air extérieure (k,t) dans 
la tranche (h',t') de l’onde, en recourant au principe que l'indice de 
réfraction, propre au passage du rayon lumineux d’un milieu dans un 
autre, est égal au rapport des indices de réfraction de ces deux milieux 
relatifs au vide. On a donc : | mr 


, Lt 


Si, avant de substituer les expressions, de:æ et z! dans celles de mon 


14 RÉFRACTION ET DISPERSION 


remarque que, pour le cas en question, on peut poser k = h/, puisque la 
force élastique d’une onde est égale à celle de l'air ambiant; si, de plus, 
on remplace n2— 1 par 0,00058877, et le coefficient de dilatation de l'air 
a par 0,00366, on obtient, après tout calcul : 


(1) V1 00000284 —_"(?—#) 
Re À ae 7 EL k ; 
T 1 + 0,00366 (1 +1) 


On voit, par cette expression, que l'indice de réfraction m, propre au 
passage du rayon de l’air dans l'onde, est supérieur à l'unité quand la tem- 
pérature £ du milieu est plus élevée que celle 1’ de l'onde; au contraire, 
m est moindre que 1, quand t est inférieur à t". 


Figure 1. 


Dans la recherche de la déviation d’un rayon traversant une onde, 
je considérerai, comme cas le plus simple, celui où le rayon incident et 
le rayon émergent sont dirigés dans un même plan. Soient BC et B'C les 
lignes d’intersection de celui-ci et des surfaces de séparation de l'onde 
d'avec l’air ambiant. Quand l'œil placé en O reçoit le rayon émané du 
point À après sa déviation suivant Ann/O, l'angle AOn! est le déplace- 
ment éprouvé par le rayon, à l'instant considéré de sa transmission à tra- 
vers l’onde suivant la direction indiquée. 

Imaginons deux plans chacun tangent à une des surfaces de l'onde, 
l’un au point d'incidence n (fig. 2) et l'autre au point d’émergence n' : ces 
deux plans sont perpendiculaires à celui des rayons An et On'; les tan- 
gentes nD et n!D aux deux lignes d’intersection courbes sont les traces 
de ces plans sur celui Ann'O. Il est évident que la déviation du rayon lumi- 
neux s'effectuera comme s’il traversait le milieu prismatique nDn!' moins 
dense, et dont l'angle au sommet D sera désigné par 0. 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 15 


Figure 2. 


Supposons d’abord le point À à l'infini : le rayon incident A'n sera de 
direction parallèle au rayon direct AO ; soient son inclinaison sur la 
normale à la face d'incidence et « celle du rayon émergent n'O, mesurée de 
la même manière par rapport à l’autre surface. Si nous désignons par x 
la déviation AO»’, on aura les relations suivantes entre les angles qui se 
trouvent désignés par une seule lettre dans la dernière figure : 


æ + 90° + «x + 9 = 180° 
90° + y = 9 + 9. 


De ces deux équations, on déduit : 


(2), 4 4. . 0. .,: 49 —y—a. 


La grandeur de l'angle d’émergence x se déduit de la formule suivante, 
qui convient à un milieu réfringent prismatique quelconque que deux 
rayons traversent sans cesser d’êtré dans un même plan : 


sin « = sin 4m? —sinty — sin y cos 4. 


Dans cette formule m représente l'indice de réfraction de la substance du 
prisme. 

Si les angles 9 et ; et l'indice m étaient connus, on calculerait aisément 
la grandeur de +. 


+ 


C’est à l’aide de cette dernière valeur que nous déterminerons très-sim- 
plement la déviation lorsque le point est,situé à une distance finie. 


16 RÉFRACTION ET DISPERSION 


Figure 5. 


En effet, soit A (fig. 3) le point lumineux; An »/O sera la marche du 
rayon entre celui-ci et l'œil, de sorte que la déviation éprouvée aura pour 
valeur angulaire AOn!’, que nous désignerons par y. Du point O menons une 
droite OA’ parallèle au rayon incident An; l'angle A'On’ est égal à la dévia- 
tion æ qu'éprouverait le rayon An s’il venait de l'infini dans la même 
direction, conséquemment sous la même obliquité », par rapport à la 
face nD. Soit y! l'accroissement A/OA de la déviation y si le rayon émanait 
du point situé à l'infini; on aura évidemment : 


L=Yy+Y. 


Les inflexions en n et en n' dues à la réfraction étant très-faibles, les 
lignes An et An’, que nous désignerons par d et d', étant d’ailleurs très- 
grandes, nous considérons OAr comme formant un triangle pour lequel 
on a la proportion : 


siny;sny ::d:d" 
Les déviations dont il sera question sont généralement très-petites, les 


plus fortes ne dépassant guère 25/’, on peut substituer le rapport L des 
angles à celui de leurs sinus; et on déduit de la proportion, combinée avec 


l'équation première, l'expression suivante : j 
= d 
+) PRO CNE EU PE SEP PA ee TE = D , 
G) 4 d + d' 


La déviation pour un rayon émané d’un point situé à une distance finie 


“DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 17 


est donc une fonction de la déviation qu'éprouverait le même rayon, si, 
sous la même incidence, il venait de l'infini. Cette dernière est supérieure 
à la première. 

De l'expression (3) nous déduisons les conséquences suivantes, pour 
les cas d’invariabilité de ; : 

1° L’onde étant supposée rester à une distance constante d' de l'œil, 
la déviation angulaire y variera avec la distance d du point lumineux à 
l'onde; cette déviation d’abord nulle lorsqu'il sera près de l’onde, croi- 
tra ensuite pour atteindre son maximum x Re La a le point sera à l'infini; 

“9 Si la distance d’ de l'œil à l'onde varie 4 réstant constant, la dévia- 
tion y, d'abord égale au maximum & lo ea éontact dé l’œil et de l'onde, 
diminuera de grandeur à anrauat ts S "éloignera de l'onde; 

"5 La distance dd" de l'œil au point lumineux réstant linvariable, 
quand 0 on supposera onde se ‘déplacer’ entré ces déux points la déviation 
croitra proportionnéllement : à la distance d'de l'onde réfringente à l'objet. 

"Ces conséquences se vérifient pour un prisme ordinaire : ainsi, par 
exemple, lorsque après avoir placé l’œil de manière à voir dans la même 
direction un point éloigné et l’arête d’un montant de fenêtre, on interpose 
en avant de l’œil un prisme réfringent tourné convenablement, on aper- 
çoit Sinultanément par réfraction les deux objets déviés dé leur direction 
commune, maïs Cétté déviation est plus forte pour l'objet éloigné; ro est 
à Son maximum Si celui-ci est une étoile. 

Dans ces recherches, il n’a pas été tenu compte de l'épaisseur ”n' de 
la partie de l’onde traversée par le rayon, en présence des grandeurs d 
et d'. La formule (3), très-simple dans ces conditions, se dérobe en cas 
de 9=— 0°, qui est en cie plans tangenits x l'onde: En 
si, see sé cas, On obtient pour x et z 

it 01}104044.81 90 1h Q 
La — y — pd et LISIN (@ = + ISIN y, 
d'où résulte, 
y=—4, et par suite,  æ = 0. 


La déviation serait donc toujours nulle dans le cas du parallélisme 
dés faces d'incidence ét d'émérgence d'un milieu réfrmgént. 
Tome XXVI. 3 


18 RÉFRACTION ET DISPERSION 


Figure 4. 


Cependant on a pu remarquer que, si l’on regarde au travers d’une 
glace non étamée d’une certaine épaisseur, à faces parallèles BC, B'C', 
l'œil placé en O constate une déviation AO»’ que subit.un rayon lumineux 
émané du point À, en traversant le milieu; déviation dont l'amplitude, 
d’abord nulle lorsque le rayon An est normal à BC, augmente avec l’incli- 
naison de ce rayon sur la face. Il est aisé de reconnaître que, malgré le 
parallélisme constant de On’ et An pour toute inclinaison de la glace, la 
déviation AOn’ est un effet de son épaisseur; elle serait donc nulle pour 
un rayon oblique quelconque si la distance des faces parallèles était infi- 
niment petite. 

La formule suivante, qu’il est inutile de démontrer ici, donne la valeur 
exacte de la déviation angulaire y subie par un rayon lumineux, émané 
d’un point situé à une distance D de l'œil, en traversant, sous une inci- 
dence y, un milieu à faces parallèles distantes entre-elles de e, dont l'indice 
de réfraction de la substance est m : 


—€ cos 
(isocooue sis SIR Ye sh y Hhrtnne svt Sd k 
D m°— sin? y 


Il résulte de cette formule que : 

1° Le sinus de la déviation est proportionnel à l'épaisseur de la lame; 

2 Il est en raison inverse de la distance D de l'œil au point lumineux ; 
la déviation est donc nulle pour tout point situé à l'infini ; 

3° La distance D étant invariable, la déviation est indépendante de la 
position du milieu réfringent sur cette ligne, pourvu que l’obliquité y du 
rayon incident reste la même. 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 19 


En superposant l’un sur l’autre des fragments de glace du commerce de 
5,6 d'épaisseur, mais dont les faces n'étaient pas parfaitement parallèles, 
j'ai constaté que, pour une même inclinaison, la déviation de l’image d’un 
même point croissait proportionnellement au nombre de glaces super- 
posées, et que cette déviation était d’autant plus forte que le point lumi- 
neux se trouvait à une distance moindre, toutes choses égales d’ailleurs. 

Si on rapproche les conséquences précédentes de celles relatives à la 
déviation produite par un milieu prismatique, on reconnaît que les effets 
des variations de distance des points À et O entre eux ou de l’un d'eux 
au milieu réfringent, sont différents selon que la partie du milieu, traversée 
par le rayon, est limitée par des surfaces inclinées-ou par des surfaces 
parallèles. Il résulte également de ce qui précède, que’ la déviation pro- 
duite par une tranche d'air à faces parallèles est très-faible, eu égard à 
celle que subirait le même rayon sous une inclinaison donnée des plans 
tangents aux surfaces courbes de la tranche, dans les mêmes conditions 
de température. - 

Si la déviation résultant de la transmission du rayon au travers d’une 
onde, considérée isolément au milieu de l'air, peut être soumise au 
calcul, dans des conditions données de température et de forme, on :com- 
prend qu’au point de vue des applications, il n’y ait aucun intérêt à cher- 
cher la déviation produite par plusieurs ondes, puisque celles-ci se trou- 
vent dans des conditions de réfringence dont nous ne pouvons apprécier 
les éléments. Il suffira donc d'indiquer, ici, d’une manière générale; les 
effets ondulatoires résultant du passage d’un système d’ondes aériennes. 

Considérons d’abord une suite d'ondes à une température supérieure à 
celle de l'air, s’élevant verticalement entre le point lumineux et l'œil et 
ne formant qu’une seule tranche ; il se produira nécessairement un mou- 
vement ondulatoire plus ou moins rapide pour un rayon lumineux 
subissant les interpositions successives de ces ondes mobiles. Les effets 
de réfraction seront excessivement modifiés, tant à cause des différences 
de température que par les changements, d’inclinaison des plans d’inci- 
dence et d'émergence,, et les variations. d'obliquité du rayon incident par 
suite de la courbure de la face d'incidence de l'onde, Si, cependant, les 


20 RÉFRACTION ET DISPERSION 


ondes constituant un tel système, sont engendrées dans des conditions de 
température qui varient peu pendant un court intervalle de temps, il doit 
s'ensuivre une certaine régularité pour la grandeur et le sens des ondu- 
lations du point; de sorte que, si celles-ci ne sont pas très-rapides, on 
obtiendra des mesures d'amplitude d’ondulations peu différentes , pendant 
la succession des ondes jouissant des mêmes caractères. 

Quoique ces effets se produisent dans l'atmosphère, le plus souvent le 
rayon traverse en épaisseur une multitude d'ondes avant d’atteindre l'ob- 
servateur. Si les effets de déviation partiels de toutes ces ondes, si divers 
en sens et en grandeur sur un même rayon, sont de même phase, ils s’a- 
joutent l’un à l’autre; dans le cas contraire, ils se détruisent plus ou moins 
complétement. Si ces déviations ne se détruisent pas en totalité, il en 
résulte pour l'œil un déplacement final et des effets de perception des objets 
en dépendance avec la rapidité des vacillations de l’image , qui seront exa- 
minés plus loin. 

Avant d'exposer les phénomènes observés, j'ajouterai que les considé- 
rations précédentes s'appliquent tout autant au cas où la trajectoire d’un 
rayon, émané d’un point très-éloigné, est courbe, que si elle est rectiligne: 
attendu que la déviation produite par une seule onde en un point de la 
trajectoire courbe, ferait sentir ses effets pour tous les éléments compris 
entre ce point et l’œil ; et que, vu la faible courbure de cette trajectoire sous 
toutes les inclinaisons possibles dans l'atmosphère, la variation d’inflexion, 
d’ailleurs très-faible, doit se transmettre en conservant sensiblement les 
mêmes caractères sur la partie restante de la trajectoire. 


Variations et mesure de l'amplitude des ondulations. 


De premières observations eurent lieu en mars 1853; mais elles ont 
été effectuées avec plus de régularité depuis le mois de mai jusque fin 
d'octobre. Cette période me paraît suffisamment étendue pour mon but, 
surtout que, pendant la période estivale, les ondulations sont le plus inté- 
ressantes à observer à cause dés variations d'amplitude diurnes qu'elles 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 21 


éprouvent par suite des plus grandes différences de température de Fair 
et du sol. Des observations faites en décembre et janvier, indiquent que, 
pendant la période hivernale, les ondulations n’atteignent point les mêmes 
limites de grandeur, quoiqu’elles se produisent fréquemment aussi lors 
de variations de température de l'air. 

C’est donc à la première période que se rapporteront les résultats des 
phénomènes observés, à l'appui desquels je ne citerai que les observations 
les plus importantes parmi celles qui ont trait à une même particularité. 

J'ai déjà eu occasion de dire qu’en premier lieu, l'étendue des mouve- 
ments ondulatoires ne fut appréciée que par estime, c'est-à-dire d’après 
la grandeur des ondulations qu'éprouvait l’image télescopique d’une plate- 
bande en pierre de taille, horizontale, de la façade de Saint-Mare par 
rapport au cheveu très-fin tendu au foyer de l’oculaire, et eu égard aux 
dimensions de cet objet; sa hauteur réelle, 0,30, est la tangente d’un 
arc de 25//,4 à la distance de 2430 mètres. 

Lorsque le réticule micrométrique fut adapté an télescope, je mesurai 
d’abord l'épaisseur de cette même plate-bande par lécartement des fils 
jusqu’au contact de chacun avec lune des arêtes de la pierre, dans un 
instant de la journée où il ne se produisait pas d’ondulation ; l'écart des 
fils étant de 45 divisions du cercle de la vis, il équivalait à une déviation 
angulaire de 25/!,4. Lorsque cette même plate-bande éprouvait des dévia- 
tions plus ou moins amples par l'effet ondulatoire qu’il s'agissait de 
mesurer, j'augmentais l'écart des fils jusqu'à ce que chacun coïincidàt 
avec une des limites du déplacement des arêtes horizontales de la plate- 
bande; l'excès de cet écart sur les 45 divisions obtenues par un air calme, 
mesurait l'étendue du mouvement vertical de la plate-bande. Nous devons 
remarquer que la déviation angulaire déduite de cet excès, est égale à la 
somme des écarts que l’image de la pierre eflectuait des deux côtés de sa 
position vraie ; l'amplitude du déplacement mesuré équivaudrait sensible- 
ment au double de la déviation dans un seul sens, susceptible d’être 
calculée à l’aide des valeurs de x et de y (pages 15 et 16). 

Quand des ondes plus faibles, incapables de déplacer l'ensemble de 
l'image, faisaient onduler avec plus ou moins d'amplitude les arêtes de la 


29 RÉFRACTION ET DISPERSION 


pierre, les déviations produites se mesuraient de la même manière. Enfin, 
dans le cas d’ondulations tellement faibles que leur mesure échappa à 
l'instrument, je me formai une appréciation de leurs caractères par le 
plus ou moins de confusion qu’elles apportèrent dans la perception de 
petits détails de la façade du château. 

IL résulte d'observations très-fréquentes, faites entre cinq et neuf heures 
du matin, que, pendant l'été, les ondulations deviennent généralement 
sensibles longtemps, après le lever du soleil, même par un ciel serem. 
Ainsi : 


Pas d'ondulations; elles com- 


Le 26 mai, à 6° mat., par un ciel serein, tempér. de l'air — 1550 { RÉRETTE FPS RER 


Le 28 juin, à 5! 45" id. id. — 16,8 Aucune ondulation. 
é nn | Pas d’ondulation; brouillard 
Le 9 sept. à 9" cirrho-cumili , id. — 16,3 pendant la nuit, mais dis- 


paru depuis longtemps. 


Je ne citérai que ces trois observations, faites à des époques différentes, 
à l'appui d’un fait observé fréquemment et qui est une conséquence de la 
nécessité de l’échauffement de la surface du sol et des couches d'air 
voisines, pour la production des ondes aériennes échauffées. 

Pendant les nuits d'hiver ou des saisons. voisines, Jes eflets d'ondes 
froides persistent plus longtemps que pendant l'été; aussi ai-je observé 
à ces époques des effets ondulatoires avant le lever du soleil, qui ne 
peuvent être attribués qu’à des ondes de,cette nature. 

L’amplitude des déplacements augmente généralement jusque vers une 
certaine heure de la matinée; mais il est à remarquer que, le plus souvent, 
ils atteignent leur maximum plusieurs heures avant l'instant ordinaire de 
la température la plus élevée du jour. Deux exemples, choisis parmi un 
plus grand nombre, suffiront pour montrer la différence de marche pro- 
gressive des deux phénomènes. 


DE L'AIR ATMOSPHERIQUE. 25 
as Sont ons a — 
TEMPÉRATURE pa 574 TEMPÉRATURE Vis acrènes 
É », 
DATE. \Linsf #1 “ DATE. m1 5 et 
à l'ombre, | au soleil, gr AMPLITUDS DES ONDULATIONS, à l'ombre.| au soleil. pas AMPESTUPA DES CHPULATIONS. 
29 juin. 29 juin. 
6h.m 1892 » Serein, | Pas d'ondulation. 12h, 222 » Cumulo-| Déplacements moins amples, 
strati, us rapides, images con- 
uses. 
8 30m | 21,2 » Id. | Déplacements amples, sans || 42 30w » » Id. | Id., images très-confuses. 
confusion. 
13 sept 13 sept. 
Gh.m.l 115 » Serein. | Aucun déplacement. 11h. 2054 | 2555 Quelques! Ondulatrs nombreuses; vent 
cumuli. | S.E.léger,déplacemt, 11 
7 4üm | 13,8 » Id. | Ondes petites, multipliées; || 11 30m | 21,4 | 25,5 Id. | Déplacement . . . . 9” 
déplacement angulaire 3/” 
8 15 14,6 » Id. Id, id. 9’ || 42 22,1 27,5 | Cumuli. | Ondulat.nombr. Déplac. 11 
8 30 15,7 » Id, Id, id, 10 ||12 30 22,6 27,0 Id, Déplacement . . . . 7’ 
9 16,2 2290 ld. ld, id, 13’]|| 1 23,5 | 27,0 Id, Id. Of 
9 30 À 17,4 | 250 | 14. Id, id. 415/|| 430 | 244 | 27,0 | 14. Id. . w 
10 18,6 | 24,5 | 1. Id, id. 137 || 215 | 93,8 | 27,0 Id, Id. . 
10 30 19,6 24,7 Id. Id. id. 411} 35 25,6 | 27,0 | Cirrhi. | Façade de St-Mare dans l'om- 
bre ; les ondulations , quoi- 
que encore perceptibles ,ne 
peuvent plus étre mesurees. 


Lors des observations du 13 septembre, j'observai, aux mêmes in- 
stants, la température de l'air au moyen d’un thermomètre placé à l'ombre 
en dehors de la fenêtre d'observation, et la température qu'indiquait un 
autre thermomètre, qui était suspendu isolément au-dessus du sol de la 
campagne contiguë à l'habitation, à l'extrémité d’une perche de 1,50 ; 
ce thermomètre fut constamment dirigé vers le soleil. Le 13 septembre, 
l'amplitude des vacillations atteignit son maximum vers 9° 50, lorsque la 
différence des températures des deux thermomètres fut plus grande qu'aux 
heures suivantes. Les diminutions d'amplitude semblent suivre celles des 
différences des températures, malgré l'accroissement de la température de 
l'air à l'ombre qui atteignit son maximum vers 1* 30® de l'après-midi. On 
a pu remarquer que, le 29 juin, les ondulations avaient aussi perdu 
beaucoup de leur amplitude vers midi, quoique la température à l'ombre 
fût supérieure à celle observée après 8 heures du matin. 

Lorsque les ondulations diminuent d'amplitude sans que la tempéra- 
ture cesse de croître, les vacillations des images deviennent plus nom- 


24 


LI 


RÉFRACTION ET DISPERSION 


breuses, et alors la rapidité de leur succession nuit à la netteté des images, 
comme je l'ai indiqué du reste. it Tsa 

Un fait observé plusieurs fois, c’est l'accroissement et le décroissement 
d'amplitude que les ondes subissent, lorsque, par un ciel non compléte- 
ment serein, l’action directe des rayons du soleil sur la partie du sol com- 
prise entre les deux points d’observation se trouve interceptée, pendant 
un temps plus ou moins prolongé, par l’interposition de nuages dont l’om- 
bre se projette sur cette partie du sol. Afin de faciliter l'appréciation de 
la variété des effets qui se manifestèrent dans des circonstances sembla- 
bles, je citerai les longueurs des parties de la ligne dirigée de mon habi- 
tation vers le chàâteau de Saïnt-Marc, qui correspondent chacune à l’une 
des trois portions du plateau divisé par les deux vallons (p. 5) : 


Longueur de la partie du plateau contiguë à l'habitation. 160". 
Id. id. de Berlacomines. . . . 1060 
Id. id. en avant de Saint-Mare 240 


Le tableau suivant renferme les résultats d'observations du 1% et du 
15 juin. 


TEMPÉRATURE ÉTAT DU CIEL ré Her , | 
DATE. de l'air et spé à 
à l'ombre. PARTIES DU SOL ÉCLAIRÉES OU DANS L'OMBRE, ET CARACTÈRES DES ONDULATIONS. 

Le 4er juin. Nombreux eumuli; pas de vent. 

8 h. 45m mat, 2051 St-Mare dans l'ombre; les autres pla- | Ondulations ples se édant lent 1, sans 
teaux éclairés. . interruption. | | 

9 20,3 Soleil caché . : Ondulations d'amplitude moindre. 

9 -10 ” St-Marc seul éclairé. : — vives, mais de peu d'amplitude. 

10 15 19,0 Soleil caché depuis 9 h. 30m. — éxcessivement faibles. 

41 21,8 Les trois plateaux bien éclairés. 111) croissant en amplitude, mais nôn en 

rapidité. 

12 20,7 À deux reprises différentes , l'ombre de | Les ondulatiôns ne tardent pas chaque fois à di- 
vastes nuages s’élend sur le premier minuer notablement d'amplitude; mais elles 
plateau. redeviennent plus étendues dès que le plateau 

est éclairé. 

12 10 » Le premier plateau est éclairé; St-Mare | Les ondulations prennent plus d'amplitude; les 
et Berlacomines sont dans l'ombre. traverses verticales des fenêtres de s t-Marc sont 

très-déformées ; les vacillations qu'éprouventles 

trayerses étroites sont telles qu’elles cessent | 
d’être perceptibles. Ces effets persistent aussi 

longtemps que le soleil éclaire le premier pla- 

teau. | 

142. 20 Premier-plateau dans l'ombre. : Ondulations de peu d'étendue. 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE, 23 


[rrsrénarons ÉTAT pu ciuL | | vARIATIOSS 
DATE. de l'air à 
à l'ombre. PARTIES DU LOL ÉCLAIRÉES OÙ DANS L'OMBRE. ET CARACTÈRES DES ONDULATIONS. 
Le 13 juin. Cumuli, pas de vent. 
9h. mat, 2058. Premier plateau seul dans l'ombre. :. | Ondulations très-faibles. 
9 15m 20,4 Premier plateau éclairé, St-Mare par _ larges et lentes. 
| intervalles. 
9 35 » Les trois plateaux bien éclairés. . . —- étendues, particulièrement dans le 
| l sens vertical. 
9 40 21,8 St-Maredans l'ombre, les autres points | L'amplitude des ondulations est telle que la plate- 
Le éclairés, | bande de la façade se déplace de toute son épais- 
seur; ce qui équivaut à un mouvement de 25”. 
Les petites traverses des fenêtres cessent d'être 
perceptibles. 
22,0 St-Mare éclairé égalément 2; «+ | Les ondulations conservent la même amplitude; 
mais les petites traverses des fenêtres sont de- 
!. {1 venues perceptibles. 
21,6 Plateaux de l'habitation et de Berlaco- | Les ondulations ont diminué d'amplitude. 
" mines dans l'ombre, St-Mare seul 
éclairé. 
21,9 Le premier plateau et une partie de — ont repris plus d'amplitude. 
Berlacomines éclairés. 
22,0 Le premier plateau dans l'ombre, les _ sont faibles. 
autres points éclairés. 
21,1 St-Mare seul éclairé . . . . . . — sont très-faibles. 
24,6 Cumuli entassés, sans percée de soleil _ excessivement faibles, à peine 
pour aucun point. perceptibles. 
——— PAPAS 


Concluons de ces résultats : | 

1° Généralement, les ondulations ont peu d'amplitude quand le soleil 
n'échauffe pas le premier plateau, c’est-à-dire celui contigu à l'habitation 
(le 4° juin à 10° 15w, à 12", à 12° 20»; le 15, à 9", à 6" 55 et à 10" 6"). 
Les passages successifs et prolongés des ombres de deux nuages sur ce pla- 
teau furent accompagnés d’une diminution d'amplitude des ondulations 
très-prononcée, quoique les deux autres plateaux fussent éclairés ; 

2 Quand les ondulations ont le plus d'amplitude, le premier plateau 
reçoit l’action des rayons solaires. (Observations fréquentes à l'appui de 
ce fait); 

3° La présence de ces rayons sur Berlacomines ne donne pas naissance 
à des ondulations étendues (le 13, à 9", et à 10° 6); il se produisit des 
ondulations très-amples , quoique ce plateau restàt dans l'ombre, dès que 
celui de l'habitation fut éclairé (le 13 à 9" 15"): 

4 Lorsque le soleil éclaira Saint-Marc, et non la campagne voisine du 

Towe XXVI. 4 


26 RÉFRACTION ET DISPERSION 


premier site, les ondulations restèrent très-faibles (le 13, à 10° 20%); au 
contraire, elles prirent beaucoup d'amplitude, malgré Fombre portée sur 
Saint-Marc, dès l'instant à le premier plateau se trouva éclairé (le 1°, à 
8" 45%, à 12° 10"; le 15, à 9° 10»). 

Il résulte de ces faits que les déviations les plus fortes ont été snaaites 
par les ondes qui s’élevaient de la campagne contiguë au lieu d'observation, 
et qu’en accordant la même puissance réfringente aux ondes formées en 
des lieux plus éloignés, à Berlacomines et à Saint-Marc, elles produisaient 
des ondulations beaucoup plus faibles, qui. devinrent même très-petites , 
quoique ce dernier point, le plus éloigné, füt seul éclairé. Cette consé- 
quence des faits observés est en accord avec ce qui a été prévu précédem- 
ment (p. 17, 5°) concernant les variations de déviation produite par une 
onde, selon son rapprochement de l’observateur : les déviations devant 
être d'autant plus fortes que l'onde en est plus rapprochée, toutes choses 
égales d’ailleurs. L'accord entre les résultats observés et les prévisions théo- 
riques s’est ainsi montré, malgré les effets résultant du mélange des ondes 
en un même lieu. 

Dans les circonstances ordinaires, l’amplitude des déviations décroît 
assez rapidement, comme nous avons pu le remarquer, malgré l’action 
continue des rayons solaires par un ciel serein; déja beaucoup diminuées 
de midi à une heure, les vacillations échappent généralement aux mesures 
à partir de trois heures, aussi bien pour des ornements supérieurs de la 
façade de Saint-Marc que pour les parties qui sont plongées dans Fombre à 
cette heure de la journée. L’impossibilité de mesurer fut la même à cette 
heure pour d’autres points éclatants de l'horizon opposé à celui de Saint- 
Marc, et qui reçoivent en plein l’action du soleil dans l'après-midi. Leurs 
vacillations très-petites, rendues plus sensibles encore par la blancheur 
naturelle de ces points, se succédaient assez rapidement. 

Les ondulations des objets terrestres persistent après le coucher du soleil, 
même en toute saison, par suite de l’abaissement de température qu'é- 
prouvent la surface du sol et les couches inférieures de l'atmosphère, après 
le déclin du jour, surtout quand la sérénité du ciel favorise le rayonne- 
ment calorifique vers l’espace. 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 27 


Le vent modifie les caractères des ondes qui se manifesteraient par 
un air calme au milieu des mêmes conditions, attendu que, par le mélange 
des ondes, le vent tend à répandre plus d’homogénéité de température 
aux différents points des couches d’air, et à annihiler ainsi plus ou moins 
complétement des causes de déviation en un grand nombre de ces points. 
Les ondulations qui se succèdent rapidement en donnant lieu à la confusion 
des objets, doivent être beaucoup plus rares par un vent assez fort; mais 
la même cause n'empêche pas la production de déviations étendues, attendu 
que si le soleil échauffe la surface du sol, il y aura toujours des parties de 
courants d’air dont les températures propres, en excès sur celle de la masse 
ambiante, donneront lieu à des déviations d'autant plus sensibles, que les 
effets de petites ondes, sitaées à une plus grande distance de l'observateur, 
ne s’interposeront pas sur la trajectoire du rayon lumineux. C'est ainsi, 
par exemple, que, le 29 juin à 9 heures du matin, par un vent d’ouest 
assez fort, chassant, dans les régions supérieures, des cumuli qui laissaient 
entre éux de larges intervalles pour le passage des rayons solaires, la 
température de l'air à l'ombre étant d’ailleurs 21°,6, les ondulations des 
détails de la façade de Saint-Marc se produisaient par intervalles avec assez 
d'amplitude, et simultanément pour l’ensemble de certaines parties de la 
façade. Ces ondulations ne nuisaient aucunement à la netteté de percep- 
tion des moindres détails. Le même jour, j'observai de nouveau, vers 
midi, le vent étant sensiblement diminué et le thermomètre accusant 
22°,2, les ondulations avaient perdu beaucoup de leur amplitude; elles 
étaient plus rapides et les objets moins distincts. À midi et demi, la vision 
télescopique devient presque aussi trouble qu’elle ait jamais pu l'être; le 
vent était alors très-faible. 

La grandeur des vacillations est un des caractères les plus importants 
des ondes; 25/’ seraient la limite extrême qui ait été observée, lorsque, 
le 13 juin, la plate-bande en pierre de taille, de 0,50 de hauteur, parut 
osciller verticalement de toute eette dimension. 

Les mesures prises le 13 septembre (citées à la p. 25), s'élèvent à 13 et 
à 45!!; le 9 et le 11 du même mois, les ondulations avaient dépassé cette 
étendue, comme le montrent les résultats suivants : 


28 RÉFRACTION ET DISPERSION 


à 9h, cirrhi-cumili et vent de SE. très-faible, T=—:1653; 1: ondulations; ;, 0%; 


Le 9! septembre, le). à. 10h, , cumuli, pas de.vent. . . . . . . T=—180, ét: 15! 
matin, brouillard. } à 10 h. 50" id. di et MR AC 7e » » 10’ 
Vers 11 h., les déplac* sont réduits à 5”, mais à 12h. T — 2055,  ‘‘»! 10 eg 

/: à 9h, traces du brouillard, vent d'E. faible T = 15;8,! ondulations : 0! 

Le 11 sept, brouil- | à 11h30", cumuli, ventnul . . , . . . . T—1959, » 7x 
lard jusque v.9h. )} à 12h15", id, PO PUR PE ASE RIRE » 20’ 
à 4h. em les observ. ARE étre reprises, T — 2055, e [SE 


Le retard qu "éprouvent. Fa pere fe à se produire et à atteindre 
leur valeur maxima, le 9 et le 11, est un résultat de la présence du brouil- 
lard, qui retarda les effets directs, de la chaleur solaire sur la surface du 
sol et dans les couches inférieures de l'air, Après la disparition complète 
du brouillard, l’échauffement, devint plus sensible, attendu que le soleil 
avait atteint une certaine élévation. R 

11 n’a été question jusque maintenant que des mouvements dans le sens 
vertical, quoique les images éprouvent simultanément des déviations 
dans tout autre sens; mais les déviations verticales sont généralement 
supérieures en étendue. Ce fait résulte de ce que le mouvement ascen- 
sionne]l des ondes. est le, plus souvent vertical; il s'ensuit que. les, dévia- 
tions du rayon lumineux, résultats du passage successif, des différentes 
parties d’une même onde et de la succession d’ondes différentes, doivent 
être plus prononcées dans le plan vertical. Mais si, pour l’effet d’un cou- 
vant d'air même très-faible, les. ondes s'élèvent obliquement, les dévia- 
tions dans le sens horizontal acquérant de l'amplitude, deviennent suscep- 
tibles d’être évaluées, ainsi que le prouvent les résultats suivants dont 
j'ai rapproché les mesures de déviations verticales, prises au même instant : 


qe 
Étendue de l’ondulati 
EE 
Verticale. Horizontale. 
Le 25 mai, à 12 h. 50, T — 2591, vent d'E. faible (par estimé). . °°. 1: 15” 9" 
Le 15) juin, à 9h. 40, T — jdsé vi de vent roots au point d'observation ar 
estime) . 25” 10” 
Le9 hhies 412h19%, T4 205, _ de vent scnsibie au pin aeblééitod t 
(mesure micrométrique) . . . ENORME RUE aie 19° 14" 
Le 11 septembre, à 12 h., T — 1922 > Pas de vent Écbiilie au point dobiton (me- 
sure micrométrique). : «! 14410. itahénorz lan: nacre do, 17/ 4"! 


Re... 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 29 


Quoique le mouvement horizontal ait atteint 44'', le 9 septembre, on 
doit considérer cette étendue comme exceptionnelle, puisque les vacilla- 
tions des objets dans ce sens qui accompagnent les ondulations verticales, 
sont généralement ‘si faibles, que le plus souvent il est difficile de les 
mesurer. 

Si les ondulations dans les deux sens ont lieu simultanément avec une 
certaine amplitude, et si les déviations horizontales conservent leur 
grandeur pendant un certain intervalle de temps, il est admissible de 
considérer les déplacements dans les deux sens comme étant les coordon- 
nées d’une vacillation oblique, supérieure en grandeur aux premiers. En 
effet, dans cette supposition le déplacement serait représenté par l'hypoté- 
nuse à d’un triangle rectanglé ayant pour côtés lés longueurs respectives v 
et A des déviations, rapportées aux directions verticale ét horizontale; on 
aurait alors : 


d = Vo? + h?. 


En appliquant cette formule aux déviations qui furent mesurées simul- 
tanément au micromètre le 9 septembre, on trouverait 24! pour PUR: 
tude du mouvément absolu. 

Il est un point sur lequel il me semble opportun d'insister, c'est qu’on 
doit considérer les ondulations de grande amplitude comme résultant 
généralement de déviations produites par une seule onde et non, pour le 
cas actuel, des effets partiels de même sens résultant de diverses ondes, 
qui, en s’ajoutant, donneraient lieu aux déviations de 15 à 25/’ observées. 

Voici les raisons à citer à l'appui : 

1° D’après les conclusions exposées (page 25), les forts déplacements 
observés le 13 juin, doivent être attribués à des ondes peu éloignées du 
spectateur; au contraire, lorsque les ondulations eurent peu d’ampli- 
tude , tout fait croire qu’elle résultèrent de déviations moins étendues que 
produisirent des ondes plus éloignées; le nombre de celles qui s’interpo- 
sèrent entre le point vacillant et l'observateur dut, par cette raison même, 
être plus considérable. 


2° Les ondulations très-amples se succèdent avec uniformité et entre 
k LL 


30 RÉFRACTION ET DISPERSION 


des limites constantes , aussi longtemps que les causes productrices des 
ondes restent sensiblement les mêmes. Les grandes ondulations n’ont donc 
pas le caractère de variabilité en étendue qu’elles devraient accuser, si 
ces déviations étaient simplement accidentelles, dénomination qu'on pourrait 
leur donner si chacune était la somme d’effets partiels très-variables. 

5° Les ondes qui se succèdent rapidement ne donnent point lieu à des 
ondulations étendues; les déplacements sont généralement très-petits, au 
point d'échapper aux mesures. 


Phénomènes de perception des images ondulantes. 


J'examinerai actuellement les circonstances qui rendent plus ou moins 
confuse la perception télescopique des objets vus au travers des ondes 
mobiles diversement réfringentes. 

Signalons d’abord ce fait, que l’interposition d’une onde de peu d’éten- 
due et s’élevant lentement, altérerait plus ou moins la netteté de l’image 
d’un point lumineux, selon la position de la section de pénétration de 
l’onde dans le faisceau conique des rayons. émanant de ce point, faisceau 
qui a pour base l'objectif de la lunette ou le miroir.du. télescope. Quand 
l’onde pénètre non loin du sommet de ce cône, la déviation des rayons. est 
sensiblement la même pour tous; alors leurs incidences par rapport au 
miroir ou à l'objectif varient de la même quantité, et ces rayons se réu- 
nissent sensiblement en un même foyer, qui, à la vérité, se trouve dévié 
de sa position normale par l'effet de l'onde. L'image du point lumineux 
est perçue par l’œil avec le même degré d'intensité que si elle n’eût pas 
éprouvé de déviation, sauf toutefois la diminution d'éclat qui peut résul- 
ter du plus ou moins de rapidité du déplacement, circonstance dont nous 
aurons à nous occuper plus loin. 

Mais, si la position de l'onde dans le faisceau conique, ou si son peu 
d’étendue relativement à la section de pénétration sont telles , que tous les 
rayons n’éprouvent pas une déviation, de même grandeur. ou de même 
sens, il est évident que l’image intérieure ne possédera plus la même 
netteté que primitivement. 


DR 


DE-L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 31 


La confusion qui résulte d'effets semblables dépend de l'ouverture du 
miroir ou de l'objectif de l'instrument; toutes choses égales d’ailleurs, 
le trouble apporté dans la perception des images doit être d'autant moin- 
dre que cette ouverture est plus étroite. Afin de reconnaître la vérité de 
cette prévision, je dirigeai une lunette achromatique, de 0,05 d’ouver- 
ture, vers la tour du beffroi de la ville; je plaçai en avant de l'objectif et 
sous l'axe prolongé de la lunette, une lampe dite modérateur, dont le verre 
donnait issue au courant de gaz échauflé provenant de la combustion. 
Les rayons lumineux émanés de Fobjet observé traversant ce courant, 
éprouvèrent des déviations telles, qu'il en résulta une image extrèmement 
confuse, dont les déplacements tumultueux ne permettaient la perception 
distincte d'aucune de ses parties. Un diaphragme en bois, percé d’une 
ouverture centrale de 6 millimètres de diamètre, fut placé sur l'objectif; 
l’image de la tour devint alors parfaitement distincte, quoique son éclat 
se trouvât beaucoup moindre que dans les conditions ordinaires. Toutefois, 


- elle éprouva des déplacements qui se réitérèrent par saccades, et simultané- 


ment pour toutes les parties de la tour; de sorte qu'il n'enrésulta aucune 
déformation ni de l’ensemble ni des détails. 

Si, le soir, on regarde à l’aide de la lunette, une étoile où une lumière 
éloignée à travers le courant d'air échauflé, Fimage du point lumineux 
n'est plus nettement limitée lorsque l'objectif est à découvert; ainsi, il 
s'élance de l’étoile des rayons plus ou moins allongés selon la proximité 
du courant d'air chaud. Lorsqu'il est en face de l'objectif, l’image de 
l'étoile offre l'apparence d’un disque à contours diffus ; évidemment, cet 
espace lumineux se compose des divers lieux où se produisent les impres- 
sions de l’image sur la rétine, dans ses déplacements rapides et de tout 
sens. Mais, dès que l'on recouvre l'objectif du diaphragme, le disque se 
réduit à un point nettement limité, malgré des trépidations rapides et sac- 
cadées. Il est à remarquer que, lors de ses déplacements, l’image, moins 
brillante que Pétoile vue dans les conditions ordinaires, ne laisse pas de 
traces sinueuses résultant de la persistance des impressions sur la rétine. 

Le rétrécissement de l'objectif peut rendre perceptible une image qui, 
à objectif découvert, n’est nullement distincte, à cause des ondulations tumul- 


32 RÉFRACTION ET DISPERSION 


tueuses produites par un courant d'air chaud artificiel Ainsi,la flèche 
effilée du petit clocher de Taravisée, village situé sur le plateau, supérieur 
d’une des côtes de la vallée de la Sambre, à une distance de 13,250 mètres 
environ du lieu d'observation, devenait visible, malgré des déplacements 
fréquents, lorsque l’objectif en face duquel le courant d'air chaud s'éle- 
vait, était muni du diaphragme, tandis que cette perception. cessait 
aussitôt que celui-ci était enlevé. | 

D'après ces faits, nous devons nous demander si les caractères des 
ondulations produites par des ondes naturelles, se modifient lorsque les 
objets sont vus à l’aide de la lunette munie du diaphragme. Les observa- 
tions faites dans cette vue, m'ont convaincu que, pour: plusieurs! les 
ondulations de points divers de Ja façade de Saint-Marc, produites par des 
ondes naturelles, ont paru plus saccadées quand l'objectif était couvert. du 
diaphragme. Dans la matinée du 13 juin, par exemple, des déplacements 
évalués à 18// environ, semblèrent conserver plus de netteté et s'effec- 
tuer avec plus de vivacité lors dé ce recouvrement. 

L'effet du rétrécissement de l'objectif par l’apposition d’un diaphragme 
à ouverture étroite, confirme l'explication, sans doute déjà connue, d'un 
fait qui, au premier abord, doit paraître assez, singulier à quiconque 
l’observe. Lorsque de l’intérieur d’un appartement on dirige, une lunette 
vers des objets extérieurs, vus au travers d’une vitre, leurs images sont 
extrêmement confuses au point que l’ensemble même de chaque objet est 
peu distinct. Cette confusion provient des déviations anomales-et très- 
différentes que les rayons émanés d’un même point subissent, en traver- 
sant un milieu où les irrégularités. de réfraction sont aussi prononcées 
que dans les vitres du commerce. La confusion des images doit être 
d'autant plus sensible que le nombre de rayons déviés inégalement est plus 
grand; aussi les objéts sont-ils plus mal définis pour une lunette, à large 
objectif que pour une lunette d'ouverture moindre. Mais, quand, dans les 
mêmes circonstances, l'objectif d'une lunette quelconque est muni du 
diaphragme à ouverture étroite, les contours des images sont aussi nets, 
quoique moins éclairés, que quand on regarde sans interposition de la vitre. 
La confusion résultant. des inégalités de celle-ci n’est pas sensible à l'œil 

‘ 


à lat te 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 35 


nu, à cause du rétrécissement de la pupille, qui, pour l'œil, remplit alors 
le même office que le diaphragme à l'égard de l'objectif. 
-1Ce fait n’est pas étranger à notre sujet, puisqu'il démontrerait, au 
besoin, que la perception télescopique serait moins nette par l’interposi- 
tion d'un système d'ondes de peu d’étendue chacune, et dont le déplace- 
ment serait nul ou extrêmement lent. Cette cause de confusion des images 
est essentiellement distincte de la cause même du trouble apporté dans 
leur-perception lorsque le déplacement s'effectue rapidement par suite de 
la mobilité des ondes , et dans des circonstances qu’il me reste à faire con- 
naître. 

I résulte des expériences de M. Plateau, qu’il faut un temps très- 
sénsible pour qu’une impression se forme sur la rétine d’une manière 
complète; par ce’ seul fait, l'image, en mouvement rapide au foyer du 
télescope , sera généralement perçue avec moins d'intensité que si elle était 
immobile. Mais ce qui tend encore à accroître la confusion , c’est la super- 
position au même lieu de la rétine des impressions de différents points de 
l'image, par suite du mouvement ondulatoire rapide. Il en résulte que, 
si les déplacements de cette espèce s’effectuaient même avec régularité, la 
perception de l’image pourrait ne pas être plus nette aux limites extrêmes 
de chacun de ses déplacements, là où sa vitesse décroît, attendu que ces 
mêmes points deviendraient successivement et dans un temps très-court, 
les lieux des impressions de points voisins, dont le mélange rendrait 
toutes ces impressions très-confuses dès l'instant où leur succession attein- 
drait une certaine limite de rapidité. 

Il n’était pas sans intérêt de déterminer approximativement quelle doit 
être, dans des cas semblables, la limite extrême de petitesse de l'inter- 
valle de temps qui s'écoule entre les retours de l'impression d’une image 
au même lieu de la rétine, au moment où elle cesse d’être perçue avec 
netteté. Voici l'expérience que je tentai dans ce but : 

Le moyen d'imprimer artificiellement un mouvement vacillatoire aux 
images consista à placer en avant du télescope un appareil composé de 
trois petites glaces non étamées, assez épaisses, implantées verticalement 


sur un disque en bois horizontal; celui-ci recevait un mouvement de 
Tome XXVI. ÿ 


34 RÉFRACTION ET DISPERSION 


rotation autour de son axe vertical, communiqué par un mécanisme 
d’horlogerie dont on pouvait faire varier la vitesse à volonté. Les trois 
glaces, de 50 millimètres de côté et de 5"",6 d'épaisseur, étaient disposées 
sur le disque, de manière que la trace du plan de chacune sur celui de 
ce dernier formât un côté du triangle équilatéral résultant des intersec- 
tions de ces traces; chacune de celles-ci étant éloignée de 43 millimètres 
du centre de rotation du disque. Chaque glace interceptant les rayons 
lumineux avant leur pénétration dans le télescope, sous un angle succes- 
sivement variable par suite de la rotation du système, il en résultait 
nécessairement un déplacement ondulatoire, horizontal, pour l’image téles- 
copique du point d’émanation des rayons. Ce déplacement était sensible 
à cause de l'épaisseur des glaces; circonstance qui accroît les déviations 
produites par le passage des rayons au travers d’un milieu réfringent à 
faces parallèles, comme cela a été prouvé antérieurement. 

L'objet pris pour point de mire se composait de l’entête d’un journal, 
à caractères un peu serrés, de 15 millimètres de hauteur sur 10 de large 
chacun. Cet entête était collé sur la plaque noircie d’un jalon, planté dans 
la campagne, à une distance horizontale de 69 mètres environ du télescope 
dirigé vers la mire. Quoique les caractères imprimés ne fussent éclairés 
que par la lumière diffuse d’un ciel qui resta presque constamment voilé 
pendant la matinée où je fis les expériences, on les distinguait parfaitement 
au moyen du télescope dans les conditions ordinaires de perception. 

L'appareil à glaces étant placé en avant de cet instrument, sa vitesse de 
rotation fut incessamment accélérée jusqu’à la limite où l'inscription de 
la mire cessa d’être distincte au point de ne pouvoir la lire; à cet instant, 
la durée de l'intervalle de temps qui s'écoulait entre les passages consécutifs de deux 
glaces à une même position par rapport à l'axe prolongé du télescope, était sensi- 
blement égal au minimum de temps qui devrait séparer les retours de l'image 
d’un point de l'inscription à une même limite de chacun de ses déplacements, pour 
que cette image restât distincte. La valeur de cet intervalle de temps se 
déduisit facilement de la vitesse de rotation du disque. 

Il était à préjuger que cette durée dût varier en sens inverse de l'éclat 
de l’image ; afin de pouvoir l’augmenter ou la diminuer à volonté, je fermai 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 35 


l'ouverture du télescope par un diaphragme percé d’une ouverture de 
4 centimètres de hauteur, mais dont la largeur était réglée à volonté par 
l'écart de deux petites portes glissant à frottement doux en avant de 
l'ouverture. | 

Le tableau suivant renferme les résultats obtenus : 


LARGEUR TEMPS ÉCOULÉ 


de u entre déux retours consécutifs de l'image à une 
même limite de ses ondulations, lorsque l'in- 
L'OUVERTURE DU DIAPHRAGME. seription cessa d'être lisible. 


10 millimètres. 0,11 


0”,14 


0”,17 


Concluons de ces faits que la rapidité des ondulations d’une image 
doit être d’autant plus grande pour qu’elle cesse d’être distincte, que 
l'objet a plus d'éclat. Une observation fréquente et qui a été signalée 
parmi les résultats obtenus le 13 juin (p. 25), se rattache à ce fait : les 
traverses horizontales et très-minces des fenêtres de la façade Saint-Marc 
restèrent généralement perceptibles, malgré de fortes ondulations, aussi 
longtemps qu’elles furent éclairées par le soleil ; mais aussitôt que l'ombre 
d'un nuage se projeta sur la façade, ces traverses cessèrent momentané- 
ment d'être visibles, quoique les déviations attribuées à des ondes pro- 
duites près de l'observateur, eussent conservé la même amplitude pendant 
l'obscurcissement de la façade. On conçoit, du reste, que l’œil cesse de 
percevoir distinctement une image vacillante dont l'éclat s’affaiblit. 

On infère des nombres de la dernière colonne qu'au moment où, par 
l'effet d'ondes naturelles, l’image télescopique d’un objet éclairé par le 
soleil cesse d’être vue avec netteté dans ses détails, les mêmes phases de 
déplacement de l'image se représentent après un intervalle de temps 
moindre que -= de seconde f, 


* J'ai profité de la disposition expérimentale indiquée pour déterminer, dans les mêmes condi- 
tions d'éclat que précédemment, l'intervalle de temps qui s'écoulait entre les retours consécutifs 


56 RÉFRACTION ET DISPERSION 


C’est ici le lieu de citer un fait qui dépend de l'éclat des objets. Lors- 
que. l’on compare des ondulations de peu d'amplitude, mais très-rapides , 
d'objets fortement éclairés à celles de points voisins moins éclatants, on 
est tenté de considérer les premières comme étant plus étendues: Parmi 
les exemples de cette apparence, je citerai un fait observé plus particu- 
lièrement, le 25 mai, vers 4 heures du soir, instant où j'examinai au 
télescope la façade de Saint-Marc, qui n’était plus éclairée par la lumière 
directe du soleil. D'abord, les déplacements peu étendus des barreaux de 
fenêtres se détachant sur le fond sombre de l'appartement, étaient plus 
sensibles que ceux de points voisins d’une teinte foncée et placés égale- 
ment dans Fombre. Mais une moulure en saillie du fronton supérieur qui, 
à l'heure indiquée, recevait encore les rayons du soleil, éprouvait également 
des ondulations de plus détendue en apparence que celles de parties de 
moulure peu éloignées, mais non éclairées. Pendant cette observation, 
l'ombre d’un nuage passant sur la moulure en saillie, lui fit éprouver une 


d'une image à une même phase d'ondulation, au moment où, par ses impressions sur la rétine, elle 
laissa une trace sensiblement continue entre les limites de déplacement. Dans ce but, je substituai 
à l'inscription collée sur la plaque du jalon deux petites bandes de papier blane, verticales, 
de 83% de hauteur chacune, mais de largeur différente, l’une ayant 13"% et l'autre 3. Ces bandes, ' 
séparées l’une de l’autre, se détachaïent par leur éclat du fond noir de la mire, laquelle resta plantée 
au même lieu que précédemment. Je dois dire que la bande étroite s'était légèrement imbibée de la 
couleur noire à la colle qui recouvrait la mire, et que cette différence d'éclat avec la bande large 
s'appréciait très-aisément à la vue simple. Le télescope étant muni du diaphragme à ouverture 
variable et l'appareil à glaces tournantes se trouvant en face de celui-ci, la vitesse de révolution 
fut accélérée jusqu'à ce que la bande observée laissât une trace sensiblement continue entre les 
limites de déplacement de l'image. A la vérité, cette trace ne présenta point une teinte grisätre 
uniforme sur toute son étendue dans aucune des expériences citées ci-dessous : 


LARGEUR INTERVALLE 
de temps écoulé entre deux retours consécutifs à la même phase 
èe d'ondulation de l’image de la bande de papier 
il 0 
en DES Dhè RE D 3 DE 13MM DE LARGEUR. DE 5MM DE LARGEUR. 

10 millimètres. 0/,075 0”’,097 
5 y: 0,090 0,100 
3 — 0’’,098 0,127 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 37 


diminution d'éclat notable; aussitôt, ses ondulations perdirent leur carac- 
tère distinctif. 

Je dus supposer d’abord, que l'apparence d’une plus grande étendue 
des ondulations avait pour cause l'extension de l'impression produite sur 
la rétine par l'image d’un point au delà des limites réelles de son dépla- 
cement, lorsque le point possédait un, éclat plus vif; d’après cette expli- 
cation, le fait observé se serait rattaché à un phénomène d'irradiation. 
Pour m'en assurer, je cherchai à mesurer l'étendue des déplacements de 
la moulure en saillie, afin de la comparer aux ondulations d’autres points 
moins éclatants. Mais ces mesures furent sans résultat, non-seulement 
pour le point en question, mais aussi lors d'observations de même genre, 
tentées pour d’autres objets situés dans des conditions semblables : dans 
l’un et l’autre cas, les déplacements excessivement faibles d'objets plus 
éclatants, mesurés au micromètre, ne surpassèrent point en étendue ceux 
de. points placés dans l'ombre, lors même qu’il fut possible de mesurer 
approximativement des mouvements ondulatoires de 1’/ environ. On doit 
conclure de là que l'accroissement d'amplitude, observé dans les circon- 
stances indiquées, n’est qu'une illusion. 

Il reste une dernière circonstance à signaler. Quelquefois certaines 
parties de l’image d’un objet, plus ou moins déformée par les ondula- 
tions, font défaut : cette cessation d'impression ne peut être attribuée aux 
causes qui viennent d’être examinées, attendu qu’elle se présente aussi 
quand les mouvements se produisent lentement et sans confusion. Ce 
fait, important par les conséquences auxquelles il peut conduire relati- 
vement à d’autres phénomènes, provient de ce qu’une onde ne se laisse 
pas traverser par un rayon si l'angle d'incidence dépasse une certaine 
limite de grandeur. En effet, supposons d’abord une onde moins réfrin- 
gente que le milieu ambiant, à cause d’un excès de température intérieure : 
il y aura nécessairement une incidence au delà de laquelle le rayon lumi- 
neux ne pourra plus pénétrer dans l'onde; de sorte que tout rayon se 
présentant sous une incidence supérieure à celle de cet angle limite, sera 
réfléchi à la première surface de Fonde. Il ne parviendra donc pas à l'œil, 
et il y aura pour celui-ci défaut de l'image du point d’émanation, pourvu 


58 RÉFRACTION ET DISPERSION 


toutefois que cet effet et l’impression qui en est la suite, persistent pen- 
dant un temps sensible. Quand la température de l’onde est moins élevée 
que celle du milieu ambiant, la réflexion du rayon lumineux se produit 
intérieurement, si celui-ci se présente à la face d'émergence sous une 
inclinaison égale ou supérieure à l'angle limite. 

Il est facile de calculer la grandeur de cet angle pour des conditions 
de température et de force élastique données; en effet, si l’on désigne par ; 
sa grandeur et par m l'indice de réfraction, on a : sin y — m. En admet- 
tant 0,76 comme tension à l’intérieur et à l'extérieur de l'onde, et 10° 
pour l'excès (1! —1) de température de l’air à l’intérieur, on calcule à l’aide 
de l'expression (1, p. 14), m = 0,99999, et par suite y = 89° 44! 30/!. 
Ainsi, tout rayon qui, dans les conditions de température indiquées, se 
présenterait à la surface de l'onde, en formant avec le plan tangent au 
point d'incidence, un angle moindre que 15’ 30/', ne pénétrerait pas dans 
l'onde. Si l’on suppose 5° pour l'excès (/—1), on trouve 89° 48/ 50/! pour 
la valeur de l’angle limite. 

Il faut nécessairement admettre qu’au milieu de la variété de position 
des faces des ondes naturelles, si diverses de forme, ces eflets doivent 
en réalité se produire. Remarquons, du reste, que l'extinction peut avoir 
lieu sans être précédée d’une forte déviation de l’image : car, si la partie 
de l'onde, que le rayon traversait avant sa réflexion à l’extérieur ou à 
l'intérieur, était limitée par des plans parallèles ou tout au moins peu 
inclinés, la déviation qu'il éprouvait alors eût été extrêmement faible 
(voy. p. 18); la disparition de l’objet aura donc pu n'être précédée que 
d’un écart de l’image insensible. 


Effets de réfraction sur la vision des astres. 


Les ondes aériennes, en s’interposant sur le passage des rayons lumi- 
neux émanés des astres, les dévient sensiblement des trajectoires que ces 
rayons décriraient conformémént aux lois de la réfraction astronomique. 
Telle est la cause de la multitude d’ondulations très-mobiles qui échan- 


db 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 39 


crent les bords du soleil quand on observe cet astre, soit à son lever ou 
à son coucher, à travers une lunette dont l’oculaire est muni d’un verre 
coloré, destiné à affaiblir son éclat. Ces ondulations, d'amplitude très- 
restreinte, qu’il faut distinguer des déformations que le disque solaire 
éprouve parfois près de l'horizon au point de le rendre méconnaissable !, 
doivent être attribuées à des effets de réfraction. Cependant, M. Arago 
était disposé à voir dans les ondulations que les planètes présentent sur 
leur contour, des phénomènes dépendants, en partie, des interférences 
bien plus que des inégalités de réfraction, auxquels on a l'habitude, 
disait-il, d'attribuer exclusivement ces ondulations 2. Il se réservait de 
publier un mémoire spécial sur ces phénomènes. 

Malgré l'autorité si puissante du nom de M. Arago, je ne vois pas qu'il 
y ait nécessité de recourir à des phénomènes d’interférence pour se rendre 
compte des particularités que présentent les ondulations dont il est ques- 
tion. Il est de toute évidence que les ondes en mouvement dans l’atmos- 
phère, doivent imprimer aux rayons émanés des astres des déviations 
semblables à celles que subissent les rayons émis par les objets terrestres, 
en traversant ces mêmes ondes. 

Or, au coucher du soleil, alors que son contour est le plus dentelé, 
les objets terrestres éprouvent encore, comme il a été dit, des ondula- 
tions appréciables, quoique généralement elles ne soient plus susceptibles 
d’être mesurées. J'ai eu recours à des effets d’angle limite pour expliquer la 
suspension momentanée et alternative de la perception de certaines parties 
d'objets terrestres, examinés au télescope au travers d'ondes multipliées: 
ces effets doivent se produire également, et même à plus forte raison, 
vu le grand nombre de couches d’air traversées, à l'égard des rayons émis 
par les astres. Ces effets peuvent, au besoin, être invoqués pour expliquer 
l'apparition d’échancrures plus fortes et de peu de durée, qui, parfois, 
se produisent au contour du disque solaire quand il atteint l'horizon. 


* M, Biot a cité plusieurs exemples remarquables de déformation du soleil à son coucher, dans 
un mémoire qu'il adressa à l'Institut en 1809, mémoire que je regrette vivement de n'avoir pu 
consulter. 

? Annuaire du Bureau des longitudes pour 1832, p. 435. 


40 RÉFRACTION ET DISPERSION 


Nous avons vu précédemment que la déviation subie par un rayon en 
traversant une onde, dépend, entre autres, des distances relatives de 
l'onde à l'œil et au point lumineux, placé à une distance finie. Mais, 
quand celui-ci est un astre, sa distance à l’onde peut évidemment être 
considérée comme infinie par rapport à celle de l'onde à l’œil du specta- 
teur. Il résulte des formules données pour calculer la déviation que, 
dans le cas de distance infinie, la déviation produite par l’onde est, toutes 
choses égales d’ailleurs, indépendante du lieu de la trajectoire lumineuse 
où l’onde s’interpose. L’amplitude de la déviation ne dépend donc que 
de la puissance réfringente de l'onde par rapport à l'air ambiant, de 
l'inclinaison des faces de celle-ci, et de lobliquité du rayon à la face 
d'incidence. Ces derniers éléments exercent sur les rayons sidéraux les 
mêmes influences respectives que sur les rayons émanés d'objets terres- 
tres; aussi ne nous arrêterons-nous plus à des particularités, telles que 
les variations d’amplitudes des ondulations selon la température des ondes, 
l'étendue des ondulations plus grande dans le sens vertical que dans le 
sens horizontal, etc. 

Les taches qui apparaissent fréquemment à la surface du: soleil parti- 
cipent aux effets des ondes, quand le soleil est encore élevé de plusieurs 
degrés au-dessus de l'horizon. 1] m’a paru que les déplacements des taches, 
qui sont plus notables d’ailleurs dans le sens vertical, ont, en apparence, 
plus d'amplitude pour les petites taches que pour les grandes. Ainsi, lors 
d’une observation du soleil à une hauteur de 6°, de petites taches se dé- 
plaçaient notablement, tout en éprouvant un affaiblissement de leur 
teinte obscure très-prononcée, tandis que de grandes taches voisines ne 
subissaient que des déplacements très-restreints en apparence. Afin de 
nous rendre compte de cette particularité, suivons une onde dans son 
mouvement ascendant, lorsqu'elle s’interpose entre la lunette et une petite 
tache de 1!’ de diamètre, par exemple. Admettons que le déplacement 
vertical de l’image télescopique soit de 2!” successivement dans un sens 
puis dans l’autre, par le passage des parties supérieure et inférieure de 
l'onde. L'image de la tache aura accompli ainsi une excursion totale d’am- 
plitude double, qui sera d'autant plus sensible pour la vision télesco- 


TT PT De OUR ST. A A RE 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 41 


pique ‘que l'intervalle compris entre les positions extrêmes du sommet 
du diamètre vertical de. la tache aux limites d’une excursion , aura été 
de 4". Ce déplacement s’effectuant généralement avec rapidité, la teinte 
sombre de: la tache en est notablement affaiblie, au point même qu'il 
pourra survenir une cessation de perception pendant son excursion. 

"Quand la’ partie supérieure de la même onde ascendante passera en face 
d’une tache de 10/! de diamètre, par exemple, l'extrémité inférieure de 
la tache réprouvera ‘d’abord un ‘abaissement de 2/'. Cette même partie, 
revenue à sa position vraie lors du passage du milieu de l'onde, subira 
ensuite un:exhaussement de 2// environ quand la partie inférieure de 
l'onde sera à la hauteur de cette portion de la tache. Mais, vers le même 
instant, la partie supérieure de celle-ci se déprimera de 2/’ environ, à 
cause de l'intérposition de la partie supérieure de l'onde, De ces mouve- 
ments, sensiblement simultanés, résulteront nécessairement un rétrécis- 
sement de la tache de: 4! en hauteur et une ondulation partielle, qui 
n'échapperont pas à l'œil; mais ces mouvements ne produiront point une 
impression aussi vive que les déplacements de petites taches, lesquels 
supérieurs en: étendue au diamètre de celles-ci, sont accompagnés d’une 
extinetion de leur teinte propre presque totale. Les disparitions momen- 
tanées de petites taches ont lieu quand les déplacements s'effectuent brus- 
quement. ou par soubresauts, soit dans l’état ordinaire de l'atmosphère, 
soit le plus souvent quand elle est agitée par le vent. 

Les sommets des montagnes lunaires ; si distincts vers les moments des 
quadratures,; alors que ces points éclairés obliquement se détachent avec 
netteté de leurs ombres portées, éprouvent aussi des vacillations très-appré- 
ciables par les effets d'ondes aériennes. C’est ici le lieu de parler d’un 
fait , assez singulier au premier abord, que j'ai observé relativement à ces 
images agitées. Quand on examine les détails de configuration de la lune, 
il peut.arriver, si certaines conditions se trouvent réunies, qu'au milieu 
de trépidations rapides qui rendent généralement leur perception trou- 
ble et confuse, ces détails deviennent visibles avec toute la netteté dési- 
rable, comme si les trépidations étaient suspendues subitement par inter- 


valles de temps très-courts, qui alterneraient avec ceux de confusion des 
Towe XXVI. 6 


42 RÉFRACTION ET DISPERSION 


images. La manière dont ces cessations et ces reprises de perception ont 
lieu ne pourrait se concilier avec la présomption de la suspension du pas- 
sage des ondes aériennes, aux instants où les images sont visibles. Avant 
de montrer comment le phénomène peut s'expliquer, je mentionnerai cette 
circonstance importante, qu’en ce moment la lune, très-élevée d’ailleurs sur 
l'horizon , était observée à travers la fenêtre d’un appartement où action 
d’un soleil d'été s'était prolongée jusqu’à son coucher. Quand la fenêtre fut 
ouverte, la différence de température de l'air intérieur échauffé et de l'air 
extérieur refroidi par le frais de la soirée, donna lieu à un double courant, 
l’un sortant de l'appartement et l’autre entrant dans celui-ci; les rayons de la 
lune traversaient nécessairement ce courant avant de pénétrer dans le téles- 
cope. Je dois rappeler que, dans un mémoire précédent !, j'ai cité divers 
exemples de perception distincte, par intervalles de temps, d’un objet dont 
la rotation rapide eût rendu confuse la perception deses diverses parties dans 
les circonstances ordinaires ; mais, dans les cas cités, cette perception eut 
lieu quand, par des moyens indiqués, on fit éprouver à l’image de l'objet 
sur la rétine des vacillations plus ou moins rapides et indépendantes du 
mouvement général de l’objet. Or, la perception distincte et momentanée 
des sommités de la lune dans les circonstances indiquées, résultait du 
double mouvement de leurs images. En effet, en traversant l’un des cou- 
rants, les rayons lumineux éprouvaient des vacillations qui, si elles avaient 
été seules, auraient rendu confuses les images télescopiques des points 
d’émanation des rayons. Mais le second courant, celui voisin de l’ouver- 
ture du télescope, imprimait, de son côté, aux mêmes rayons de petites 
variations de vitesse de déviation brusques et irrégulières ; celles-ci , 
en se combinant avec la première, devaient par moments satisfaire aux 
conditions de production d’images plus complètes sur la rétine, images 
que l’œil percevait alors distinctement pendant les intervalles de temps, 
excessivement courts, où ces conditions de perception se trouvaient 
réunies. Un fait qui tend à corroborer cette explication, c’est qu'après 
le transport du télescope au milieu d’une vaste cour, la vision des diffé- 


! Mémoires de l’Académie de Belgique, tome XXIV. 


(re 
æ ve: 
; DE 
+ 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 43 


vents points de la lune eut lieu constamment avec netteté, quoique leurs 
images éprouvassent encore des ondulations nettement accusées et qui 
avaient pour cause des ondes ordinaires, dont le mélange ne pouvait plus 
exciter les alternatives, si caractérisées, de netteté et de confusion des 
images télescopiques. 

Je ne me serais pas autant étendu sur cette particularité, s’il n’était 
présumable que des personnes, témoins de faits semblables lors d’obser- 
vations télescopiques, ne fussent portées, de prime abord, à voir des 
effets d’interférence des rayons lumineux résultant du mélange des ondes, 
dans ces reprises et ces cessations de perception des points éclairés. D’au- 
tre part, M. Arago, dans la partie de sa notice sur les travaux de W. Hers- 
chel 1 où il est question des circonstances favorables ou défavorables aux 
observations astronomiques, dit textuellement que les circonstances qui 
rendent les images diffuses, mal terminées, ondulantes, ne sont pas 
encore complétement connues, ni surtout exactement définies. 11 n’était 
donc pas inutile de nous arrêter à l’une d'elles. 

Les disques des planètes Jupiter et Saturne se déforment et se déplacent 
sensiblement par rapport aux fils du réticule, lorsque les ondes aériennes 
s'interposent sur le passage des rayons lumineux émanés de ces astres. 
Dans certains cas, les déplacements du disque de Saturne, par rapport à 
son anneau, sont facilement appréciables sans le secours de lignes de 
repère, puisque, si le mouvement des ondes n’est pas très-rapide, on voit 
le globe planétaire éprouver des ondulations qui, successivement, le rap- 


prochent et l’éloignent dés segments visibles de son satellite annulaire, 


auquel, du reste, de semblables ondulations sont également imprimées. 
Les satellites de Jupiter , observés également près de l'horizon, subissent 
par rapport au réticule des déplacements sensibles qui sont accompagnés 
de variations d'éclat très-appréciables , à tel point que, parfois, ces satel- 
lites parurent s’éteindre complétement lors de vacillations de très-courte 
durée. : 

Les perturbations locales de la réfraction de l'air ont lieu tout aussi 


! Annu. du Bur. des long., 1842. 


44 RÉFRACTION ET DISPERSION 


bien dans les parties élevées que dans les couches inférieures de l'atmo- 
sphère. Ainsi, quand on observe, dans les lunettes astronomiques, les 
étoiles voisines du pôle, elles paraissent presque toujours agitées de petits 
mouvements vibratoires qui, tour à tour, les rapprochent et les éloignent 
des fils réticulaires au point de les cacher quelquefois derrière leur épais- 
seur, puis de les faire reparaître en quelques instants 1. 

Concluons de ce qui précède, que les phénomènes, dont il vient d’être 
question, s'expliquent aussi facilement par les effets de réfraction ordinaires 
que produit l’interposition des ondes aériennes sur les rayons lumineux 
émanés des astres, que sur les rayons des objets terrestres. En ce qui 
concerne la vision des étoiles, je laisse ici en dehors les phénomènes de la 
scintillation, qui doivent être l’objet d’un travail spécial. 


Effets de dispersion. 


L'air jouit d’une puissance dispersive excessivement faible, il est vrai, 
mais qui, cependant, devient manifeste pour les rayons lumineux réfrac- 
tés dans les couches inférieures de l’atmosphère en donnant lieu à des 
effets de coloration, dont nous avons à nous occuper. 

Afin de nous former une idée précise de la marche des rayons de cou- 
leurs différentes , séparés par dispersion dans l’atmosphère, suivons celle 
des rayons extrêmes rouge et violet, provenant de la décomposition du 
rayon incolore me, émané d’un point lumi- 
neux situé en dehors de l'atmosphère, d’une 
étoile, par exemple, peu élevée sur l’horizon. 
Le rayon rouge étant moins réfrangible que 


le violet, la concavité de sa trajectoire, tour- 
» née également vers le sol, est sensiblement 
moins prononcée que celle du rayon violet; 
ces deux trajectoires seront donc séparées lors 
de la pénétration du rayon incolore dans l’at- 


1 Astr. phys., t. I, p. 246. 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 45 


mosphère. Celle du rayon violet suivra la courbure mv et celle du rayon 
rouge, la courbe mr. Ce dernier sera donc le seul des rayons appartenant 
au rayon incolore me, qui aboutisse au point v de la surface de la terre 
où nous supposons placé l'œil de l'observateur. Mais ce point est aussi le 
lieu où parvient la trajectoire m'r que suit le rayon violet provenant de 
la décomposition d’un autre rayon incolore m'e', émané de la même étoile 
que me et parallèlement à celui-ci. Ilest évident que la trajectoire du 
rayon violet m/r est identique de forme et de position à mv, vu le peu de 
distance des points m et m' de la couche limite CD de l'atmosphère, et le 
parallélisme des rayons incolores. Du point r, commun aux trajectoires 
rm! et rm, traçons les tangentes r’r et v’r à ces courbes : l'angle v’rr! com- 
pris entre ces tangentes, représentera l'étendue angulaire du spectre entre 
le rouge et le violet; car les autres couleurs seront visibles entre r’ et v”, 
disposées dans l’ordre ordinaire, puisque les trajectoires des divers rayons 
qui aboutissent en r seront dirigées dans l’espace m'rm limité par les tra- 
jectoires des rayons rouge et violet, de manière à couper celles-ci en r. Si 
m'r est un rayon autre que le violet, le bleu, par exemple, l'angle v’rr 
sera l'étendue angulaire de la partie du spectre stellaire comprise entre le 
rouge et le bleu. 

Il est évident que la grandeur de l'angle v’rr’ croîtra avec la puissance 
dispersive de l'atmosphère en masse. Je me sers de cette expression, attendu 


_ que la différence de marche des deux rayons mr et mv ou m'r dépend 


non-seulement du pouvoir dispersif propre de l'air, mais aussi de la con- 
stitution et de la disposition relative des portions des couches d’air que 
ces rayons traversent. Une conséquence de ce fait, c’est que la détermina- 
tion de la puissance dispersive de l'air, à l’aide de la mesure des spectres 
stellaires, doit reposer, comme nous le verrons, sur l'emploi de formules 
représentant la réfraction astronomique. 

On a dû remarquer que, dans ce phénomène de décomposition de la 
lumière par l'atmosphère, la disposition des couleurs des spectres ob- 
servés par l’œil, est la même que celle dont se revêt un objet blanc de peu 
d’étendue, qui est regardé à travers un prisme réfringent dont l’angle est 
placé en haut : l’image prismatique de l’objet se recouvre des teintes violette 


46 RÉFRACTION ET DISPEPSION 


et bleue à sa partie supérieure, et des teintes orangée et rouge à sa base. 

On sait sans doute, que, si l’on examine au télescope le soleil près 
de l'horizon, une partie des arcs inférieur et supérieur de son disque 
sont colorés , le premier en rouge et orangé, et le second en bleu. Cette 
dernière couleur se distingue nettement du bleu céleste quand le soleil 
atteint l'horizon. Si son éclat est affaibli par de légers cirrhi, la colora- 
tion peut être observée sans interposition de verre coloré en avant de 
l’oculaire du télescope. Mais le plus souvent, l'éclat du soleil affecte trop 
vivement l'œil; aussi, en vue de l’atténuer, ai-je interposé un verre ordi- 
naire, coloré en bleu, de 1"",5 d'épaisseur. Le verre donnait aux objets 
terrestres une teinte bleuâtre, mais le disque solaire conservait sa teinte 
blanchâtre, et la couleur du verre ne nuïisaïit nullement à la perception 
distincte des parties de son disque colorées en rouge, en orangé et en bleu. 
Du reste, dans la crainte que l’on ne soit tenté d'attribuer à l’interposition 
d’un verre coloré les effets de couleur dont il sera question, je dirai que 
plusieurs fois ils furent observés sans le secours de celui-ci. 

Les arcs rouge et orangé qui bordent la partie inférieure du disque 
solaire en s’amincissant à leurs extrémités , près du diamètre horizontal , 
sont très-distincts ; le jaune l’est parfois aussi. Le 27 septembre, le matin, 
alors que le bord inférieur s'élevait sur l'horizon, l'épaisseur des trois 
teintes était de 19. 

Quand le ciel est pur, on distingue aisément la teinte violette indigo au- 
dessus de l'arc bleu supérieur; elle est parfois très-prononcée. Le vert se voit 
aussi au-dessous du bleu, mais il se distingue moins fréquemment. 

L’épaisseur de chacun de arcs colorés diminue à mesure que le soleil 
s'élève; à une certaine hauteur ces arcs cessent d’être distincts. Le point 
où cela arrive varie, sans aucun doute, avec le pouvoir grossissant de la 
lunette. Lors d’une observation du soleil à son lever, faite avec mon téles- 
cope grossissant 57 fois, l’arc bleu ne fut plus perceptible lorsqu'il attei- 
gnit une hauteur de 7° 12'; l'arc rouge était encore visible à 7° 30/. On 
conçoit que, toutes choses égales d’ailleurs, la similitude de couleur entre 
l'arc supérieur et le fond bleu du ciel rende sa perception plus difficile 
quand cet arc devient très-mince: Je ferai également remarquer que si, 


tit ff 


dent Sn ii dre ER à Éd SE id dé À 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 47 


au même instant, l'œil compare entre elles les épaisseurs des arcs supé- 
rieur et inférieur colorés, celle de ce dernier paraît plus forte; cette diffé- 
rence provient, en partie, de ce que l'extrémité inférieure du diamètre 
vertical du soleil où se montre le rouge, se trouve abaissé de 30’ environ 
dans les couches inférieures atmosphériques, là où les effets de disper- 
sion deviennent plus sensibles. 

Les deux arcs, dont les extrémités effilées ne se touchent pas, présentent, 
dans leur position , une particularité qui doit être signalée. Si l’on imagine 
un diamètre du limbe solaire passant aux points milieux de ces arcs, ce 
diamètre n’est pas vertical; il affecte une inclinaison prononcée. Lors de 
nombreuses observations du coucher du soleil que je fis, l'extrémité 
supérieure du diamètre était inclinée vers le nord; mais au lever, cette 
même extrémité m'a paru incliner au sud; les observations à cet instant 
ont été moins fréquentes. J'ai cru remarquer également que la grandeur 
de l’inclinaison, au moment du coucher, était variable : elle serait moindre 
vers le mois de novembre qu’en été. 

Comme j'appréhendais que cette inclinaison ne fût une illusion person- 
nelle, malgré la fréquence des observations faites depuis deux années, je 
fis examiner le soleil à son coucher par une autre personne, sans la pré- 
venir de l'inclinaison des arcs; or, elle constata également cette position 
particulière. Le sens opposé de l’inclinaison de la partie supérieure du 
diamètre qui se fait vers le nord ou vers le sud, selon que l'observation 
a lieu au coucher ou au lever du soleil, me fit soupçonner, comme cause 
de cette différence d’obliquité des arcs irisés, une inégalité d’aberration 
de réfrangibilité particulière à l’oculaire du télescope employé, car, dans 
les deux positions du soleil opposées , l’inclinaison se faisait du même 
côté par rapport à l'instrument. Sans entrer dans les détails des diverses 
épreuves que je fis subir au télescope pour lever tout doute à cet égard, 
je dirai que, lors d’une même observation, au coucher par exemple, l'in- 
clinaison des arcs conserva le même sens , quoique j'imprimasse succes- 
sivement un quart et une demi-révolution autour de son axe, soit à l’ocu- 
laire, qui est adapté à vis au corps du télescope, soit à tout l'instrument 
lui-même, placé sur un support qui rendit possible sa révolution autour 
de l’axe optique. 


48 RÉFRACTION ET DISPERSION 


Quoique ces essais ne m'aient laissé aucun doute sur la réalité du phé- 
nomène, je manifesterai cependant le désir que des observations précises, 
effectuées à l’aide d'instruments puissants, viennent confirmer la présence 
du phénomène dans des localités situées aussi avantageusement que celle 
où j'ai observé, tant par l'éloignement (10 à 12 kilom.) des sommités 
derrière lesquelles le soleil se couchait, que par élévation des points d’ob- 
servation au niveau de ces sommités, et leur supériorité au-dessus des 
parties du sol intermédiaires. 

L’inclinaison des arcs colorés étant bien constatée en divers lieux, äl 
faudrait leur reconnaître pour cause une inégalité de distribution de la 
puissance dispersive des couches inférieures de l'atmosphère, à des hau- 
teurs égales au-dessus de lhorizon et des deux côtés du vertical mené 
par le centre du soleil. La cause originaire de cette différence se trouve- 
rait-elle dans la forme elliptique des couches de l'atmosphère? Expli- 
quons-nous à cet égard. La figure de ces couches est à peu près la même 
que celle de la terre, qui est un ellipsoïde très-peu différent d’une sphère. 
Concevons, au point occupé par l'observateur, un cercle osculateur à la 
surface de la terre et dont le plan passe au centre du soleil, voisin de l’ho- 
rizon; des cercles concentriques au cercle dont il s’agit, imaginés dans 
son plan, seront également osculateurs des couches atmosphériques. Or, 
ces cercles n'étant pas les mêmes de tous les côtés de l'horizon, les réfrac- 
tions doivent être affectées d’une manière sensible par cette différence 
dans les divers azimuts ; mais cela est-il au point qu’il y aïît inégalité des 
effets de dispersion des deux côtés du soleil, et à des distances de son 
diamètre vertical moindres que le rayon solaire ? 

L’inégalité de distribution de la chaleur dans latmosphère au moment 
du lever ou du coucher du soleil, dérangerait-elle le parallélisme des 
couches inférieures dans la direction du soleil, au point de le rendre ma- 
nifeste par les inégalités de dispersion signalées? Me bornant à ces con- 
jectures, je ferai toutefois remarquer que de semblables inégalités de dis- 
persion, et par suite de réfraction, en des points de l'atmosphère peu élevés 
et d’azimuts peu différents, dévraient nécessairement donner lieu à une 
obliquité du grand axe de la courbure elliptique que prend le contour 


RP NW A 


Lier te tait dde ptet fé don de de rt mit de nt scies 


_ DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 49 


du-disque solaire près de l'horizon. Or, j'ignore si semblable obliquité a 
été révélée par l'observation. 

Les bords des arcs colorés ne sont pas nettement limités tant sur le 
disque solaire que sur le bleu du ciel : des ondulations nombreuses et 
irrégulières festonnent leurs limites. Mais un fait particulier, c’est que 
parmi les ondulations de l'arc bleu, il en est assez souvent qui, un peu 
avant le coucher du soleil, se montrent colorées en rose; ces ondulations 
paraissent défiler le long du bord en formant une espèce de chapelet rosé 
mobile. Les ondes colorées ont été observées plusieurs fois à l’œil nu, 
sans que la suppression du verre coloré en avant de l’oculaire modifiät la 
couleur des ondes. Cette apparition, qui se produit généralement à une 
très-faible hauteur du soleil et dans certaines circonstances, serait plus 
rare au lever de cet astre. Chose singulière, malgré toute mon attention, 
je n'ai point remarqué d’ondulations bleues dans l'arc rouge de la partie 
inférieure du disque. | 

Pourrait-on admettre que les ondulations colorées en rose soient des 
effets de dispersion produits par des ondes aériennes, qui donnassent lieu 
à des images prismatiques de points du disque solaire voisins de son bord; 
alors les teintes. bleuâtres de ces images , placées à leur sommet, se con- 
fondraient avec le bleu de l’arc supérieur, tandis que le rouge de cha- 
cune de ces images resterait seul distinct? S'il était possible d'accorder 
aux ondes aériennes une puissance dispersive telle que la décomposition 
des rayons incolores s’eflectuàt de cette manière , il resterait encore à 
expliquer comment les images produites par les mêmes ondes près du 
bord inférieur, ne donnent pas lieu à l’apparition d’ondulations bleuâtres 
au-dessus de cet arc rouge, arc avec lequel les teintes rosées des mêmes 
images se confondraient, L'absence des ondulations bleues au-dessus de 
l'arc rouge doit faire rejeter cette explication, qui nécessiterait d’ailleurs 
une puissance dispersive des, ondes supérieure à celle qu’elles possè- 
dent. Les phénomènes d’interférence ne peuvent également être invoqués, 
puisqu'ils devraient. donner lieu à des ondulations bleues près de l’arc 
inférieur dans le cas où ils seraient la cause des ondes rosées de l'arc 
supérieur. 

Toue XXVI. 7 


50 RÉFRACTION ET DISPERSION 


Si la production des ondulations rosées au milieu de l'arc: bleu a son 
origine dans l’interposition de l'atmosphère terrestre, voici l'explication 
qui, me paraît-il, serait la plus satisfaisante. Nous avons vu précédem- 
ment que, dans certains cas de perception d'objets terrestres au travers des 
ondes aériennes nombreuses et diversement agitées, il y a apparitions et 
disparitions successives de certaines parties des objets. Ce phénomène a 
été rapporté à des effets d’angle limite, c’est-à-dire à la réflexion de rayons 
lumineux émanés de ces points vers l'œil, soit à la première, soit à la 
seconde surface d’une onde. Si nous appliquons le même fait physique 
à un rayon émis par un point très-brillant, sa disparition complète doit 
être précédée d’un phénomène de coloration plus ou moins perceptible. 
En effet, quelle que soit la puissance réfringente propre de l'onde, qui est 
le lieu du phénomène de réflexion par effet d'angle limite, cette réflexion 
doit se produire pour les rayons violet et bleu avant celle des, rayons 
orangé et rouge, voisins des premiers, et qui sont moins réfrangibles. Les 
rayons rouges sont ainsi les derniers à disparaître; leur sensation sur 
l'organe de la vue se prolonge donc après celle des rayons bleus. Cette 
sensation deviendra distincte dès l'instant où la disparition des rayons 
rouges ne succédera pas trop rapidement à l’évanouissement des rayons 
bleus !, Il est évident que ces ondulations colorées en rouge ne peuvent 
ètre perceptibles que près de l’arc bleu, là où l'éclat du soleil est moindre 
et où la différence de teintes les rend parfaitement distinctes. 

Les grandes et les petites taches, qui apparaissent souvent sur la surface 
du disque solaire, se montrent irisées à leurs bords supérieur et inférieur 
quand le soleil descend dans les couches peu élevées de l'atmosphère. Mais 
la disposition de ces teintes est de sens inverse à celle des arcs colorés 
du soleil dont nous venons de nous occuper; car l'extrémité supérieure de 
chaque tache est colorée en rouge orangé et l'extrémité opposée, en bleu. 
Gette disposition des couleurs est la même que celle des teintes qui irisent 
les bords supérieur et inférieur d’une tache noire, faite sur une feuille 


! J'ai reconnu par expérience que la sensation de la lumière blanche se produit en un point de 
la rétine, par la superposition des couleurs prismatiques, quand la durée du passage de celles-ci 
en ce point est inférieure à 0”’,04 environ. 


dt 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 51 


de papier blanc, quand on regarde cette tache au travers d’un prisme 
réfringent dont l'angle est au-dessus de l'œil, position du prisme à 
laquelle nous avons assimilé l'atmosphère terrestre pour son mode de dis- 
persion. Le passage des ondes aériennes en face des taches irisées donnent 
lieu à des allongements et à des rétrécissements alternatifs, comme nous 
l'avons vu. 

Lorsque le ciel est serein au lever ou au coucher de la lune, son disque 
nous présente des arcs colorés des mêmes teintes que le limbe solaire à 
sa partie supérieure et inférieure; toutefois, ces arcs sont limités à la 
portion obscure de sa surface, lorsque la lune n’est pas dans son plein. 
Des observations différentes m'ont rendu témoin d'effets de couleurs pris- 
matiques , variables, en des points de la surface de la lune; ils doivent 
être cités ici, quoique je me réserve d’en donner l'explication définitive 
dans un autre travail. 

Le 21 juin 1855, entre autres, vers 9 + heures du soir, la lune, en plein 
depuis un demi-jour, se trouvait à une hauteur de 2° environ sur l'horizon; 
des ondulations de couleurs successivement différentes se produisirent en 
des points brillants et peu étendus de la partie supérieure de son disque, 
examiné au télescope. Chacun de ces points, qui se détachait des parties 
voisines plus sombres, se revêtit d’uné teinte rouge, puis passa au bleu 
violet. Ainsi, par exemple, un sommet de montagne lunaire, faisant saillie 
sur la partie du disque qui était faiblement entamée par l'approche du 
second quartier, se colora d’abord en rouge pourpre bien prononcé, 
puis en bleu violet; mais au moment où il se revêtit de cette dernière 
teinte, il éprouva un exhaussement appréciable qui le rendit plus saillant 
sur le bord du disque: Ces effets se succédèrent lentement et de telle sorte, 
que les couleurs différentes du point brillant persistèrent chacune pendant 
un cértain temps. Une autre fois, des teintes successivement rouges et 
bleues, également combinées avec des mouvements ondulatoires bien 
caractérisés, se montrèrent sur les arêtes du contour de cratères lunaires, 
qui, éclairés obliquement, étaient placés près de la partie supérieure du 
disque entamée par l'approche d’un quartier. 

Les changements de couleur de points fortement éclairés seraient-ils 


52 RÉFRACTION ET DISPERSION 


des effets de dispersion dus à linterposition d'ondes aériennes sur les tra- 
jectoires des rayons lumineux vers l’instrument? Dans cette hypothèse, il 
faudrait accorder que les couleurs prismatiques les plus apparentes, le 
rouge et le bleu, successivement concentrées au foyer du télescope , dirigé 
vers notre satellite, fussent devenues tour à tour sensibles à l'œil; de sorte 
que l’image du point aurait été alternativement rouge et bleue. Avant 
d'admettre cette explication, évaluons approximativement la longueur 
minimum que devrait avoir le spectre pour qu'il satisfit aux conditions 
de vision télescopique supposées. Il arriverait nécessairement qu'à l'in- 
stant où la teinte rouge serait perçue, les rayons rouges, projetés par 
l'onde, seraient les seuls qui pénétrassent dans le télescope; tandis que 
celui-ci ne recevrait que les rayons bleus du spectre quand l’image du 
point brillant offrirait la teinte bleue. Le diamètre du miroir du télescope 
étant 0",08, il faudrait admettre une longueur au moins quadruple, ou 
de 0,52 pour la partie du spectre comprise entre le rouge et le bleu 
extrêmes. Or, si l’on suppose que l’angle compris entre ces rayons fût 
de 1” à leur point d’émergence de l'onde, on trouve par le calcul que pour 
produire un spectre de 0,32, l'onde eût dû se trouver à une distance 
de 60 kilomètres environ du télescope. Cette distance se réduirait à la 
moitié, si on portait à 2/! la divergence des rayons extrêmes dispersés par 
l'onde. Mais l’accroissement de cette divergence est limité par la faiblesse 
du pouvoir dispersif de l'air; et notre circonspection à cet égard doit 
être d'autant plus grande, qu’une onde aérienne ne jouit d’une puissance 
dispersive que par le fait de sa différence de température avec l’air am- 
biant, de sorte que la dispersion à laquelle elle peut donner lieu, est 
excessivement faible. 

Ces conséquences, jointes aux résultats de l'évaluation du pouvoir dis- 
persif de l’air que nous allons entreprendre, me forcent à rejeter l’expli- 
cation supposée du phénomène indiqué. La succession des couleurs diffé- 
rentes que présente celui-ci, aux points du disque lunaire plus éclatants 
que les parties environnantes, me paraît établir une connexité entre ce 
phénomène et celui de la scintillation des étoiles, qui a pour caractère le 
plus remarquable l'apparition successive de diverses couleurs aux points 


0 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 53 


que les images des étoiles occupent. Je me réserve de donner l'explication 
de ce phénomène dans un travail sur la scintillation, dont celui-ci était, 
pour moi, le préliminaire nécessaire. TT 

Les images des étoiles brillantes se revêtent également dé couleues 
prismatiques quand elles atteignent la partie inférieure de l'atmosphère. 
Ce phénomène de dispersion est bien connu des astronomes, car il devient 
pour eux une difficulté de plus dans la détermination des positions des 
étoiles, lors des mesures de grandes distances zénithales. 

Bessel a communiqué à l'Institut de France ! une note sur la réfraction 
astronomique, dans laquelle se trouvent indiquées , à propos des effets de 
dispersion par l'atmosphère, les mesures de longueur de spectres que pré- 
senta la belle étoile Fomalhaut (+ d’Orion) à diverses distances zénithales. 
Dans le tableau suivant, j'ai réuni les résultats obtenus par ce savant et 
celui d’une observation de M. Struve concernant la même étoile, qui est 
consignée dans le Traité d'astronomie physique de M. Biot (t. E, p. 242) : 


DISTANCE ZÉNITHALE. ÉTENDUE 
: Observateur. 
Apparente. Vraie. caleulée. spectre. | : 
1938. 

Septembre. . . .. 20 86°11°55",6 862545” | 11/51”,4 8,2% 

F0 à QE PE 98 86 35 59,1! | 86 49 15 15 1$,6 10,52 

La Re Ses 30 | 8639-20 | 86,55. 0. 15 58,0 1,05 Bessel. 

= primer be: à 22 87 15 55,6 87 28 30 14 54,4 11,26 

END an () | ‘85 50 86 1 35 11 35 5,13} 

Eds sc) | 88 55 88 55 29 49 22,0 | Struve. 


(‘) Bessel ne fait pas conuaitre la distance zénithale pour cette observation, mais seulement la réfraction caleulée ; la 
distance zénithale apparente figurant dans le tableau, est celle qui correspond à 11! 35/’ de réfraction dans les tables 
ordinaires. 

(**} M: Biot indique la distance zénithale apparente sans la réfraction pour l'observation de Struve; celle du tableau 
correspond, dans les tables de réfraction, à 88° 53, à 0° de température et sous la pression 0®,76. 


Voici comment Bessel s'exprime relativement aux observations du 20 


‘ Comptes rendus de l'Institut, t. XV, p. 183. 


54 RÉFRACTION ET DISPERSION 
au 30 septembre, qui ont été faites dans des circonstances hist à 
ment favorables, où l’on vit très-bien les spectres : 

« En comparant le spectre visible dans la lunette de l'héliomètre à la 

figure donnée par feu Fraunhofer, il me semblait que la partie mesurée 
»_ était celle comprise entre les lignes B et G de cette figure. J’ai vu encore 
» une fois l’étoile bien tranquille; mais, quoique l'air parût être parfai- 
» tement clair, le rouge et le bleu du spectre étaient seuls visibles, de 
» manière que l'étoile ressemblait en quelque sorte à une étoile double, 
» composée d’une étoile rouge et d’une bleue. La distance des limbes 
» extérieurs des deux espaces colorés était égale à 5//,15, la réfraction 
» étant de 11’ 55//,4.... T1 paraît que l’espace visible da spectre a été 
» celui compris entre les lignes B et F de Fraunhofer. » 

Voici le passage du Traité d'astronomie physique qui a rapport à l’obser- 
vation de M. Struve : 

« La force dispersive de l’atmosphère est toujours très-manifeste, sur- 
» tout dans les grandes distances zénithales. La belle étoile Fomalhaut, 
» observée par M. Struve à 88° 55’ du zénith, lui a présenté une image 
» oblongue, dont le diamètre vertical soustendait un angle de 22’, et 
» lhorizontal, un angle de 8/’. Le même astronome assure que cet effet 
» est perceptible jusque vers 60° de distance zénithale, quand on se sert 
» d'instruments dont le pouvoir amplifiant est considérable. » 

Les résultats numériques obtenus dans les observations de Bessel, 
se prêtent à la détermination des indices de réfraction de divers rayons 
colorés, du vide à l'air. D'abord Bessel, après avoir comparé, dans la 
note citée, les longueurs des spectres aux Mio e correspondantes , 
déduites de ses propres observations, estima à -+ le rapport de la disper- 
sion à la réfraction par l’air. Dans une note tint suite à celle de Bessel, 
M. Arago rappela qu’il avait fait des observations sur cette question en 
1812. Il la termine en émettant le projet de transmettre à l’Académie 
une note historique dans laquelle ses propres recherches, celles de Bessel 
et d’autres observateurs seraient analysées et appréciées !. Je ne pense pas 


1 Comptes rendus, t. XV, p. 256. 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 55 


que M. Arago ait donné suite à ce projet; du moins, il n'est question 
d'aucun travail sur la dispersion par l'air autre que les deux notes des 
Comptes rendus, mentionnées ci-dessus, dans la liste alphabétique des nom- 
breux travaux de ce célèbre savant, publiée récemment dans le Cosmos ?. 

MM. Arago et Biot ont fixé à 1,0002945384 la valeur de l'indice de 
réfraction de l'air, à 0° et sous la pression 0,76. Ce coefficient, déduit 
d'expériences directes, est sensiblement le même que celui qui avait été 
calculé par Delambre, à l’aide des éléments fournis par de nombreuses 
observations astronomiques. On doit d’abord se demander à quel point ou 
à quel rayon des spectres stellaires produits par l'air atmosphérique, il 
convient de rapporter cet indice. Dans les expériences de MM. Arago et 
Biot, où les rayons avaient à traverser un prisme d'air très-raréfié qui 
donna lieu à des déviations de à à 6’ d'amplitude, il ne se produisit aucun 
phénomène de dispersion perceptible; ces expériences ne peuvent donc 
rien nous apprendre à cet égard. Remarquons toutefois , que si la disper- 
sion ne s’est point manifestée, c’est qu’elle échappa à l'œil à cause de la 
valeur excessivement faible du pouvoir dispersif de l'air; et malgré l’ab- 
sence de tout phénomène de coloration dans ces expériences, la propriété 
dispersive de l'air n’en est pas moins réelle, car nous ne connaissons 
aucune substance homogène qui réfracte la lumière sans la disperser. Si, 
cependant, il existait une semblable substance, on doit concevoir que tous 
les rayons colorés dont se compose un rayon blanc, qui ne seraient point | 
séparés en traversant la substance réfringente supposée, suivraient tous la 
direction de l’un des rayons, intermédiaire aux autres, et que j'appellerai 
rayon moyen. 

Ce rayon diffère peu du jaune; en effet, pour déterminer exactement 
l'indice du rayon moyen, il faudrait prendre, non la moyenne des indices », 
n', n''.…. de tous les rayons colorés, mais bien la moyenne des puissances 
réfractives n?— 1, n°? — 1, n!/2_— 1, de tous ces rayons, et déduire de 
cette moyenne l'indice du rayon cherché. Si on caleule de cette manière 
l'indice moyen de substances plus dispersives que l'air, telles que l’eau , une 


# Journal le Cosmos, t. HI. 


56 RÉFRACTION ET DISPERSION 


dissolution de potasse, le crown et le flintglass, substances dont Fraun- 
hofer a mesuré exactement les indices propres aux sept rayons principaux, 
on trouve, à l’aide de ces derniers résultats, que l'indice moyen relatif à 
chacun des milieux cités est un peu supérieur à celui de la raie E, qui, 
dans l’image du spectre de Fraunhofer, se trouve en avant de la limite du 
jaune et du vert. Cette limite, située sensiblement à égale distance des 
raies B et G, serait donc le lieu du rayon moyen pour les substances réfrin- 
gentes nommées. 

C'est en me basant sur ces faits que j'ai considéré l'indice 1,000294384, 
déduit des expériences de MM. Arago et Biot pour le passage du vide à 
l'air d’un rayon lumineux, comme représentant, dans les calculs suivants, 
l'indice moyen de spectres produits par l'atmosphère, c’est-à-dire l'indice 
du rayon jaune. 

Il est reconnu que les expressions dont je ferai usage pour déduire la 
valeur des indices de rayons colorés, ne sont plus suffisamment exactes 
pour calculer les réfractions quand les étoiles sont observées près de l’ho- 
rizon ; or, c’est le cas des observations de Bessel. On pourrait donc appré- 
hender que cette inexactitude ne jetàt de l'incertitude sur les valeurs des 
indices obtenues. Mais, comme nous le verrons, non-seulement celles de 
l'indice du même rayon, déduites de diverses observations etau moyen de 
deux expressions analytiques de la réfraction, diffèrent peu entre elles; 
mais les valeurs finales, adoptées pour les indices des rayons extrêmes, 
conduisent à des longueurs de spectres stellaires sensiblement égales aux 
longueurs réellement observées par Bessel. 

Dans un mémoire sur les réfractions inséré dans la Connaissance des temps 
de 1859, M. Biot arrive à deux formules destinées à concourir au calcul 
des réfractions; on en fait usage en prenant la moyenne des résultats obte- 
nus à l’aide de ces formules, l’un étant un peu trop fort et l’autre trop 
faible. Les réfractions calculées ainsi s'accordent très-bien avec les réfrac- 
tions observées jusque 80° de distance zénithale. 

Si, dans la première de ces formules, celle qui se prête le plus aisé- 
ment au calcul, on remplace l'expression 1 +- 4Kp de la puissance réfrac- 
tive de l’air par celle »?— 1, ou plus simplement par 2.(n —1), vu la 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 57 


faible valeur de l'indice de réfraction n; si de plus, 6n yidésigne respec- 
tivément par'Z et par R la distance zénithale et la réfraction js sp 
dante, on a pour l'expression de tang R : 

ip. 102 11.81,94 | gii 


l 2(n—1 L' 
RM à aan (1!) donnons Tue aa 


iles # sont deux fractions qui, à O°et rt là pression 0",76, ont respec- 
tivement pour valeur 0,00124896 et - ns 

Dans lé cas actuel, considérons n commé étant l'indice d’un rayon 
déterminé d’un spéctre stellaire, du jaune, par exemple, pour léquél 
n = 1,00029458 ; R sera la réfraction qu'éprouvera cé rayon, et Z, la 
distance zénithale du point du $spectré où cetle Couleur apparut au 
moment de l'observation. Soient pareillement R! la réfraction qu'éprouve 
ün autre rayon, le rouge, par exemple; n” son indice dé réfraction, et Z! la 
distance zénithale de l'extrémité rouge du spectre. On aura évidemment 
une ‘expression de tang R’ en fonction dé »/, de z', de a, { et r, de forme 
semblable à celle (4) de tang R. Si on prend la différence de ces deux 
expressions, on obtient : 


l 
na 5 mg tan 2) tan 2 — rang R + tan 


G.. n—1= ; | 
; (1= su qumz) tang Z' 


q'et q' sont deux coefficients ayant respectivement pour valeur numérique, 
0,001104 et 0,001106. 

Citons actuellement , comme exemple, la fixation de valeur des éléments 
qui servirent à calculer l'indice du rayon rouge correspondant à la raie 
B; d’après l'observation du 30 septembre. Dans la note citée, Bessel ne 
précise pas à quel point du spectre stellaire il a rapporté chaque distance 
zénithale apparente; cépendaïit, il y a lieu d'admettre que ce point est le 


. milieu de la partie visible du spectre ou de l’espace compris entre les raies 


Bet G de Fraunhofer. Conformément à cétté condition, consentie pour 
toutes les observations, nous poserons les équations suivantes pour les 


valeurs respectives de la distance zénithale Z, de la réfraction R , de l'indice 
Towe XXVI. 8 


58 RÉFRACTION ET DISPERSION 


diminué d’une unité (n — 1), et enfin de la longueur s duspectre, tous élé- 
ments relatifs au rayon moyen (raie F), qui dépendent de l'observation du 
50 septembre rapportée au tableau (page 53) : 


Z— 86592”, R—1558" S—11”,05 n — 1— 0,000 294384. 


Le rayon rouge étant moins réfrangible que le jaune, la teinte rouge se 
trouvait à la partie inférieure du spectre, à une distance de 5//,52 ou 5 de 
son milieu. La distance zénithale Z' de cette teinte se trouvait donc aug- 
mentée de 5//,5 par rapport à Z, tandis que R! était diminué de la même 
quantité relativement à R. Conséquemment, nous devons poser : 


L'= 863975, et R'—=1352/5. 


Tels sont les éléments qui servirent à trouver, à l’aide de léquation (2), 
la valeur n! — 1,00029236 de l'indice du rayon rouge, d’après l’observa- 
tion citée. 

La marche suivie pour calculer l'indice du rayon bleu extrême repose sur 
le même mode de fixation des éléments; sauf que l'indice du rayon bleu étant 
supérieur à celui du jaune, il à fallu désigner celui-ci par n’ en l’affectant 
de la valeur 1,000294384, et poser Z! — 86° 39’ 2/!, R' — 15’ 58/’; 
tandis que n représentant l'indice cherché, on dut poser les équations 
Z = 86° 58! 56/’,5, et R— 14 3/’,5 pour exprimer la distance zénithale 
et la réfraction du point du spectre où le rayon bleu se montra. 

C’est de cette manière qu'ont été obtenus les résultats suivants, relatifs 
aux observations de Bessel du 20 au 30 septembre : 


DATE INDICE DE RÉFRACTION DIFFÉRENCE 
de ou 
L'OBSERVATION. DU ROUGE MOYEN. DU BLEU EXTRÊME. DISPERSION. 
20 septembre. . .|  1,00029282 1,00029600 0,00000318 
28 ARE 1,00029250 1,00029633 0,00000583 
59 — sy 54 1,00029256 1,00029695 0,00000457 
22 EE CU LUE | 1,00029255 1,00029648 0,00000393 
MOYENNE. 1,00029256 1,00029643 0,00000388 


D Las. 
à L 
e 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 59 


Les observations du 22 et du 28 conduisent à des résultats particu- 
liers-qui diffèrent très-peu des moyennes respectives de la dispersion et 
des indices des rayons rouge et bleu. L'indice du premier de ces rayons, 
déduit de: l'observation du 20, est supérieur à la moyenne pour le même 
rayon, tandis que celui du bleu appartenant à la même observation, 
est inférieur à l'indice moyen du bleu. Il résulte de ce double écart que 
la dispersion relative à l'observation du 20 (4° colonne), est inférieure à 
la dispersion moyenne. Nous sommes en droit de conclure de cette diffé- 
rence que le spectre observé le 20 septembre, était plus rétréci que ne 
le comportait l'élévation de l'étoile, soit que l’une de ces extrémités ou 
toutes deux ensemble aient eu moins d’étendue relativement à la longueur 
totale du spectre. On comprend, du reste, que l’identité de teinte de l'extré- 
mité bleue du spectre avec la couleur de la voûte céleste, ait pu nuire à 
l'exactitude des mesures , quand il y eut rétrécissement ou affaiblissement 
de cette couleur dans le spectre. 

Nous trouvons une confirmation de cette présupposition dans le tableau 
suivant , où figurent, pour chaque observation, les longueurs des spectres 
observées à côté des longueurs calculées. Ce calcul a été effectué à l'aide 
de la formule (5) dans laquelle, après avoir donné à n et à n! les valeurs 
respectives 1,00029643 et 1,00029256 des indices des rayons bleu et 
rouge, on a considéré tang R—tang R' comme représentant la tangente de 
la longueur angulaire s du spectre ; il a été facile de calculer celle-ci, dès 
que Z et Z' ont été affectées des distances zénithales propres aux extrémités 
bleue et rouge du spectre, lors de chaque observation : 


DATE LONGUEUR DU SPECTRE 
de - af -| mirrénencs. 
L'OBSERVATION. OBSERVÉE. CALCULÉS. 
20 septembre . . . 8”,25 9,58 +115 
- A RPEET 10,52 9,72 — 0,60 
30 — dr F4 11,05 10,00 — 1,05 
22 ee Nue 11,26 10,58 — 0,68 


60 RÉFRACTION ET DISPERSION 


La présomption émise plus haut se trouve confirmée par la diffé- 
rence + 1//,13 des longueurs observée et calculée pour lobservation du 
20, qui est la seule positive. La différence entre les résultats de l’observa- 
tion et du calcul pour le 30, négative comme celles propres aux deux 
autres jours, s'élève à 1'’ ou -£ de l'étendue réelle du spectre. Ce résultat 
concorde avec cet autre que nous pouvions signaler à l'inspection du 
tableau de la page 58, où la dispersion déduite de l'observation du 30 
surpasse la dispersion moyenne. 

Si nous remontons aux éléments des observations de Bessel, renfermés 
dans le tableau de la page 53, et si nous comparons les longueurs des 
spectres mesurées le 30 et le 22, nous remarquerons que leur différence 
0/,21 est bien faible pour la différence 34 34/! des distances zénithales 
apparentes et celle 56/! des réfractions correspondantes ; tandis que la 
même comparaison entre les longueurs des spectres du 30 et du 28 nous 
donne une différence de 0’’,7, alors que les distances zénithales diffèrent 
de 3’ 3! seulement et les réfractions de 24/!. N’est-il pas présumable 
que la mesure du spectre observé le 30 ait été un peu trop forte, et que 
telle fût la cause de la dispersion, trop élevée relativement, qui corres- 
pond à cette date dans la quatrième colonne du tableau de la page 58? 11 
est évident que, par son introduction dans les calculs de chaque indice, la 
longueur du spectre du 30, considérée comme étant trop forte, a dû faire 
sentir ses effets dans les valeurs qui ont été affectées aux distances Z/, Z, 
et aux réfractions R et R’. 

Les longueurs de spectres observées et calculées pour le 28 et le 22 
s’écartent respectivement peu l’une de l’autre; mais les différences sont 
toutes deux affectées du signe négatif. L’infériorité des longueurs calculées 
prouverait que l'indice du rayon bleu est trop faible et celui du rayon 
rouge trop fort, ou, en d’autres termes, que la dispersion moyenne 
0,00000388 du tableau de la page 58 est trop faible. Afin de nous as- 
surer de cette présomption, j'ai calculé les indices des mêmes rayons 
au moyen d’une formule autre que celle (5) déduite de l'expression de 
la réfraction trouvée par M. Biot, formule qui se prête facilement au 
calcul. 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 61 


Le célèbre Bradley employa, le premier, pour calculer les réfractions , 
la formule suivante, à laquelle son nom est resté attaché : 


R = 60,666 tang (Z — 3,25 R). 


Les coefficients numériques sont déduits d’un grand nombre d’observa- 
tions; celui 60/',666 est une fonction de la puissance réfringente de l'air, 
comme nous allons le voir. Mais auparavant, nous devons remarquer 
que, si cette formule a été employée jusqu’à ces derniers temps, dans des 
observatoires du premier ordre, pour calculer les réfractions jusqu’à 
l'horizon, sans que les résultats obtenus de cette manière s’écartassent 
beaucoup des réfractions vraies !, il est reconnu aujourd’hui qu’à de petites 
hauteurs cette formule n’est plus suffisamment exacte. 1] faut alors recourir 
aux séries que Laplace a données dans sa Mécanique céleste. En présence 
de ces faits, on devrait, paraîtrait-il au premier abord, préférer l'emploi 
de ces séries à celui de la formule de Bradley et même de l'expression (5), 
déduite de la formule de M. Biot, pour résoudre le problème de la dis- 
persion par l'atmosphère. 

Mais l'avantage que. ces séries présenteraient, sous le rapport de l’exac- 
titude, ne serait qu'apparent; car, si l’on a égard à ce que, pour la facilité 
des calculs, il faudrait négliger certains termes, très-petits et peu impor- 
tants il est vrai, il devient évident que leur disparition enlèverait le carac- 
tère d’exactitude plus rigoureuse dont on désirerait que les résultats obte- 
nus eussent tout le cachet. D'autre part, en opérant par différence avec 
ces séries, comme nous l'avons fait pour obtenir l'expression (5), les termes 
très-petits, et presque égaux en valeur absolue, mais affectés de signes 
contraires après la soustraction, se neutraliseraient quasi complétement, 
et le résultat ne dépendrait guère que des termes importants. On doit 
admettre aussi que les termes qui, dans l'expression (4), font défaut et 
l’'empêchent de représenter les réfractions à des distances zénithales supé- 
rieures à 80° tout aussi exactement qu’à des distances moindres, se neu- 
traliseraient sensiblement dans la soustraction qui conduit à l'expression (5). 


! Biot, Traité d'astronomie physique, t. K*, p. 232, et t. II, p. 430. 


62 RÉFRACTION ET DISPERSION 


D’après cela, les inexactitudes auxquelles entraînerait la formule (4) ou 
même celle de Bradley, qui peut-être offre encore moins de certitude 
pour de grandes distances zénithales, seraient moindres dans le calcul de 
différences de réfractions que dans celui de ces réfractions elles-mêmes. 
Or, notre manière de traiter le problème de la dispersion repose précisé- 
ment sur des différences de réfractions. Afin de justifier plus particuliè- 
rement l'emploi à faire de la formule de Bradley, il me reste à dire que, 
si, après avoir calculé à l’aide de cette formule les réfractions correspon- 
dant aux distances zénithales 86° et 86°10/, on prend leur différence, on 
obtient 24,3. Dans les tables de réfraction ordinaires, on trouve 25/’ 
pour la différence des réfractions à ces mêmes distances zénithales. Con- 
cluons de là que les différences eussent été plus rapprochées encore, si 
l'excès de la plus grande distance zénithale eût été 1’ seulement, quantité 
bien supérieure aux longueurs de spectres observées par Bessel. 

Pour approprier la formule de Bradley à la solution de notre problème, 
je ferai remarquer que le coefficient 60/,666, est égal à l'arc dont la 


2—1 4 L: £ 
tangente a pour valeur “= ou à fort peu près et plus simplement pour le 


cas actuel, n—1; n étant l'indice de réfraction de l'air ou 1,000294384. 
D’après cela, la formule de Bradley peut prendre la forme générale : 


tang R = (n—1) tang (Z — 3,25 R). 


Admettons que cette expression représente la réfraction du milieu d'un 
spectre stellaire. Si nous formons de la même manière tang R', R' étant 
la réfraction du rayon de l’une des extrémités du spectre, du rouge par 
exemple, dont n/ désigne l'indice de réfraction et Z’ la distance zénithale, 
et si nous soustrayons cette expression de tang R, nous obtiendrons en 
dernier lieu : 

(n—1) tang (Z—3,25 R) — tang R + tang R' 

tang (Z' — 5,25 R') 


n—1— 


Pour chaque observation, on doit affecter Z, Z!, R et R' de valeurs fixées 
comme il a été indiqué pour l'observation du 50 septembre, par exemple 
(page 57). Voici les résultats obtenus pour les quatre jours d'observation : 


nt ot ne de rs dés à RÉ RU SDS pi A dE de 


DE; L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 


63 


DATE INDICE DE RÉFRACTION DIFFÉRENCE 
de 7 ri ou 
L'OBSENVATION. DU ROUGE MOYEN. DU BLEU EXTRÊME, | DISPERSION. 
20 septembre 1,00029260 1,00029637 0,00000577 
28 pes 1,00029226 1,00029670 0,00000444 
30 — 1,00029204 1,00029685 0,00000481 
22 _— 1,00029226 1,00029671 0,00000445 
MoxEnNE . . . 1,00029229 1,00029666 0,00000457 
_— ss 


Quoique la formule de Bradley soit moins développée que celle (4) de 
M. Biot, elle conduit à des résultats qui présentent les mêmes rapports 
entre eux que ceux déduits à l’aide de la formule (4). Ainsi, pour les 
observations du 28 et du 22, les indices du rayon rouge et ceux du rayon 
bleu sont respectivement égaux entre eux. Cette égalité entraîne néces- 
sairement celle des dispersions. Notons aussi que chacun de ces indices 
s’écarte extrêmement peu de la valeur moyenne de l'indice de la même 
couleur. La dispersion la plus faible se présente le 20, et la plus forte 
le 50, comme pour les résultats obtenus en premier lieu. Cette identité 
confirme donc les déductions émises à ce sujet. 

Si nous introduisons les valeurs 1,00029229 et 1,00029666 dans la 
formule (5), et cela dans le but de calculer les longueurs des spectres stel- 
laires, la comparaison de celles-ci aux étendues observées conduit aux 
résultats suivants : 


—— 
DATE LONGUEUR DU SPECTRE 
de [ — | DIFFÉRENCE. 
L'ORSERYATION, OBSEnVÉE, CALCULÉS, 
20 septembre, . . . 8”,25 10/’,40 + 2,15 
28 — tés rà 10,52 11,40 + 1,08 
50 - ed 11,05 11,10 + 0,05 
22 — fat 11,26 11,60 + 0,54 


64 RÉFRACTION ET DISPERSION 


L'observation du 20 nous offre la plus forte différence; celle du 30: est 
presque nulle. Le premier résultat étant le même et le second dérivant de 
la même cause que-ceux qui leur correspondent respectivement au tableau 
de la page 59, nous n’avons plus à revenir sur les faits qui viennent à 
l'appui des causes premières auxquelles ceux-ci ont été attribués. Mais il 
est à noter que toutes ces différences sont positives; conséquemment, nous 
devons considérer le pouvoir dispersif moyen comme étant trop fort, ou, 
en d’autres termes, que la valeur moyenne de l’indice du rayon rouge est 
trop faible et celle de l'indice du rayon bleu trop élevée. D’après cela, 
nous prendrons les moyennes respectives de ces résultats et de ceux 
déduits à l’aide de la formule de M. Biot, et nous obtiendrons finalement 
pour les valeurs cherchées : 


Indice du rayon rouge moyen. Ans +7 011 ser te OUEN 
Id. bleu extrême. . . . . . . . 1,00029654. 


A l’aide de ces derniers nombres on trouve par le calcul les longueurs 
des spectres : 


Au 20 septembre, . . . .. 9,75 ; au 30 septembre. . . .. 10,48 
» 98 DM TUES TE AU DES » 29 MATE al à 11, 22. 


Les résultats sont peu différents des longueurs réellement observées, 
particulièrement le 22 et le 28, où il y a sensiblement égalité entre les 
quantités observées et calculées. 

Parmi les observations de Bessel, il en est une dont nous n’avons point 
encore fait usage : c’est celle où la partie du spectre mesurée lui parut 
comprise entre les raies R et F du spectre de Fraunhofer, c’est-à-dire entre 
le rouge et le vert bleu. Si l'on admet que pour le spectre produit par 
l'air, la distance des raies E et F soit les -LE. de la distance des raies B et 
C, comme cela résulte des expériences de Fraunhofer dans la dispersion, 
soit par l’eau, par la dissolution de potasse, par le crown ou le flint-glass; 
si, après avoir donné à Z et Z! les valeurs convenables, on effectue un 
calcul semblable à ceux exposés précédemment, on trouve 1,00029530 
pour l'indice du rayon vert bleu. 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 65 


J'ai réuni, dans le tableau suivant, les indices que nous venons d'obtenir 
et celui détérminé par MM. Arago et Biot pour la lumière blanche, qui a 
été considéré comme représentant l'indice du rayon jaune. 


DÉNOMINATION DES COULEURS. VALEUR DE L'INDICE, 


AL di ouate + 1,00020242 
SEVEN DC 7) BPM HENET APE 1,00029458 
ENS 2707" 1,00029530 
DU 0: de 2 1,00029654 


Toutes ces valeurs sont réduites à la température de la glace fondante 
et à la pression 0,76. 

Je n’ai point fait concourir l'observation de M. Struve à la détermination 
des indices des rayons rouge et bleu, attendu que les éléments du calcul 
cités par M. Biot sont insuffisants. Toutefois, en prenant la réfraction indi- 
quée au tableau page 53, qui est en correspondance avec la distance zéni- 
thale 88° 33/, et si on fait usage de la formule (5), on trouve 1,00029214 
pour l'indice du rayon rouge et 1,00029659 pour celui du bleu, nombres 
pêu différents de ceux admis, surtout le dernier, quoique la distance zéni- 
thale ait été supérieure de 2° dans l’observation de M. Struve. 

Fraunhofer a constaté que les positions des raies du spectre solaire 
sont indépendantes de la nature dé la substance réfringente et de l'angle 
réfringent du prisme, mais que cés positions varient avec la nature de la 
source lumineuse. Nous devons conclure du premier fait que, si les raies 
étaient visibles dans un spectre stellaire produit par la masse de FPatmo- 
sphère, leurs positions relatives seraient, pour une même étoile, indé- 
pendantes de l’état du milieu atmosphérique et de la hauteur de l'étoile 
sur l'horizon. Mais le second fait constaté par Fraunhofer met en doute si 
le spectre produit par l'étoile Fomalhaut offrirait la même disposition de 
raies que le spectre solaire; c'est un point qui ne peut être éclairci, car je 


n'ai trouvé dans aucun ouvrage des renseignements sur la disposition des 
Tome XXVI. 9 


66 RÉFRACTION ET DISPERSION 


raies lors de la dispersion des rayons de cette étoile par un prisme ordi- 
paire. Si l'influence de la nature de la source lumineuse est. très-sensible 
sur les raies du spectre produit par l'étoile Sirius à l'aide d’un prisme, 
spectre dans lequel se présentent des différences notables avec celui pro- 
duit par la lumière solaire sous le rapport des raies, il y a des étoiles dont 
les raies du spectre sont peu différentes de celles du spectre solaire : Belte- 
geus (« Orion) a les raies D (orangé) et B (vert) de son spectre précisé- 
ment aux mêmes endroits que le spectre solaire 1. Quoi qu'il en soit de 
cette incertitude relativement aux raies de l'étoile Fomalhaut, elle ne peut 
infirmer la valeur des résultats obtenus précédemment, puisque j'ai eu en 
vue de déterminer les indices des rayons colorés sans avoir égard à des 
raies qui ne pourront être distinguées dans les spectres dus au pouvoir 
dispersif de l'air, Ce n’est qu’à cause du rapprochement fait par Bessel à 
ce sujet, et aussi par suite des inductions qui ont été tirées du spectre de 
Fraunhofer pour fixer certaines données nécessaires au calcul, que je me 
suis arrêté à ce point. 

Il serait préférable de faire servir à une détermination semblable les 
mesures déduites de spectres dus à Sirius, étoile très-brillante, qui, actuel- 
lement, est plus blanche que Fomalhaut, L'éclat que Sirius conserve, 
même dans les régions inférieures de l’atmosphère, permettrait peut-être 
d'employer une méthode de détermination autre que la mesure des lon- 
gueurs des spectres produits par cette étoile. Cette méthode consisterait à 
achromatiser V'atmosphère, c’est-à-dire à faire disparaître les couleurs du 
spectre stellaire produit par l'air, en l’examinant à travers un prisme 
réfringent à angle variable. On conçoit que, si l’on place ce prisme l’angle 
réfringent en bas, ce qui tendrait à disposer les couleurs du spectre pro- 
duit par le prisme en sens inverse de celles du spectre atmosphérique, il 
devienne possible de donner à l'angle du prisme une ouverture telle que 
l’image de l'étoile soit achromatisée. L’interposition d’un prisme semblable 
à travers les rayons lumineux, près de l’oculaire d’un télescope, permet- 
trait d'apporter toute la précision désirable dans ces observations, Le pou: 


! Manuel d'optique de Brewster. 


118 ME - 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. 67 


voir dispersif de l'atmosphère se calculerait facilement à l'aide de la dis- 
persion de la substancé du prisme, connue à l'avance, et de l'amplitude 
de l’angle réfringent à l'instant où l’image du spectre stellaire serait achro- 
matisée. 

La détermination exacte du pouvoir dispersif de l'atmosphère nest pas 
sans importance dans les calculs astronomiques de la position précise 
d'étoiles de couleurs différentes. En eflet, à cause: de la variabilité dé 
réfrangibilité des divers rayons lumineux, une étoile rouge doit paraître 
plus près de l'horizon qu’une étoile parfaitement blanche, et surtoutqu'une 
étoile bleue , quoique toutes les trois aient la même distance zénithale vraie. 
Toutefois, ces différences sont excessivement faibles, vu la petitesse de la 
dispersion par l'air: On peut aisément calculer cette inégalité de réfraction 
à l’aide de la formule de Bradley !. On a vu précédemment que le coefficient 
de réfraction de cette formule 60//,666 , dans le cas des rayons incolores, 
est égal à un arc dont la tangente a pour grandeur 2e. En adoptant les 
indices obtenus précédemment, on forme aisément la valeur du coefficient 
de la formule de Bradley appropriée au calcul de la réfraction r d'un rayon 
de couleur donnée. C’est ainsi que cette formule prend l’une des formes 
suivantes , selon la nature du rayon réfracté : 


Rayon, rouge. ,,,. 1. 1 = 60,265 tang (Z — 3,25 r) 


Id. jaune ou incolore . . . r == 60”,666 tang (Z— 3,25 r) 
Id. vert. . . . . . … . # — 60”,855 lang (Z— 3,2 r) 
I. : bleust . 0,71 0. r— 61,101 tang (Z — 3,25»). 


Dans l'emploi de ces formules , il faudra faire subir les corrections indi- 
quées dans les tables, si la température et la pression de l'air diffèrent res- 
pectivement de O° et de 0,76. Ces formules pourraient être utilisées, par 
exemple, lors de la mesure de la distance de deux étoiles qui composent 


‘ Les résultats obtenus ne sont appliqués à la formule de Bradley que pour donner des exemples 
faciles de leur application, sans qu'il faille eu inférer que les formules appropriées soient considé- 
rées comme représentant les réfractions des rayons diversement colorés d’uue manière aussi satis- 
faisante que les différences des réfractions.de ces rayons, dans les régions inférieures de l'air, là où 
la détermination précise de la réfraction est encore l'objet d'une question scientifique si délicate. 


68 RÉFRACTION ET DISPERSION 


certaines étoiles doubles, lorsqu'elles sont de couleurs différentes. On sait 
que, parmi ces étoiles, plusieurs présentent les couleurs complémentaires : 
l’une des étoiles, étant rouge ou jaune, l’autre est verte ou bleue. M. Arago 
a constaté que, pour plusieurs étoiles doubles offrant cette particularité, 
la coloration complémentaire ne peut être attribuée à un effet de con- 
traste, puisque l’occultation de l’une des étoiles par le fil de la lunette 
laisse intacte la teinte complémentaire de l’autre étoile, sa compagne. 

Les formules précédentes s’appliqueraient également à calculer, à priori, 
l'étendue des spectres stellaires à diverses hauteurs dans l'atmosphère, 
spectres qui, d’après M. Struve, seraient perceptibles jusque 60° de dis- 
tance zénithale, quand on se sert d'instruments d’un pouvoir amplifiant 
considérable. Pour effectuer le calcul de l’étendue de la partie d’un spectre 
stellaire comprise entre le rouge et le bleu, nous prendrons la différence 
des formules de Bradley dont les coefficients sont appropriés à ces cou- 
leurs et où z et z/ seront les distances zénithales; après avoir accentué z et 
r dans la formule relative au rayon bleu, et substitué s au lieu de r'—r, 
nous aurons : 


: 


(A)  . s = 64"101 tang (2° — 3,25 r') — 60/,265 tang (z— 3,25 r). 


Désignons actuellement par Z la distance zénithale du milieu du spectre 
ou du rayon jaune, et par R la réfraction du même rayon : celle-ci est évi- 
demment la réfraction de l'étoile incolore ou de la lumière blanche; sa 
grandeur est indiquée dans les tables de réfraction en face de Z. Si l’on 
a égard aux quatre équations suivantes : 


l'équation (A) devient, après substitution des valeurs précédentes : 
s = 61/1401 tang (Z— 53,25 R—92,12s) — 60”,265 tang (Z — 3,25 R + 2,125). 


Nous pouvons négliger le terme 2,125, compris dans chacune des 


DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE, 69 


parenthèses ; sans commettre grande erreur dans l’estimation de la valeur 
très-petite de s !; nous aurons ainsi la formule : 


à s = 0”,848 tang (Z — 3,25 Rj. 


C’est à l'aide. de cette formule que j'ai calculé les longueurs de spectres 
aux diverses distances zénithales ci-dessous : 


| DISTANCE ZÉNITHALE LONGUEUR 
apparente, du spectre. 
90 28/9 
80 4,7 
70 2,5 
60 1,4 
50 1,0 
40 0,7 


Ces résultats conviennent à la température 0° et à la pression de l'air 
0",76. Dans d’autres conditions, les valeurs doivent être corrigées à l’aide 
des coefficients indiqués dans les tables de réfraction pour la température 
et la pression observées. Ainsi, par exemple, à 10° et sous la pression 
0*,75, la longueur calculée du spectre à une distance apparente de 70° 
étant multipliée par 0,96 X 1,0, produit des coefficients de correction 
propres à la pression et à la température indiquées, se réduit à 26/’,8. 

Supposons actuellement un tube, dont les extrémités taillées en biseau 
très-obliquement sur son axe, soient bouchées par deux plans de glaces à 
faces parallèles , dont l’angle des plans comprendrait 143°, de manière à 
constituer un prisme semblable à celui dont MM. Arago et Biot firent 
usage dans la détermination de la puissance réfringente de l'air; on trouve, 
par le calcul qu’il faudrait élever la compression de l'air, dans l’intérieur 
du tube, à trois atmosphères environ au-dessus de la pression de l’air exté- 


1 Le terme négligé a pour expression : 


0”,848 tang (Z — 5,25 R) (1 — tang* 2,12 s) — 121”,574 tang 2,12 s [1 + tang* (Z —5,25s)] 
1 — tang* (Z — 5,25 R) tang° 2,12 s 


70 RÉFRACTION ET DISPERSION DE L'AIR ATMOSP. 


rieur, pour qu'un rayon de lumière traversant le prisme, fût dispersé de 
manière à produire un spectre de 1 centimètre de longueur, entre les teintes 
rouge et bleue, à une distance de 1,000 mètres. D’après ces résultats cal- 
culés, on voit combien il est difficile d'admettre que les ondes aériennes 
puissent produire dans l'atmosphère des effets colorés par dispersion , 
autrement que par les phénomènes d'angle limite don: a été question. 


< 


FIN. 


æx  CORRÉLATION 


DES 


HAUTEURS DU BAROMETRE 


DE LA PRESSION DU VENT, 


M. MONTIGNY. 


Tome XXVI. I 


EP 7, 


CORRÉLATION 


LES 


HAUTEURS DU BAROMÈTRE 


ET 


DE LA PRESSION DU VENT. 


Dans un travail précédent, j'ai établi les comparaisons entre ces deux 
éléments, à l’aide des résultats recueillis à l'Observatoire royal de 
Bruxelles, pendant la période des six années 1842-1847; les conclusions 
de cet examen se montrèrent, pour la plupart des cas, favorables à la 
présupposition d’une corrélation entre la pression atmosphérique et l’in- 
tensité du vent. En effet, dans les différents cas de comparaison embrassés, 
généralement les moyennes et les valeurs absolues du premier de ces 
éléments furent d'autant plus faibles que les valeurs correspondantes de 
l'intensité du vent étaient plus fortes; et inversement, la pression atmo- 
sphérique augmenta le plus souvent, quand il y eut diminution d'intensité 
du vent. 

Il m'a paru qu’en présence de ce résultat, il serait intéressant pour la 
science de reprendre la partie comparative de ce travail, et d’étendre la 
comparaison des mêmes éléments à la période des dix années d’observa- 
tion, 1842-1851. Les résultats de cette série plus étendue serviront à 
établir le rapprochement des hauteurs barométriques et de la force ou de 


4 CORRÉLATION 


la vitesse du vent sur les mêmes bases de comparaison que dans la pre- 
mière série. 

Ces indications sur la nature de ce rapprochement suffisent, dès main- 
tenant, pour ne laisser aucun doute sur la base de ce travail et pour le 
rendre distinct des nombreuses recherches qui ont montré, d’une manière 
positive, la connexion entre les hauteurs barométriques et la direction du 
vent. 

Les éléments de ce travail sont extraits des Annales de l'Observatoire 
de Bruxelles, dont je dois la communication à l'extrême obligeance de 
M. Quetelet. Dans cette publication, les observations de la pression atmo- 
sphérique, dont les premières remontent à 1833, ne sont accompagnées 
des observations de l’intensité du vent que depuis 1842, année où l’ané- 
momètre d’Osler commença de fonctionner à l'Observatoire. Les résultats 
des observations barométriques jusqu’en 1849 ont été exposés et discutés 
récemment par M. Quetelet, dans un travail sur la pression atmosphérique 
en Belgique, qui est inséré au tome VIII des Annales. Précédemment, les 
caractères particuliers des vents avaient été, de sa part, l’objet de recherches 
étendues aux cinq années d'observation, 1842-1846; elles sont consignées 
au tome VI des Annales. J'ai puisé dans ces deux mémoires, et dans les 
tableaux relatifs à chaque année, les éléments nécessaires au travail com- 
paratif pour les neuf années, 1842-1850. Quant aux éléments pour 1851, 
qui ne sont pas encore publiés dans les Annales, M. Quetelet a bien voulu 
me les transmettre. 

Avant d'entreprendre la partie principale de ce travail, je crois indis- 
pensable d'entrer dans quelques considérations sur la nature et la valeur 
des indications de l’anémomètre d’Osler, servant à enregistrer les effets de 
la force du vent. 

Les intensités recueillies à l’aide de cet instrument expriment les pres- 
sions que le vent exerce contre une plaque en tôle, d’un pied carré anglais 
de superficie, qui est maintenue perpendiculairement à la direction du 
vent par le mouvement azimutal de la girouette supportant la plaque. 
Les intensités sont enregistrées par l'instrument lui-même, au moyen 
d’une disposition indiquée succinctement au tome HIT des Annales. Les 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 5 


nombres relatifs aux intensités figurant dans les tableaux particuliers de 
chaque année, jusqu’en 1849, n’expriment pas des valeurs absolues ; 
l'unité devrait représenter la pression exercée par le poids d’une livre 
anglaise sur la plaque. Mais la difficulté de faire marcher l'instrument avec 
précision ne permettait de regarder ces évaluations que comme approxi- 
matives (Annales, t. VI, p. 17). Des expériences faites et discutées avec 
beaucoup de soin, en 1850, par M. Beaufort, alors attaché à l'Observa- 
toire, ont permis, à partir de cette année, d'estimer en kilogrammes les 
intensités du vent enregistrées par l’'anémomètre. 

J'exposerai ici les résultats numériques de ce travail dont il m'a été 
donné communication. Dans ses recherches, M. Beaufort s'était proposé de 
déterminer à quelle pression en kilogrammes correspond chacun des nom- 
bres 1, 2, 5, 4, 5, 6..., consignés aux tableaux particuliers des inten- 
sités. À cet effet, il fit usage d’un mode de traction directe des poids sur 
l'appareil. Mais il chercha d’abord, par des expériences nombreuses et 
variées, à se rapprocher du mode d’action ordinaire du vent sur l’appa- 
reil , tout en ayant égard aux conditions dans lesquelles celui-ci fonctionne 
ordinairement. Ayant atteint à ce résultat, il détermina ensuite par la 
traction directe de poids, les pressions en kilogrammes correspondant aux 
nombres 4, 5, 6...., des tableaux particuliers des intensités du vent. Quant 
aux intensités 1, 2, 5, elles correspondent à des vents très-faibles sous 
l’action desquels la plaque de l’anémomètre ne bouge pas ordinairement ; 
les pressions en kilogrammes auxquelles ces intensités équivalent, ne pu- 
rent donc être déterminées directement. Dans les relevés des indications de 
l'anémomètre que l’on effectue chaque jour à l'Observatoire, les faibles 
intensités O, 1, 2, 5, se déduisent des amplitudes des petites oscillations 
de la girouette sous l’action de ces vents faibles, comparées à celles que 
la girouette décrit incessamment sous l’action des vents forts qui mettent 
la plaque en mouvement. Pour convertir ces intensités en kilogrammes, 
M. Beaufort ne put donc, comme il le dit dans son travail, que se laisser 
guider par l’idée comparative qu'il s'était faite des intensités de ces vents 
très-faibles, dans les relevés des indications anémométriques qu'il avait 
effectués fréquemment. 


6 CORRÉLATION 


Voici les résultats numériques des recherches de M. Beaufort. 


gr 
1 ité P " L é P 
relative consignée | par pied car. angl. || relative consignée | par pied car. angl. 
dans exprimée dans exprimée 
les tableaux. en kilogrammes. les tableaux. en kilogrammes. 
k. k, 
1 0,10 11 3,08 
2 0,22 12 3,42 
3 0,35 15 3,83 
4 0,75 14 4,30 
5 1,28 15 4,77 
6 1,53 16 5,17 
7 1,80 17 5,56 
8 2,07 18 6,07 
9 2,38 19 6,66 
10 2,70 20 7,45 
St] 


On voit que les pressions en kilogrammes sur la plaque mobile de l’ané- 
momètre croissent plus rapidement que proportionnellement aux intensités 
1, 2,5, 4, 5... Ainsi, par exemple, les pressions 3,42 et 6,07 qui 
correspondent respectivement aux intensités 12 et 18, sont supérieures, 
l’une au double, et l’autre au triple de la pression 1',53 correspondant à 
l'intensité relative 6. 

Cette non-proportionnalité nous conduit à faire la remarque suivante : 
si l’on voulait obtenir exactement en kilogrammes les moyennes annuelles 
de la pression du vent pour les années antérieures à 1850, il faudrait, 
dans chacun des tableaux particuliers renfermant les observations de 
chaque jour, remplacer le nombre exprimant l’intensité relative à chacune 
des heures d’observation, par la pression en kilogrammes qui, dans le 
tableau précédent, se trouve en regard de cette même intensité relative. 
Une substitution telle, étendue aux huit années 1842-1849, conduirait 
à des moyennes de la pression du vent aussi rigoureusement exactes que 
les moyennes semblables déduites, pour 1850 et 1851, des tableaux 
particuliers où l'intensité du vent figure en kilogrammes pour ces deux 
années. 


Il m'a semblé qu'il n’était pas indispensable d'entreprendre le travail 


| 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 7 


étendu qu’eût exigé un nombre de substitutions aussi considérable que celui 
qui était à effectuer pour les huit années 1842-1849 ; d'autant plus que, 
dans les tableaux particuliers, figurent fréquemment les intensités 1, 2, 
3 et 4, dont les pressions respectives en kilogrammes ne purent être dé- 
terminées que par estime. Si, d'autre part, il eût été précieux de posséder 
des moyennes exactes de la pression du vent en kilogrammes, afin d’en 
déduire des valeurs précises de la vitesse du vent, on doit reconnaître que 
la science n’est pas encore en possession d’une loi qui permette de calculer 
rigoureusement la vitesse d’un courant d'air, à l’aide de la pression qu'il 
exerce contre une plaque de dimensions données. Le travail étendu de 
ces substitutions ne pourrait donc, dans l’état actuel de nos connaissances , 
racheter, par son utilité, le temps qu’eût exigé cette conversion des inten- 
sités relatives en kilogrammes. 

Afin d'obtenir des moyennes plus précises de la pression du vent, les 
moyennes annuelles furent déduites des moyennes mensuelles, calculées 
de la manière suivante. Dans chacun des tableaux des intensités du vent, 
compris dans le résumé des observations météorologiques de chaque année, 
figurent séparément les totaux des intensités relatives pour les différents 
mois de l’année ; dans la colonne suivante, en regard de chacun de ces 
totaux, est indiqué le nombre de jours d'observation du mois. Si, pour l’un 
des mois, on effectue d’abord le produit de ce nombre de jours multiplié 
par celui des heures où les intensités sont indiquées dans le tableau, et 
qu'ensuite on divise le total des intensités du mois par ce produit, le quo- 
tient peut être considéré comme représentant l'intensité moyenne relative 
du mois. Supposons ce quotient entier et figurant parmi les intensités 
relatives du tableau contenant les résultats obtenus par M. Beaufort, la 
pression en regard de cette intensité relative dut être considérée comme 
exprimant la moyenne mensuelle de la pression en kilogrammes. J'ajou- 
terai aux raisons exposées précédemment pour faire accepter ce mode de 
détermination, que ces moyennes de la pression diffèrent des moyennes 
qui eussent été déterminées rigoureusement après conversion des inten- 
sités en kilogrammes , par leurs valeurs absolues seulement et non par 
leurs valeurs relatives; c’est-à-dire que deux pressions moyennes obtenues 


8 CORRÉLATION 


par le calcul indiqué, sont dans le même ordre de grandeur relative que 
le seraient ces moyennes, si elles eussent été déduites après la substitu- 
tion des pressions en kilogrammes dans les tableaux particuliers. Or, un 
point important pour la comparaison que nous avons en vue, c’est l’ordre 
des grandeurs relatives des moyennes annuelles et mensuelles de la pres- 
sion du vent. 

Il est évident que, quand le quotient obtenu par le calcul indiqué 
était fractionnaire, ce qui est le cas le plus général, la pression a été cal- 
culée eu égard à cette partie fractionnaire et à la valeur de la pression 
correspondant à la partie entière du quotient. 

Je transmettrai ici le tableau des moyennes de la pression du vent en 
kilogrammes pour la période de 1842-1849, en y joignant celles pour 
1850 et 1851, qui sont exprimées en kilogrammes, l’une dans le tome IX ° 
des Annales, et l’autre dans les résultats qui m'ont été communiqués. 


MOYENNE 
MOIS. 1842. | 1845. | 1844. | 1845. | 1846. | 1847. | 1848. | 1849. | 1850. | 1851. 
mensuelle. 
k. k. k. k. k. k. k. k. k. k. k 

Janvier. . ... .. 0,092 | 0,559 | 0,172 | 0,154 | 0,289 | 0,125 | 0,162 | 0,287 | 0,174| 0,317 0,211 
Février. . . . .. 0,086 | 0,159 | 0,219 | 0,100 | 0,259 | 0,245 | 0,545 | 0,210 | 0,484| 0,174] 0,228 
MAS ose 0,168 | 0,165 | 0,272 | 0,204 | 0,266 | 0,160 | 0,182 | 0,127 | 0,090 | 0,515 0,214 
Avril fi Est 0,108 | 0,229 | 0,074 | 0,176 | 0,148 | 0,224 | 0,124 | 0,073 | 0,194 | 0,152 0,148 
Mai.-5. eut 0,095 | 0,148 | 0,127 | 0,548 | 0,185 | 0,158 | 0,072 | 0,071 | 0,096 | 0,211] 0,151 
ie sta 0,077 | 0,126 | 0,111 | 0,288 | 0,128 | 0,181 | 0,157 | 0,044 | 0,091 | 0,240 | 0,144 
Juillet ...... 0,082 | 0,145 | 0,108 | 0,250 | 0,195 | 0,084 | 0,184 | 0,147 | 0,161 | 0,151 | 0,149 
AQÛE A TE Los 0,062 | 0,118 | 0,172 | 0,288 | 0,116 | 0,100 | 0,157 | 0,056 | 0,519 | 0,085 | 0,147 
Septembre . . . . | 0,119 | 0,091 | 0,127 | 0,173 | 0,082 | 0,186 | 0,052 | 0,062 | 0,143 | 0,065 0,110 
Octobre . .... 0,225 | 0,235 | 0,296 | 0,118 | 0,178 | 0,091 | 0,154 | 0,205 | 0,150 | 0,116| 0,168 
Novembre . . . . | 0,511 | 0,155 | 0,210 | 0,285 | 0,088 | 0,121 | 0,255 | 0,214| 0,481| 0,077 | 0,218 
Décembre . . . . | 0,232 | 0,081 | 0,115 | 0,294 | 0,175 | 0,145 | 0,227 | 0,235 | 0,284| 0,049 | 0,185 
Mox. annueze . | 0,138 | 0,167 | 0,161 | 0,221 | 0,176 | 0,151 | 0,169 | 0,144] 0,222 | 0,175| 0,172 

MOY. GÉNÉRALE. 


Il conviendrait d'établir directement la comparaison entre la vitesse du 
vent et la pression atmosphérique; car, s’il existe une corrélation entre 


PDP DR TT 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 9 


ce dernier élément et la pression du vent, à plus forte raison doit-elle se 
montrer entre le même élément et la vitesse du vent, puisque la pression 
qu'un courant d'air exerce contre une plaque est une fonction de sa vitesse 
et de la densité de l'air. Examinons donc comment ces vitesses devraient 
être déterminées, et quelle importance on pourrait attacher à leurs valeurs. 

On admet généralement que, dans le cas de vitesse qui ne dépasse pas 
10 mètres, la pression d’un courant d’air contre une plaque est propor- 
tionnelle au carré V? de sa vitesse. Si on désigne par 1 cette pression, par 
S l'aire de la plaque, on a, d’après les expériences de Hutton et de Borda, 
pour l'expression de I : 


h 
1 + 0,004.t 


1— 0,41. SV. 11709 

Le coefficient O0, 11 et l’exposant 1,1 de S résultent des expériences 
de ces observateurs; h et t représentent, l’un la tension du courant et 
l'autre sa température, à l'instant de l'observation. De cette expression 


on déduit : 
v=\ /A{1 + 0,004.4) 
OV 0,11S"4709.4 


C'est à l’aide de cette formule que j'ai calculé les vitesses du vent corres- 
pondant aux pressions en kilogrammes du tableau page 6, après substi- 
tution des valeurs numériques de celles-ci. La longueur du pied anglais 
étant 0,"50479, la plaque de l’anémomètre de 1 P. carré, a pour super- 
ficie 0",092897. J'ai pris pour valeur de t, 10°, température peu différente 
de la moyenne annuelle de Bruxelles, et pour A, 755,""89, moyenne 
de la pression atmosphérique au même lieu. Les résultats de ces calculs 
conviennent à ces valeurs, de t et de k seulement, 


Towe XXVI. 


1 


10 CORRÉLATION 


É dl dc ST ETS eu is 
relative. sur 4 P. C. A. du vent, relative. sur { P. C. A. du vent. 
k. m. k. m. 

1 0,10 9,51 8 2,07 11,45 

2 0,22 3,72 9 2,38 12,11 

3 0,55 4,85 10 2,70 13,05 

4 0,75 6,87 11 3,08 13,95 

5 1,28 8,98 12 3,42 14,68 

6 1,55 9,82 13 3,83 15,54 

7 1,80 10,65 14 4,30 16,47 


Le calcul est limité aux vitesses de 15 à 16 mètres , attendu que, 
d’après les expériences de Borda et de Hutton, la loi de proportionnalité 
de la pression au carré de la vitesse n’est applicable au choc de l’air contre 
une plaque, que pour des vitesses qui ne dépassent pas beaucoup 10 mètres. 
Les expériences de Hutton sur les projectiles ont montré que, dans le cas de 
grande vitesse, la résistance qu’ils éprouvent dans l'air est exprimée assez 
exactement par une formule composée de trois termes, l’un proportionnel 
au carré de la vitesse, le second proportionnel à la vitesse et le troisième 
constant ?. Ce n’était pas le cas d'appliquer une formule semblable à celle 
que Hutton proposa pour l'expression de la résistance des projectiles dans 
l'air, lorsqu'il fut question de calculer des vitesses supérieures à 15 mètres, 
afin de compléter le dernier tableau. Cependant il eût été intéressant de 
pousser plus loin le calcul des vitesses, attendu que, lors de forts oura- 
gans, la vitesse du vent atteint quelquefois 25 et 50 mètres et même 


! On trouve dans des ouvrages de mécanique des tableaux de pressions et de vitesses du vent 
correspondantes, dans lesquels ces dernières sont plus grandes que ne l'indiquent les résultats pré- 
cédents; je suis porté à attribuer ces excès à ce que, dans ces calculs, il n'aurait pas été tenu 
compte de l’exposant 1, 4 qui affecte l'expression S$ de l'aire de la plaque, fractionnaire du mètre 
carré; de sorte qu'on aurait considéré la pression comme étant proportionnelle à la première puis- 
sance de cette aire, ainsi qu’on le fait souvent dans la pratique. 

2 La loi de proportionnalité de la pression au carré de la vitesse pour un fluide élastique en mou- 
vement, ne conduit qu'à des solutions approximatives, mais suffisantes pour la plupart des cas. Cette 
loi, établie d’abord par Newton, s’est trouvée assez en accord avec les résultats des expériences de 
Borda et de Hutton. Mais je ferai remarquer que, dans leurs expériences, ils déduisirent la pression 
de l'air de la résistance qu'éprouvèrent des plaques en mouvement de révolution dans l'air ambiant. 


TL 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 11 


des valeurs supérieures, ainsi que nous en avons un exempledans le terrible 
ouragan qui passa sur Londres, le 26 novembre 1836, à 10 heures du 
matin. D’après Kaemtz, la vitesse du vent atteignit 36 mètres par seconde. 
(Cours de Météorologie, p. 53.) 

Il résulte de ce qui précède que, si l’on eût voulu établir la comparaison 
directe entre la vitesse du vent et la pression atmosphérique, il eût fallu 
introduire dans le travail des valeurs numériques sur l'exactitude desquelles 
des doutes fondés pouvaient s'élever. C’est pour ce motif et pour d’autres, 
qu'il est inutile d'exposer, que je n’ai fait figurer dans les tableaux que la 
pression du vent exprimée en kilogrammes. 

Nous chercherons actuellement à établir la corrélation entre les hauteurs 
barométriques et la pression du vent pour la période décennale 1842-1851, 
par la comparaison : 

1° Des moyennes annuelles de la hauteur barométrique et de la pression 
du vent ; 

2 Des moyennes mensuelles de ces mêmes éléments; 

5° Des hauteurs barométriques maxima et minima de chaque année , avec les 
pressions du vent observées aux instants critiques de ces extrêmes; 

4 Des maxima et minima mensuels du baromètre et de la pression du vent 
lors de ces extrêmes; 

d° Des variations de la force du vent avec les hauteurs du baromètre aux dif- 
férentes phases de ses excursions pendant les tempêtes. 

Avant d'aborder ces différents points de comparaison, je dois émettre 
ici quelques considérations générales sur la part d'influence de divers élé- 


Ce mode d'expérimentation n'est pas à l'abri de toute objection, quand bien même la pression qu'un 
fluide élastique en mouvement exerce contre une plaque perpendiculaire immobile pourrait être 
assimilée en tout point à la résistance qu'un corps éprouve de la part de l'air dans lequel il se 
meut. Du reste, Poisson, dans son Traité du tir des projectiles, considère la théorie de la résis- 
tance des fluides comme étant encore à l’état d'ébauche très-imparfaite. 

En ce qui concerne l'expérience, cette partie importante de la mécanique reste stationnaire, 
sans doute faute de moyen précis d'appréciation des petites différences que subit la pression contre 
les obstacles, par suite des variations des différents éléments de cette pression. Je crois cependant, 
qu'il serait possible de faire usage d’une disposition qui permit d'apprécier des variations, même 
excessivement faibles, de la pression d'un courant contre une surface quelconque. Je me propose 
d'indiquer cette disposition et de soumettre l'appareil à l'expérience. 


12 CORRÉLATION 


ments de la pression atmosphérique, dont chacun a dû affecter, dans un 
sens ou dans un autre, les valeurs numériques des hauteurs barométriques 
qu'il s’agit de comparer. 

L'influence sur le baromètre propre à chacun des éléments météorolo- 
giques, tels que la température de l'air, la force élastique de la vapeur 
d’eau dissoute dans l'atmosphère, l’état électrique de celle-ci.…., se re- 
flète avec plus ou moins de netteté lors de la comparaison des indica- 
tions du baromètre avec les données relatives à l'observation de l’un ou 
l'autre de ces éléments !. Remarquons toutefois, que, dans des comparai- 
sons qui seraient établies sur des bases semblables à celles que nous 
venons de poser en vue de chercher la corrélation entre la pression atmo- 
sphérique et la force du vent, les valeurs barométriques ne se trouveraient 
pas dépouillées des effets des autres éléments. Il y a tout lieu de présumer 
que la comparaison d’une série barométrique avec la série correspondante 
de l'élément choisi, ne présenterait pas en tous ses termes une concordance 
rigoureuse, ni conforme en tout point à la marche relative que révélerait 
la généralité des termes des deux séries mises en regard. 11 se pourrait 
même que, pour certains éléments, des écarts de cette marche générale 
prononcés se signalassent parfois. Ces irrégularités résulteraient de la com- 
plexité des effets simultanés et de sens différents des autres causes, qui 
interviennent dans la valeur de la pression atmosphérique. Évidemment, 
ces déviations seront d'autant plus prononcées, que l'influence de l'élément 
en question aura été plus complétement paralysée par les effets des causes 
antagonistes. Cette influence paraîtra totalement annihilée dans les résul- 
tats comparés, lorsque les actions opposées auront été prépondérantes sur 
celle du premier élément. 

On doit admettre également que c’est par rapport aux comparaisons 
entre les moyennes annuelles et mensuelles que des irrégularités sembla- 
bles se manifesteront avec le plus d’évidence, car, dans les rapprochements 
de ces moyennes, les parts d'influence de tous les éléments météorolo- 


giques sont enveloppées dans les résultats barométriques, chacune en 


Ce 
1 Voirle Cours de Météorologie de Kæmtz, pp. 263 et 271, et les Recherches sur la pression 


atmosphérique, par M. Quetelet , au tome. VII des Annales de l'Observatoire, p. 26. 


LS 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 15 


rapport avec l'importance relative de la cause dont il dépend, impor- 
tance qui pourrait être variable suivant certaines circonstances. Ainsi, 
pour citer un exemple à l'appui de cette dernière assertion, je rappellerai 
que, dans son travail sur la pression atmosphérique (pages 18 et 19), 
M. Quetelet, après avoir montré qu’à toutes les époques de l’année le 
baromètre se tient moyennement plus haut pendant les températures mi- 
nima et plus bas pendant les températures maxima, ajoute : « c'est surtout 
pendant les mois d'automne et d’hiver que les différences de température 
font le plus sentir leur influence sur la hauteur du mercure. Au printemps, 
cette influence est moins sensible et se trouve en grande partie masquée par des 
causes plus actives. » 

Ces considérations s'appliquent plus particulièrement aux rapproche- 
ments entre la pression atmosphérique et la force ou la vitesse du vent 
que j'ai en vue; surtout en ce qui concerne les moyennes annuelles et men- 
suelles, pour lesquelles, comme nous le verrons, les écarts de la marche 
générale des deux phénomènes sont le plus marqués. Mais, d’après ce qui 
précède, ces exceptions ne me paraissent pas constituer des objections 
irréfatables à l’idée d’une corrélation entre la hauteur barométrique et la 
force du vent. D'ailleurs, il faut noter que l’antagonisme entre les fluctua- 
tions de ces deux phénomènes se prononce d’une manière généralement 
nette et tranchée pendant les tempêtes. Certes, il y a lieu d’y voir une 
preuve affirmative de la corrélation indiquée, puisque, dans le cas d’un 
vent de vitesse excessive, la cause même de la liaison entre la hauteur 
barométrique et la force du vent devient prépondérante sur les autres 
éléments de la pression atmosphérique, au point qu’alors ses effets sur 
celle-ci se dessinent d’une manière large et caractéristique. 

Je terminerai par une autre observation non moins importante. Les 
indications de la force du vent recueillies par lanémomètre, font seule- 
ment connaître la vitesse du courant pour la couche où il règne, sans que 
nous puissions en induire la vitesse pour des couches supérieures. Mais, 
comme la pression atmosphérique, déterminée par la hauteur du baro- 
mètre observée à la surface de la terre, dépend de l’état de la colonne 
atmosphérique dans toute son étendue, c’est-à-dire des actions de toutes 


14 CORRÉLATION 


les causes qui peuvent agir sur cette étendue même; il est évident que, 
pour traiter complétement la question de la liaison entre la hauteur de la 
colonne mercurielle et l’une quelconque de ces causes, il faudrait posséder 
des données sur ses actions en divers points de la colonne atmosphérique. 
Ainsi donc, pour le cas actuel, on devrait, en réalité, connaître l’état du 
vent à diverses hauteurs dans l'atmosphère, plus particulièrement encore 
que celui de tout autre élément. 

Afin d’embrasser dans leur ensemble les résultats des différentes com- 
paraisons, j'ai représenté par des courbes ceux que nous offrent plusieurs 
tableaux. 

1° Comparaison des moyennes annuelles de la hauteur du baromètre et de la 
pression du vent. 

Les moyennes barométriques du tableau suivant sont déduites des 
heures paires d'observation. Les faibles différences que l’on remarquerait 
entre ces moyennes et celles indiquées par M. Quetelet pour les mêmes 
années, au tableau, page 5 du t. VIII des Annales, proviennent d’abord de 
ce que ces dernières sont déduites des observations faites à 9 heures du 
matin, à midi, à 4 heures et à 9 heures du soir, et ensuite d’une faible 
correction relative à l'instrument employé qui a été introduite dans ces 
valeurs. J'ai préféré faire usage de la moyenne du tableau résumé de 
chacune des années 1842-1851 , attendu que toutes ces moyennes servi- 
ront à déduire une moyenne générale à laquelle les valeurs de la pression 
atmosphérique, indiquées dans les tableaux particuliers, doivent être 
comparées. 

Quant aux moyennes de la pression du vent, ce sont celles des dix 
années indiquées au tableau page 8. Dans le but de réduire le nombre des 
tableaux, j'ai fait figurer dans les trois dernières colonnes de celui-ci, des 
nombres relatifs à un point qui sera traité à la page suivante. 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 15 
Moyenne 
ANNÉE. a Somme des vents. Happort 
LA HAUTEUR _ 
DES PREMIERS 
LL en k EU 
” à P aux seconds. 
mm. k. 
1842. 756,82 0,138 3189 5057 0,63 
1850. 56,56 0,222 1280 2840 0,45 
1849. 56,10 0,144 1193 3187 0,57 
1847. 55,96 0,151 2565 6087 0,42 
1845. 55,18 0,168 22953 6074 0,56 
1844. 56,04 0,161 3680 5012 0,75 
1851. 54,89 0,175 1198 5527 0,52 
1846. 54,76 0,176 2662 5624 0,47 
1845. 54,60 0,221 2569 5639 0,45 
1848. 54,28 0,169 1266 3042 0,41 
Moyenne. . 755,42 0,178 2176 4608 0,46 


Voir les courbes relatives aux trois premières colonnes, pl. I, fig. 1. 


Ce tableau nous montre que, généralement, les hauteurs barométriques 
les plus élevées coïncident avec les moyennes de la pression du vent les 
plus faibles ; et que, réciproquement, aux années où cette pression est 
plus forte, la hauteur barométrique décroît. Deux exceptions marquantes 
à cet antagonisme se présentent : ce sont, d’une part, les résultats pour 
1850, où une forte pression coïncide avec une moyenne élevée du baro- 
mètre, et de l’autre, ceux de 1848, dont la hauteur barométrique, qui 
est le minima des moyennes, correspond à une pression du vent , 0*,169, 
beaucoup inférieure à la pression 0*,221, relative à 1845. C’est par suite 
de ces deux écarts que la coïncidence entre le maxima de la pression du 
vent et le minima barométrique ne se présente pas, comme cela avait eu 
lieu pour la période 1842-1847, embrassée dans mon premier travail. 
Mais nous remarquerons que, pour la période décennale aussi bien que 
pour cette dernière, le minima de la pression du vent est en regard de la 
hauteur barométrique maxima. Notons d’ailleurs, que l’inversité des courbes 
barométrique et anémométrique, pl. 1, fig. 1, cesse d’être aussi régulière 
pour les années 1850-1851. 


16 CORRÉLATION 


Je dois, dès maintenant, prévenir une objection qui pourrait être sou- 
levée contre ce premier indice de la corrélation entre la hauteur baromé- 
trique et la vitesse du vent, et qui tendrait à attribuer l’apparence de cette 
liaison à l'influence de la direction du vent sur les hauteurs moyennes 
annuelles du baromètre. On sait, en effet, par des observations nom- 
breuses, que le baromètre se tient généralement plus élevé par les vents 
d'E., NE., N. et NO., et qu’au contraire, la colonne mercurielle se dé- 
prime au-dessous de la moyenne par les vents de la région SE., S., SO. 
et O. On serait porté peut-être à induire de cette conséquence de la rose 
des vents barométriques, que les années qui présentent les moyennes 
barométriques les plus élevées, sont celles où les vents de la région E., 
N., NO. prédominent plus fréquemment que pendant les années dont la 
moyenne barométrique est moins élevée. 

Dans le but d'apprécier la valeur de cette objection, examinons les 
fréquences relatives des différents vents aux années de la période dé- 
cennale. Dans son travail sur la pression atmosphérique (Annal., t. VIEIL), 
M. Quetelet résume de la manière suivante les caractères auxquels on 
reconnaît l'influence de la direction du vent sur les hauteurs du baromètre 
en Belgique : « Si l'on suppose l'horizon partagé en deux parties égales 
allant de l'ESE. à l'ONO., on aura deux régions bien distinctes : quand 
le vent vient de la région située vers le Nord, les maxima barométriques sont 
plus fréquents que lorsqu'il souffle de la région opposée. » Nous don- 
nerons la qualification de vents exhaussants à ceux compris dans la région 
NO., N., E., et celle de vents déprimants à ceux de la région opposée E., 
SE., S. Au tableau de la p. 15, j'ai indiqué dans la quatrième colonne, 
le nombre absolu de huit vents exhaussants observés chaque année, et 
dans la cinquième, celui de huit vents déprimants correspondants. Le 
rapport des deux sommes pour une même année exprime, dans la sixième 
colonne, la fréquence relative des vents exhaussants aux vents déprimants. 

Si l'influence de la direction du vent sur la pression atmosphérique 
prédominait, les rapports devraient former une serie décroissante, attendu 
que les hauteurs barométriques sont rangées suivant un ordre de gran- 
deur décroissante. Les pressions barométriques les plus élevées corres- 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 17 


pondraient ainsi aux années où les vents exhaussants prédominèrent , 
tandis que les pressions faibles coïncideraient avec des vents déprimants 
plus fréquents. La série des rapports de la sixième colonne n’accusant 
point de corrélation de cette espèce, il n’y aurait pas lieu d’invoquer l'in- 
fluence de la direction du vent, comme intervenant directement dans Ja 
liaison des hauteurs barométriques avec la vitesse du vent. Il resterait, 
d’ailleurs, à rapprocher les pressions moyennes des vents de directions 
différentes , des hauteurs barométriques correspondantes ; 

2° Moyennes mensuelles de la hauteur barométrique et de la pression du vent. 

Les moyennes barométriques sont déduites des moyennes des heures 
paires de chaque mois des dix années d'observations. Les pressions du 
vent sont les moyennes indiquées dans la dernière colonne du tableau p. 8. 


MOYENNE 
mois. de de 
LA HAUTEUR LA PRESSION 

barométrique. du vent, 

Décembre . . ..... 758,49 0,185 
Septembre. . ..... 57,23 0,110 
Jui... te 56,32 0,144 
duel: ts 56,01 0,149 
AO Tome 55,87 0,147 
Janvier . 11101151. 55,64 0,211 
M Lao :oder 55,40 6,151 
| CORAIDE 55,08 0,214 
Fener ss 55,07 0,228 
Novembre. . .:... 54,94 0,218 
Octobre. 554 à. 53,99 0,168 
Ai Run 52,94 0,148 
MOYENNE . . .. 755,42 0,172 


Voir les courbes, pl. I, fig. 2. 


Les irrégularités les plus saillantes que présente la série des pressions 
du vent sont les moyennes de décembre et de janvier, trop élevées relative- 


ment, et celles trop faibles d'octobre et d’avril. Je ferai remarquer d’abord 
Towe XXVI. 5 


18 CORRÉLATION 


que les températures moyennes de décembre et de janvier sont généralement 
très-basses, particulièrement celle de janvier. Or, comme on ne peut se 
refuser de reconnaître une influence à la température de l'atmosphère sur 
la pression barométrique; que même des physiciens, Kaemtz entre autres, 
attribuent à la température de l'atmosphère une influence prononcée sur les 
variations du baromètre (Cours de météorologie, pp. 264 et suiv.), on s’ex- 
pliquerait, jusqu’à un certain point, par l’effet de la température de l'air, 
les places qu’occupent respectivement les pressions barométriques en dé- 
cembre et en janvier dans le tableau précédent; places qui sont plus éle- 
vées que ne le comporterait la liaison de ces hauteurs avec les pressions 
du vent, considérées isolément. Toutefois, l'influence de la température 
ne peut être encore la seule cause explicative des irrégularités signalées, 
car la température moyenne de décembre est ordinairement plus élevée 
que celle de janvier, et même que celle de février dont la hauteur baromé- 
trique moyenne occupe ici un rang assez bas dans la série. J’ajouterai que, 
pour Bruxelles, la hauteur barométrique de décembre atteint fréquem- 
ment le maximum des hauteurs mensuelles ; il en est ainsi, par exemple, 
dans la série des moyennes mensuelles observées pendant les 15 années 
1833-1847 (Annales, t. VIT, p. 15), et dans celle de la période des six 
années 1842-1847 (Annales, t. VIE, p. 30). 

Quant aux valeurs trop faibles de l'intensité moyenne aux mois d’octobre 
et d'avril, je signalerai ce fait que, pour la période décennale, les moyennes 
barométriques de ces mois ont fait descendre, au bas de la série, les élé- 
ments relatifs à ceux-ci; tandis que les hauteurs moyennes barométriques 
de ces mêmes mois occupent respectivement une place plus élevée dans 
les séries barométriques de la période des 15 années d’observations (1833- 
1847), et de celle des six années 1842-1847. Ainsi, dans la première, 
les moyennes des mois d’avril et d'octobre occupent respectivement le 
neuvième et le dixième rang. Dans la série relative aux six années, com- 
prises dans mon premier travail, la moyenne du mois d'avril avait pour 
valeur 755,66 ; elle occupait alors le septième rang. Mais, en 1848 et 
1849, les moyennes d'avril descendent respectivement aux valeurs 749,80 
et 748mm,92 : on reconnaît facilement, à l'inspection des moyennes du 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 19 


mois d'avril dans la période des dix années, que ce sont les fluctuations 
de ce même mois en 1848 et 1849, qui entraînent l'abaissement de la 
moyenne générale du mois d’avril pour la période 1842-1851. 

Les moyennes de la pression du vent en avril 1848 et 1849 ne pouvant 
ainsi rendre compte des abaissements du baromètre correspondant à ces 
deux mois, il faut évidemment y reconnaitre l'influence d’une autre cause. 
Or, si on consulte le tableau des quantités d’eau de pluie recueillies aux 
différents mois des années 1833 à 1850, tableau qui figure au t. IX des 
Annales, p. 89 (Recherches sur les pluies, les grèles et les neiges en Belgique, 
par M. Quetelet), on trouve, pour les quantités recueillies aux mois 
d'avril 1848 et 1849, les nombres 105"%,35 et 68,11, qui sont supé- 
rieurs à 5"",46, moyenne de la quantité de pluie en avril pour la pé- 
riode 1841-1850. Au tableau suivant (t. IX, p. 90), on voit également que 
les nombres de jours de pluie en avril 1848 et 1849, sont respectivement 
25 et 19 jours, quantités supérieures au nombre moyen 16,1 de jours de 
pluie en avril pendant la période 1842-1850. L'effet des pluies étant de 
diminuer la pression atmosphérique (t. IX, p. 49), c’est, d’après toute 
probabilité, à l'influence de cette cause, prédominant en avril 1848 et 
1849, qu'il faut attribuer l’abaissement particulier de la hauteur baromé- 
trique au même mois de ces deux années, et par suite, le recul de la 
moyenne générale d'avril à l'extrémité de la série barométrique du tableau 
précédent. 

. Je ferai ici une observation qui s'applique aux différents cas de compa- 
raison établis : c’est que, si les moyennes mensuelles barométriques sont 
rangées dans l'ordre de leurs grandeurs respectives, une différence entre 
deux hauteurs, égale à quelques dixièmes de millimètre, peut éloigner 
de plusieurs rangs des moyennes mensuelles auxquelles correspondent 
des pressions du vent peu différentes. C’est ainsi, par exemple , que les 
hauteurs barométriques en juin et en mai se trouvent écartées de plusieurs 
rangs, quoique leur différence n’atteigne pas 1", ou -+- de ces hau- 
teurs, tandis que la différence entre les pressions du vent correspondantes 
est 0*,007, ou :£ environ de leurs valeurs. Dans un semblable classement, 
il peut s’intercaler une moyenne barométrique à laquelle corresponde une 


20 CORRÉLATION 


pression du vent qui soit supérieure à une des pressions suivantes, comme 
il arrive au mois de janvier, par exemple, par rapport au mois de mai. 
On conçoit que cette moyenne de la pression du vent puisse affecter 
d’une manière sensible la régularité de l’ordre de succession des autres 
moyennes de même espèce. Nous en trouvons un exemple en janvier : si 
la hauteur barométrique de ce mois était moindre de 0v»,25 , elle pren- 
drait rang après celle du mois de mai; alors la pression du vent 0,211 
en janvier n’interromprait plus l'accroissement assez régulier de la série 
des pressions du vent correspondant aux mois de septembre, juin, juillet, 
août, mai, mars, février et même de novembre, car les mêmes considé- 
rations peuvent également s'appliquer aux éléments de ce dernier mois. 

La série mensuelle, rangée suivant un ordre décroissant des hauteurs 
barométriques , présente le même fait que la série annuelle, c’est-à-dire 
que c’est aux extrémités des séries comparées que les écarts à la corréla- 
tion d’inversité se sont le plus manifestés, tandis que le milieu de chaque 
série n'offre qu’une seule exception. En outre, il faut remarquer que les 
écarts de la pression du vent sont plus nombreux dans la série mensuelle 
que dans celle des moyennes annuelles. Ce dernier fait ne pourrait-il pas 
être attribué en partie à ce que les moyennes mensuelles conservent, plus 
que les moyennes annuelles, les traces d’influence des autres causes d’où 
dépend également la pression atmosphérique? Ainsi, par exemple, sans 
rien spécifier sur la nature de la liaison de cette pression avec la tempé- 
rature de Pair, je ferai observer que la part d'intervention moyenne de 
cette dernière cause doit varier beaucoup plus d’un mois à l’autre que 
d’une année à l’autre; attendu que, dans la série des températures moyennes 
mensuelles rangées suivant l’ordre naturel, ces températures varient ré- 
gulièrement et entre des limites très-étendues; au contraire, dans la série 
des moyennes annuelles de la température les variations sont, compara- 
tivement, excessivement faibles et très-restreintes. (Voir l'observation de 
la page 13.) 

J'ai envisagé sous un point de vue différent la liaison de la hauteur du 
baromètre avec la vitesse du vent, à l’aide d’une autre méthode de com- 
paraison , indiquée par M. Quetelet, et dont il a fait usage dans plusieurs 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 21 


de ses recherches. Pour le cas actuel, cette méthode consiste à rechercher 
combien de fois, pendant chaque mois des dix années, la pression barométrique 
fut supérieure à la moyenne générale, aux différentes heures d'observation indi- 
quées dans les tableaux particuliers des Annales. J'ai entrepris cette supputation 
d’une part, pour les hauteurs barométriques, et de l’autre, pour les in- 
tensités du vent, en recherchant, à l'égard de ces dernières, combien 
surpassèrent la moyenne générale de ces intensités. J'ai dû borner ces 
recherches aux neuf années 1842-1850, les tableaux particuliers de 1851 
n'étant pas encore publiés. 

La moyenne générale des hauteurs barométriques à choisir pour point de 
comparaison est évidemment celle, 755"",48, de la période 1842-1850, 
déduite des heures paires d'observation. Quant à la moyenne de l'intensité 
du vent, voici les considérations qui m’ont conduit à sa détermination. 

Si, après avoir converti en intensité relative la pression moyenne du vent 
pour 1850, qui est exprimée en kilog*., on prend la moyenne des intensi- 
tés relatives pour les neuf années, on obtient le nombre 1,45 comme 
moyenne générale exprimée de la même manière que les intensités 1, 2, 
3.... figurant dans les tableaux particuliers. D’après le tableau de la 
p. 6, cette intensité équivaudrait à une pression de vent de 0,151. D'autre 
part, si l’on déduit la moyenne générale des pressions du vent des neuf 
premières années qui figurent au tableau de la p. 8, on obtient 0,172. 
La différence des deux pressions 0,151 et 0*,171, obtenues par des pro- 
cédés qui, au premier abord, sembleraient devoir conduire à des résul- 
tats identiques, s'explique par les considérations qui ont été exposées 
précédemment (p. 6 et 7). Quoi qu'il en soit de cette différence, ce n’est 
pas sortir du vrai que de considérer comme étant supérieure à la moyenne 
générale, toute valeur de l'intensité du vent qui, dans les tableaux parti- 
culiers, est exprimée par un nombre égal ou supérieur à 2 (0“,22). 

Le tableau suivant renferme les résultats des recherches pour chaque 
année : il indique, d’une part, le nombre de baisses du baromètre qui, 
sur mille hauteurs observées, furent inférieures à la moyenne générale, 
et de l’autre, le nombre de fois, sur mille observations, où la pression 
du vent s’éleva au-dessus de la moyenne générale. 


29 CORRÉLATION 


Lil du è Pression du vent. 
EE 7 À — 
Pa NOMBRE 
ANNÉE. baisses inférieures qe né uen 

àl a 

MOYENNE, moyenne sen in MOYENNE. gite! 
té pour 

4000 ais 4000 observations, 
mm. k, 

1842. 756,82 384 0,158 515 
1850. 56,56 403 0,222 260 
1849. 56,10 458 0,144 351 
1847. 55,96 414 0,151 332 
1843. 55,18 488 0,168 379 
1844. 55,04 477 0,161 385 
1846. 54,76 518 0,175 381 
1845. 54,60 495 0,221 554 
1848. 54,28 511 0,169 333 
Moyenne. . . 755,48 459 0,172 566 


Le second tableau renferme les mêmes éléments que le précédent, mais 
relativement aux variations mensuelles. 


Hauteur du baromètre. Pression du vent. 
È A Le NT EE RON TE 
PE NOMBRE 
MOIS. baisses inférieures og dos 

MOYENNE. rés iii MOYENNE. dog Es 
Tésam 8, na. 

1000 observations. 1000.cherasiapes 

mm. k. 

Décembre. , . 757,79 517 0,195 401 
Septembre. . . 56,79 581 0,115 245 
Juin}: ; 56,05 449 0,125 536 
Juillet... 55,81 408 0,151 353 
Janvier . . .. 55,68 390 0,210 491 
AOUR RSS 55,65 456 0,154 551 
Mers. 55,58 494 0,179 375 
Mar ps 55,21 508 0,144 508 
Novembre. . . 55,11 480 0,232 451 
Février . ... 54,78 459 0,234 445 
Octobre . . . . 53,48 558 0,171 405 
Fe. VAS 52,91 613 0,150 510 
MOYENNE. . . 755,48 459 0,172 365 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 95 


Ces tableaux conduisent à quelques conséquences qu’il convient de 
signaler : 

1° Pendant les neuf années, les hauteurs du baromètre supérieures à 
la moyenne générale sont plus fréquentes que les hauteurs inférieures. 
Le nombre des premières serait à celui des hauteurs inférieures dans le 
rapport de 54 à 46; 

2° Les années et les mois dont les moyennes ont les valeurs les moins 
élevées, sont aussi ceux où les baisses du baromètre au-dessous de la 
moyenne générale se montrent le plus fréquemment. A ce résultat général, 
vrai pour la presque totalité des indications du premier tableau, ajoutons 
que, pour toutes les années où la colonne mercurielle se tint moyennement 
à une hauteur moindre. que 755,48, les baisses se présentèrent plus de 
459 fois sur mille observations; 

3° Les exceptions à ce dernier fait sont plus fréquentes pour les varia- 
tions mensuelles que pour les variations annuelles : la troisième colonne 
présente des irrégularités relatives plus fréquentes que celle de la même 
série du premier tableau ; 

4 Dans les deux tableaux, les nombres de fois que la pression du vent 
surpassa la pression moyenne générale croissent, le plus souvent, avec les 
moyennes de la pression du vent annuelles ou mensuelles correspondantes. 
Une exception assez marquée à ce résultat général se présente, cependant, 
en 1845 et en 1850 : à ces deux années correspondent les moyennes de la 
pression du vent 0,221 et 0*,222 qui sont sensiblement égales ; tandis que 
les nombres de supériorités de la pression sur la moyenne générale sont 
respectivement 554 et 260, quantités dont la première est plus du double 
de l’autre. 

Si, pour revenir au but principal de cette comparaison, nous rappro- 
chons, dans les deux tableaux, les nombres de la troisième colonne des 
pressions du vent figurant en regard dans la quatrième colonne, nous recon- 
naissons que, souvent, les baisses fréquentes du baromètre au-dessous de 
la moyenne générale coïncident avec de fortes pressions du vent, tant au 
tableau des moyennes mensuelles qu’à celui des moyennes annuelles ; et 
que, inversement, les baisses sont généralement moins fréquentes aux 


24 CORRÉLATION 


mois et aux années où la moyenne de la pression du vent est peu élevée. Les 
exceptions à ce résultat sont plus nombreuses dans le second tableau que 
dans le premier. On reconnaît aussi par ce dernier, que les nombres des 
supériorités de la pression du vent sur la moyenne générale paraissent 
suivre, assez généralement, les variations des nombres dés baisses du 
baromètre; mais les exceptions sont beaucoup plus fréquentes dans le 
second tableau. 

5° Pression du vent aux instants des maxima et des minima annuels du 
baromètre. 

Dans le tableau suivant figurent, d’une part, les hauteurs maxima et 
minima annuelles des dix années d'observations, et de l’autre, la pression du 
vent absolue, observée à chacun de ces instants. Pour les neuf premières 
années, les intensités relatives ont été converties en pressions en kilogr. 


H. du ba ètre. Pression du vent, 
—— 
ANNÉE. À L'INSTANT À L'INSTANT 
Maxima. Minima. du du 
maxima, minima. 
mm. mm, k. k. 
1842. 772,42 750,69 0,10 2,07 
1843. 72,48 24,14 0,10 0,75 
1844. 70,95 25,18 0,00 0,35 
1845. 75,95 27,50 0,10 0,10 
1846. 74,01 24,54 0,00 à 
1847. 69,98 24,75 0,10 1,80 
1848. 70,00 27,50 0,10 1,80 
1849. 78,70 535,80 0,00 0,55 
1850. 75,55 27,78 0,00 0,05 
1851. 72,25 36,10 0,05 2,45 
MOYENNE. . 772,82 728,14 0,055 0,972 
1 Il n’y a pas eu d'observation de l'intensité du vent à l'instant du minima 
barométrique de 1846. 


Ce tableau montre que la pression du vent a été nulle ou très-faible à 
l'instant de chaque maxima barométrique annuel, et que, par contre, cette 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 25 


pression est généralement très-forte quand il y a dépression maxima de la 
colonne mercurielle. 

4 Pression du vent aux instants des maxima et des minima barométriques 
mensuels. 

Dans le but de simplifier cette comparaison, j'ai formé pour chaque 
mois deux moyennes : l’une, des pressions du vent observées aux instants 
des maxima barométriques du même mois des dix années, et l’autre , des 
pressions du vent aux instants des minima barométriques, également aux 
mêmes mois. 


= 
Moyenne 
de la pression du vent aux instants de la 
Mois. Ce Berométriqee 
Maxima. Minima. 
Janvier . :....... 0,080 0,479 
Qi ue RP ET 0,076 1,106 
OR 0,042 0,995 
CT I ET 0,060 0,971 
Mauss sut ts 0,065 0,816 
OL RIDE CET 0,055 0,795 
Jailets de verse 0,100 0,511 
AO HIER 0,050 0,996 
Septembre . ...,.. 0,096 1,147 
Octobre. ...... RE 0,045 0,701 
Novembre. ....... 0,047 0,415 
Décembre. . . ..... 0,070 1,068 
Moyenne. . .. 0,078 0,981 
© ——— 


La pression du vent aux extrêmes barométriques nous montre d’une 
manière caractérisée, qu'aux extrêmes mensuels cette pression est moyen- 
nement moins forte à l'instant du maxima qu’à celui du minima. Ce résul- 
tat général est également vrai, comme je lai constaté, pour presque tous 
les mois des dix années considérés chacun en particulier, sauf quelques 
exceptions. Ainsi, parmi les 120 comparaisons relatives au maæzima que 


comprennent les dix années, il se présente 17 cas où la pression du vent 
Tom XXVI. 4 


26 CORRÉLATION 


à l'instant de ces maxima est égale en valeur à celle du minima correspon- 
dant, soit qu’elles aient toutes deux une valeur réelle ou une valeur nulle. 
Pour neuf comparaisons seulement, la pression à l'instant du maxima est 
faiblement supérieure à celle de l'instant où, au même mois, la colonne 
mercurielle atteignit son minimum ; parmi ces dernières exceptions la plus 
forte pression du vent à l'instant d’un maximum barométrique, est égale à 
0°,55. 

Le résultat moyen pour les maxima et les minima indiquerait donc que 
l'influence de la pression du vent sur le baromètre est très-sensible lors 
de ces extrêmes. 

Un fait acquis à la science par de nombreuses observations , c’est que 
les différences des maxima et des minima barométriques sont moindres en 
été qu’en hiver, au point que ces différences forment une série dont les 
nombres diminuent de grandeur de l'hiver à lété, pour croître ensuite de 
cette dernière saison à la première. Ces différences, pour les 15 années 
d'observation, 1855 à 1847, à Bruxelles, sont indiquées au t. VIIL des 
Annales, p. 17. 

Dans ce travail, M. Quetelet fait d’abord remarquer qu'aucun maximum 
annuel n’est tombé pendant les mois d'avril, de juin, de juillet, d'août ni 
de septembre, et qu'aucun minimum ne se présente en avril, mai, juin, 
juillet ni août. Après avoir ensuite rapproché les extrêmes annuels , d’une 
part, de la température du jour de ces extrêmes , et de l’autre, de la tem- 
pérature moyenne de la décade à laquelle appartient le jour de l’observa- 
tion, il déduit cette conséquence : 

« Les plus grandes variations barométriques ont lieu pendant les mois 
» les plus froids, et ont dépendu moins de la température relative des 
» jours d'observation que de la température absolue de l’année. En 
» d’autres termes, il résulterait de ce premier examen que, quand le mer- 
» cure atteint ses limites extrêmes, ce n’est point sous l'influence d’une 
» température anomale dans l'endroit où l’on observe, mais par d’autres 
» causes et probablement par des ruptures d'équilibre dans la tempéra- 
» ture des pays avoisinants. » 

Quoique l'influence de la température ne se soit pas montrée prédomi- 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 97 


nante sur les extrêmes barométriques annuels, il convient, cependant, de 
dire que cette influence sur le baromètre devient appréciable, si, comme l’a 
fait M. Quetelet, on étudie l’état de ce dernier instrument aux époques des 
maxima et des minima de température de chaque mois. On reconnaît, comme 
il a déjà été dit : 1° qu’à toutes les époques de l’année, le baromètre se 
tient moyennement plus haut pendant les minima et plus bas pendant les 
températures maxima; 2° que c’est surtout pendant les mois de l'automne 
et de l'hiver que les différences de température font le plus sentir leurs 
effets sur la hauteur du mercure (t. VIII, p. 18). 

La non-prépondérance de l'influence de la température quand le baro- 
mètre atteint ses extrêmes, surtout pendant la période d'été, m'a engagé à 
examiner s’il ne se manifesterait aucune corrélation entre la série des dif- 
férences des maxima et des minima mensuels, et celles des pressions du vent 
correspondantes. Je dois avouer que j'aborde cette question avec circonspec- 
tion et en me bornant à tirer les déductions les plus évidentes de l'examen 
des résultats comparés. C’est dans ce but que j'ai rapproché des moyennes 
de la pression du vent les extrêmes mensuels du baromètre et leurs difié- 
rences pendant le période 1842-1851. 


Moyenne Différence Moyenne 
mess. ps. de la hauteur barométrique. PAR de la pression du vent aux instants des 
Maxima. Minima. HAUTEURS. Maxima. | Minima. 
mm mm mm k k 
Janvier ........ 769,95 736,10 33,95 0,080 0,479 
LL MERE PTT 67,97 56,58 31,59 0,076 1,106 
dde rs 70,68 37,48 33,20 0,042 0,995 
7. SPSSPAEE 64,15 38,39 25,74 0,060 0,971 
TS SPP 65,95 43,90 29,05 0,065 0,816 
Jele .. VERRE" 64,65 44,58 20,25 0,055 0,795 
ART... :.. 64,78 45,69 19,09 0,100 0,511 
Aoë ME as o + 65,15 45,89 21,24 0,050 0,996 
Septembre. . . .... 67,35 42,69 24,66 0,096 1,147 
Octobre ........ 67,80 37,53 50,27 0,045 0,701 
Novembre. ...... 68,43 37,88 30,55 0,047 0,415 
Décembre . ...... 70,57 37,23 35,14 0,070 1,068 
Moxexxe. . . . 767,27 740,14 27,13 0,078 0,981 


28 CORRÉLATION 


La diminution des différences des extrêmes barométriques jusque vers 
le milieu de l’année provient du rapprochement de ces extrêmes de l'hiver 
à l'été, rapprochement qui est dû tant à la diminution des hauteurs maxima 
qu'à l'accroissement des hauteurs minima, depuis les extrémités de l’année 
jusqu’au milieu. L’accroissement des hauteurs minima en été est, cepen- 
dant, plus rapide que la diminution des maxima (voir fig. 3); en effet, la 
différence du minimum le plus élevé et du plus faible est 9"»,59, tandis 
que l’excès du maximum le plus grand sur le plus petit n’est que 6,55. 

A l'inspection comparative de la cinquième et de la sixième colonne, on 
reconnaît qu'il n’y a aucune régularité de succession entre les différences 
correspondantes des pressions du vent aux instants des extrêmes. Cepen- 
dant, malgré des irrégularités quelquefois prononcées , les nombres de la 
sixième colonne paraîtraient accuser une diminution de la pression du vent 
aux minima barométriques de l’été. 

Or, comme le décroissement estival qu’éprouvent les différences des 
maxima et des minima barométriques, résulte principalement des chutes 
moins prononcées du baromètre aux minima de l'été, et comme, d’ailleurs, 
il serait difficile d'expliquer cette dernière particularité par l'intervention de 
la chaleur, quand bien même son influence sur les extrêmes serait visible; 
on peut, me semble-t-il, sans trop se hasarder, voir dans cet accroissement 
des minima barométriques en été, un effet de la corrélation entre ces hau- 
teurs et la diminution de la pression du vent, aux minima estivaux. 

Cette conséquence paraît recevoir une nouvelle confirmation par le rap- 
prochement des moyennes des minima barométriques et des moyennes de 
la pression du vent eu égard aux saisons seulement. 


Moyenne 
RE 
SAISONS. DES MININA DES PRESS. DU VENT 
aux 
barométriq lntie b q 
É mm k 

Hiver : décembre, janvier, février. . . . . . . .. 755,50 0,885 
Printemps ; mars, avril, mai ........... 39,92 0,927 
Été juin; juillet /a6ûtT PT RL 46,50 0,700 
Automne ; septembre, octobre, novembre . . . . 39,56 0,754 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 2 


Sauf l'exception au printemps, les variations en sens inverse des minima 
barométriques et des pressions correspondantes se prononceraiént assez 
régulièrement aux autres saisons de l’année. 

5° Hauteur du baromètre et pression du vent aux différentes phases des tempêtes. 

L’antagonisme entre ces éléments se révèle particulièrement pendant 
les tempêtes et les ouragans, qui, dans nos contrées, bouleversent sou- 
vent l'atmosphère aux limites de l'hiver. 

Après avoir recherché dans les Annales les époques de grands abaisse- 
ments du baromètre sous l'influence de vents violents, pendant les neuf 
années 1842-1850, j'ai inscrit dans le tableau suivant, les hauteurs baro- 
métriques observées d’abord à minuit, puis de quatre heures en quatre 
heures , à chaque tempête; au-dessous de ces hauteurs figurent les pressions 
du vent, chacune étant déduite de l'intensité indiquée à la même heure 
dans les tableaux particuliers. 


La 
30 CORRELATION 
Hauteur du baromètre et pression du vent pendant les tempêtes. 
DATES. Minuit. À h. m. 8 h. m. Midi. À h.s. 8 b. s. Observations 
(extraites des Annales.) 
1842. mm. mm. mm. mm. mm. mm. 
745,95 | 733,10 | 751,99 | 742,21 | 750,85 | 755,80 | Le9etle 10, ouragan en 
10 mars. ... { k. k, k. k. k. k. Belgique; il se calme 
0,75 1,53 1,80 1,55 0,22 0,10 le 40 vers 4 h. 
#5 758,78 | 760,70 | 762,57 | 762,11 | 759,56 | 757,68 
; 0,00 0,00 0,00 0,22 0,55 0,75 
| 
1843. | : 
12 janvier 727,58 | 725,02 | 724,15 | 725,77 | 728,90 | 755,77 | Du 12 au 16, re 
ae ment a! erique 
0,75 0,55 0,75 0,75 0,22 4 À es érrrbhitanses pv 4 
naire du baromètre en 
divers pays de l'Eu- 
1 787,16 | 737,24 | 751,99 | 726,08 | 724,66 | 726,36 | "?* 
0,35 0,35 2,38 3,85 3,42 3,08 
à 729,39 | 751,54 | 755,20 | 756,56 | 753,58 | 724,61 
» . 
2,38 2,38 2,07 1,28 1,55 2,70 
s » » 753,74 | 751,21 | 726,92 » 
» . 
{ 1,55 2,07 0,75 0,22 0,75 0,55 
I 
1844. | ; LT 
757,70 | 756,90 | 755,91 | 748,20 | 745,40 | 741,49 | Violente tempête à An- 
11 mars. . .. { e vers. 
0,10 0,22 1,80 3,08 3,08 2,07 
| 
is: 742,97 | 742,80 | 742,27 | 745,40 | 741,61 | 745,58 
1,28 1,28 1,80 1,53 2,07 0,55 
} 
1845. | ï 
11 doté E 764,17 762,44 757,09 751,74 749,26 748,57 mb cg) les côtes de 
0,00 0,10 1,28 1,53 1,80 3,42 
| 
749,90 | 752,50 | 756,59 | 759,68 | 761,96 | 765,01 
3,08 1,55 0,55 0,75 0,22 0,00 
| 


DES HAUTEURS DU BAROMETRE. 51 
— 
DATES. Minuit, 4h. m. 8h. m. Midi. Ans. Bn.s. Observations 
(extraites des Annales ). 
nt rs rT | 70190 | 769,40 | 754,24 | Tempête à Bruxell 
51 décembre . {à . ’ L 3 “ha do ain 
| 0,76 0,22 0,10 0,10 0,22 1,53 
1846. | 
Er 746,98 742,65 746,81 750,19 752,94 754,82 
1 janvier .. { Gé 
| 3,08 2,70 2,07 1,80 1,28 0,76 
19547. 
& Liombre 746,41 744,89 758,55 752,15 728,07 729,25 | vents impétueux dans la 
0,10 0,10 1,53 2,38 1,53 1,55 | mer du Nord. 
F- 
it l 798,45 | 727,02 | 724,75 | 725,41 | 726,29 | 729,91 
UC 207 1,80 1,80 1,53 1,28 1,28 
1848. | 
AUSTRIRS 7500 | 7555 | 751,6 | 728,75 | 728,0 | 7ü52 | Bourrasques très-violen- 
| 0,55 0,75 2,38 4,77 6,07 1,80 
| 
Ji) l 740,6 | 7407 | 737,35 | 734,41 | 7540 | 7576 
1,28 0,22 0,10 1,80 4,50 2,58 
l 
æœ » be { 740,5 741,2 742,7 745,17 745,4 744,7 
/ 1,80 1,28 1,55 1,28 0,35 0,55 
Î 
D - l 745,7 | 7461 | 7468 | 746,74 | 7445 | 739,4 | 
0,22 0,22 0,55 0,75 0,55 2,07 
1849. | 
28 février. 760,0 758,8 756,6 754,46 | 761,1 746,5 | Tempête violente et neige. 
; 0,10 0,35 0,75 2,07 2,70 4,77 
Il 
| 
sd al 01 l 130,6 | 7421 | 7425 | 7445 | 7494 | 7569 
5,17 0,22 0,75 1,80 2,38 0,55 
| 
4850. | 
5 février. . . E 755,5 | 755,1 | 751,5 | 750,22 | 746,9 | 7421 | Pluie et tempête le soir. |] 
0,00 0,10 0,15 0,15 0,55 1,65 
| 
| 
a { 753,8 750,5 728,4 729,65 | 732,2 754,7 
5% 1,28 2,70 3,20 3,20 1,90 


32 CORRÉLATION 


De l'inspection de ces tableaux et mieux encore des courbes compara- 
tives de la hauteur du baromètre et de la pression du vent, exprimant leurs 
variations de deux heures en deux heures, pl. 2, 5, 4 et 5, nous déduisons 
les conséquences suivantes : 

1° L’abaissement de la colonne mercurielle devient manifeste générale- 
ment soit vers l’instant où le vent s'élève soit quand son intensité augmente: 
les différentes phases de cette chute progressive coïncident avec l’accroisse- 
ment successif de la pression du vent jusque vers le moment où elle atteint 
son maximum d'amplitude ; 

2% Lors de plusieurs tempêtes, la vitesse du vent atteint sa plus grande 
valeur près de la limite extrême de l’abaissement du baromètre ; ainsi, il y a 
coïncidence entre ces deux instants critiques, lors des tempêtes suivantes : 

Le 11 mars 1844, entre 6 et 8 heures du soir; 

Le 41 décembre 1845, vers 8 heures du soir; 

Le 7 décembre 1847, vers 8 heures du matin. 

Le maximum de la pression du vent précède d’une heure ou deux la 
plus grande chute du baromètre, lors des ouragans : 

Du 1° janvier 1846; 

Du 28 février 1849. 

Au contraire, le moment où le vent atteignit sa plus grande force, est 
en retard d’une heure ou deux sur l’abaissement maximum du baromètre : 

Le 10 février 1842; 

Le 26 février 1848. 

La tempête du 12 au 15 janvier 1843 présente deux abaissements 
notables du baromètre entre lesquels se trouve intercalée une hausse sen- 
sible : le premier qui a lieu le 13, vers 4 heures, précède de 1 heure 
environ un maximum de pression du vent; le second se manifeste le 14, 
vers 10 heures du soir, après avoir été précédé une heure auparavant, d'un 
nouvel accroissement de la pression du vent qui succédait à une diminu- 
tion, qu'il avait éprouvée en coïncidence avec une hausse du baromètre, 
depuis 4 heures du matin jusqu’à 8 heures du soir. 

Lors de la tempête du 28 février 1849, la pression du vent subit un 
décroissement assez prononcé plusieurs heures avant l'instant du plus 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 53 


grand abaissement du baromètre; mais le vent souffla de nouveau avec 
violence lors de sa coïncidence avec celui-ci, et il diminua ensuite quand 
l’exhaussement de la colonne mercurielle se prononça. En 1850, la pres- 
sion du vent éprouva une diminution semblable, mais moins étendue avant 
le minimum du baromètre. 

11 convient de remarquer que, relativement à ces coïncidences et aux 
écarts entre les instants critiques du baromètre et de la force du vent , l'in- 
tensité relative de celui-ci, indiquée à une heure quelconque des tableaux, 
est l'intensité observée pendant la tempête, entre l'heure marquée en tête 
de chaque colonne et celle qui la suit (Annal., t. HF, p. 460); tandis que 
la hauteur du baromètre est celle qui a été observée à l'instant même 
indiqué. 

3° Pendant la hausse du baromètre qui succède à sa plus forte chute, 
il se présente, à la fin de quelques tempêtes, un point d'arrêt à l’instant 
duquel la colonne mercurielle tend à descendre de nouveau : il est à remar- 
quer, que plusieurs fois cette nouvelle baisse fut accompagnée d’une 
reprise dans la violence du vent, qui était notablement diminuée depuis 
le mouvement ascendant du mercure. Nous trouvons des exemples de 
cette coïncidence lors de la tempête du 11 mars 1842, de 8 heures du 
soir à minuit; et de celle du 15 janvier 1843, vers 4 heures du soir. Ce 
dernier mouvement se produit, le 14, après un second abaissement du 
baromètre, déjà signalé, pendant cette tempête prolongée. 

La même particularité se présente encore le 27 février 1848, entre 
midi et 4 heures du soir; puis le 29 du même mois, de 4 heures du soir 
à minuit; et enfin, mais d’une manière moins sensible, le 12 mars 1844, 
vers 4 heures du soir. 

On observe également que, du midi du 28 février à celui du 29 février 
1848, le baromètre se maintint entre 743 et 747 millimètres sans éprouver 
de fluctuation étendue , et que, pendant le même laps de temps, la pression 
du vent, peu élevée du reste, ne subit que de faibles variations d'intensité. 

4 La fin d’une tempête, comme on le sait, est annoncée généralement 
par une hausse bien décidée du baromètre. Or, l’inversité des courbes 


barométrique et anémométrique se dessine régulièrement à la fin de chaque 
Toue XXVI. 5 


34 CORRÉLATION 


tempête, de manière que la hausse du baromètre se prononce presque en 
même temps que la chute du vent, ou avant une diminution sensible de 
son intensité. 

Ainsi, l’inversité des fluctuations du baromètre et des variations de l'in- 
tensité du vent est nettement caractérisée pendant les ouragans. Quoique 
l’on pût induire cet antagonisme du phénomène, si connu, des chutes 
très-fortes de la colonne mercurielle au plus fort des tempêtes, il impor- 
tait, cependant, de constater que ces fluctuations sont presque constam- 
ment en rapport avec la pression du vent. En outre, c’est au milieu des 
tempêtes que la corrélation des deux éléments doit le mieux se dessiner; 
puisque, d’après toute probabilité, c’est alors que l'influence d’un vent 
violent doit prédominer sur d’autres éléments de la pression atmos- 
phérique concomitants. 

Il ne m’a pas paru nécessaire, dans le but de compléter ces dernières 
recherches, d'examiner la marche du baromètre pendant des phases de 
calme atmosphérique assez prolongées ; car ce point de la question est 
suffisamment éclairci par ce résultat général, que les maxima baromé- 
triques mensuels ont lieu le plus souvent au milieu d’un calme atmosphé- 
rique, ou qui, tout au moins, n’est troublé que par un vent faible (p. 25). 

Sans rappeler de nouveau des considérations déjà émises, sur les causes 
probables des irrégularités qui se sont présentées dans ce travail compa- 
ratif, il me paraît que, si l’on a surtout égard à l’inversité bien prononcée 
que présentent respectivement les hauteurs barométriques et les pressions 
du vent aux extrêmes annuels et mensuels et pendant les tempêtes, on doit 
reconnaître que, dans les différents points de comparaison de la période 
des dix années embrassées, il se manifeste une corrélation entre la hau- 
teur barométrique et la vitesse du vent, et qu’elle peut être formulée 
ainsi : souvent, les variations de la pression atmosphérique sont accompagnées de 
variations en sens opposé de la pression ou de la vitesse du vent. 

Mon but n’est pas de remonter à la cause même de la dépendance de 
ces deux phénomènes. Je serai satisfait si le résultat des discussions pré- 
cédentes peut être considéré comme étant généralement vrai; puisque, la 
proposition générale étant admise, elle aiderait, me paraît-il, à la recherche 


DES HAUTEURS DU BAROMÈTRE. 35 


des causes qui influent sur la pression atmosphérique. En effet, si dans la 
discussion générale des influences de celles-ci, on peut apprécier les cir- 
constances favorables à l'effet de l’une d’elles, de la cause corrélative de la 
pression du vent, par exemple, on pourra tenir compte de cette influence, 
si les circonstances indiquent qu’elle a pu prédominer. Au contraire, on 
n’en tiendrait aucun compte et on attribuerait les variations du baromètre 
à d’autres causes, dans les cas où l’on aurait lieu de préjuger que la cor- 
rélation entre le vent et la pression atmosphérique n’a pu intervenir dans 
les variations de celle-ci. C’est ainsi que j'ai essayé, en quelques points de 
ce travail, de remonter aux effets de causes étrangères, qui, dans plusieurs 
circonstances, durent masquer plus ou moins les indices de l’influence de 
la force du vent sur les fluctuations barométriques. 


FIN. 


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Mémoires cour.et des sav .étr., Tome XXVI. 


Courbes comparatives de la hauteur du baromètre et de la pression du 
vent pendant les tempêtes. 

Minuit. 4h. 4 midi. 4h. 8h. Minuit. 4h, 82. mat. 4h. 8. 

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Courbes comparatives de la hauteur du baromètre et de la pression du 
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Courbes comparalives de la hauteur barométrique et de la pression du 
vent pendant les tempêtes. 


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MÉMOIRE 


SUR 


LES CALENDRIERS JUDAÏQUE ET MUSULMAN, 


PAR 


M. MAHMOUD, 


ASTRONOME DE L'OBSERVATOIRE DU CAIRE. 


PREMIÈRE PARTIE. — CazeNDriER JUDAÏQUE. 


(Présenté à la séance du 8 mai 1855.) 


Tous XXVI. l 


MÉMOIRE 


SUR 


LES CALENDRIERS JUDAÏQUE ET MUSULMAN. 


Les auteurs français qui ont écrit sur les calendriers ne parlent de 
celui des juifs que d’uné manière très-incomplète : le mémoire que j'ai 
l'honneur de présenter à l'Académie est destiné à remplir cette lacune. 

Quoiqué l’objet principal de ce travail fût de dévoilér le mystère du 
calendrier judaïque et de le faire connaître avec tout le développement 
désirable , j'y ai cependant ajouté, pour le rendre plus utile, le calendrier 
des musulmans, celui des cophtes (l’ère de Dioclétien) et celui d'Alexandre 
le Grand (l’ère des Séleucides), qui sont en usage en Orient. 

Le calendrier des musulmans mérite surtout de fixer l'attention; il 
renferme beaucoup de points très-intéressants, j'oserai dire très-essentiels, 
qu’on ne trouve, du moins à ma connaissance, dans aucun auteur euro- 
péen, et qui seront donnés ici dans tous leurs détails. 

Je diviserai donc ce travail en deux parties bien distinctes : dans la 
première, je traiterai du calendrier judaïque, dans la seconde de celui 
des musulmans. Les deux autres ères formeront l’objet d’un chapitre 
supplémentaire. 


4 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


PREMIÈRE PARTIE. 


DU CALENDRIER JUDAÏQUE. 


I. C’est dans la première moitié du IV" siècle après J.-C. que le 
rabbin Hillel Hanassi, appartenant à l’école pharisienne , a eu l’idée de 
prendre la création, ou, pour mieux dire, la création d'Adam, comme 
point de départ ou époque pour dater les phénomènes et compter les 
années ; et c’est avec le concours d’un synode dont il était le président, 
qu'il a donné au calendrier juif sa forme actuelle. 

Le Passah (la Pâque juive) et la Pâque chrétienne ont donc été soumis 
à des règles invariables et arrêtés presque à la même époque;car on sait 
que la dernière a été fixée par le concile de Nicée, l’an 325, au premier 
dimanche après la pleine lune qui suit le 20 mars. 

Le calendrier judaïque n’a pris tout son cours qu’à la fin du VI": siècle 
après J.-C, époque de l'achèvement de la rédaction du Talmud, qui en 
renferme les éléments. 

Antérieurement, les juifs, comme beaucoup d’autres nations, se ser- 
vaient de l’ère des Séleucides. Avant cette ère, ils n'avaient aucun point fixe 
de départ : leurs historiens dataient, l’un de la sortie d'Égypte, un autre, 
de l’avénement de tel ou tel roi, etc., etc. 

II. Les juifs ne sont pas les seuls qui aient pris la création comme point 
de départ. Les Grecs de Constantinople se servaient, avant le milieu du 
Vilw siècle, de l’ère byzantine qui commence à la création du monde 
reportée à l'an 3508 avant J.-C. L'Église grecque, encore même aujour- 
d'hui, ne connaît pas d'autre ère. L'Église catholique fait remonter la 
création à Fannée 4004 avant J.-C. : c’est l'ère adoptée par les chronolo- 
gistes pour les grands événements. 

Le commencement de l’ère de la création chez les juifs est fixé par les 


' 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 5 


rabbins, au lundi 7 octobre (vieux style) de l’année 3761 avant J.-C.: 
c'est la base de leur calendrier. 


Jours , semaines, mois et années judaïques. 


III. Le jour, chez les juifs, iom, commence à 6 heures après midi et 
finit le lendemain à la même heure. On le divise en 24 parties égales 
nommées schaôth ou heures qu'on compte sans interruption depuis 1 jus- 
qu'à 24. 

On divise l'heure en 1080 parties appelées chelakim ou parties. 

Chaque chelak ou partie vaut 3 + de nos secondes. 

Le chelak se divise aussi en 76 parties égales, dont chacune prend le 
nom de rega où instant. Le rega vaut 2 + de nos tierces. 

IV. La semaine ou schbouäh, qui veut dt une septaine, commence le 
samedi à 6 heures de l'après-midi et finit le samedi suivant à la même 
heure. Les jours de la semaine n’ont pas de noms particuliers; leurs 
quantièmes dans cette petite période sont les seules désignations qu'ils 
portent. Ainsi le dimanche est 1, le lundi 2, le mardi 5, le mercredi 4, le 
jeudi 5, le vendredi 6 et le samedi 7. Cependant, le samedi porte aussi le 
nom de sabath (repos); ces sept Era ne sont, en hébreu, que les 7 pre- 
mières lettres de l’alphabet. 

V: Le mois judaïque, chodesch, qui veut dire renouvellement, commence 
le jour où on peut voir le croissant pour la première fois après la con- 
jonction. 

L’instant où cette visibilité devient possible à Fœil nu est, selon Ideler, 
ce que les juifs entendent par moled, qui signifie naissance de la lune ou 
nouvelle lune. Moled est synonyme du mot grec vue, néoménie (de néos, 
nouveau, et mene, lune). Selon le Talmud, le roled e est l'instant de la con- 
jonction moyenne. 

La durée moyenne du mois est fixée par lé Talmud et par Maimonides à 
29: 12% 795% ou 29i: 12* 443 L, C'est exactement la valeur assignée 
par Hipparque au mois synodique et qu'il avait trouvée par la compa- 
raison de ses propres observations d’éclipses avec celles des Chaldéens. 


Hi 
Î 
7 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


(er) 


L'excédant du mois synodique sur quatre semaines s'appelle la marque du 
mois ou le résidu mensuel : ainsi 29ÿ- 12" 795%: 284; 42h 7934: 
est le résidu mensuel. 

Quand on connaît le moled d’un mois, il suffit d’y ajouter ou d’en 
retrancher le résidu mensuel pour avoir le moled du mois suivant ou celui 
du mois précédent. 

Le temps de la lunaison étant de 29 jours et demi environ, et la durée 
du mois civil devant être, nécessairement, un nombre entier de jours, le 
mois a dû être fixé à 29 ou 30 jours. Dans le premier cas, il est cave; 
dans le second, plein. 

VI. L’année juive, chanah, qui signifie répétition, est une année luni- 
solaire. Le Pentateuque lui assigne, pour commencement, la maturité du 
froment ou le printemps, et pour fin la récolte des fruits. Le Talmud la 
fait commencer avec l'automne. L'année se compose de 12 mois lunaires, 
et, de temps en temps, on y ajoute un treizième mois de 30 jours, pour 
réparer l'écart qu’elle aurait fait et pour la rendre d'accord avec l’année 
solaire; on l’appelle alors meübereth, pleine ou embolismique. Dans le 
premier cas, elle est appelée pschoutah, simple. Voici les noms de ces 
12 mois et le nombre de jours qu'on leur donne : 


jours. jours. jours. 


1 Tech. 30 | 5. Schebalh. . . : . . . 30 OStwan 21H. 27 30 
2, Marscheschwan . 29ou 30 | 6. Adar . .....:. 29. | 10. Thamouz ... . :.. 29 
Si LKisleios ic, | 30ou29 | 7. Nissan. . ...... 30 CR RS LR RSR 30 
M LOUER a 0e 29 Le à) cariptr rar rt: 29 F2, EDS Nan 29 


La place du mois intercalé dans les années embolismiques est fixée 
immédiatement après schebath. Ce mois prend le nom dadar et il a 30 jours, 
comme nous avons dit précédemment. Quant à l’adar primitif, il prend le 
nom de véadar ou de second adar et il devient le septième, tandis que l’adar 
intercalaire est le sixième. 

On voit que les mois embrassent des nombres invariables de jours, 
excepté marscheschwan (le 2») et kislew (le 3%), qui prennent, chacun, 
tantôt 29, tantôt 30 jours. Lorsque chacun d’eux n’a que 29 jours, l’année 
est dite chesserah, défectueuse; elle comporte 353 jours ou 50 semaines et 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 7 


3 jours, si elle est simple; si elle était pleine, elle comporterait alors 385 
jours ou b4 semaines et 5 jours. Quand marscheschwan à 29 jours et kislew 
30 jours, l’année est kesidron ou régulière ; elle compte alors 354 jours ou 
DO semaines et 4 jours dans le cas simple, et 384 jours ou 54 semaines 
et 6 jours dans le cas embolismique. 

Si marscheschwan avait 30 jours, aussi bien que kiskew, l'année serait 
appelée schelemah ou complète; elle aurait 355 jours ou 30 semaines et 
à jours, si elle était simple, et 385 jours ou à semaines dans l’autre cas. 

On voit par là qu’il se forme six espèces d'années chez les juifs, savoir: 
trois espèces d'années simples : défectueuse 1, régulière 2, complète 3, 
et trois espèces d'années embolismiques: défectueuse-pleine 4, régulière- 
pleine à et complète-pleine 6. 

VIL. La longueur du mois synodique ou la durée d’une lunaison étant 
29r 12»: 793%: (V), douze lunaisons font 354ÿ 8" 876%; l'excédant de 
ce nombre sur 50 semaines ou 350 jours est #° 8" 876%". C’est ce qu'on 
appelle le résidu ou la marque d’une année simple. 

Treize lunaisons font 383 21* 589%, d’où, en ôtant 378 jours, qui 
font 54 semaines, reste Bi 21% 589°: : ce reste prend le nom de résidu 
d'une année pleine. 

Le moled de tischri, premier mois de l’année, est en même temps le moled 
de cette année. Quand on connaît le moled d’une année quelconque, on 
trouve facilement celui de l’année suivante, en y ajoutant le résidu de 
l’année proposée, 4° 8": 876%! si elle est simple et 5i: 21" 589%", si elle 
est pleine. 

Exemple. — L'année 5610 est simple et a pour moled 2° 15" 746%": (le 
lundi 15" 746%). Comme on le verra plus tard, le moled de l’année sui- 
vante, 5611, sera 2: 15% 746%: + 4j 8 876%: — 7i OÙ 542%, ou le 
samedi à O°: et 542% 

Autre exemple. — Le moled de l'année 5613 est 3 6" 927". Cette 
année étant pleine, comme on le verra (IX), le moled de l’année suivante, 
5614, sera : 3j: 6" 927 LE Bi. 24h 589. — 9j 4h 436", ou bien 
2i 4 436%", en observant que le nombre de jours d’un moled ne doit 
jamais dépasser celui de la période hebdomadaire. 


2] 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


Si l'on déduit du moled d’une année le résidu de l’année précédente, 
on aura le moled de cette année. 


Cycle Judaïque. 


VIII. On sait que Méton, l’Athénien, a introduit, l’an 432 avant le 
Christ, le cycle lunaire, qui porte encore son nom et qu’on appelle aussi 
le cycle d’or, parce que les Grecs le gravaient en caractères d’or sur les 
murs de leurs temples. 

Hillel, après lui avoir fait subir quelques modifications, l’a pris pour 
base de son calendrier judaïque. Le Talmud lui donne le nom de machsour 
katan, qui veut dire petit cycle, pour le distinguer du cycle solaire, 
qu’il appelle le grand cycle et dont il faisait le même usage que les chré- 
tiens. 

235 lunaisons forment le cycle d’or, que nous appelons le cycle ju- 
daïque. Cette période vaut, à très-peu de chose près, 19 années solaires. 
En effet : 


h.  chl. Set ef OM à 


ji. 
La durée d’une lunaison ou du mois synodique étant (V). . 29 12 793—929 12 44 534, 


j- h.  cehl. j: h, m. s. j- 
255 lunaisons font. . , . . . 69359 16 595 — 6939 16 33 3£— 6939,68962 
1 année solaire julienne . . . 365 6 
19 années solaires juliennes . . 6939 18 000 — 6939 18 — 6939,75 
La DIFFÉRENCE EST. . . 1 485 — 1 926 562— 0,06038 


j. 
S'il s'agissait de la véritable année tropique, 365,242264, on aurait : 


i 
19 années tropiques. . . . . 6939,60302 


955 lunaisons. . . . . . :  6939,68962 
À Ÿ ATTEINTE b. m. s. 
La DIFFÉRENCE EST. . . 0,08660 — 2 4 49,24. 


Cela nous montre que le temps de 2355 mois synodiques, ou le cycle 
lunaire, est plus petit de 1" 485%: ou 126% 56% £ que 19 années 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 9 


juliennes, et plus grand de 2" 4" 42*,24 que la véritable année tro- 
pique répétée 19 fois. 

IX. Le cycle lunaire vaut exactement 19 années judaïques; mais 235 
lunaisohs font 19 années lunaires de 12 mois chacune, et il reste 7 mois 
qu’il faut répartir entre 7 de ces 19 années. Par ce moyen, le cycle lu- 
naire se trouve composé de 12 années simples (de 12 mois chacune) et 
de 7 années embolismiques (de 13 mois chacune); les 3°, 6me, me, 11m, 
14me, 17me et 19e années dans chaque cycle sont les années pleines ou 
embolismiques 1, On sait déjà (VI) que le mois intercalaire se place après 
schebath. Le Talmud a fait de la première année de la création la pre- 
mière d’un cycle : aussi pour savoir si une année judaïque est embolis- 
mique, suffit-il de diviser par 19 le millésime de cette année; si le reste 
de la division est un des sept chiffres indiqués plus haut, l’année est 
embolismique; sinon, elle est simple. Le quotient indique le nombre des 
cycles écoulés depuis la création; le reste, le quantième ? de l’année 
donnée dans le cycle courant. 

Prenons pour exemple l’année 3613 : on divise 5613 par 19; on 
trouve un reste 8 et un quotient 295. Donc, l’année proposée est la 8° 
du 296% cycle de la création, et par conséquent elle est pleine. 

X. Nous avons vu (VIII) que 235 lunaisons ou un cycle contiennent 
6939i 16" 595%, Si l’on divise ce nombre par 7, pour en extraire le 
nombre entier des semaines, on trouve qu'il y a 991 semaines et 
2 16" 595%, Cet excédant, savoir 2: 16" 595%, est ce qu’on appelle le 
résidu cyclique ou la marque du cycle. Quand on connaît le moled-tischri 
pour le commencement d’un cycle, il faut y ajouter le résidu cyclique 
pour avoir le moled-tischri qui commence le cycle suivant. 

Exemple. — Le moled-tischri de la première année du 296 cycle (l'an 
5606) étant 4 15" 769%: (voir XID), le moled-tischri de la première année 
du 297 cycle (l'an 5625) serait 7 8" 284%; car on a 4 15% 769%" 
+ 9j. 46»: B9Bchl. es 7h 8?- 284! 


1 L'intercalation de Méton suivait cet ordre : 3, 5, 8,11,13,16 et 19. 
? ILest à remarquer que le cycle lunaire judaïque ne s'accorde pas avec celui des chrétiens : 
les juifs ont recommencé leur cycle en 1845; les chrétiens ont recommencé le leur en 1843. 


Toue XXVI. 9 


10 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


On voit facilement que 4ÿ 15" 769%: 9j; 16" 595%:.ou Li 23" 174% 
doit marquer le moled du commencement du cycle précédent, le 295% cycle. 


Détermination du moled de la création. 


XE Pour obtenir cet élément principal, il faut partir d’un certain moled 
bien déterminé. Les auteurs du calendrier juif choisirent celui de tischri 
de l’an 4105, qui correspond à l’an 544 après J.-C. L'an 4105 commence 
un cycle judaïque; son moled fut mis au 23 gorpiäus ou septembre, à 
10% 41% 20° du soir; c'était, selon le calcul juif, le lundi 24 septembre, 
à 4% 2041, temps de Jérusalem. La conjonction moyenne s’accordait 
avec ce moled à très-peu près. 

En partant alors du moled de l'an 4105 de la création, celui de l'an 1 
du monde s’obtient de la manière suivante : le moled de la création précède 
celui de l'an 4105, de 4104 ans ou 216 cycles. Or, le paragraphe X 
nous fait voir qu’il faut, pour trouver le moled d’un cycle passé, multiplier 
le résidu cyclique par le nombre des cycles précédents, et déduire le ré- 
sultat du moled donné. Multiplions donc le résidu cyclique, 2 16" 595%: 
par 216, nous aurons 580i 25° ou 6:23": seulement, en ôtant les se- 
maines entières qui se trouvent dans 80 jours. Déduisons ce résultat 
du moled connu , 2 4" 204‘; le reste, 2ï 4% 204%: = Gi 23h — 
Qi 4h 204% 2 Gi 23? — 9i 5" 204%, est le moled de la création qu'on 
cherche. Ainsi le moled de la création a eu lieu un lundi, à 5" 204! 
temps de Jérusalem. 

En ôtant 344 de 4105, le reste 5761 indique l’année julienne, avant 
le Christ, où ce moled arriva ; mais dans quel mois et à quel quantième 
ce phénomène a-t-il eu lieu? c’est ce que nous allons chercher. 

19 années judaïques étant plus petites de 1% 26% 56%? ou 1% 485%" 
que 19 années juliennes {voir VII), 4104 ans où 216 cycles font une 
différence de 1" 485%: x: 216— 15 1"; donc le moled-tischri de la création 
a dû arriver 13ï 1" après le 24 septembre à partir de 4" 204", ce qui le 
fait tomber le 7 octobre, à 5 heures et 204 chelakim. On en conclut que le 
moled de la création a dû arriver le lundi 7 octobre à 5" 204%" de l’année 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 11 


julienne 3761 , en considérant que le jour commence à 6 heures après 
midi , et que c’est du méridien de Jérusalem qu'il s'agit. 

Ce moled est appelé par les juifs le moled behard, mot qui n’a pas de 
sens, mais qui se compose des quatre lettres b, h, r,d, qui ne sont autre 
chose chez eux que les nombres 2, 5, 200 et 4, ou bien 2i 5" 204% 

La création d'Adam est fixée par le Talmud au vendredi, à 2 heures 
du matin, temps civil. 

Les juifs ne sont pas d'accord entre eux sur le moled de la création 
d’Adam : les uns veulent que ce soit 6 14": ou le vendredi, à 8 heures, 
temps civil, et que behard soit celui de l’année précédente !, qui renferme 
la semaine de six jours de la création; les autres disent que behard est le 
moled de l’année de la création d'Adam, et que l’année précédente n’est 
pas comptée pour l’âge du monde. Ils diffèrent aussi sur le mois de la 
création : les uns opinent pour le mois de nissan, les autres pour tischri; 
cette dernière conjecture a prévalu. 


Détermination du moled d’une année quelconque. 


XIL Les éléments que nous avons donnés jusqu’à présent, nous con- 
duisent à cette règle générale : pour calculer le moled-tischri d'une année 
quelconque dela création , divisez le millésime de cette année par 19, le 
quotient vous donnera le nombre des cycles écoulés; le reste, le quantième 
de l’année dans le cycle courant; multipliez 4° le quotient par le résidu 
cyclique 2 16% 595%; 2% Je reste moins un (qui est le nombre des 
années écoulées dans le cycle.courant) par le résidu d’une année simple, 
4 8" 876; 3° et, enfin, le nombre des années embolismiques, entière- 
ment écoulées dans votre cycle, par 15 12 793%, qui est la différence 
entre le résidu d’une année pleine et celui d'une année simple; ajoutez la 
somme de ces trois. produits au moled de la création, 2 5" 204%, vous 
aurez le moled-tischri de l'année donnée. 


‘ Dans cette année régnait encore le tohu-bohu. D'où vient qu'on appelle aussi le moled behart . 
celui de tohu-bohu. 


12 | SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


Prenons pour exemple l’année 5617 de la création: en divisant ce 
nombre par 19, on aura 295 pour quotient et 12 pour reste; cela veut 
dire que l’année proposée est la 12% dans le 296% cycle, et qu'il y a 
déjà 295 cycles et 11 ans d’écoulés. Dans ces 11 années, on en compte 
4 embolismiques (les 3°, Gme, 8me et 11%); faisons donc les produits : 


je Oh cbl. h. chi. 


416.595: ,xX:8298% shui een lisser itotmi16:140i1665 

4,18 876010 or ce rrisnrasidhét its 0006 
L'ART NUE ST de ag de ee nues Ne NE En fe 0 AS 

maoled 6 14 CFÉALION Us be UNS 00 
Somme. ©: | ‘3121849 49° 617 

En extrayant de la somme les multiples de 7, il restera 2 49 617 


Le moled-tischri de Yannée 5617 de la création est done 2: 19* 617% 
c’est-à-dire qu’il arrive un lundi, à 19-heures et 617 chelakim. 

XIIL. Cette méthode étant très-longue, essayons d’en trouver une autre 
plus commode, en nous servant du calendrier perpétuel, s’il est possible. 
Mais il faut d’abord chercher la période d'années ou de cycles au bout 
desquels le moled behard ou tout autre moled reparaîtra. Réduisons pour 
cela le résidu cyclique en nombre fractionnaire de jours, nous aurons 
2i 16 595% — 145 jours. Les deux termes de cette fraction sont irré- 
ductibles ; le nombre cherché, devant être entier, faisant avec 45° un 
produit également entier et divisible par 7, on voit facilement que le plus 
petit nombre qui remplit ces trois conditions est 5184 X 7 ou 56288; 
donc, le moled behard ne reparaîtra qu'après 36288 cycles, ce qui fait 
689472 années. Il en résulte qu’on ne peut point établir un calendrier 
perpétuel, rigoureusement parlant. 

Cependant, on peut trouver d’autres périodes qui, moyennant quelques 
petites modifications, pourront servir comme tel, pour donner le moled- 
tischri d’une année quelconque. En effet, le résidu cyclique pris 15 fois, 
donne 54ÿ 23" 175%: ou 5 semaines moins 905 chelakim; de là résulte 
que les moled reparaîtront, à 905 chelakim près, après une période de 
15 cycles ou 247 ans. Il suffit donc de retrancher 905 chelakim du moled 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 15 


d’une année quelconque pour avoir le moléd de l'année qui arrive 13 
cyeles ou 247 ans plus tard; il faut en ôter 905 X 2; 905 X 33; 905 X 4; 
uv .ti 905 X q chelakim, pour obtenir le moled de l'année arrivant au bout 
de 15 x 2:15 x 53 15 X 4:...:15 X q cycles; de sorte que l'expres- 
sion 905 X q chelakim est, en général, ce qu’il faut retrancher d’un moled 
connu d’une année quelconque pour avoir celui de l’année qui arrivera 
15 X q cycles plus tard. C’est là notre méthode au fond : le paragraphe 
suivant en contient l’éclaircissement. 

XIV. Quand on part d’une certaine période de 13 cycles et qu’on a 
calculé une fois pour toutes les moled des 247 années qui forment cette 
période, il est très-facile de se servir de ces moled, pour trouver ceux de 
toutes les années futures ou passées ; il faut simplement pour cela déduire 
l'expression 905 X qchelakim du moled calculé de l'an qui porte le même 
quantième dans la période que l’année proposée. Pour plus de facilité, 
j'ai donné à l'expression soustractive — 905 X q chelakim une forme addi- 
tive: + (4: 25" 175%) 1, et je l'ai ensuite réduite en table (table 1). 
J'ai calculé aussi, par préférence, les moled des 247 premières années de 
la création. Ces moled sont consignés dans la table 1]. 

Au moyen de ces deux tables, le calcul d’un moled quelconque se 
réduit à une simple addition de deux nombres aliquotes. 


Usage des tables E et IT. 


XV. Règle générale. — Pour trouver le moled d’une année quelconque de 
l'ère juive, d’après nos deux tables, on cherche, dans la deuxième colonne 
de la table I, le plus grand des nombres des années inférieures au millé- 
sime de l’année proposée : ce sera l’argument; on prend la correction qui 
y correspond et on la conserve; ensuite, on prend l’excédant du millésime 
de l’année donnée sur cet argument; on rentre avec cet excédant en tête 
de la table IT; on y cherche (dans la {°° ligne horizontale) le plus grand 
des nombres des années qui lui sont inférieures : ce sera le premier argu- 


! En effet, — 905% (4 — 905%) — 4 = (Qi 23% 178%) — 4 ji 23% 175%, donc : 
— 905 X q = + Q (1) 23% 175%). 4}: est négatif, 23" 175%: positif. 


14 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


ment pour la table Il; la différence entre celui-ci et l'excédant indiqué est 
l’autre argument, par lequel il faut entrer dans la première ligne ver- 
ticale (à gauche). La case qui correspond à ces deux arguments ou 
entrées à l'instar de la table de Pythagore, contient le nombre qu'il faut 
ajouter à la correction conservée, pour avoir le moled-tischri de l’année 
donnée. 

Prenons pour exemple l'année 5617. Le plus grand nombre inférieur 
à 5617, dans la table 1, est 5454; la correction qui correspond à celui-ci, 
dans cette table, est 1 5! G10°4:; l'excédant de 5617 sur 5454 est 185: 
le plus grand nombre inférieur à 183, en tête de la table 1}, est 171 : c’est 
le 1° argument ou entrée; le second sera 183 — 171 ou 12. 


En suivant donc la colonne verticale qui porte en tête 171 , et la . 


jh. ch. 
colonne horizontale marquée 12, on tombe sur le nombre . 3 14 007 
La correction trouvée par la table J étant . 1 5 610 
La somme. 2 19 617 


sera le moled-tischri de l’année 5617 de la création. 

Autre exemple. — Quel est le moled-tischri de l'année 7577 de la créa- 
tion ? 

Nous prenons dans la table I la correction qui correspond à 7410 : 
cette correction est 2: 22h 930%; les deux nombres qui nous servent 
d'entrées pour la table [sont 152 et 15; car le premier est le plus 
grand nombre inférieur à 167 — 7577 — 7410 dans cette table; le 
second est égal à 167 — 152. 


ji h cl 

Le nombre qui correspond à ces deux entrées est. . . =. . : 1 12 673 
La correction trouvée par la table F étant . . : . . : . : 9 22 930 
La somme sera. . . . . . . 0 11 523 


Mais il faut remplacer Of par le chiffre 7, et le moled cherché sera ainsi 
7i 11% 525%: ou un samedi, à 11 heures et 323 chelakim. 

Il ne faut pas perdre de vue que le jour commence à 6 heures après 
midi et que 1080 chelakim font une heure. 


Voici les deux tables : 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


15 


TABLE I. 

gs 
Ca CELL CORRECTION. CLLES CORRECTION. 
(q). : dress q (Ai: 25h. 47ehL.), (q). dia q (ui: 23h. 176eblL), 
hi ‘à ehl. fn: 2 ebl. 
1 247 T 93 175 31 7657 3 22 9% 
| 2 494 T 22 550 32 7904 3 21 200 
5 741 1 21 52% 33 8151 3 20 375 
4 988 1 20 700 34 8398 3 19 550 
5 1235 T 19 875 35 8645 © 5 18 72% 
6 1482 T 18 1050 36 8892 3 17 900 
7 1729 T 18 14 37 9139 3 16 1075 
8 1976 T 17 320 58 9386 3 16 170 
9 2295 T 16 495 39 9635 3 15 34 
10 2470 T 15 670 40 9880 3 14 520 
11 92717 T 14. 845 41 10127 3 13 695 
12 2964 T 15 1020 42 10374 3 12 870 
15 s21t T.15 115 45 10621 3 11 1045 
14 3458 T 12 290 44 10868 3 11 140 
15 370$ T 11 465 45 11115 3 10 315 
16 3952 T 10 640 46 11562 3 9 490 
17 4199 T 9 815 47 11609 3 8 66% 
18 4446 T 8 990 48 11856 3 7 840 
19 4695 18 -& 49 12103 3 6 1015 
20 4940 T 7 2060 50 12550 3 6 110 
21 5187 T 6 43% ÿl 12597 3 5 285 
22 5434 T 5 610 52 19844 3 4 460 
23 5681 T 4 78 53 13091 5 3 63 
24 5928 T 5 960 54 13538 3 2 so 
25 6175 RE 55 13585 3 1 985 
26 6422 Î 2 250 56 15832 3,1... 00 
27 6669 T 4 405 #7 14079 ÿ O0 255 
28 6916 T O0 580 58 14326 3 93 430 
29 7163 3 93 755 59 14575 3 2 60% 
| 30 7410 3 22 950 60 14820 3 21 780 

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SUR LE CALENDRIER JUD: 


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‘IE S'IAVE 


SUR, LE CALENDRIER JUDAIQUE. 17 


Fixation du jour de l'an. 


XVI. La partie diurne du moled d'une année quelconque indiquerait 
toujours le quantième du jour de l'an dans la semaine, si d’anciens usages 
israélites n'avaient pas obligé l’auteur du Calendrier de s'imposer les cinq 
modifications ou exceptions suivantes : 

Première Eexceprion. Jach, ou 18. Cela veut dire que quand la partie 
horaire du moled de l'an est 18 heures ou plus grande que 18 heures, on 
doit ajouter 1 jour à la partie diurne pour indiquer le quantième du jour 
de l'an dans la semaine, 

Exemple. Le moled de l'an 5617 est 2ÿ 19" 617%. Cette année doit 
commencer par 3-ou un mardi. 

Voici le motif de cette exception : d’après les juifs, la lune ne devient 
visible à l'œil nu que 20° 20°: au moins après la conjonction vraie; la con- 
jonction calculée ou moyenne arrive, au commencement de l’automne, 
15" 45°: après la conjonction réelle; il en résulte que le croissant du jour 
de l’an ne serait visible que 6" 35": après le moled calculé; ce serait donc 
le lendemain du jour indiqué par la partie diurne (si la partie horaire est 
de 18 heures ou au-dessus) que les premiers linéaments de la nouvelle 
lune seront visibles à l'œil nu. 

Deuxième exceprion. Adou, ou 1, 4, 6. Cette exception s'explique ainsi : 
les dimanche, mercredi et vendredi sont exclus pour le jour de l'an; de 
sorte que chaque fois que la partie diurne du moled d’une année est 
1, 4 ou 6, le jour de l'an doit être remis au 2, 5 ou 7, c'est-à-dire au 
lendemain du jour exclu. 

Exemple. Le moled de l'année 5619 est 4ï 13" 209. Cette année doit 
commencer par à ou un jeudi, le 4 étant exclu. 

Maimonides dit que cette exception est motivée sur la nécessité de 
rapprocher le mouvement moyen du mouvement propre. D’autres la mo- 
tivent sur la nécessité de ne pas avoir deux jours consécutifs d’interrup- 
tion dans les travaux ; en effet, si on célébrait la fête du jour de l'an le 


dimanche ou le vendredi ; on aurait deux jours de suite d'interruption de 
Toue XXVI. 3 


18 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


travaux, le sabbat et le dimanche ou le vendredi et le sabbat. Si on en 
faisait le mercredi, le 10% jour, le kippour ou la fête d’expiation tombe- 
rait sur un vendredi, jour suivi par un sabbat. 

Troisième EXCEPTION, Jach, adou , ou 48 et 1, 4, 6. Cette exception n’est 
que la réunion des deux premières exceptions. Dans ce cas, il faut ajouter 
2 jours à la partie diurne du moled pour avoir le quantième du jour de 
l'an dans la semaine. 

Exemple. Le moled de l'année 621 étant 7i: 19°: 594%, le jour de l'an 
devait être indiqué par 8 ou 1 (exception jach); or 1 est exclu (par l’excep- 
tion adou); il faut donc remettreile jour de l’an au 2, c’est-à-dire au lundi. 

Quarrième ExcEPTION. Gathrad, ce qui veut dire 3ï:9* 204%, En voici 
l'explication : quand la partie diurne du moled d’une année simple est 3 
et que les deux autres parties sont de 9" 204% ou au-dessus, le jour de 
l'an doit être porté au , c’est-à-dire au jeudi. 

Exemple. L'année 5620 est simple (IX); de plus, son moled étant 
3 10" 798%, le jour de l'an doit être remis au 5, c'est-à-dire au jeudi. 

Mais si nous prenons l’année 5809, par exemple; cette année est 
pleine (IX) et quoiqu’elle ait pour moled 5 10% 759%", elle doit com- 
mencer le 3 ou le mardi, parce que l’exception n’a pas lieu. 

Le motif de cette exception est la nécessité de ne point dépasser les 
nombres assignés aux années dans l’article (VI). En effet, si le moled d’une 
année simple est 55 9 204‘, celui de l’année suivante sera 7:18" (VII). 
Or, d’après la 3" exception, cette dernière année doit commencer le 
lundi; donc, l’année précédente finit le dimanche; et si elle avait com- 
mencé le mardi, elle compterait 356 jours; mais une année simple ne 
peut jamais avoir plus de 355 jours (voy. VI et XVII). I faut donc re- 
mettre au jeudi (4 étant exclu) le commencement de l’année simple qui 
aurait pour moled 5 9} 204%. 

Cinquième exceprion. Bthou-Takpath, où 2} 15° 589°*, c’est-à-dire que 
lorsque la partie diurne d’un moled d’une année simple précédée d’une 
pleine est 2, et que les deux autres parties sont de 15" 589%: où au- 
dessus, le jour de l’an doit être porté au 5, ou au mardi. 

Exemple. L'année 5688, qui est une année simple, précédée d'une 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 19 


année pleine (voir IX) et qui a pour moled 2: 16" 271%, doit commencer 
par un 5, ou un mardi. 

La raison est la suivante : si l'année qui a pour moled 2: 15" 589 
commençait le lundi, l'année précédente finirait le dimanche; or, le 
moled decette dernière (qui est pleine) est, d'après (VIF), 2: 15°: 589%: 
— à: 21% 589% 5 18%, D'après l'exception 3, cette année doit 
commencer le jeudi; mais pour qu’une année pleine commence un jeudi 
et finisse un dimanche, il faut qu’elle n'ait que 382 jours, et comme cela 
est impossible: (VI), on doit done remettre le commencement de l’année 
en question au mardi, quand la condition s’y trouve remplie. 

XVIL Nous avons vu (VI) qu'il ya six espèces d'années juives, savoir : 
trois espèces d'années simples et trois espèces d'années pleines, dont voici 


le tableau : fi FIL 


(ht ” + 
Espèces. Années. Jours. Semaines, Jours, 


eo à | Défectueñse } 17711 333 50 35 

11 va 51.11 Régulière mn | ” 334. ” >0 4 
5 :..:.14 Complète |, 395 É L. Se 

4 ss: « . Défectueuse (383, , 54 5 
5..... Régulière } pleine ? ‘384 34 "6 
Lan Qor888: 88e 10 


6: .!... Complète 

: Pour connaître: quelle est l'espèce d’une année donnée, il faut com- 
mencer- par calculer. le-moled-tischri de cette année, ainsi que celui de 
l'année suivante; de là on conclut facilement le quantième du jour de 
l'an dans la semaine pour. l’une et l’autre année. Retranchez le premier 
du second; silereste est,3, l'année est de première espèce (défectueuse) ; 
elle sera de 2° espèce (régulière), si le reste était 4 ; quand le reste est à 
et que l’année-est simple, cette année doit être de 3° espèce (complète); 
mais si elle est pleine, le reste étant toujours 5, elle serait de 4*° espèce; 
enfin, selon -que le reste est 6 ou 0, l’année est de 5" ou de 6° espèce. 
Prenons pour premier exemple l'année 3617. Le moled de cette année 
est 2: 19::647%4, «celui. de. l’année suivante 5618 est 7.4" 413%; 
l’année 5617 commence done par un 3 (exception jach); celle de 3618, 
par un-7; 0r07 + 3:= 4, done, l’année donnée 5617 est une année de 


20 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


2% espèce (régulière), et elle doit compter 354 jours ou 50 semaines. 
et 4 jours. 

2ne exemple. L'année 5615. Le moled de cette année est 3i 69274. celui 
de 5614 est 2i 4" 436%}. La première commence par 3, la seconde par 2. 
La différence est 2 — 3 ou bien (7 + 2) — 3= 6. Donc, l’année 5613 
est de 5% espèce et elle doit avoir 384 jours ou 54 semaines et 6 jours. 

5e exemple. Soit l’année 5645 ; le moled de cette année est Gi: 13": 23261. 
celui de 5616 est 3i: 22": 28°"; ces deux années commencent par 7 et 5, 
la différence est 5 — 7 ou (7 + 5) — 7 — 5, et comme l’année proposée 
est une année simple (IX), elle est par conséquent de troisième espèce et 
elle doit avoir 355 jours ou 30 semaines et à jours; mais si nous pre- 
nons l’année 5616 pour exemple, nous trouverons que cette année com- 
mence par un 5; l’année suivante commencera par un 3. La différence 
3—5ou(7+353)—5—=5: cette différence étant D, et l’année étant 
embolismique , l'espèce est la quatrième. 

XVIII. La connaissance de l'espèce d’une année détermine les lon- 
gueurs des deux mois variables, marscheschwan et kislew (VI); or, on recon- 
naît que l’année à un ou deux’ adar, selon qu'elle est simple ou pleine 
(VI); donc, la connaissance du jour de l’an et la longueur de lannée 
suffisent pour dresser tout le calendrier de cette année : car toutes les 
fêtes judaïques sont immobiles , comme on le verra bientôt. 

Les juifs choisissent pour construire leur calendrier les trois données 
suivantes : 1° le quantième du jour de la semaine auquel correspond le 
jour de l'an; 2° espèce ou la longueur de l’année ; 5° le quantième du 
jour de la semaine auquel correspond le 15 nissan, premier jour de la 
fête de Pâque. On appelle ces trois données kbioth (détermination). 

XIX. Je vais donner maintenant les principes d’après lesquels j'ai con- 
struit la table qui va suivre et qui sert à déterminer les jours initiaux des mois 
hébreux, quand on connaît l'espèce de l’année et son jour initial. Les es- 
pèces d'années étant au nombre de 6, le jour de lan, restreint dans quatre 
jours de la semaine (lundi, mardi; jeudi et samedi), on a en tout 24 com- 
binaisons dont on peut en exclure 10. En effet, on voit sans peine que : 

1e Si le jour de l'an est le 2 ou le 7, l’année ne peut être ni de deuxième 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 21 


ni de cinquième espèce ; il y a donc quatre combinaisons à exclure (2 pour 
chacun) ; 

2 Si le jour de l'an est un 3, l'année est.de deuxième ou de cin- 
quième espèce ; il y a donc encore quatre combinaisons à exclure ; 

3° Lorsque l’année commence par un D, elle n’est ni de première ni 
de cinquième espèce; il y a par conséquent deux combinaisons à exclure. 

On voit par là que les 24 combinaisons se réduisent à 14 combinai- 
sons possibles et dont voici le tableau : 


Jogrs de l'an. (t Lopiege d'années possibles. 
eu M VE US TE ADO BC RTE F0 M 
Le Mai armee su soc 5 da! de à à D 
D'UIRRAIEIEOQ HIS V | 2, 5! 

8 06 1819. SOIN SION !2. 2; 5-4, € 6; 


Il suffit donc de 14 calendriers pour avoir un calendrier perpétuel, 
quant aux fêtes et jours initiaux des mois. | 

XX. C’est d’après ces principes.que j'ai construit la table suivante dont 
j'ai parlé dans le paragraphe précédent. Elle se compose de deux parties : 
l’une est pour les années simples, l’autre pour les années pleines. Ainsi, 
quand on connaît le jour de lan, l'espèce de cet an.et qu'on entre en 
tête de la table par le premier, et en dessous par le second (l'espèce 
d'année) sur une même colonne, on trouvera immédiatement l’initial de 
chaque mois, dans la case commune, entre la colonne verticale et la 
colonne horizontale qui passe par le mois dont il s’agit. 

Premier exemple. L'initial de l'année 5617 étant 3, de plus, cette année 
étant de 2 espèce, les initiaux, de 12 mois qui font l’année donnée se 
trouvent sans peine, en cherchant dans la première partie de la table III 
(l'année étant simple) la colonne verticale qui porte en tête 3 et 2 en 
dessous. Cette colonne est la quatrième. Elle nous fait voir que tischri 
commence le 3 (mardi), marscheschwan le 5 (jeudi), kislew le 6 (vendredi), 
tebeth le L (dimanche), etc., etc. 

2e exemple, L'année 5616-commence par un 5 ; elle est de 4° espèce 


22 


(pleine et défectueuse). On cherche; dans la 2" partie de la table, la 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


colonne verticale en tête de laquelle se trouve 5 et en dessous de laquelle 


est 4. Cette colonne est la cinquième; on y lit vis-à-vis de sischri, 


T vis-à-vis de marscheschwan , 1: devant kislew, 2 dans le parallèle de 


tebeth, etc., etc. 


TABLE IXI. 


nie 
Années simples. Années pleines. 

MOIS. 28 | 5| 6LZIT MOIS. 2'RPRESEENT 7 

Tischri 30... ...: 2183151517 |7 | Tischri 30.1... 212/815}/5!717 
Marscheschwan 29,30, 41517 |7|2|2 | Marscheschwan29,50. | 4 |, 4 | 5 7 | 7 | 2 | 2 
Kislew 50, 29 .... 6161112153 | 4 || Kislew 50, 29. .... 51616|11|215|4 
Tebeth 29... 04 TITle | 4T41"6 | Tebeth 29”. - . 2... 6/11112|4!416 
Schebath 30. . : . 22/4 | 5 | 6} 71} :Schebath 30... 01 Zola US 15 I7 
Adar 99:54. 0 15 4,14, 6,|7 | 7:).2,/! Adan@0, 43. 04! 2,144 415 1,7 17 | 2 
Nissan 30....... 5151711418 |lYendar29...,.... 4161 6|7|121|21|4 
gd Tér : Sr TE 2 LT PUS ES PO PNA OU 2 7 BITET TENTE S"TS 
Siwan 30 ....... ALT SNA 416 Var 29 ANUE 7 7:92: F2:18 4% | 6.17 
Thamouz 29 . . . .. 5 | 5 | 5. | 6 | 6 | 1 || Siwan 30... .:., 113/514161!6|1 
AD DU due e Ve 41416171] 7 | 2 | Thamouz 29 . 0: .. 845] 6111115 
Eloul 29, 7... 4w Dal 26 TA PS PEN RAD POS ERA 416,61712/|21|4 
Elouli29. ::1:. 1410 611112|41|1416 

Espèces d'années . . . 5 | 219215 | 1 | 53 || Espèces d'années. . . | 41 6151416 |41)6 

Tekouphath. 
saisons. 


XXI. Ce mot peut s'expliquer par : commencement des 
Il y a quatre tekouphath, savoir : 
1° Tekouphath-tischri, ou commencement de l'automne; 


2 oups 
guide 


4 — 


tebeth, 
nissan 


thamouz 


— 


de l'hiver ; 


du printemps ; 


de l'été. 


Ces tekouphath se trouvent insérés dans les louah: des juifs. 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 23 


Le tekouphath-tischri de la création a eu lieu, selon les juifs, 12:20" 204" 
avant le moled-tischri de la création. Le Talmud assigne pour la durée de 
chaque tekouphath 91 74 heures : c'est exactement le quart de l’année 
julienne. On se rappelle qu'on a vu (VIII) que la durée de 19 de ces 
années est plus grande de 1" 485%: que celle de 19 années judaïques. 
L'ensemble de ces notions nous mène à une règle très-facile pour trouver le 
jour judaïque où tombe le tekouphath-tischri d’une année quelconque. Cette 
règle est la suivante : divisez le millésime de l’année moins un par 19, le 
quotient sera le nombre des cycles écoulés; le reste, les années écoulées 
dans le cycle courant. Multipliez le quotient par 1" 485%"; ajoutez le 
résultat à l'avance que vous trouverez dans la table IV (article XXIV), 
vis-à-vis de votre reste; déduisez de la somme 12: 20" 204%; la partie 
diurne plus 1 vous donnera le quantième du jour dans lequel tombe le 
tekouphath-tischri, en comptant du jour où le moled-tischri a eu lieu. 

Exemple. On demande le tekouphath-tischri de l'année 5615 du monde; la 
division de 5614 par 19 donne 295 pour quotient et 9 pour reste, donc : 


j bb cn. 

208 X (4% 488). Gus D 0 ... 47 149 513 
La table IV donne vis-à-vis de9. . . -. . . 9 8 837 
Somme. . CS ce, 27 49792 

Retranchez de cette somme la constante . . . 12 20 204 


14 8 68 


il reste 14: 8" 68%, donc, le 15% jour après le moled-tischri de l'année 
3615 est le tekouphath-tischri de cette année; or, le moledÆischri de 3615 
tombe un vendredi (XV), le 1° tischri, le samedi (exception adou). Donc 
le 15% jour après le moled est le 14° tischri; le tekouphath-tischri arrive, 
par conséquent, le 14% jour du mois de même nom. 

On pourra trouver sans difficulté les autres tekouphath en ajoutant à 
celui de tischri 91i 7}, 182ÿ 15" et 275i 29" 1. 

Je n'insisterai pas davantage sur ce point peu important, vu qu’il est 
basé sur deux principes fautifs, légalité des durées des quatre saisons 
et la supposition que l’année tropique est de 365 6°. 


24 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


Fêtes judaïques. 


XXIT. Les fêtes judaïques sont immobiles; elles se célèbrent toujours 
au même quantième du même mois. On remet, cependant, à un autre 
jour quelques-uns des jours de jeûne quand celui-ci tombe sur un sabbat. 
Les fêtes fixées dans le mois d’adar, dans l’année simple, se transfèrent 
dans veadar quand l’année est pleine. 

Les fêtes principales chez les juifs sont : le jour de l’an, 1° tischri; le 
jour d’expiation ou le kippour, 10 tischri; le jour des cabanes ou la fête 
des tabernacles, 15 tischri; le pessah ou la fête de Pâque, 15 nissan ; enfin 
la fête des semaines ou la Pentecôte, G siwan. 

Les talmudistes ont arrêté que, hors de la Palestine, toutes les fêtes, 
excepté celle d’expiation, qui est un jeûne, au lieu de n’être que d’un jour, 
seront de deux jours consécutifs pour être à l'abri des erreurs qui peuvent 
provenir de l’écart du moled calculé. Maimonides, commentateur du Tal- 
mud, croit que ce scrupule n’est point nécessaire et que les nouvelles 
lunes, ou commencements des mois, sont mieux déterminées par les moled 
calculés que par les yeux les plus exercés !. 

Le premier jour de chaque mois est dit rosch-hodesch ou tête dn mois ; 
il y en a, par conséquent, 12 dans l’année commune et 13 dans l’année 
pleine : c’étaient autrefois des fêtes à l'instar des calendes romaines; leur 
célébration est tombée en désuétude et n’existe plus que dans la récita- 
tion de certaines prières dans les synagogues. 

Les talmudistes ont établi, aussi par la même raison, que les der- 
niers jours des mois de 30 jours seront célébrés comme un rosch-hodesch 
et se nommeront premier rosch-hodesch, tandis que le lendemain, premier 
jour du mois suivant, est le second rosch-hodesch. 

XXIIT. J'ai réuni ci-après toutes les fêtes judaïques que j'ai pu re- 
cueillir. 


1 Les juifs, avant le Talmud, fixaient le commencement de leur mois ou les nouvelles lunes, 
d’après des témoignages oculaires. 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 25 


TISCHRI. 


1, 2. Rosch-haschanah , tête de l'année, fête du jour de l’an. 

3. Zom-guédalia, jeûne guédalia; quand le 3" jour est un sabbat, le 
jeûne guédalia est transféré au lendemain dimanche 4 du mois. 

10. Yom-kippour, jour d’expiation; ce jour est un jour de jeûne où l’on 
observe une stricte abstinence, depuis 6 heures du soir jusqu’à la même 
heure du lendemain. 

15, 16. Soukoth, fête des tabernacles; quoique cette fête dure 8 jours, 
les 13 et 16 sont à la rigueur les jours de fête. Les 17, 18, 19 et 20 
s'appellent hol-hamoed; le 21, hoschana-raba; le 22 est schemini-atzereth, 
huitième jour de l'assemblée et la fin de soukoth. 

25. Sim ’hath torah, la fête de joie du torah ou la fête de joie des lois. 
Dans ce jour de fête on termine la lecture des 54 parschiüth ou péricopes, 
dans lesquelles est divisé le Pentateuque. On en recommence de nouveau 
la lecture dans la synagogue, le 1° sabbat après le 23 tischri, et on con- 
tinue ainsi, chaque sabbat, la lecture d’un parascha. Quand l’année n’a 
que 50 sabbats (année simple), on doit lire, dans certains sabbats, deux 
parascha au lieu d’un seul, pourvu que le dernier parascha (le 54") tombe 
le 25 tischri. 

30. Premier rosch-hodesch marscheschwan. 


MARSCHESCHW AN. 


1. Second rosch-hodesch. 
30. Est, dans l’année complète, premier rosch-hodesch kislew. 


KISLEW. 
1. Rosch-hodesch. | 
25. Hanouka, consécration du temple. Cette fête dure 8 jours ‘, pendant 
lesquels les travaux ne sont pas interrompus. 
50. Est, dans l’année complète ou régulière, 1° rosch-hodesch tebeth. 


‘ Pendant cette fête, on allume, dans les synagogues et dans les maisons, une seule mêche le 
premier jour, deux le deuxième, trois le troisième... et huit le huitième. La raison de cette céré- 


Towe XXVI. 4 


ANS SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


TEBETH. 
1. Rosch-hodesch. 
10. Ascharah-betebeth, le dix de tebeth, jeûne de tebeth, jeûne du siége 
de Jérusalem. Quand le 10 est un sabbat, on transfère le jeûne au lende- 
main, le 11 tebeth. 


SCHEBATH. 


1. Rosch-hodesch. 
30. Premier rosch-hodesch adar. 


ADAR. 


1. Second rosch-hodesch. 

15. Thanith Esther, jeûne d’Esther. On transfère ce jeüne au jeudi précé- 
dant, le 11 du mois, quand le 15 est un sabbat. 

14, 15. Pourim, qui signifie trer au sort. Cette fête consiste dans la 
lecture du livre d’Esther, dans les synagogues. Quand l’année est pleine, 
ces deux fêtes sont célébrées dans le veadar. 

Le 30 Adar dans l’année pleine est le premier rosch-hodesch veadar. 


NISSAN. 


1. Rosch-hodesch. 
15. La recherche du levain. 
15, 16,21, 22. Pessah ou la Pâque !. Cette fête dure 8 jours. Les 7m° 
et 8 jours sont sacrés, aussi bien que les 1° et 2", avec cette diffé- 


monie, c'est que l'on avait trouvé dans le temple, le 25 kislew et longtemps après sa destruction, 
une cruche contenant de l’huile pour un jour d'éclairage seulement, mais dont la quantité, quoi- 
que petite, a pu suffire cependant pour huit jours. 

{ Il ya trois jours dans la semaine qui sont exelus pour la fête de Pâque judaïque; ces trois jours, 
ainsi que ceux exclus pour le jour de l'an, sont exprimés dans le mot badouch, qui se compose 
de b, d, ou et ch, voulant dire 2, 4, 6 et 8. Les trois premières lettres ou chiffres, 2, 4, 6, 
sont les jours exclus pour la Pâque; les trois dernières ou 4, 6, 8, sont ceux exclus pour le jour 
de l'an. 1! est à remarquer que le 15 nissan, qui est la fête de Pâque, est le 163°° jour à partir de 
la fin de l’année, ou le 164% par rapport au 1°" jour de l’année suivante. Or, 165 jours font 23 
semaines plus 2 jours : il suffit donc de retrancher 2 du nombre marquant le jour de l’année sui- 
vante pour avoir le jour de Pâque de l’année précédente. 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 27 


rence que dans les 7 et 8% jours, on peut accomplir les actions qui ne 
doivent pas être différées de plus de 24 heures, comme l'enterrement par 
exemple. 

Les 5, 4, 5 et 6% jours après la Pâque, qui sont les 17, 18, 19 et 20 
dans le mois, quoique appartenant à la fête, ne sont pas des jours où les 
travaux sont interrompus. 

50. Premier rosch-hodesch yar. 


YAR. 


1. Rosch-hodesch. 
18. Lag beomer , le 53° jour dans l’omer ! compté du 16 nissan. 


SIWAN. 


1. Rosch-hodesch. 
6, 7. Schebouath, fête des semaines ou la Pentecôte. 
30, Premier rosch-hodesch thamouz. 


THAMOUZ. 


1. Rosch-hodesch. 
17. Scheba aschar bethamouz, le dix-septième thamouz; ce jour est un jeûne 
à la mémoire de la conquête de Jérusalem. Quand il tombe sur un sabbat, 
on le remet au dimanche suivant 18 thamouz. 


AB. 
1. Rosch-hodesch. 
9. Tischah-beab, le neuf ab; jeûne en mémoire de la destruction du temple. 
On doit transférer ce jour de jeûne au dimanche suivant, le 10, quand 


le 9 est un sabbat. 
50. Premier rosch-hodesch eloul. 


ELOUL. 
1. Rosch-hodesch. 


1 Omer est une mesure de blé. 


28 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE.: 


Concordance de l'ère judaïque avec l’ère chrétienne. 


XXIV. Nous avons vu (XI) que le moled du premier tischri de lan 1 de 
la création a eu lieu le 7 octobre, à 5" 204%! (jour judaïque) de l’an 5761, 
vieux style, avant J.-C. Cette année étant bissextile, le 7 octobre doit 
être le 281% jour; il y avait par conséquent 280ï 5" 204° d’écoulés 
lorsque le premier moled a dû arriver. Nous savons aussi (VIII) que la 
durée du cycle judaïque est plus petite de 1" 485%" que celle de 19 
années juliennes; il en résulte que le moled de la première année de 
chaque cycle arrive, dans le style julien, 1° 485%: plus tôt que celui de la 
première année du cycle précédent. Lorsqu'on connaît, de plus; l'avance 
dans le style julien de chaque année du cycle, la question de la concor- 
dance des deux ères est complétement résolue. 

On peut obtenir facilement cette avance en déduisant de 365i 6, 
2 (565i 6%), 3 (565 6"). :. 19 (365i 6"), la première année du cycle, la 
somme des deux premières, celle des troïs premières . : . . le cycle tout 
entier, en observant toujours que l’année simple — 554i 8" 876%" et que 
l’année pleine = 383 21" 589°4:. 

Cette avance se trouve calculée de cette manière dans la table ci-après : 


TABLE IV. 
du du 

PORTEURS MOLED-TISCHRI. PRE MOLED- TISCHRI. 
je oh. -chl. j# h ch 
10 921 204 11 P. 1:714:702 
2 21 18 408 12 12 11 556 
5 P. 3 2 899 15 23 8 560 
4 14 0 23 14 P. 4 16 1051 
5 24 91 297 15 19 14 7"179 
OP: 0. :9 .718 16 26- 11 579 
7 12;:92:099 17 P. 7 19 870 
8 P. — 1 12 747 18 18 16 1074 
9 9 8 837 19 P. 0 1 485 

10 20: 5 741 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 29 


L'année marquée P dans la table est une année pleine; le nombre 
— 1i 12 747%! placé vis-à-vis de la huitième année, est un retard; il 
signifie que le moled-tischri de cette année arrive plus tard dans le style 
julien; tous les autres sont des avances. 

XXV. Quand on veut maintenant savoir la date julienne du moled-tischri 
d’une année juive, il faut d'abord chercher l’année julienne dans laquelle 
tombe tischri de l’année proposée : il suffit pour cela de déduire 3761 du 
millésime de cette année; ensuite, on calcule de combien de jours, d'heures 
et de parties d'heure, le moled a avancé sur son temps primitif dans l’an- 
née julienne. En déduisant cette avance de 280ÿ 5" 204%", on aura la 
date cherchée. 

Exemple. — Pour connaître la date julienne du moled-tischri de l'année 
juive 5617, on cherche l’année julienne courante en déduisant 3761 
de 5617, et on trouve 1856. Ensuite, on divise 5617 moins un par 19, 
on aura pour quotient 295 et pour reste 11; cela veut dire qu’il y a 295 
cycles et 11 années d’écoulés depuis l'époque de cette ère; mais l'avance 
de chaque cycle est 1% 485%, l'avance correspondante à 11 années, dans 
la table IV, est 1 14" 152%, donc la somme 295 (1: 485%) E 4j 14r 
152%: ou 17 19% 515% D fi 44h 45924. — 19i- 9h: 667% sera le nom- 
bre de jours, d'heures et de parties d'heure, desquels le moled-tischri de 
l’année 5617 arrive plus tôt dans l’année julienne que celui de l'an 1 de 
la création; or, le temps du moled de l'année 1 est, d’après le para- 
graphe XXIV, 280ï 5% 204%, donc 280ï 5° 204% — 19i 9°: 667 
— 260ÿ 19" 617%" est la date cherchée; c’est-à-dire que le moled-tischri 
de l’an 5617 tombe le 261% jour ou le 17 septembre de l’année 1856 
julienne, à 19" 617°*: du jour judaïque; ce jour est, d’après les calculs 
des moled, un lundi; le 1°" tischri 5617 sera (exception yach) le lendemain 
mardi 18 septembre 1856, vieux style, ou le 30 septembre, nouveau 
style. 

XXVI. L'année 3761 avant J.-C., dans laquelle le moled de la création 
a eu lieu étant une année bissextile dans le style julien, le calcul que nous 
venons de développer ne doit subir aucune modification quand l’année 
julienne dans laquelle tombe le mois de tischri de l’année juive donnée, est 


30 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


une année bissextile; l'an 1856 étant bissextil, l'exemple précédent tombe 
dans ce cas. pat 

Mais quand cette année est ordinaire, il faut déduire du résultat précé- 
dent 18, 12 ou 6 heures, selon que l’année est la 1r°, la 2° ou.la 3"° après 
une bissextile ; la raison en est très-simple; la voici : l’année bissextile 
julienne étant de 18 heures plus longue, et l’année commune de 6 heures 
plus courte que la véritable année julienne, qui sert de base à tout le cal- 
cul, il en résulte que le commencement de la première année après une 
bissextile avance de 18 heures, celui de la deuxième, de 12, et celui de la 
troisième, de 6 heures. 

Exemple. — Cherchons la date julienne du moled-tischri de année 5622 ; 
3622— 3761, ou 1861 est l’année julienne dans laquelle tombe le moled 
cherché : cette année est la première après une bissextile, La division de 
5622 — 1 par 19 donne pour quotient 295 et pour reste 16. 


je Oh ch 
L'avance en 295 cycles est 295 (1%: 485%). . 1° = 17 19 515 
241 ên 16 ans) table: 11688 00 ne 8 CRE te 13 26 11 379 
L'année julienne étant la 1"° après une bissextile, on a encore . 18 
Somme," LE. 45 0 894 
Le temps du moled de l'an 4 est . : . . . : . 2: . . 9280 5 204 
En déduisant 45 0" 894% de 280ÿ 5": 204", on a: . … . 235 4 390 


donc le moled cherché arrive à 4* 390% du 256% jour, ou le 24 août 
1861 de l’année julienne (5 septembre, n. st.). Le ‘calcul du moled, d'après 
le paragraphe XV, nous montre que ce jour est un jeudi, et comme au- 
cune exception n’a lieu ici, ce jour sera en même temps le 1° #schri. 
XXVIL. Quant à la question inverse qui consiste à trouver la date juive 
correspondante à une date julienne donnée, on cherche d’abord l’année 
juive dans laquelle tombe le mois de janvier de l’année proposée. Pour 
cela, on ajoute 3760 au millésime de l’année julienne; l’année du monde 
étant connue par ce moyen, on en calcule le jour de lan et l'espèce (XVI, 
XVIT) pour déterminer la longueur des deux mois, marscheschwan et hislew. 
Ensuite on calcule (XXVI) la date julienne qui correspond au premier 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 31 


tischri de l'année juive qu'on vient de trouver. L'on obtient ainsi sans peine 
la date juive correspondante à la date julienne donnée. 

Exemple. — À quelle date judaïque correspond le 15 février 1855, 
vieux style (27 février, nouveau style)? On ajoute 5760 à 1855, et la 
somme ÿ615 est l’année juive dans laquelle tombe le mois de janvier 1855. 
La date qui correspond au 1°" tischri 5615 est, d’après le paragraphe XXVE, 
le samedi 11 septembre 1854, vieux style, ou le 23 septembre 1854, nou- 
veau style. Or, l’année 5615 est de troisième espèce (XVII), ou complète; 
donc marscheschwan et kislew ont chacun 30 jours ; de là résulte le tableau 
suivant : 


Samedi. . . .. 1 tischri 5615. . . correspond à 23 septembre 1854, n. st. 


Lundi... 1 marscheschwan . — 23 octobre. 
Mercredi. . .. 1 kislew. . .... — 22 novembre. 
Vendredi. . . . 1 tebeth . .. ... — 22 décembre. 
Samedi. . . .. 4 chebath . . . .. — 20 janvier 1855, n. st. 
Bundi : ..,. dadar "MR — 19 février. 
Mardi!, .", 4= nissan. : 7.505 — 20 mars. 
Jeudi. 004: 2e NOT : 5 A9 — 19 avril. 
Vendredi. ... 4 siwan...... — 18 mai. 
Dimanche . . . | tamouz . . . .. — 17 juin. 
Dundi 6. SD a — 16 juillet. 
Mercredi .:! . . 4 eloul. . . : . .. — 15 août. 


Ce tableau ne fait pas seulement connaître que le 27 février 1855, 
nouveau style, est le 9 adar 5615, mais il nous présente, de plus, le calen- 
drier complet de l’année 5615 du monde, vu que les fêtes judaïques sont 
immobiles et qu’il ne faut que consulter le paragraphe XXIIT pour se rap- 
peler de leur place dans ce tableau. 

Celui qui recule devant ces petits calculs trouvera toute faite, dans la 
table suivante, la concordance des deux ères (l'ère judaïque et l'ère gré- 
gorienne) pour deux siècles et demi, de 1845 à 2100. 


/ 


32 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 
TABLE de la concordance de l'ère judaïque avec l'ère grégorienne. 
QuasrièmE A Quanrièue 
années | espèces du ni PR lt anses Lldppte ne du 
MOLED-TISCHRI, | jour del’an “étre gré- MoLBp-Tiscuni. |jour de l'an 
judaïques. | d'années. dans 2OPT judaïques, | d'années. dans 
(‘) la semaine. | | respond à Lg re la semai 

| 
| j: h. eh. j h chl 
! 5606 2 4 15 769 5 2 octob. 1845 5636 5 5 12 152 5 50 sept. 1875 
5607 5 2 0 565 9 21 sept. 1846 5657 2 2 20 1008 5 19 » 1876b 
| 5608 4 6 9 561 7 11 1847 5658 6 7 5 804 4 8 » 1877 
| 5609 2 5 6 950 5 28 » 1848b.|| 5639 5 6 35 515 7 28 » 1873 

5610 6] 2.15 746 2 17 » 1849 || 5640 ; | 5 12 109 5 18 » 1879 

5611 6 7.20" 542 7 7 sept. 1850 5641 4 7 20 985 2 6 sept. 

5612 1 6722 "D 7 27 » 1851 5642 3 6 18 494 4 24 » 

56135 5 3 6 927 5 14% 1852b.| 5645 4 4 5 290 5 14 » 
| 5614 5 2 456 2 5 octob. | 1853 5644 2 5 0 879 5 2 octob. 

5615 5 6 13 92352 7 25 sept. 1854 5645 5 7, 9- 675 7 20 sept. 

5616 4 5 22 98 5 15 sept. 1855 5646 6 4 18 471 5 10 sept. 

5617 2 2 19 617 5 50 » 1856b.|| 5647 2 3 15 1060 5 50 » 

5618 5 7 4 415 7 19 » 1857 5648 1 1 0 856 2 19 5 

5619 6 4 15 209 5 D » 1858 5649 6 b ‘9.652 5 6 » 

5620 2 5 10 798 5 29 » 1859 5650 2 4 7 161 5 26 » 

5621 1 7 19 594 2 17 sept. 1860b.| 5651 4 1 15 1037 2 15 sept. 

5622 6 5 4 590 5 5 » 1861 5652 5 715 546 7 5 octob. 

5623 2 4 979 3 25 » 1862 5653 2 4 22 542 5 22 sept. 

5624 4 1 10 775 2 14 » 1863 5654 6 2 7 158 2 11 

5625 5 7 8 284 7 1 octob. | 1864b.| 5655 1 1 4 727 2 1 octob. 

5626 2 4 17 80 5 21 sept. 1865 || 5656 5 5 13 523 5 19 sept. 

5627 6 2.170950 2 10 » 1866 5657 5 2 22 519 6] 8 » 

5628 1 7 25 465 2 50 » 1867 5658 3 1 19 908 2 27 » 

5629 ) 5 8 261 Li 17 » 1868b.|| 5659 1 6 4 704 7 17 

5650 6 2117: 57 2 6 » 1869 5660 5 5 13 500 5 5 » 

5631 5 1 14 646 2 26 sept. 1870 5661 6] 2 11 9 2 24 sept. 

5632 4 5 23 442 Z 16 » 1871 5662 4 6 19 885 7 14 » 

5633 2 4 20 1051 5 5 octob. , 1872b.| 5663 3 5 17 594 5 2 octob. 

5634 5 2 5 :827 2 22 sept. 1875 5664 2 3 2 190 5 22 sept. 

5635 4 6 14 625 7 1954 1874 5665 6 7 10 1066 7 10 » 


(*) Selon que l'espèce est 4, 5 ou 6, l’année judaïque est défectueuse-pleine, régulière-pleine ou complète-pleine. 
(**) 1 est le dimanche, 2 le lundi, 3 le mardi, ete. 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 33 


Le 
espèces du 4" 

mozeo-riscunr, [jour dedran |" ***S#RE gré- moLso-riscunr. | jour de l'an 
Jjudaïques. | d'années. dans ee judaïques. | d'années. dans 
la semaine.| respondà | F l la semaine. 


5666 6 8 575 30 sept. | 1905 | 5701 4 2 504 
5667 517 371 20 « | 1006 | 5702 111 300 


7 4 1018 


3 7 | 98sept. | 1935 | 5731 2 |4922 947 | 5 1 octob. | 1970 
5697 2 413 8141: 5 |17 « 1936b.| 5732 | 3 |2 7 745] 2 |90sept | 1971 
5698 6 |122 Go! 2 6 » 1987 || 5733 | 4 |616 539 | 7 9 « 1972b. 
5699 1 |720 119: 2 | 96 » 1938 | 5734 | 3 |514 48| 5 |97 . 1973 
5700 6. |% 4 095 | 5 | 14 » 1930 | 5735 | 2 |2922 024| 3 |17 . 1974 


Toue XXVI. | 3 


4 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 
ne 
années | espèces pr 2 B — —— années |espèces Ne er nn 
MoLup-riscunr, (Jour de l'an Rs gré- moue-mscaat, ljourderran| 1" ***Cmmx gré- 
judaïques. | d'années. dans ie T judaïques. | d'années. dans Lo : 
la pond à | F la semaine.| responda | S'iennes. 
j. h. chl. jh ch. 

5756 6 2:7:#20 7 6 sept. 1975 5771 6 5 1 649 » 9 sept. 2010 
5737 1 6 5 229 7 25 » 1976b.|| 5772 2 5 25 158 5 29 » 2011 
5758 5 5 14, 925 3 15 » 1977 5775 1 1 7 1054 2 17 » 2012b. 
5739 3 2 11 614 2 2 octob.| 1978 5774 6 5 16 830 5 5 » 2013 
5740 6] 6 20 410 7 22 sept. 1979 5775 2 4 14 539 5 25 » 2014 
5741 4 4 5 206 5 | 11 sept. 1980b.|| 5776 6 1 25 155 2 14 sept. 2015 
5742 2. pe’ 2 795 5 29 » 1981 5777 1 7 20 724 2 5 octob. | 2016b. 
57435 3 7 11 591 7 18 » 1982 5778 2 5.5 520 5 21 sept. 2017 
5744 6 4 20 587 5 8 » 1983 5779 6 2 14 516 2 10 » 2018 
5745 2 8 17 976 5 27 » 1984b.|| 5780 3 1 11 905 2 50 » 2019 
5746 | 4.1 2 772 |.0 | 46sept. | 1985 | 5781 1.5 20 -701 |: 7 : 49 sept | 9020b. 
5747 5 7 0 281 7 4 octob. 1986 5782 5 5 5 497 5 7 » 2021 
5748 2 4:9 277 5 24 sept. 1987 5783 3 2 6 2 26 » 2022 
5749 4 117 955 2 12 » 1988b.|| 5784 4 6 11 882 7 16 » 2025 
5750 5 7 15 462 7 50 » 1989 5785 5 5 9 391 5 5 octob.| 2024b. 
5751 2 5 0 9258 5 20 sept. 1990 5786 2 218 187 5 25 sept. 2095 
5752 6 2 :9 54 2 9 » 1991 5787 6 7 5 10635 7 42 0 2026 
5753 1 1 6 645 2 28 » 1992b.|| 5788 3 6 0 572 7 2 octob. | 2027 
5754 5 5 15 439 5 16 » 1993 5789 2 5 9 568 5 21 sept. 2028b. 
5755 5 5 0 9235 5 6 » 1994 5790 4 7 18 164 2 10 » 2029 
5756 5 1 21 824 2 25 sept. 1995 5791 3 6 15 755 7 28 sept. 2030 
5757 4 6 6 620 7 14 » 1996b.|| 5792 2 4 0 549 5 18 » 2051 
5758 2 5 4 129 5 2 octob. | 1997 5795 4 1 9 545 2 6 » 2052b. 
5759 5 2 12 1005 2 21 sept. 1998 5794 3 7 6 934 7 24 » 2033 
5760 6 6 21 801 7 11 » 1999 5795 6 415 730 5 14 » 2054 
5761 1 5 19 510 7 50 sept, 2000b.|| 5796 2 35 15 2359 5 4 octob. | 2035 
5762 2 5 4 106 35 18 » 2001 5797 1 722 35 2 22 sept. 2056b. 
5765 6 :7 12 982 7 7 » 2002 5798 6 5 6 ‘#11 5 10 » 2037 
5764 3 6 10 491 "à 27 » 2005 5799 2 4 4 4920 5 50 » 2038 
5765 4 5 19 287 5 16 » 2004b.|| 5800 3 1 15 216 2 19 » 2039 
5766 2 2 16 876 5 4 octob. | 2005 5801 4 d'22 19 7 8 sept. 2040b. 
5767 5 7 ‘1 672 7 23 sept. 2006 5802 2 4 19 601 5 26 » 2041 
5768 4 4 10 468 5 15 » 2007 5805 6 2 4 597 2 15 » 2042 
5769 2 3 8 1057 5 30 » 2008b.|| 5804 1 1 1 986 2 5 oct. 2043 
5770 3 7 16 853 7 19 » 2009 5805 5 5 10 782 5 22 sept. 2044b. 


SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 35 
nd 
QuanTiÈme Le QUANTIÈNE Le 
années | espèces du . net années | espèces du Æ 
moLep-riscunr, | jour de l'an Hop gré- | moLso-riscun. |jour de l'an 1” rsscmns e- 
ñ cor- S ” cor- 
judaïques. | d'années. * mA repond à | soriennes, judaïques. | d'années. s. Dore lue. respond à | soriennes. 
h j. eh! h. j. chi. 
5806 5 219 578 5 12 sept. 2045 5841 6 715 507 _ À 14 sept. 2080 
5807 5 t17 “87 2 1 oct. 2046 5842 5 611 16 7 4 octob. | 2081 b. 
5808 1 6 1 965 7 21 sept. 2047 5843 a 3 19 892 5 24 sept. 2082 
5809 5 3 10 759 6] 8 » 2048b.|| 5844 4 1 4 688 2 13 » 2083 
5810 3 2 8 268 2 27 » 2049 5845 3 77-197 7 350 » 2084 b. 
5811 5 617 64 7 17 sept. 2050 5846 2 4 10 1073 | 5 20 sept. 2085 
5812 4 4 1 940 5 7 » 2051 5847 4 119 869 2 9 » 2086 
5813 2 2 23 449 3 24 » 2052b.|| 5848 3 7 17 578 7 27 » 2087 
5814 6 7 8 245 Ù 4 13 » 2053 5849 2 5 2 174 5 16 » 2088 b. 
5815 5 6 5 8354 7 3 octob. | 2054 5850 6 2 10 1050 2 L'Ha 2089 
2 5 14 630 5 25 sept. | 2055 | 5851 1 1 8 559 2 25 sept. | 2090 
4 7 25 426 2 11 » 2056b.|| 5852 6 5 17 555 5 13 » 2091 
5 6 20 1015 7 29 » 2057 5853 2 4 14 944 5 2 oct. 2092 b, 
2% |4 5 811 5 19 » 2058 5854 3 125 740 2 21 sept. 2093 
4 1 14 607 2 8 » 2059 5855 4 6 8 556 7 11 » 2094 
5 7 12 116 7 25 sept. 2060b. || 5856 2 5 6 45 5 29 sept. 2095 
6 4 20 992 5 15 » 2061 5857 5 213 921 2 17." 2096 b. 
2 5 18 501 5 5 octob. | 2062 5858 6 623 717 rÉ 7 » 2097 
1 1 3 297 2 24 sept. 20635 5859 1 5 21 226 r À 27 » 2098 
6 512 95 5 11 2064b.| 5860 5 8 6 2 5 15 » 2099 
2 4 9 682 5 1 octob. | 2065 5861 35 2 3 611 2 4 octob. | 2100 
5 118 478 2 20 sept. 2066 5862 5 6 12 407 z À 24 sept. 2101 
4 6 3 274 7 10 » 2067 
2 5 0 863 5 27 » 2068b. 
5 2 9 659 2 16 » 2069 | 
| 
6 |618 455] 7 | Gsept | 2070 | 
11 | 5151044 | 5 |936 » 2071 | 
5 3 O0 840 5 15 » 2072 b. 
6] 1 22 349 2 2 octob. | 2073 
1  |6 7 145] 7 |22sept. | 92074 
5 3 15 1021 5 10 sept. 2075 
3 215 550 2 28 » 2076 b. 
5 6 22 526 7 18 » 2077 
4 |4 7 192] 5 | s . | s07s | 
2. |[3 4 71| 53 |%. 2079 | | 


36 SUR LE CALENDRIER JUDAIQUE. 


REMARQUE. 
1 jours 
La durée du mois synodique judaïque étant de. . : . . 929,5305941358 
Celle du véritable mois synodique moyen de. . . . . 29,5305885721 
I en résulte, par lunaison, une différence de . . : . . 0,0000055637 


et 0i,001307 par 235 lunaisons ou 19 années judaïques; donc, les nou- 
velles lunes restent d’accord avec le ciel dans le calendrier israélite, et 
elles ne s’en écartent que d’un seul jour en 15000 ans. C’est tout ce qu’on 
peut exiger d’exactitude dans un calendrier bien fait. Mais cette exactitude 
n'a pas lieu relativement au soleil. En effet, la différence entre 19 années 
judaïques et 19 années tropiques étant de 0i,0866 (voir VIID), il en résulte 
un écart de plus de 4 jours, par 1000 ans. 

La conséquence de ceci est que les mois et les fêtes judaïques se dépla- 
ceront dans l’année solaire et que la Pâque juive (qui est le 15 nissan) 
sera, dans quelques milliers d'années, célébrée dans le mois de mai et 
plus tard dans le mois d'avril, etc., etc. 


FIN. 


MÉMOIRE 


SUR 


LES ANCIENS NOMS DE LIEUX 


DANS 


LA BELGIQUE ORIENTALE, 


Ca. GRANDGAGNAGE. 


(Présenté à l'Académie royale de Belgique, le 3 juillet 1856.) 


Tome XXVI. 1 


TABLEAU 


DES PRINCIPAUX AUTEURS ET DOCUMENTS CITÉS DANS CE MÉMOIRE ET DES ABRÉVIATIONS 
PAR LESQUELLES ILS SONT DÉSIGNÉS, 


Alphabet des terres. — Alphabet des terres, seigneuries, fiefs et dépendances de l’ab- 
baye de Stavelot. (Extrait d'un MS. de 1670). Dans l'ouvrage de de Noûe cité plus bas, 
p. 492 sq. 

Ampliss. coll. — Veterum scriptorum.….. amplissima collectio , studio Edm. Martene et 
Urs. Durand, t. II (contenant le Cartulaire des abbayes de Stavelot et de Malmédy). 
Parisiis, 4724, in-fol. 

Annales de la Société archéol. d'Arlon. — Annales de la Société pour la conservation 
des monuments historiques, etc., dans la province de Luxembourg. Arlon. 

Annales de la Société archéol. de Namur.— Annales de la Société archéologique de 
Namur. Namur. 

Ant. eccl. And.—Antiquitas ecclesiae Andaginensis Sancti Petri. Dans les Monuments 
pour servir à l’histoire des provinces de Namur, etc. (voy. plus loin), t. VIIE. 

Berruocer, Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et comté de 
Chiny. Luxembourg, 1741-1745, 8 vol. in-4°. 

Bückinc, Not. dign. — Notitia dignitatum, etc., ed. Ed. Bôcking. Bonn, 1859-1855, 
2 vol. 

Cartes anciennes. — Cartes publiées aux XVII* et XVIII: siècles, par différents auteurs 
(Friex, Visscher, de Witt, d'Anville, Kindts, etc.). Voyez plus loin Ferraris et Vander- 
maelen. 


4 MÉMOIRE 


Catalogue des vicariats. — Catalogus vicariatium quos confert ecclesia Stabulensis. 
(Extrait du même MS. que l’Alphabet des terres). Dans l'ouvrage de de Noüe, p. 493, sqq. 

CrHaPEAUvILLE où CHap.— Qui gesta pontificum Tungrensium, Trajectensium, et Leo- 
diensium scripserunt auctores praecipui..……. studio... R. D. Joh. Chapeavilli..…..typis 
excusi. Liége, 1612-1616, 3 vol. in-#. 

Cod. Loss.— Codex diplomaticus Lossensis. Voy. plus loin au mot Wolters. 

Compte rendu de la Commission d'histoire. — Compte rendu des séances de la com- 
mission royale d'histoire, etc. Deux séries de 16 et 5 vol. Bruxelles. 

De Noëe.— Études historiques sur l’ancien pays de roc et Malmédy, par Arsène 
de Noüe. Liége, 1848. 

DE Suer. — Essai sur les noms du villes et communes de la Flandre orientale, de la 
Flandre occidentale et de la Flandre zélandaise. Dans les Mémoires de l’Académie royale 
de Belgique, tomes XXIV et XXVI (1850, 1851). 

Dewez. — Géographie ancienne du département de Sambre-et-Meuse, par Dewez, sous- 
préfet de l’arrondissement de S'-Hubert. Namur, 1812. 

D'Heuricourr ou D'Hemr.— Miroir des nobles de Hasbaye, composé... par Jacques de 
Hemricourt, chevalier de S'-Jean de Jérusalem, l’an 1553 (terminé en 1398) , publié avec 
une traduction en regard, par le sieur de Salbray. Bruxelles, 1675; un vol. in-fol. Je cite 
également pour les notes et les variantes, l'édition de Jalheau (Liége, 1791) et celle que 
publie en ce moment, à Bruxelles, M. Vasse. 

Dictionnaires. —1° Dictionnaires géographiques des provinces de la Belgique, pu- 
bliés par M. Vandermaelen. Bruxelles, 1831 et suiv. (le dictionnaire de la province du 
Brabant n’a pas encore paru); 2° Dictionnaire géographique de la province de Liége, par 
Delvaux, de Fouron. Liége, 1841-1852, 2 vol. et un supplément; 3° Nomenclature 
alphabétique des villes, bourgs….. et maisons isolées de la province de Liége, par Despa, 
chef de division au gouvernement provincial. Liége, 1835. 

Documents publiés par M. de Ram.—Documents relatifs aux troubles du pays de Liége 
sous les princes-évêques Louis de Bourbon et Jean de Horne, 1455-1505, publiés sous 
la direction de la Commission royale d'histoire, par De Ram. Bruxelles, 1844. In-4°. 

Erxsr.—Histoire du Limbourg (lisez : du duché de Limbourg), suivie de celledes comtés 
de Daelhem, etc., par Ernst, curé d’Afden, etc.; publiée par M. Lavalleye. Liége, 1837- 
1852, 7 vol. Le 6° est consacré aux Codd. diplom. Falcoburgensis et Limburgensis; le 
7° aux Annales Rodenses. 

Ferraris.— Carte chorographique des Pays-Bas autrichiens, par le comte de Ferraris. 
Gravée en 1777 (en 25 feuilles). 

Index topogr. ex Boll. opere. — Index topographicus Belgii quem ex Bollandiano opere 
collegit Thysius. Dans le Compte-rendu de la Commission d'histoire, t. VI, p. 200 sqq. 

KREGLINGER. — Mémoire historique et étymologique sur les noms des communes de la 
province d'Anvers, par A. Kreglinger. Dans les Bulletins de la Commission centrale de 
statistique, tome IT, p. 209 sqq. Bruxelles, 1847; in-4°. 

LacomsLer où Lac. — Urkundenbuch für die Geschichte der Niederrheins.. aus den 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 5 


Quellen.… herausgegeben von Th. J. Lacomblet, kônigl. preuss. Archivrathe. Düsseldorf, 
1840; 2 vol. in-4. 

L'Évêque ne La Basse-Modrunie, Itinéraire du Luxembourg germanique. Luxembourg, 
1844. (J'ai consulté pour les noms des localités du Grand-Duché de Luxembourg, la Table 
alphabétique des villes, bourgs.…..…. et maisons isolées, publiée avec l'autorisation du 
conseil du Gouvernement. Luxembourg, 1847; in-4°). 

Liste chronologique des édits et ordonnances de la principauté de Stavelot et de Mal- 
médy, de 650 à 1795. Bruxelles, 1852. 

Liste du XV' siècle. — Liste des dépendances de l'abbaye de Stavelot, au XV”* siècle, 
rapportée en extrait par M. de Noüe, p. 519 sqq. 

Munaeus ou Mir. — AugerTi Mirage Opera diplomatica, etc., ed. secunda. Bruxelles 
1725-1748; 4 vol. in-fol. 

Mon. Germ.— Monumenta Germaniae historica , ed. Pertz. Hannovre, 1826 et suiv. 
(En cours de publication ; jusqu’à présent 12 vol. et une livraison). In-fol. L'ouvrage est 
divisé en deux séries, celle des écrivains et celle des lois : je cite les volumes, sauf dési- 
guation contraire, d’après l'ordre qu'ils occupent dans la série des écrivains. 

Mon. Nam.— Monuments pour servir à l’histoire des provinces de Namur, de Hainaut 
et de Luxembourg, publiés par la Commission royale d'histoire. Bruxelles; 8 vol. in-4. 

MS. n° 188. — Manuscrit de la bibliothèque de l’université de Liége, contenant, entre 
autres pièces, une quantité de chartes copiées par le chanoine Van den Berch vers le 
milieu du XVII"* siècle. M. Gachet en a publié des extraits étendus dans le t. IX du 
Compte rendu de la Commission royale d'histoire. 

Partage de 870.— Acte du partage du royaume de Lothaire entre Louis le Germanique 
et Charles le Chauve, en 870. Dans les Mon. Germ. 1, 488 sqq., Leg., 1, 517. 

Quix, Geschichte der Stadt Aachen, mit einem Codex diplomaticus Aquensis. Aix-la- 
Chapelle, 1840 sq.; 2 vol. in-4°. 

Rrrz. — Urkunden . .. zur Geschichte des Niederrheins und der Niedermaas, herausg. 
von W. Ritz. Aix-la-Chapelle, 1824. La première livraison de cet ouvrage, qui a seule 
paru, contient la plupart des diplômes du cartulaire de Stavelot et de Malmédy qui sont 
omis dans l’Amplissima collectio. 

VANDERMAELEN. — 4° Dictionnaires géographiques, cités plus haut; 2 Carte de la Bel- 
gique, sur l'échelle de 4 à 80,000, en 25 feuilles. (En cours de publication). — J'ai aussi 
consulté pour certaines localités la grande carte en 250 feuilles publiée par le même. 

WasreLain où Wasr. — Wastelain, Description de la Gaule belgique, etc. Bruxelles, 
1788; 1 vol. en deux parties. 

Wacems. — Mémoire sur les noms des communes de la Flandre orientale. Dans les 
Bulletins de la Commission centrale de statistique, t. IF, p. 287 sqq. Bruxelles, 1845: 
in-4°. 

Waicraemius. — Luciliburgensia sive Luxemburgum romanum. OEuvre posthume, 
publiée par Neyen. Luxembourg, 1842; in-4. 

Wozrers. — Cet auteur a publié, jusqu'à présent, 13 ouvrages historiques, accom- 


6 MÉMOIRE SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 


pagnés de documents, sur différentes localités de la province du Limbourg (à Gand, 
chez Gyselynck, et à partir de 1846). La plupart étant dénommés : Notice historique , 
nous avons adopté cette désignation pour tous (abrégée de la sorte: Not. sur... ), 
excepté pour le Codex diplomaticus Lossensis , que nous avons indiqué par l’abréviation : 
Cod. Loss. 

Zeuss, Grammatica celtica. Leipsig, 4853 ; 2 vol. d’une seule pagination. 


Les titres des autres ouvrages cités sont, ou suffisamment connus de tous, ou men- 
tionnés en toutes lettres. 


Nous n'avons d'autre particularité typographique à signaler que l'emploi des petites 
capitales pour les noms supposés. 


a > “gi 


MÉMOIRE 


SUR 


LES ANCIENS NOMS DE LIEUX 


DANS 


LA BELGIQUE ORIENTALE. 


On peut aborder par quatre côtés différents la question si controversée 
de l’origine des Wallons : l'examen anatomique et physiologique de la 
race, l'étude et la recherche des débris que l'antiquité a laissés après elle 
sur ou sous le sol, la discussion des monuments écrits de l’histoire, enfin 
l'analyse des mots, et surtout des noms de lieux. Je n'ai pas besoin de 
signaler la valeur des trois premières sources d’information ; pour faire 
apprécier celle de la dernière, qui est moins généralement reconnue, il 
me suffira de constater que les mots portent nécessairement l'empreinte du 
peuple qui les a créés. Les mots sont donc de vraies médailles, souvent 
plus ou moins frustes, sans doute, mais par contre d’une provenance moins 
suspecte que ne l’est celle de bien des médailles métalliques. 

Après avoir interrogé les documents historiques (Bulletin de l'Institut 
archéologique liégeois, t. I*) et recherché l’origine des noms communs (Dic- 
tionnaire étymologique de la langue wallonne), je vais aborder la question pres- 
que toute neuve des noms de lieux. L'état des choses nous oblige de sub- 
diviser cette étude en deux parties : il faut nécessairement commencer 
par les noms anciens pour retrouver les formes primitives, qui seules nous 


8 MÉMOIRE 


intéressent, mais comme on n’en peut obtenir que des listes très-incom- 
plètes, quelque peine que l’on se donne pour les recueillir, c’est seule- 
ment sur les noms modernes qu'il est possible d'entreprendre un travail 
systématique. 

Ce premier mémoire a donc exclusivement pour objet l'étude des noms 
anciens de lieux. Si, d’un côté, il dépasse les limites territoriales où il pour- 
rait se renfermer, sous tous les autres rapports il est loin de vouloir épui- 
ser la matière. Nous ne dirons pas que c’est par la raison qu’elle est 
inépuisable, car nous ne prétendons nullement atteindre aux limites du pos- 
sible. Les difficultés se présentent ici, en effet, dès les premiers pas. Il ne 
suffit plus, comme pour les noms modernes, de parcourir des vocabulaires 
et des cartes, il faut d’abord se créer l’un et l’autre en lisant les anciennes 
chartes et en recherchant, à l’aide d'indications très-diverses et souvent très- 
insuffisantes, la position des endroits qui y sont mentionnés : travail con- 
sidérable, compliqué encore par cette difficulté que les noms sont parfois 
étrangement corrompus, soit par la faute des rédacteurs mêmes de la charte, 
soit parce que leur écriture, souvent très-difficile, a été mal lue par les 
copistes, soit enfin par le fait des imprimeurs. Il n’est pas surprenant en 
présence des deux premiers obstacles, que les éditeurs des documents 
anciens laissent sans explication le plus grand nombre des noms, et que 
leurs essais d'explication sont aussi, je ne crains pas de le dire, en grande 
partie erronés. En supposant, pourtant, que nous eussions terminé ce 
travail quasi interminable, nous ne serions encore qu’à mi-chemin de notre 
but, puisque, pour tirer des noms de lieux des conclusions relatives à 
l’origine des peuples, il faut avoir reconnu d’abord la provenance de ces 
noms, c’est-à-dire s’ils sont celtiques, latins, allemands, néerlandais, etc. 
Or, une science beaucoup plus vaste que la nôtre ne suffirait pas encore à 
cette analyse, par la raison même qui donne aux noms propres anciens 
leur importance, c’est-à-dire parce qu’ils appartiennent à des langues, des 
dialectes, ou des époques, dont ils sont presque les seuls témoins. Une 
cause secondaire est que les rédacteurs de chartes, etc., ont trop souvent 
reproduit les noms d’après le génie de leur propre langue, soit en modi- 
fiant la forme, ou même en traduisant le nom entier ou une partie du 


nn Te 


TP 07 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 9 


nom. C'est, d’ailleurs, ce qui a lieu généralement sur les frontières, où la 
plupart des endroits ont une forme différente dans chacune des deux lan- 
gues. 

Pour ne pas entreprendre un travail auquel nous n’eussions pu prévoir 
un terme, nous avons donc dû nous borner à un simple aperçu. Voici ce 
que nous avons fait pour atteindre notre but, tout en nous renfermant dans 
de certaines limites. En premier lieu, nous avons extrait de recueils, tels 
que ceux de Chapeauville et de Miraeus, les noms relatifs à notre objet, 
pour les interroger au besoin : nous n'avons pas fait servir cette collection 
de base à notre travail, parce que ces sources sont trop peu sûres, et parce 
qu’on ne peut fournir, tout en restant fragmentaire, une base positive aux 
inductions , qu’à la condition d’être du moins relativement complet, en 
épuisant tous les noms compris soit dans une certaine circonscription ter- 
ritoriale ou dans une certaine série de documents (!) : on obtient ainsi des 
matériaux homogènes et l’on exclut autant que possible le hasard et l’ar- 
bitraire. Nous avons donc choisi certaines contrées comme but, et certaines 
sources comme moyen d'exploration. La partie la plus intéressante à explo- 
rer était évidemment celle au milieu de laquelle nous avait placé un heu- 
reux hasard. Ici se rencontrent les quatre nationalités qui ont influé sur la 
nôtre : au sud la France romane, au sud-est la race haut-allemande, au 
nord-est les bas Allemands, au nord les Flamands du Brabant méridional 
et du Limbourg : en comparant les noms anciens des lieux situés immédia- 
tement en deçà et au delà de la limite actuelle des langues, on peut recon- 
naître si les premiers dérivent des seconds et si le tracé des limites était 
à l’origine le même qu'aujourd'hui. Quant à la détermination des points à 
explorer spécialement dans ce périmètre, le choix dépendait des sources 
existantes ou à notre disposition. Ne pouvant penser de recourir aux docu- 
ments originaux ou inédits, nous nous sommes arrêté aux publications 
suivantes : 1° pour l'Ardenne, le Condroz et les pays limitrophes, le car- 
tulaire des antiques abbayes de Stavelot et de Malmédy, en tant qu'il est 


(*) Tous — pour autant cependant qu'ils offrent quelque intérêt; car il serait souvent fastidieux 
de tout recueillir. 


Toue XXVI. 2 


10 MÉMOIRE 


contenu dans le t. IT de l’Amplissima collectio et dans l'ouvrage de M. Ritz (!); 
plus quatre diplômes parallèles faisant donation d’une cinquantaine de 
villae à l'église de S'-Marie, à Aïix-la-Chapelle (dans l'Urkundenbuch de 
Lacomblet, t. 1, n° 75, 89, 108; t. IT, n° 155), et la majeure partie des 
noms mentionnés dans la chronique de S'-Hubert en Ardenne, connue 
sous le nom de Cantatorium (d’après l'édition des Monumenta Germaniae 
historica, t. VIH). Un diplôme se rapportant à l’ancien pagus Luviensis et 
quelques extraits de différentes pièces complètent ce groupe, qui forme la 
1° série. 2 Pour la Hesbaie wallonne et flamande, les Gesta abbatum Tru- 
donensium (Mon. Germ., t. X), joints aux diverses publications de M. Wolters, 
nous ont paru une base convenable. Ces documents, en nous plaçant prin- 
cipalement dans la partie flamande, nous faisaient atteindre un double but. 
Selon quelques auteurs, les Flamands seraient les descendants des pre- 
mières populations germaniques qui ont habité la Belgique, et ils auraient 
été réduits à leurs limites actuelles par la formation postérieure et non 
expliquée de la race wallonne : en étudiant les anciens noms de lieux, 
nous pourrons juger s’ils indiquent effectivement chez ce peuple l'existence 
d’un unique, homogène et primitif élément thiois, ou s’ils ne révèlent pas 
des éléments multiples, d'origines diverses, en grande partie de dates rela- 
tivement récentes, ce qui ferait conclure que la fixation des limites a été 
opérée en sens inverse. De même, en trouvant des noms de localités wal- 
lonnes écrits à une époque aussi reculée par des Flamands, il sera facile 
de voir si leur origine est flamande ou non, puisqu'il est à présumer que 
les Flamands n’auraient pas oublié dès les premiers temps de la langue 
romane la véritable forme de noms créés par eux. Nous avons fait une sec- 
tion particulière de ce travail. La section suivante ne comprend qu’un seul 
diplôme indiquant les limites de l’ancien comté de Brunengeruz, qui était 
situé dans le Brabant, des deux côtés de la limite des langues. Enfin la 
dernière section de la 2° série se compose essentiellement des noms inscrits 


(*) Nous avons analysé séparément les diplômes provenants de ces deux sources, en partie parce 
que nous n'avons eu connaissance de la seconde qu'après avoir achevé notre travail sur la première, 


en partie, parce que labsence de date précise dans plusieurs diplômes rendait leur classement 
difficile. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 11 


dans les Gesta abbatum Gemblacensium (Mon. Germ., 1. VIT), lesquels appar- 
tiennent en majeure partie aux provinces de Namur et de Brabant. Si, sur 
cette portion du sol wallon, encore, le flamand n'apparaît pas comme 
l'élément fondamental, il faudra en conclure que la population belge 
romane n’est point d’origine néerlandaise, ou, du moins, qu’elle a été 
bien promptement transformée, Nous achevons nos études par les noms 
anciens et modernes des endroits principaux situés sur les bords de la 
Meuse, depuis Givet jusqu'à Maestricht. Le cours du fleuve formant en 
quelque sorte par lui-même une région géographique , nous avons fait de 
ces noms une série particulière, qui est la troisième et dernière. 

Nous avons signalé l'avantage qu’il y avait, au point de vue scientifique, 
de rassembler les noms d’après les documents où ils sont contenus : cette 
manière de procéder a l'inconvénient, au point de vue pratique, d’énumérer 
les lieux dans un ordre qui n’est ni celui où ils sont placés dans la réalité, 
ni celui que leurs noms occupent dans l'alphabet. Pour annuler cet incon- 
vénient, nous avons dressé trois tables alphabétiques, d’après les trois 
divisions ci-dessus, en reportant dans chaque liste les noms qui y ressor- 
tissent et qui se trouvent dans l’une des deux autres séries, et en indiquant, 
par des signes et des caractères typographiques, si les lieux sont situés en 
pays wallon, flamand ou étranger. | 

Il ne suffisait pas de fournir les matériaux bruts. Sans vouloir tirer 
nous-même toutes les conclusions en vue desquelles nous les avons ras- 
semblés, il fallait faciliter ces conclusions, et même les indiquer dans les 
points essentiels. L’investigation qui nous incombait en premier lieu est 
celle des endroits désignés par les noms anciens. 11 y a deux moyens de 
retrouver le nom moderne, Le premier est de consulter l’histoire locale, 
de suivre la série des documents relatifs à un endroit : c’est le plus sûr 
sans doute, mais on conçoit qu’il est à peu près impraticable lorsqu'on 
embrasse dans ses recherches une certaine étendue de pays. Le second 
moyen, plus expéditif et mieux approprié à nos études, est de prendre 
pour guide la linguistique , c’est-à-dire les lois qui régissent le mot lui- 
même et d’après lesquelles il se transforme en passant d'âge en âge, ou 
d’une langue dans une autre langue déterminée : moins infaillible , assu- 


12 MÉMOIRE SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 


rément que le premier, ce moyen donne cependant une certitude suffisante 
dans beaucoup de cas, surtout quand on le combine autant que possible 
avec des données d’un autre genre; ainsi, lorsque le diplôme, ap. Lac., I, 
n° 75, énumère de suite les noms : Palisiolo, Urio, Casapetræa, Calvinciaco, 
Gammunias, Longolare (je corrige ici tacitement les formes), il n’est pas 
douteux que cette série doit être rendue par : Paliseul, Orgeo, Chasse- 
pierre, Chauvency, Jamogne, Longlier, toutes formes correspondantes, 
tous endroits situés dans la même région de l’Ardenne. D'ailleurs, il ne 
faut pas perdre de vue, là où ces moyens échouent, qu’il suffit pour notre 
but de connaître la région ethnographique où les lieux sont situés. 

Nous espérons que cet ensemble de données suffira pour jeter au moins 
quelque lumière sur la question des origines. Par contre, et pour alléger 
notre tâche, nous n’avons pas cherché à donner à notre travail une forme 
régulière et parfaite. Les remarques, les résultats, ne sont pas rassemblés 
en un corps, mais placés à la suite des faits qui les ont suggérés ; dans 
beaucoup de détails, nous n’avons pas recherché l’exactitude minutieuse, 
nous l’avons même fuie parfois, sachant que pour vouloir atteindre une 
perfection qui n’est point essentielle, nous risquions de n’arriver jamais 
au but. Ces études ne sont pas un livre, mais plutôt un recueil de notes et 
de dissertations : si l’Académie les accueille favorablement, nous espérons 
pouvoir lui présenter prochainement un second mémoire , qui traitera des 
noms modernes et conclura par quelques résultats généraux. 


PREMIÈRE SÉRIE. 


1. — EXTRAITS DES DIPLÔMES CONCERNANT LES ABBAYES DE STAVELOT ET DE MALMÉDY. 
QUI SONT PUBLIÉS DANS LE TOME II DE L'AMPLISSIMA COLLECTIO. 


Page 6 (vers 648). In terra nostra silva Arduennense in loco qui dicitur 
Casegongindinus quem Sesomires fluvius cingere videtur. — Casegongindinus, 
pour lequel on trouve aussi Casecongidunus (Hérigère, dans les Mon. Germ., 
VIX, 184, 1. 10), et, d'après Wastelain, Casae-Congidunum, est Cougnon ou 
Cugnon. La première partie du composé est évidemment le mot casae; il 
paraît probable que la seconde n’est autre que le nom d’homme Cogidunus . 
qui appartenait, selon Tacite, Agricola, 14, à un roi breton : l'emploi du 
nominatif au lieu du génitif, dans cette seconde partie du composé, ou, en 
autres termes, la formation d’un composé par apposition, était peut-être 
dans le génie de la langue celtique. La rivière Sesomires, ailleurs Sismara, 
Sesmarus (à l'endroit cité, L. 5 et 10) est la Semoy ; en allemand elle se nomme 
Sas (la source : Sasbur, la rivière : Sasbach), d’après Wilthemius, Lux. rom., 
page 70, d’où il semble résulter que mires, etc., est un suflixe. 

Leuvas tres de nostra silva Uriacinse. — Forêt d’Orgeo, anciennement 
Urio, comme nous le verrons plus loin. 

Necnon et aliam venellam in fluvio nuncupante Alisna. — Probablement 
le ruisseau des Rudes-Aleines qui se jette dans la Semoy au-dessous de 
Cougnon. 

Ibid., sq. (vers 651). Stabelaco; 15 (693) Stabulacho, Stabelasco ; d'ailleurs 
Stabulaus. — Stavelot. 

Malmundarium. — Malmédy. 

Col. 9 (vers 660). Fillam Germiniacum nomine in pago Remensi sitam ; 
col. 31 (877) Germinei. — Germigny. Ce nom, qui dérive probablement du 


14 | MÉMOIRE 


nom d'homme Germanus, est fréquent en pays roman et souvent confondu 
avec Geminiacum (de geminus, ou de Gemini) : nous le consignons, quoique 
étranger à la Belgique, à cause de ce dernier que nous rencontrerons plus 
loin (2e série) : comparez aussi, dans la présente série, Geminis, Giminiacum. 

10 sqq. (666). La pièce qui va suivre est la plus importante du Cartulaire; 
c’est le praeceptum du roi Childéric dans lequel il fixe les limites du territoire 
accordé aux Abbayes. Les variantes insérées entre parenthèses sont celles des 
diplômes confirmatifs délivrés par Louis le Pieux (col. 23 sq. , an. 814) et 
Othon [er (col. 43 sq., an. 950). 

Ea tamen conditione sic petierunt ipsi servi Dei, ut versus curtes nostras, 
id est Amblavam, Charancho, Lethernacho, de ipsis mensuris XII millibus 
dextrorsum sallibus sex millia subtrahere deberemus, pro stabilitate operis, 
quodadmodum per nostram ordinationem sic factum est. Unde jussimus pro 
hac re domno et patri nostro Theodardo episcopo vel illustri viro Hodoni 
domestico, cum forestariis nostris et aeternale cum paribus suis ipsa loca 
mensurare et designare per loca denominata, quorum vocabula sunt : de 
monasterio Malmundario usque Sicco-campo (dipl. L. Siccum-campum), de 
Sicco-campo per viam Mansueriscam (dipl. L. Ansuariscam, dipl. Ot. Man- 
suvariscain) usque ubi Warchinna (dipl. L. W arginna ; dipl. Ot. Warchina) 
transversat, de ipsa Warchinna (dipl. L. Warginna, dipl. Ot. Warchina), 
usque ubi Stagnebachus (dipl. L. Steimbach, dipl. Ot. Stembach) consurqit, 
deinde per ipsum Stagnebachum (les deux diplômes, comme ci-dessus) usque 
in Amblavam, deinde per Amblavam versus aquam per illam forestem de 
Vulfeberto (cod. Malm. f’ulfebergo, dipl. L. et Ot. F’ulfberg) usque Raro- 
bacco (dipl. L. et Ot. Saurbach), ubi ipse consurgit, deinde Diddiloni-rivus 
consurgit (dipl. L. deinde ubi rivulus Dedilones consurgit; dans le dipl. d’Ot. 
le nom du ruisseau est Didolones), deinde per ipsum rivum usque in Restanr 
(dipl. Ot. Retham) et de Resta (dipl. Ot. Retha) per illam forestem quae separat 
Helmini (cod. Malm. Helmin, dipl. Ot. Chelmino), Rovoritum (cod. Malm. 
Roboretum, dipl. L. Roboritum) et Audaste-villare (sic dipl. Ot.; dipl. L. 
Andastvillare), per ipsam mediam forestem usque Jocunda-fania (dipl. L. Jo- 
conda-fania), de Jocunda-fania per illam Alsenam quae propinqua est Monas- 
terio, deinde per illam Alsenam usque ubi in Glanem (dipl. L. etOL. in Glanum 
rivulum) ingreditur, deinde transversa Glane (dipl. L. et Ot. ultra Glanum), 
usque ad Albam-fontanam (dipl. L. Album-fontem, dipl. OL. fontem Albam), 
de ipsa Alba-fontana (dipl. L. de Albo-fonte, dipl. Ot. de Alba-fonte) « in 
Alblavam summa Siggino Aviaco ubi Garelaicus vennam habuit » (dipl. L. 
usque ad Amblavam juxta locum quem dicunt Sicgünno Aviaco, ubi Gerlacus 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 15 


vennam habuit; dipl. Ot. usque ad Amblavam juæta locum Silgino Aniao , 
ubi Gerelacus vennam habuit). Inde per ipsam Amblavam ubi Dulnosus in 
. ipsa ingreditur, deinde per Dulnosum usque in Fanias (dipl. Ot. Sanias), 
deinde per mediam forestem de ipsas Fanias (dipl. Ot. Saniis) usque viam 
Transveriscam (cod. Malm. Mansueriscam, dipl. L. Mansuariseam, dipl. Ot. 
Mansuvariscam), deinde per ipsam viam usque Sicco-campo (dipl. L. Siccum- 
campum). 

Le Dulnosus est encore mentionné dans le passage suivant (col. 25, an. 827). 
qui achève de déterminer sa position : Dicens quandam contentionem inter se 
et Albricum actorem fisci nostri, qui Tectis nuncupatur, exortam esse, de 
quadam scilicet silva quae in loco nuncupante Aslanelum , inter duos rivulos 
Tailernion et Dulnosum esse videtur. 

Nous rapporterons aussi à cette place un diplôme de Charles le Simple, par 
lequel il fait donation à l'église de Liége, en 915, d’une forêt contiguë à celle 
dont le précédent document trace les limites. Le texte de ce diplôme, repro- 
duit très-imparfaitement par Chapeauville (E, 469) et par Miraeus (4, 254), 
m'a été communiqué par M. Ferd. Hénaux d’après le cartulaire original de 
St-Lambert : …. in proprium traderemus forestem, quae olim pertinuerat ad 
Tectis villam.….., quamque constat in pago Luviensi alque in comitatu Sichardi 
silam, atque istis finibus circumquaque conclusam. Terminatur a Vulfingi 
fago et a Warica usque in fluviolum Amblevam, inde ad monasterium Sta- 
bolaus, sicque vadit ad Merigis Frauplum et inde ad Salceias usque ad Nor- 
drees fontem et ad Havernai usque ad Vesere et inde ad rivum de Solmania 
usque ad Solergeias et Hukelebac usque ad Veserem et Geislam piam usque 
ad Hospitale et sic revertitur ad Vulfingi fagum. 

Je n’ai pu retrouver à beaucoup près toutes les localités dont on vient de 
lire les noms : heureusement la connaissance des noms modernes est ici moins 
importante qu'ailleurs, puisque l’on en sait assez pour déterminer approxi- 
mativement la position des lieux (!). Les trois villae, citées d’abord, sont : 
Amblève, en allemand Amel, Cherain, au sud de Viel-Salm, et Lierneux : 
nous reviendrons plus tard sur ces trois noms. Siceus-campus est peut-être 


(*) Si je comprends bien, le don consiste en un cercle d'un rayon de 6,000 dièses ou 50,000 pieds (voy. 
mon Dictionnaire, I, p. 556; II, p. xxxvm), ce qui fait environ 10 kilomètres. La donation primitive 
(col. 7) porte : Concessimus.. ut gyrum gyrando in utrorumque partibus monasteriorum duodecim mensura- 
rentur spatia dextrorsum saltibus non plus duodecim milliaribus. Elle est reproduite en ces termes dans 
notre pièce (col. 10) : Unde et ipsius principis regiminis tale praeceptum nobis ostendit relegendum de eorum 
maÿori spatio, de ipsa foreste dominica in utrisque partibus de ipsis monasteriis ; Lam in longum quam in 
transversum , duodecim millia dectrorsum sallibus, quod et adhuc pro totius firmilate, etc. 


16 MÉMOIRE 


Champagne, au nord de Weiïsme : cette position est en tous cas à peu près 
celle que l'endroit devait occuper. La voie Mansuerisca ou Mansuarisca parait 
tirer son nom du canton Mansuarinsis dont nous parlerons dans la 2me série : 
étant situé dans les parages de Diest, le chemin qui y conduisait devait vrai- 
semblablement passer par Liége et Tongres. Cependant, vu l'éloignement de 
ce canton et l'importance des lieux intermédiaires, d’après lesquels il était 
plus naturel de dénommer le chemin , nous croyons plutôt que les deux noms 
dérivent isolément du même radical mansuarius (colon, censitaire. Voy. Du- 
cange, IV, 445, etc.) : ils seraient donc les indices de deux de ces établisse- 
ments de colons, si communs au temps de l'empire romain. La Warchinna 
est la Warchenne, petite rivière prenant sa source un peu à l’est de Weisme 
et se dirigeant vers Malmédy. Quant au mot, il est évidemment un dérivé 
diminutif de W'arica : la Warge, rivière qui reçoit la Warchenne à Malmédy : 
sa vraie orthographe serait donc War’cina(c guttural). Le Stagnebachus porte 
toujours le nom de Stembach que lui donnent les deux diplômes confirmatifs. 
Ce dernier nom est, quant au radical, la traduction du premier (l'allemand 
stemmen signifie stagnare. Cf. si lib. Graff VI, 679); bach, que nous retrou- 
vons dans Rarobacco et dans Hukelebac, est le correspondant haut all. du 
flam. beke, beek (ruisseau) : il est permis de voir dans ce mot le commence- 
ment de la traduction du nom primitif Sracnans-rivus, qui s’est accomplie 
dans Stembach : remarquez que nous sommes ici en pays actuellement alle- 
mand. 4Amblava : YAmblève. Le nom allemand du village : Amel, semblerait 
être le radical de ce mot, b s’intercalant aisément entre m et l; cependant 
nous n'avons rencontré dans les documents anciens que la forme Amblava, 
et nous verrons de même, dans Ja suite, que Gemblacus, Gemblaus, est his- 
toriquement antérieur à Gemmelaus ; ava est sans doute le goth. ahva (eau, 
rivière) : comparez plus loin le mot Brunafa. La forêt de F’ulfberg est proba- 
blement celle qu’on nomme aujourd’hui Wolfsbusch, au sud de Weisme et 
de l’Amblève, qui la borne au nord. Dans ses Études historiques sur l'ancien 
pays de Stavelot et de Malmédy, p. 315, M. de Noüe rend Rarobaccus par 
Rohrbach , nom qui manque dans mes cartes : cette traduction, si elle est 
exacte, mettrait hors de doute la forme Rarobacco, à laquelle d’ailleurs Saur- 
bach, que portent les deux diplômes de Louis et d'Othon, paraïtrait préfé- 
rable (Ferraris indique un Rohrbusch, mais ce bois est au N. de l’'Amblève et 
au N.-E. du Wolfsbusch, tandis que, pour correspondre au Rarobacco, il 
devrait étre à l'O. de ce dernier et au S. de l'Amblève). Le Diddiloni-rivus, 
ou Dedilones, ou Didolones, est le ruisseau qui passe par Recht (« deinde per 
ipsum rivum usque in Restam »); mais mes cartes ne disent pas son nom 


ts an 


PRET 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 17 


moderne : remarquez qu'ici le suffixe (rivus) est latin. Resta, puis Retha, est 
sans doute Recht, comme nous venons de l'interpréter : le passage de l’une 
des deux combinaisons th, ch, dans l'autre, est chose fréquente (1). Faute, 
peut-être, de cartes assez détaillées, je n'aurais que des conjectures à offrir 
pour les trois noms suivants (Helmini : Emmels?), mais je remarque que 
Roboretum (littéralement Chénaie) et le suffixe villare sont latins. Jocunda- 
fania (que M. de Noüe rend par Joyeuse-fagne—: est-ce un nom, ou bien une 
traduction?) est aussi latin dans sa première moitié; la seconde est le goth. 
f'ani (dat. sing., nom. et acc. plur. fanja), qui signifie : boue, fange : c’est par 
ce mot (en wallon fagne) que l'on désigne encore aujourd’ ui les marais en 
Ardenne. Selon M. de Noüe, l'Alsena est l'Énalle (entend-il par ce nom le 
ruisseau appelé dans la carte de Montlesoie, et qui passe par Ennal avant de se 
jeter dans le Glain?), et le Glanis ou Glanus, l'Albe; mais il est évident que 
ce dernier est le Glain, qui se jette dans l'Amblève à Trois-Ponts (?). 4lba- 
fontana est sans doute Arbrefontaine, écrit encore dans les anciennes cartes 
Albefontaine, et mentionné sous ce nom dans le Catalogue des vicariats (ap. 
de Noüe, p. 494 inf.), bien que cet endroit soit situé un peu plus au sud qu’on 
ne s'yattendrait. (Comparez l’ancien wallon arbe-espine, ap. d'Hemr. 299 sup. 
= français aubépine, de alba-Spina). Siggino-Aviaco est probablement l'endroit 
nommé à présent La Venne, un peu au-dessous de Coo, et presque vis-à-vis 
de l'embouchure du Roannaï, qui est le Dulnosus de notre diplôme. Tectis, 
dans le passage suivant, est Theux, comme chacun le sait, Astanetum est 
Staneux , et le Tailernion se nomme maintenant Targnon : ce ruisseau coule 
proche de Theux , au sud-est. Hérigère, à l'endroit déjà cité, mentionne un 
autre ruisseau du nom de Calla, qui formait la limite des diocèses de Cologne 
et de Liége : c’est la Challe, nommée Eau-Rouge dans la partie supérieure 
de son cours (de Noüe, p. 472). 

Le lecteur aura remarqué combien l'élément latin prédomine dans le tracé 
de cette circonférence, qui comprend une partie du pays allemand limi- 
trophe. Pour le rendre plus évident, nous allons répéter tous les noms, en 


(*) La permutation de ces signes provient sans doute aussi d’une faute matérielle de lecture ou d'écriture. 
Les exemples des deux genres qui se rencontrent dans ce mémoire sont : Ochey et Othey, Corbech et 
Corbeth, Grosmec et Grusmithis, Hasnoch et Hasnoth, tous dans la 2we série. 

(*) D’ordinaire on donne maintenant le nom d'Eau-de-Salm à ce ruisseau, à partir de Salm-Château 
jusqu'à son confluent dans l'Amblève; cependant M. de Noüe lui-même (p. 472) lui conserve jusque-là 
son nom de Glain. Je remarque, quant à l'Alsena, que la détermination : per illam Alsenam quae propinqua 
est Mônasterio, est sans doute motivée par l’existence dans ces parages d’une autre A/sena : je crois 
retrouver celle-ci dans Elsenborn (littéralement : source de l'Elsen), nom d'un endroit à l’est de Malmédy, 
non loin des bords de la Warge, 


Toue XXVI. 5 


18 MÉMOIRE 


mettant en italique ceux d’entre eux qui paraissent appartenir à cette langue 
en totalité ou en partie : Malmundarium, Siccus-campus, Mansuarisca, 
War’cina, Stagnans-rivus, Amblava, Vulfeberg, Rarobaccus (peut-être alté- 
ration et demi-traduction de Rarus-rivus, comme Stagnebachus paraît l'être 
de sracnans-rivus), Diddiloni-rivus, Resta, Helmini, Roboretum, Audaste- 
villare, Jocunda-fania, Alsena, Glanis, 4lba-fontana, Siggino-Aviaco, Dul- 
nosus. Sur 34 radicaux ou suflixes, 15 ou 17 appartiennent donc au latin 
(latin vulgaire, ou celto-latin). Dans l’autre moitié , nous ne pouvons désigner 
avec vraisemblance comme allemands que : Amblava, Vulfeberg, Rarobac (?), 
Resta, Jocunda-fania, donc 5 ou 7. Les 12 vocables restants nous paraissent 
les uns obscurs, les autres sujets à discussion. 

On peut done dire que l'élément latin prédominait dans le territoire de 
Malmédy en lan 666. Or, le monastère ayant été fondé seulement dix-huit 
ans plus tôt, on voit que l'introduction de cet idiome ne peut être attribuée 
à l'influence des moines, comme le pensent certains auteurs , et qu’elle doit 
dater de l’époque romaine. Mais l'existence de la langue latine, à cette épo- 
que, suppose l'existence d’une population romaine ou romanisée. Dès lors 
c’est au culte de cette race qu’il faut rapporter les monuments religieux 
trouvés par saint Remacle, lorsqu'il vint à Malmédy : Repperit ibi inditia, 
loca illa idolatriae quondam mancipata, lapides Dianae et portentuosis nomi- 
nibus effigiatos, fontes hominum quidem usibus aptos, sed gentilium errore 
pollutos (Hérigère, L. sup. L.). Cette indication corrobore en même temps la 
précédente, et prouve que ces lieux vastae solitudinis, comme s'exprime le 
diplôme de Sigebert (col. 6, circa an. 651), ne laissaient pas que d'être colo- 
nisés en partie. 

Avant de quitter ce document, il nous faut toucher à une question impor- 
tante : peut-on reconnaitre si les noms allemands que nous avons vus sont 
antérieurs ou postérieurs aux Romains? Nous croyons qu'il est assez facile 
de répondre, quant aux composés hybrides. Des deux éléments qui entrent 
dans le mot ou l'expression, il faut, en effet, tenir pour le plus ancien, en gé- 
néral, celui qui doit par sa nature opposer le plus de résistance au change- 
ment : ainsi le radical relativement au suflixe, la dénomination particulière 
relativement au terme d’un usage général ; subsidiairement, s’il y a lieu , celui 
dont la forme est corrompue contrairement au génie de la langue à laquelle il 
appartient. Ainsi, dans Stagnebachus, sfagne est évidemment l'élément pri- 
mitif que les Allemands conservèrent, du moins provisoirement, comme pur 
nom propre, désormais dépourvu de signification; dans Jocunda-fania, au 
contraire, jocunda, dont la forme est intacte, a évidemment conservé toute sa 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 19 


valeur comme adjectif, et c’est fania qui paraît être l'élément traditionnel 
adopté par les Romains, faute probablement d’avoir en leur langue une 
expression propre pour le genre de terrain qui est ici désigné (voyez mon Dic- 
tionnaire L, 204, LE, xxmr sq). Bach serait donc postérieur aux Romains, et 
fania, au contraire , serait un reste de l’antique langue du pays, qui était par 
conséquent germanique. 

Passons au diplôme de Charles le Simple. Le hêtre de Vulfing (nom 
d’homme, probablement), par où commence la délimitation, devait être 
situé non loin des bords de la Warge, vers la partie du cours de cette rivière 
intermédiaire entre Malmédy et son confluent dans l'Amblève. Je note, en 
passant, que les anciennes limites du duché de Limbourg avaient aussi leur 
point de départ à un hêtre : « [les échevins] recordent que, premièrement, 
le pays commenche à ung fawe, qu’on appelle claw-fawe » (Record de 1467, 
ap. Ernst, Hist. du Limbourg, X, p. 10, note 2). Warica, Ambleva et Stabo- 
laus nous sont connus. J'ignore ce que peut être le Merigis Frauplum : 
comme, d’après ce qui suit, nous devons être dans le voisinage de Remou- 
champs, je conjecture seulement que Remou pourrait bien être une inversion 
de Merix (si toutefois Merigis est un génitif régi par Frauplum), à peu près 
comme on dit aujourd’hui Remicourt pour Hemricourt (Helmericicurtis). 
Salceiae est Sacé, maison isolée dans la commune de La Reid; Nordrees est 
Noidré, dans les anciennes cartes Nordray, commune de Sprimont; Havernaï: 
Haveigné, commune de Louvegnez; Fesere : la Vesdre (rivière); Solmania : 
Soumagne; Solergeiae est peut-être Saurée, commune de Dison (notez que 
le g, dans ces anciens documents, ne représente souvent que le j all. ou à 
consonne), ou, si on lisait Solerceiae, Serezé, commune de Thimister. Huke- 
lebac, qui est maintenant Huckelbach ou Hockelbach (près de Henri-Cha- 
pelle), nous amène sur la frontière allemande. Geislapia est très-probablement 
la Gileppe, petite rivière qui prend sa source dans le Hertogenwald et se jette 
dans la Vesdre près de Goé (anciennement, et en thiois, Goleke, Guylke : 
Ernst, 1, 55 — : remarquez que la dernière forme étant la même que le nom 
flamand de Juliers [Guylche, Guylge, dans une charte flamande de 1550 : 
Cod. Loss., p. 325 sq.], il y aurait apparence que le primitif de notre mot 
serait aussi Juliacum); enfin, Hospitale est encore indiqué, dans les cartes 
du siècle dernier, à une petite distance au nord de Malmédy, sous la forme 
Hospital. — J'ai peu d'observations à faire sur ces noms. La désinence eiae 
est de provenance latine ou celto-latine; le suflixe mania doit être noté, sans 
que je veuille discuter ici son origine; enfin la désinence de Geislapia serait 
celtique d’après Zeuss (Grammatica celtica, p. 757) : le fait me parait dou- 


20 MÉMOIRE 


teux, et d’ailleurs je pense qu'il faut lire Geislapa , ce suffixe apa étant com- 
mun dans les noms anciens du pays rhénan. Je ne mentionne pas Hospitale 
comme nom significatif, attendu qu'il peut n'être qu'un nom commun. Par 
contre, il se peut que Salceiae vienne d’une forme qui signifie : saussaie. 

Nous reprenons maintenant nos extraits du cartulaire de Stavelot et de 
Malmédy. 

14 sq. (693). Le locellum, cui nomen Athelasis, est donné au roi contre le 
locellum, cui nomen Maipa : Maibe, près de Schaltin, province de Namur, 
sans doute. Le diplôme est daté de Namur : Namucho recognovi, ce qui est, 
selon Wastelain, la mention la plus ancienne qui soit faite de cette ville. 

15 sq. (vers 720). Les villae Tofino ou Tophino et Silvestrivilla sont res- 
tituées aux Monastères. La dernière serait-elle Ville-du-Bois, près de Viel- 
Salm? — mais il est rare que le peuple traduise les noms de lieux, et, quant 
à voir, à l'inverse, une traduction du nom populaire dans Silvestrivilla, la 
date du document s’y oppose. 

19 (746). Villa aliqua quae vocatur Lethernau , una cum appendiliis et ad- 
jacentiis suis quorum vocabula sunt : ‘ Brastis, * Feronio, * Unalia et ‘ Alda- 
nias. — Lethernau, qui désigne Lierneux, est déjà une transformation romane 
de Lethernacho (— Lethernacum); l’auteur du Triomphe de saint Remacle, 
qui vivait vers l’an 1100, écrit Ladernacum (Chap. 11,548). Les noms modernes 
des autres endroits sont : ‘ Bras, * Fairon, ‘ Odeigne. Unalia est peut-être 
une faute de lecture pour W'alia, comme, dans le document qui suit, Una- 
delino pour Wadelino : je ne verrais toutefois à comparer pour cette forme 
que Weaux, commune de Sart, au N. de Stavelot. 

20 (même date, selon Villers et Pardessus). Hoc sunt villas cujus vocabula 
sunt : ‘ Lenione cum omnibus appenditiis suis in pago Condustrinse, * Cal- 
dina, * Mosania, ‘ Warsipio et * Barsina, nec non et * Rudis, * Pronote, 
s Halma, et ° Haist in * Gnoldo-manso, ‘ Solania, similiter et villam quae 
vocatur ‘ Wadalino cum omnibus appenditiis suis, ‘* Rudis, “ Olisna, * Se- 
rario,  Palatiolo et  Brabante..…. Factum est. in villa * Uvasidio.—" Lei- 
gnon, près de Ciney; * Schaltin ou Haltinne, qui appartenaient tous les 
deux aux Abbayes —? l’une et l’autre attribution me paraissent douteuses, 
sous le double rapport de la forme du mot et de la position des lieux. Peut- 
être faut-il lire Calnido = Colnido : Conneux , proche de Leignon. * Massogne, 
probablement; ‘ Ychippe, proche de Leignon : cette transformation singu- 
lière sera expliquée plus loin ; * Barsinne ou Barcenne; * Reux-Famenne (au 
S. de Leignon)? * Purnode, * Halma, * Heid (S.-E. de Leignon) ? ‘ Pour 
Gnoldo-manso, une copie de notre document dans le MS n° 188 de la Biblio- 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 21 


thèque de l’université de Liége , fol. 320 bis, lit « Guoldo manso » (et non 
« Gualdo manso », comme porte l'extrait de ce diplôme inséré au tome IX 
du Compte rendu des séances de la Commission royale d'histoire, p. 49) : cette 
leçon permettrait peut-être de comparer Mont-Gauthier (dans le voisinage 
duquel se trouvent Heiïd et Enhet), surtout que mont nous parait être, dans 
beaucoup de noms de lieux , une forme fautive pour mon (mansionem) : voy. 
mon Dictionnaire au mot 5. Mon. ‘ Solania est sans doute le même endroit 
que celui désigné , col. 34 (an. 890), par les mots : simul eliam in Lomacensi 
campo in villa Sollanna (Solanne, près de Purnode). Un ancien archiviste de 
Stavelot « soupçonnait que Sollanna pouvait être Solière, parce que la dime 
de-ce lieu a toujours été tenue en fief des abbés de Stavelot » (de Noüe, p. 321, 
note, d’après de Marne, Hist. de Namur, ad cal., p. 91) : cette conjecture inad- 
missible à l'égard de Sollanna, puisque Solière est en Condroz et non dans 
le pays de Lomme, pourrait être reportée sur Solania, qu'il faudrait alors 
corriger en Solaria, si l'on voulait disjoindre (füt-ce par hypothèse) ce nom 
de celui de Sollanna. ‘* Wellin, probablement; ‘ Reux-Léau, non loin de 
Braibant, dont le nom termine cette énumération —? ou Redu, entre Wellin 
et Paliseul, qui est cité avant Braibant —? (Je vois que Redu est nommé 
Reduit dans une charte de 1139, ap. Mir.; IV, 471, 4r col.). # Le MS. cité 
tout à l'heure lit Ferario : serait-ce Koridres, village détroit qui était situé entre 
Forrière et Harsin (Ann. de la Soc. archéol. d'Arlon, p- 185 med.)? ‘ Paliseul ; 
‘ Braibant, au N.-0. de Ciney. ‘ D’après la copie déjà alléguée, Unasidio. Je 
remarque que les n° 3, 5 et 12 reparaissent dans la suite du diplôme. Ils sont 
écrits cette fois Mosali, Barsena, Unadelino (bis), d’après l'Ampl. coll. : le MS. 
n° 488 lit beaucoup mieux, quant au dernier nom, Mosali, Barsinia, Wadelino 
(bis). Nota. Le n° 5 a été mal lu dans le MS., par l’auteur de l'extrait : Mosavia : 
il y est écrit Mosania, comme dans notre texte. 

+21 (vers 810) Trado..…. mansum unum, qui vocatur ‘ W'andelaicus-man- 
sus... in pago Ardenna, interjacens de uno latere fisci ipsius qui vocatur 
* Palatiolus alque * Beveris, unde est abstractus, et de altero latere ‘ Aldemega. 
« muldionibus meis ex villa * Graida sub tributo annali »…. Hi sunt termini 
alque confines ipsius mansi : * Bezfontana, inde venit ad summum * Medo- 
lum , inde * Rotandum Hasi. Inde ad summum illud * Bethushardau, ‘ Bul- 
gercias duas sorores, inde ad illam crucem ad summum  Timonem, * Frus- 
ciaco, ‘ Caberliaco, ‘ Anseriellas, ‘ Hulserolas, ‘ Pronisiacas usque in 
" Cransmam. Inde venit ad fontanam ‘ Cancaronis et per ipsam usque in 
% Liciam. — À part Palatiolus, que nous avons vu à l'instant, je ne recon- 
nais avec certitude dans ce texte fort corrompu que * Bièvre, * Graide, nomme 


29 MÉMOIRE 


ailleurs Graisda et Grades, et ‘ la Lesse. Wandelaicus-mansus désigne peut- 
être Anloy, du moins la suppression du w initial ne paraît pas faire obstacle 
(comparez Ychippe, de Wisippe; Awagne, probablement de Wavania). — 
Remarquez que la désinence aicus, aicum, qui se rencontre fort souvent dans 
les documents anciens, provient presque toujours d’une inversion volontaire 
ou non de iacus ; parfois aussi de acus, par un brisement de l’a : ainsi, dans 
la charte suivante, Andernaico, pour Andernaco. Aldemega ne parait plus 
exister : je soupçonne que cet endroit était voisin de Naomé, lequel est proche 
de Graide , au S. — : Aldo-mega , NAo-mEca : VIEUx-MÉGA , NOUVEAU-MÉGA. Pour 
ce vocable mega, comparez le celtique mag, magen (lieu; champ : Zeuss, 
p. 5, note**) —: inutile de dire que le préfixe, qui est germanique , serait une 
adjonction nouvelle. * Comparez Beth, au N. de Paliseul. Comparez Frouche, 
nom d’un ruisseau dans la commune de Bièvre — : le nom de l'endroit : 
Frusciaco, dériverait du nom du ruisseau Fruscis, comme Glaniaco dérive 
de Glanis, Ortao, — Onraco, de Urta, ete. ‘* Comparez Proigy, commune de 
Bièvre. ‘’ Le ruisseau de Rancenne, qui prend naïssance auprès de Proigy? 
La forme répondrait très-exactement, si on lisait Cransenam, car le c est sujet 
à se perdre, comme à s'ajouter, au commencement des mots. 

24 (814). Deprecati sunt etiam nos de decimis et capellis ab antecessoribus 
nostris sibi concessis, et quibusdam fiscis nostris, id est de ? Duüra, * Clo- 
dena, * Bonna, ‘ Sintiaco , “ Andernaico, * Bodobrio, * Wasitico, et * Au- 
nanno, * Astanido. De * Tumbis vero * Glaniaco, * Caranco,  Tectis et 
‘* Wiria capellas simul cum decimis, ete. Le diplôme parallèle, col. 43 sq. 
(an. 950), écrit ainsi ces noms : ‘ Duira, * Clodonna, * Barnia, * Sinciaco, 
* Andernaico, * Bodobrio, Wasitico, et * Avinianno, * Astanmo, de * Tum- 
bias vero * Glaniaco, * Carango, * Tectis et ** Wiria capellis. — Les cinq 
premiers noms désignent ‘ Düren , * Clotten, * Bonn, ‘ Sinzig, * Andernach, 
tous endroits situés dans le pays rhénan (Andernach est appelé 4itorenacum, 
dans le n° 58 de Ritz, an. 1042, Anternacha, par l'anonyme de Ravenne. Le 
nom ancien était Antunnacum : voy. Bôcking, Not. dign., I, 980). * Esneux 
(en ancien wallon : Asteneur, Asteneuz, p. e. ap. d'Hemricourt, p. 55 sup. : 
« Asteneur sor Ourte ») plutôt que Astenet, attendu qu'Esneux figure seul 
dans l’Ælphabet des terres (ap. de Noüe, p. 492). Du reste, Astenet se rencon- 
trera plus loin, à son tour, et sous le même nom , dans la liste des villae dont 
l'église d’Aïx avait la none (indication qui n’est point contradictoire, pour 
le dire en passant, avec l'attribution de ce lieu à l’abbaye de Stavelot, car on 
voit souvent les mêmes lieux concédés à plusieurs églises , mais, naturelle- 
ment, sous différents rapports ; ainsi de Tumbae, de Glaniaco et de Caranco, 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 23 


par exemple, dont les noms suivent immédiatement). ‘ Thommen. “ Glains. 
village actuellement détruit qui était situé entre Viel-Salm et Bovigny (voy. 
plus loin). ‘* Cherain : Keren, dans la liste de 4140, et Cheren, dans l'AI- 
phabet des terres (1). Theux. Les autres noms me sont inconnus. Je remar- 
que quant à Bodobrio, dont le nom ne reparait plus dans les annales des 
Abbayes et ne se trouve ni dans Lacomblet, ni dans les autres recueils que 
j'ai consultés, que brium parait être le mot celtique (cymrique et cornique) 
bre, bryn, (gaél.) bri : éminence, montagne (Diefenbach, Celtica 267 c., comp. 
355, pp. 215 sq., 242 sq.) : comparez Celobrium (carte de Peutinger ; ap. Ber- 
tholet, IV, cxu, an. 4255 : Zelobrium, Coelobrium; ailleurs Solubrium) : 
Mont-Soleuvre, en all. Zolwer, dans le grand-duché de Luxembourg, qui est 
un endroit situé sur une montagne escarpée (?). Cette étymologie nous engage 
à rapprocher ce nom de celui de Büdberg, maintenant Bodberg, ap. Lac., I, 
140 (an. 1005). W'asitico est-il le même endroit que la villa Uvasidio ou Wa- 
sidio (d’après la leçon de l'Ampl. coll., qui doit être sans doute préférée), où 
fut signé le second diplôme de 746? 

26 sq. (862). In pago Condruscio villam * Vervigium, cum suis appendi- 
tiis, id est * Bainam et * Walthinam; in ipso pago villam ‘ Sleinon et villam 
* Silvestrem-curtem ; in comitatu Laumensi villam quae dicitur * Calco; in 
pago Hasbanio villam * Hurionem ; item in pago Condruscio villam * Osoniam 
et locum qui appellatur * Villa; in Falminne pago villam * Hunnin ; rursum 
in comitatu Arduennense villam “ Graisdam cum pertinentiis suis ; item in 
Falminne locum qui dicitur ‘ Lomna, et in ‘ Strata mansum unum, et in 
# Bractis mansum dimidium.….… Sedilia insuper in portu ‘ Hoio et * Deo- 
nanto. Nihilominus etiam confirmamus praefatis monachis villas has, quae 
in praestarüs habentur per loca diversa, villam videlicet ‘ Carbool, villam 
# Bragbanto, seu et in alüs locis mansos X XI. Statuentes praeterea robora- 
mus, ut villa vocabulo ** Wailinio…… ad dominium eorum sub integro rever- 


(!) M. de Noûe veut que Charancho soit Chevron (p. 515). Il n'a donc pas fait attention que dans la liste 
de 4430 (col. 89 sq.) figurent à la fois Keren et Chevrons, de même, dans l’A{phabet des terres, Cheren et 
Chevron; or Keren , Cheren (autant dire Cherain), qui ne sont donc pas Chevron, ne peuvent être rap- 
portés à aucun nom avec autant de vraisemblance qu'à Caranco, qui est une forme parfaitement adéquate, 
tandis que Chevron diffère de ce dernier par la lettre » et par la terminaison. Les autres conjectures de 
cet auteur relatives aux noms ci-dessus sont tout aussi malheureuses. Ainsi il rend Bodobrio par Bodeux 
(p.316), tandis que le nom ancien de cet endroit est, sans aucun doute, Baldacum. Ne s'étant pas douté de 
cette synonymie évidente, il lui reste à disposer de ce dernier nom, dont il fait (pp. 145, 518, 519) Belle- 
vaux (!) : il est vrai que cette fois il ajoute un signe d'interrogation. 

(*) D'après L'Évêque de la basse Moûturie, /tinéraire du Luxembourg germanique , p. 407. 


24 MÉMOIRE 


tatur. Un diplôme, en partie parallèle, de 874 (col. 28 sq.), contient plusieurs 
variantes importantes que nous insérerons entre parenthèses sous les numéros 
respectifs. * f’ervigium parait être Vervoz (pour ’ervoiz?), comme le dit M. de 
Noûe; * Bende, près de Vervoz, à l'est; °(W/altinam) Valtibiemont? ‘ (Lenion) 
Leignon ; * (Sylvestri-curtem) : je n’ai pas trouvé de Silvestrecourt, en Con- 
droz (Seviscourt, au S. de S'-Hubert, que l’on pourrait d’ailleurs comparer, 
est fort en dehors de ce canton), mais ce nom existe dans l’Ælphabet des terres ; 
‘ Chaud (Catalogue des vicariats Ghoz, dans les anciennes cartes Choux), 
près de Givet; * Horion; * Ossogne, près de Pailhe; * Vyle, près de Modave, 
ou Ville, près de My; *’ (Humnin) Humain, près de Marche; ‘ Graide ; * Strée; 
‘* (Bratis) Bras, près de St-Hubert, qu’il ne faut pas confondre avec Bras, 
non loin de Stavelot, lequel figure dans notre document sous les formes Bras- 
tis, Braltis, etc.  (Hoüo) Huï; *° (Dionanto) Dinant ; *’ (Carbal) Charbeaux , 
près d’Y voi : dans la liste de Wibald Kerbou, et, plus tard, Charbou; ** (Bra- 
chanta — : faut-il lire Brachbanta ou Brachbanto; ou bien est-ce un nom diffé- 

_rent, qui désignerait Brachaux , commune d’Assesse?) Braibant; ” (W/atlinia) 
Wellines? Voy. au surplus pour ce nom au n° 17 de Ritz. Lomna, le seul 
de ces dix-neuf endroits que je n’ai pu retrouver, tirait probablement son 
nom de celui de la rivière Lomme (qu’aucuns écrivent fort mal à propos 
L'homme), anciennement Lumna. 

Je n’ai pas traduit les noms de contrées Condruscius (ailleurs Condustren- 
sis) pagus, Hasbanius pagus, Laumensis comitatus, Falminne paqus, parce 
qu'ils sont suffisamment connus; mais j'ai quelques observations à présenter 
sur ces derniers : 1° On a fait dériver le nom du Laumensis, Lomensis où 
Laumacensis comitatus, de celui de la rivière Lomme : à l’encontre de cette 
opinion, M. Dewez a déjà fait observer, p.78, que la Lomme ne coule même 
pas sur le territoire du comté de ce nom : j'ajoute que la forme ancienne du 
nom de la rivière s’oppose déjà à ce rapprochement. 2° Wastelain s’est con- 
sidérablement trompé lorsqu'il a écrit (p. 208) que « l'acte de partage du 
royaume de Lothaire de 870 est le plus ancien document où il soit fait men- 
tion du pays de Lomme » ; car, sans parler du nôtre, qui est antérieur de peu 
d'années, cette mention est déjà faite dans des documents de 779 et 844, 
ap. Mir. , 1, 496, 537 (Lac., 1, 1, 59). 5° Pour Falminne on trouve ailleurs 
Falmenna (p. e. ap. Mir., 1, 259, an. 946) : ces formes sont bien plus loin 
encore du mot Paemani, dont on fait communément dériver le nom de la 
Famenne, que Laumensis ne l’est de Lumna. Pour ce mot Falminne (que 
Leuss, p. 95 med., dérive, sous la forme Falminna, du cymrique falm ou 
ffalm, qui est le nom d’une sorte de vent [gwynt ffalm : a strong violent 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 25 


wind , the west wind]), comparez Falemannia (Falmagne, près de Dinant), 
Mir., UT, 545, et Falmia (Velm, près de St-Trond : voy. la 2 série). 11 peut 
étre utile d'ajouter que la Famenne est située entre le Condroz et l’Ardenne. 
La forme de cette contrée est allongée et irrégulière; la ville de Marche en 
occupe à peu près le centre. 

28 sq. (874). Ce diplôme, que nous venons d'extraire en partie, contient 
en outre plusieurs noms dont la plupart sont fort corrompus. Après les mots : 
in Falmine pago villam Humnin , il ajoute : « et locum qui dicitur Lobunbi 
erant Hulisbach Genedricio medis ». Le premier vocable doit être sans doute 
décomposé en Lobum ubi, mais je ne trouve pas alors même d'attribution 
pour la forme Lobum ; si on lisait Lodum, on pourrait comparer le lieu dit : 
fontaine de Lode , au nord de Gènes et de Halleux, dont il va être question. 
La forme Genedricio est garantie, au moins dans son ensemble, par Gene- 
ticio, qui se lit dans le n° 20 de Ritz : on peut comparer soit Jeneret, ancien- 
nement Generez, dont le nom cadre parfaitement avec le mot Genedricio, 
mais qui est un peu en dehors des limites actuelles de la Famenne, soit Gènes, | 
entre Lignière, dont le nom figure plus loin, et Halleux. Une des formes 
anciennes de ce dernier nom, qui est fréquent dans le pays wallon, est Hales 
ou Halles ; d'autre part Hulisbach est probablement fautif, au moins dans sa 
seconde partie , attendu que le suffixe allemand bach est inouï dans Ardenne 
wallonne : on pourrait doncséparer Hulis de bach, et, pour le premier vocable, 
lire Hales, qui désignerait Halleux (comme il y a deux Halleux, le grand et 
le petit, on peut supposer que le texte original portait ambo ou ambae, au 
lieu de bach) : cette conjecture, qui n’est peut-être pas suffisamment vrai- 
semblable en elle-même, acquiert quelque valeur lorsqu'on la combine avec 
la seconde interprétation que nous avons proposée pour Genedricio. Quant à 
Medis, je ne vois rien à en dire, sauf que dans la première lettre se cache 
probablement un ef. — Après les mots : ef in Bratis mansum dimidium, 
notre diplôme ajoute : et Curbionem et Wisippen cum Milinam et Philup- 
pam ; enfin, après « Brachanta, » il ajoute : « ef Bovenneias ». Curbionem 
désigne Corbion, près de Leignon; Wisippen parait répondre aux deux 
formes : Warsipio, que nous avons vu plus haut, Wasipia , ap. Ritz, n° 22, 
et nous conduit, d'autre part, au nom moderne Ychippe, qui est celui d’un 
endroit proche de Corbion : cette dernière transformation est tout à fait régu- 
lière, sauf la suppression du w initial, car le s siflant se change en ch dans le 
dialecte namurois. L'emplacement de la localité s'accordant, de son côté, avec 
ces données formelles, l'identité des quatre noms : Warsipio, Wasipia, Wi- 
sippen, Ychippe, ne peut guère faire l'objet d'un doute. Pour Wilinam et 


Touwe XXVI. 4 


26 MÉMOIRE 


Philuppam, je n'ai rien de plausible à en dire. Quant à Bovenneias, on pour- 
rait choisir entre Bouvigny , à l'E. de Malmédy, et Bovigny , au S. de Viel- 
Salm; toutefois, ce dernier étant appelé Bouveignest, dans le Catalogue des 
vicariats, ce qui constitue une forme intermédiaire; la balance doit pencher 
de son côté (le passage porte : Bouveignest, alias mentis S. Martini, Leod. 
dioec., concilii Stabulensis — : St-Martin était une église, maintenant en 
ruines, proche de Bovigny). 

31 sq. (882). Ut concederemus eis quendam fisculum nostrum, Blandonium 
nomine, qui est in pago Leuvensi, cum capella et pertinentiis ejus…... Capellam 
etiam ex Bratis (plus loin Brattis). Ce Bratis ou Brattis est Bras, près de 
Stavelot. Quant à Blandonium, M. Ernst, Hist. du Limb., 1, 522, dit tenir 
de dom Bottar, archiviste de l’abbaye de Stavelot, que « ce Blandonium , 
nommé ailleurs Boldacum et Boldau, n’est autre que le village de Bodeux , à 
une lieue et demie de Stavelot ». Ce serait alors un nom double, car il parait 
difficile de déduire l’une des formes de l’autre; mais n’est-il pas plus probable 
que Blandonium était le nom d’un village détruit, qui pouvait être voisin de 
Bodeux (nous verrons bientôt combien cette hypothèse d’un village détruit 
est malheureusement admissible en soi)? M. de Noüe veut que ce soit Blendeff, 
dépendance de Louveignez : si aucune raison particulière ne milite en faveur 
de cette conjecture, nous devons la repousser, attendu que Blendeff paraît 
être désigné dans un diplôme de 966 (Lac., I, 108) par le nom, de forme 
toute semblable, Blendofia. 

32 sq. (888). PA pago Condrusco et in villa cujus vocabulum est Alnith, man- 
sum unum.…. ac communia de foreste nuncupante Hulsinas.—Alnith doit être 
Oneux, entre Comblain-au-Pont et Awans (le même endroit que lAlphabet 
nomme « Olne-à-Awans»?); en tous cas, Alnith,— 4/netum (lieu planté 
d’aunes), est le même vocable que Oneux,=— Auxeux. Hulsinas m'est inconnu. 

33 sq. (890) Dedit itaque jam dictus Ricarius more legis Salicae per manus 
fidejussorum Erberti aique Goderamni ad partem ecclesiae Sanctorum Petri 
et Remacli in monasterio Stabulaus fundatae in pago Arduennense (suppléez 
in) villa * Burcido ac * Barris mansos fiscales XII cum appenditis ….Item 
in eodem pago (suppléez in) loco qui *Siqudis dicitur mansos VII cum terris…. 
et in recompensatione hujus beneficii tradimus jam fatis fidejussoribus ejus 
Goderanno et Ecberto secundum legem Salicam in pago Ondustrio (lisez Con- 
dustrio) in villula (sic) inter sedilia ac prata terraque arabili ac 
silvam bonuaria LÆX. Item in alio loco ‘ Harz vocabulo … bonuaria CXXX. 
… sümul etiam in Lomacensi campo in villa “Sollanna de terra bonuaria Æ XX 
silva communi. J'ai donné quelque extension aux extraits de ce diplôme, 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 27 


pour qu'on püt juger de l’incorrection qui y règne (ainsi le même nom est 
écrit Erbertus et Ecbertus, etc.); ‘ Burcido est cependant correct et désigne 
Bourey, au N. de Bastogne (Burcit, dans un document subséquent; « Boursy, 
auprès Bastoingne », Liste du XVe siècle); * Barris, au contraire , est assez 
probablement une forme altérée sous laquelle se cache le nom ancien de 
Buret, qui est souvent mentionné conjointement avec Bourey (de Noüe, 
pp. 520, 522, etc. — : dans le dernier passage cité, ces noms sont écrits 
« Burret, Bursy »). La correction la plus vraisemblable dans cette hypo- 
thèse serait, je crois, Burreis ou Burres. Je m'abstiendrai de conjectures sur 
le nom suivant. ‘Lisez Barz (Barse) : voy. ad 74 sq. — ? * Solanne, ferme 
proche du village de Purnode. 

34 sq. (895). Biisanch (in pago Arduennense). Bihain, au N. de Houffalise. 
Nota. Cette transformation de Biisanch, = Bisanch, est non-seulement régu- 
lière, mais encore elle est celle-là même qu'il fallait prévoir d'après les lois 
ordinaires (le s sifflant, qui devient ch en dialecte namurois, comme nous 
venons de le dire, se change en L aspiré dans le dialecte liégeois, et surtout 
dans le dialecte oriental. — Notons en passant que l'orthographe tradition- 
nelle exprime ce son par la combinaison &h.— Pour la désinence , comparez 
Charancho : Cherain); d’ailleurs Bihain figure effectivement dans le Catalogue 
des vicariats, où il est écrit Bihen (p. 495 med.). Nous donnons ce détail parce 
que l’auteur de la Liste chronologique des édits, etc., p. 7, a rendu Bisanch 
par un Bichen dubitatif (où est ce Bichen ?). 

35 sq. (896). Ad monasterium Stabulense … in proprium tradidisse paulu- 
lum terrae jucta villam eorum Ledernau nuncupatam, quae (scil. terra) his 
finibus undique cingitur, scilicet ex una parte mons Preux surgit, ex alia vero 
via ad campum eorum Anglariam ducens, et ex tertia Fundisneias vocatas 
defluit. … Actum in Arduenna apud villam quae vocatur Amarlans. — Leder- 
nau (Lierneux) est connu. Pour les trois noms suivants, les cartes de Vander- 
maelen ne me donnent rien (pour le mot Preux on pourrait comparer Brux ; 
mais cet endroit n’est pas sur une montagne. Preux est d'ailleurs en soi une 
forme moderne : il est done probable que ce mot a été mal lu ou qu'il a été 
intercalé postérieurement). Amarlans m'est inconnu. Je hasarderai une double 
conjecture : 1° Amarlans est mal lu pour Amarlaus ; 2° Amarlaus estune forme 
de Amberlacus : Amberloux (voyez plus loin les extraits du Cantatorium) — : 
les désinences seraient identiques (car aus vient de acus), et l'intercalation 
d’un b entre les lettres m et r est chose fréquente (chambre, de camera; Cam- 
brai, de Camaracum, ete. Nous citerons particulièrement , à cause de l'ana- 
logie de ce mot avec le nôtre, l'anglais ember : cendre, qui vient de l'anglo- 


98 MÉMOIRE 


saxon aemyrje, scandinave eimyrja). — M. Prat, Annales de la Société 
- archéologique d’Arlon, p.461, pense que Amarlans (qu'il écrit, je ne sais 
pourquoi, Amarluus), désigne Mellier; mais nous verrons que le nom ancien 
de cet endroit était probablement Maslario. — Nota. Je remarque que si la 
lettre b, entre m et r, provient communément d’épenthèse, il existe aussi des 
cas plus rares où cette même lettre est au contraire assimilée ou syncopée 
dans cette combinaison; je citerai pour exemple Emmerich, qui s'appelait au 
dixième siècle Embrick (Lac., L, 112, 127) : c’est ainsi que Amel et Gem- 
melaus paraissent être aussi plus récents que Amblava et Gemblaus. Sur le 
fait de l'assimilation du b après m (et du d après n), en langue celtique, 
voy. Zeuss, pp. 74 sqq., 167 sq. 

56 sq. (902). Réginaire reçoit des Abbayes des villae, in locis his nomini- 
bus nuncupatis * Doraisdas et* Pandarias necnon et ° Porcaritias, en échange 
d’autres nommées : # Filionio et * Scurcieias ac  Auvans — ‘ Doraisdas m'est 
inconnu : s’il n’était cédé par les Abbayes, on pourrait comparer Doroit, Dou- 
roit, Doreux, qui figure plus loin ; “Porcheresse, en Condroz, ou Porcheresse, 
en Ardenne (près de Graide); ‘ Filot; en 1126 (86 sq.) : Fielon : pour la 
transformation de la désinence, voy. p.55 sup. *Scurcieias, qui est sans doute 
mal lu pour Scuricias (Scuritias, ap. Ritz, n° 19, an. 952; Scorices, dans la 
pièce de 1126, qui vient d’être citée), désigne Xhoris; enfin ‘ Auvans, c'est- 
à-dire Awans, porte encore ce même nom (dépendance d’Aywaille — : il y 
a aussi un Awans près de Liége, qui est nommé Hawans dans une pièce 
de 841 : voy. à la 2e série). 

37 (905). Notum esse cupimus Gislebertum.…... interpellasse quemdam no- 
bilem virum nomine Herefridum de rebus conjacentibus in pago et comitatu 
(lesquels ? — : ceux où était situé Stavelot, probablement) videlicet his no- 
minibus Rovoreiz, Felscherolas, Nodorcit, Celeias, et omnia ibidem aspi- 
cientia, ete. — Aucun de ces noms ne reparait plus dans la suite, si ce n’est 
peut-être le premier, dans l’Alphabet, sous la forme Roureux (lisez Rovreuc ?); 
mais, d’après M. Ernst, 1, 522, Rovoreiz serait Rouvreux, commune de 
Sprimont, et Felscherolas, Fèchereux, commune d'Esneux. — Rovoreiz est 
la forme romane de roboretum : chénaie, et Felscherolas signifie fougeraie 
(comparez les noms de lieux français : Feucherolles, Feugeroles, Feuguerolles; 
— fougère se dit en wallon fèchire). — Nodorcit rappelle Nordree ; que nous 
avons vu plus haut : on pourrait corriger Nodoreit et faire dériver les deux 
formes d’un même primitif Norporerum. 

38 (907). Tradiderunt itaque.…. ad ecclesiam S' Petri et S* Remacli.…. unum 
mansum indominicatum in villa I abaise, in comitatu Bastionense, el ipsius 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 29 


tunc loci habitatores econtra tradiderunt XTT mansus in villa Burcit. Nous 
venons de voir Burcit (Bourcy). Wabaise désigne sans doute (Ober- ou 
Nieder-) Wampach, près de Bastogne, à l'E. (pays allemand), mais il faut 
très-probablement lire Wambaise , ou mieux, Wambais, comme dans la pièce 
n° 12 de Ritz (p. 16 inf.) — : bais est la transformation romane habituelle 
du suflixe allemand bach. 

58 sq. (an. 914). Dedimus namque nos praefato Harduino in pago Has- 
banio in locis Honavi, Versines et Serangio nominatis mansos IF, ete. Ces 
trois noms doivent désigner les villages contigus de Haneffe, Verlaine et Se- 
raing-le-Château. Pour f’ersines, il faut donc lire F’erlines. Serangio est cor- 
rect; mais il faut observer que, d’après le système orthographique de l’époque, 
qi n’a, dans les noms romans et dans cette combinaison, c’est-à-dire après n 
et devant l’une des voyelles a, 0, u (devant e ou un autre #, on employait un 
simple g) que la valeur de li consonne ou 7 allemand. Serangio représente 
donc simplement selon l'orthographe latine Se-ra-nio : comparez Seranius- 
campus : Serinchamps (Chap. 1, 153), pago Seranio (ibid., HE, 47). Honavi, 
au contraire, est suspect quant à la voyelle du radical (0 pour a) et quant à 
la désinence : la forme primitive de la terminaison effe, qui est fort commune 
dans le pays wallon, est, en effet, pour une partie des mots, avia, et, pour 
l'autre, apha, afa. La comparaison de Hanapha, Hanafo, ap. Lac. 1, 202, 205, 
maintenant Hennef (voy. p. 152, note 2), qui est sans doute le même mot 
que Haneffe, achève de montrer que Honavi, s’il désigne effectivement cet 
endroit, doit être changé en Hanavia, qui serait une forme romanisée et 
adoucie de Hanapha. ] 

39 sq. (912). Dedimus siquidem illi in pago Maginisio, in comitatu ejusdem 
Berengarii, in villis' Condodono simul et in * Mairla nuncupatis curtes domi- 
nicas duas — * Condodono, écrit dans le diplôme n° 7 de Ritz Condeduno et 
Condendon , désigne Cond, sur la Moselle (vis-à-vis de Kochem ); * Merl, sur 
la même rivière, un peu plus haut que l'endroit précédent; d’où il suit que 
le canton, nommé ici Maginisius, n’est autre que celui plus connu sous le 
nom de pagus Meginensis (le Meyenfeld de l’époque postérieure). Nota. On 
voit que Wastelain se trompe étrangement en croyant que notre diplôme 
désigne le pays de Manise, lequel « s’étendait à la droite de la Meuse depuis 
Revin jusqu'au-dessous de Givet » (p. 213). 

40 sq. (924). In loco nuncupante * Landrieum-campum, super fluvium 
* Huia, in comitatu Lomensi.….. confines vero loci illius sunt ex una parte de 
potestate Theodorici comitis ex fisco * Givelio, ex alia parte Hildeberti, tertia 
eæ * Calco. ‘ Landrichamps; * la Houille; “Givet (plus anciennement Gabe- 


30 MÉMOIRE 


lium : voy. les extraits du Cantatorium); ‘ Chaud , comme nous l'avons déjà 
dit.— Fostias, mentionné plus loin , est probablement Foiche. 

41 sq. (955). In loco : Jupilla vocato…..….. Actum juxta flumen * Char. * Ju- 
pille, près La Roche; * le Chiers ou la Chierre, en all. Chor, Kor. 

46 sq. (953). Habebat namque praedictus comes (W'arnerus)... juxta 
monasterium Stabulaus quamdam villam sui juris nomine Baldau. Cette pro- 
priélé était convoitée par le comte Sigefrid ; l'abbé Werinfrid, qui redou- 
tait ce voisinage, s’empressa donc de l’acquérir, et, à cet effet, il céda en 
échange au comte Warner quidquid habere videbatur in villa Nohas dicta, 
in pago Heiflensi, in comitatu Tulpiaco,.. et quia monachi alterius monas- 
terüi, id est Malmundariae, quamdam partem in eadem villa habebant, red- 
didit abba eidem ecclesiae in pago Condustrio locum qui dicitur Villa. — 
Baldau (dont le nom est répété une seconde fois sous cette forme) désigne Bo- 
deux, comme le dit Ernst, d’après dom Bottar, dans un passage allégué plus 
haut. Notons que la forme Boldacum, employée dans ce passage, ne peut être 
correcte, quant au radical (car le o moderne vient régulièrement d’un al pri- 
mitif); mais il est vrai que la forme secondaire est parfois écrite Boldau 
(p. e. ap. Ritz, n° 26). La désinence acum dans le nom antique doit être regar- 
dée, au contraire, comme certaine, à part même ce témoignage : c’est ainsi 
que Stabulaus vient de Stabulacus, Ledernau de Ledernacum, Amberlao (— 
Amberlau) de Amberlacum, Gemblaus de Gemblacus, Templus (par élision, 
pour Templaus) de Templacus, etc. Cette orthographe Amberlao (on trouve 
de même Gemblaos pour Gemblaus) montre que ces terminaisons aus, au, se. 
prononçaient en deux syllabes (a-ous’, a-ou); plus tard, elles furent réunies 
en une diphthongue qui avait le son ows, ow, comme le fait voir l’ortho- 
graphe, fréquemment employée dans les pièces postérieures : Lernou, Baldou. 
— Le paqus Heiflensis est l'Eifel, et Tulpiacum, l'ancien et célèbre Tolbiacum, 
se nomme aujourd'hui Zülpich. 

49 sq. (980). Quoddam praedium Turninas vocatum, in pago Hasba- 
niensi. Cette même forme se retrouve plus loin (col. 91, an. 1151) et dans 
beaucoup de documents anciens; maintenant on dit Tourinne (surnommée : 
la-Chaussée, parce qu’elle est située sur la voie romaine qui se dirige de 
Bavai vers Tongres). Nota. Le radical turn est un de ceux que l’on ren- 
contre le plus fréquemment; exemples : Turnacum : Tournai, en flamand 
Doornik ; trois autres Tournai (un dans la province de Luxembourg, deux 
dans celle de Liége); Turne, Durne (ap. Chap. II, 406, 121), probable- 
ment Tourinne-Beauvechain, en flam. Doerne; Deurne ou Doorne, près de 
Diest; un second Deurne près de Helmont; un troisième, près d'Anvers, 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 51 


anciennement Turnine (voy. 2 série, 2 section, à la fin); Tornepia, mainte- 
nant Tourneppe, dans le Brabant, ete. Ce radical parait être identique avec 
le mot turne qui, en normand et dans le patois de Langres , signifie : cabane. 

56 (vers 1055). Nantherus abbas de monasterio S' Martini, quod est in 
episcopatu Metensi, quoddam bonum habuerat in eomitatu Othemedensi, 
villam scilicet Walendor vocatam. Cette propriété étant éloignée de son 
abbaye, tandis qu’elle était proche de Stavelot, il fait un échange de biens 
avec ce monastère : in unum iqitur advocatis convenientibus, dux Gozilo 
tradidit praedictam Walendorp comiti Friderico, etc. Les documents sub- 
séquents reproduisent l’une et l’autre forme, car la liste des biens acquis sous 
Poppo porte Walendor, tandis que celle du XV: siècle et l’Alphabet n'offrent 
d'autre nom correspondant que Waldorf. Le même fait se produisant pour 
Wakendor et Wakendorph, comme nous le verrons plus loin, j'en conclus 
que les deux formes coexistaient effectivement dans l'usage. Or, le suflixe de 
la première est wallon, c'est-à-dire celte, latin ou tudesque primitif (‘); celui 
de la seconde, allemand : il est donc à présumer que Walendor et Wakendor 
sont les noms originaux, et qu’ils auront été transformés en Walendorp et 
Wakendorp par les envahisseurs germaniques. Quant au nom moderne du 
lieu, il doit être Walsdorf, d’après ce qui précède; toutefois il est à noter 
qu'il existe un Walender proche du village d’Amblève. 

58 sq. (même date). Dans ce diplôme sont mentionnés deux endroits dont 
les noms reviennent souvent : 4° Corworomo, Corworommo, 60 (1040) Cor- 
woronnon (lisez Corworoimon), 65 (sans date) Corworoimo, 71 (1065) et 75 
sq. (1089) Corworoimon.— Corswarem , en-Hesbaie (prov. de Limbourg). Ce 
bien venait originairement de Gislebertus, comes in partibus Hasbaniae, 
qui le donna à l'empereur Conrard. 2 Asteneburno, Astenebruno , 60 (1040) 
Astebronna, 64 (vers 1042) Astenebruno, 68 (1049) Astelebrunna, etc. Essel- 
born, probablement, et non Asselborn, attendu que la liste du XVe siècle 
porte Eselborn. 

59 sq. (1040). Scatetin, 76 (1089) Scalentin. Schaltin, en Condroz. 

67 sq. (1049). À Fretherico comite * Ferieres et ? Canses, a Fretherico duce 
3 Sprismont. ! Ferrières ; ? Chanxhe (commune de Sprimont); 5 Sprimont ; 
plus anciennement (voy. ci-après) Spirismons. 


(:). Le wallon, dans le sens étymologique et primitif du mot, est la langue quelconque, mais étrangère 
relativement aux Allemands, que l'on parlait ou qui se parle encore chez nous. En ce sens, dans lequel 
je demande la permission de pouvoir employer le mot lorsqu'il ne s'agit précisément que de cette caté- 
gorie générale, il embrasse donc (réellement où par supposition) le celtique, le tudesque primitif des 
Condruses, etc., en tant qu'il différait de l'allemand postérieur, le latin et le roman. 


52 MÉMOIRE 


72, 75 (1067). Fredericus dux | Lotharingiae inferioris], moriua uxore sua 
Gerberca, tradidit ad altare S“ Petri et S' Remacli in Stabulau ecclesiam de 
Sprimont et allodium quoddam Genape, quod ex parte ipsius conjugis de- 
funclae sui juris erat. — Genappe, en Brabant (comparez aussi Jeneffe, en 
Condroz; Geneffe, en Hesbaie)? Les Abbayes n'étant point entrées en pos- 
session de cet alleu , son nom ne reparait plus dans la suite. (Je ne sais s’il 
vaut la peine de remarquer que la date du diplôme est nécessairement fausse, 
puisque le duc Frédéric était mort dès 1065 : Bertholet, IE, p. 130). — Au 
nombre des signataires figurent : comes Otto de Loz ou Lotz (Looz: voy. la 
2e série), Guntrannus de Sume ou Summe (Somme : voy. au n° 27 de Ritz), 
Rotfridus et Goderannus de Daveles (Dave, sur la Meuse, proche de Namur : 
voy. la 5° série), Stephanus de Fals (Faulx : voy. au n° 22 de Ritz). 

74 sq. (1088). Donation faite par Macharius de Cimay et Bozo de Barz. 
— Cimay est sans doute Chimai, anciennement Scimacum (ap. Chap., IL, 44, 
an. 1070; mais la forme est douteuse ainsi que l'attribution , attendu que dans 
le diplôme parallèle de 41454 ou 1155, p. 106, reproduit par Mir., II, 825, 
où les noms précédents se suivent dans le même ordre, on lit, au lieu de Sci- 
macum, Ceynacum, qui désigne évidemment Ciney), Simacum (Mir., I, 
668 sq., an. 1148; 671, an. 1178), Cymacum (Mir., IV, 521 , an. 1182), une 
fois, même, Cinacum (Chap., IT, 55 med., an. 1096 — : est-ce une erreur 
matérielle ou une variété de prononciation?) (!). Quant à Barz, ce doit être 
Barse, en Condroz, si toutefois, comme on doit le présumer, le donateur 
Bozo de Barz est un personnage différent du témoin Bozo de Braz. — Dans 
notre document figure un Adélard , nommé la première fois : de Semaces, et . 
la deuxième : de Seniaces; comme on voit paraitre dans la suite (124 sq., 
an. 1146) un Macharius de Semaces et un Poppo de Semaces, il faut croire 
que cette forme est la bonne. Je mentionnerai encore : 1. Thyeboldus et Wal- 
-terus de Haya (?). 2. Johannes Donhaia : ce dernier nom doit être sans doute 
lu de Onhaia : Onhaye, près de Dinant, comme on lit, par exemple, dans 
des diplômes de 1076 et 1165, ap. Mir., 1V, 505. 4 sup., IT, 544. 1 inf. 
(comparez Hunhaia, dans notre Cartulaire, 79 med., an. 1104, Honhaia, 
dans le Cantatorium, d’après une correction probable) — : haia, haie, 
signifie, dans le dialecte de l’Ardenne, un bois où il ne croît pas de futaie, 
à cause de la nature fangeuse du sol. 5. Lambertus de Monte-acuto : Montaigu, 
ancien château détruit, chef-lieu de comté, vis-à-vis de Marcourt (au N. de 


(*) Je découvre qu’il existait proche de Stenai un village nommé en latin Sumeiacum, et en roman Cimay, 
Chimay (voy. aux extraits du Cantatorium l’art. Summeium ) : l'identité de notre Cimay avec la ville de 
Chimai n'est donc plus aussi certaine. 


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SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 33 


La-Roche). 4. Udo de Longia : Logne, qui était aussi le chef-lieu d’un an- 
cien comté. D'après ce que nous avons remarqué plus haut, Longia repré- 
sente Lo-nia, selon l'orthographe latine, et Lonja, selon l'orthographe thioise. 

77 sq. (1090) Sclacyns, 81 (1104) Sclacins. Sclessin , près de Liége. Il existe 
dans les provinces de Liége et de Luxembourg trois autres endroits de ce 
nom (Sclessin ou Sclassin). 

78 sq. (1104)... Et de hominibus ecclesiae hit sunt testes : Widericus de 
: Wansina..… Godefridus de * Wellin ,.… Ermengoldus de * Osois, etc. ‘ Wan- 
cenne; * même nom moderne; * voy. plus loin aux mots Ausegias et Oseis. 

82 sq. (4110) Wileppe, Wilippe, Vilippe, M (1151), 98 (1156) F'ilippa. 
Endroit situé dans l'évêché de Cologne (85, 1. 11) et non loin, probablement, 
de Kerpen. A propos de l’homonyme Villepo, Vellepe, Lac., I, 139 (an. 1003), 
note 3, compare Velp, dans le voisinage d’Ellekom. 

83 sq. (1118) Tavernon, 118 (1143) Tavernou. Probablement Taverneux, 
près de Houffalise — : il résulterait de cette attribution que la seconde leçon 
est la bonne et, par suite, la vraisemblance que le primitif se terminait en 
acum ; d'après l’analogie de Bodeux et Lierneux , dont les formes antérieures 
sont Baldau et Ledernau, ou Baldou et Ledernou (Lernou), et auparavant Bal- 
dacum, Lethernacum. Derechef, il est probable que ce primitif est Taber- 
nacum, dérivé de taberna, comme Stabulacum de stabulum. — Au nombre 
des signataires de cette pièce se trouve Gerardus de Toës, c'est-à-dire de Theux: 
Tois est formé d’après la règle française (comp. tectum : toit), Theux, d'après 
la règle wallonne ({ectum fait teüt en wallon). 

86 sq. (1126). Quam calcem vel lapides ad comburendum aptos, de curtibus 
nostris deferent, hoc est de * Lovineis, aut de * Scorices, vel de  Fielon, vel de 
“Ozon. ‘ Louvegnez ; * Xhoris; * Filot; ‘Ozo. 

94 (1136), 122 (1146). Les moines de Stavelot donnent à l'abbé Wibald, 
d’abord pour la réédifier, puis à vie, leur villa Boviniacum , où avait reposé le 
corps de saint Remacle, lors de l'invasion des Danois. —Bovigny ou Bouvigny 
(voy. ci-dessus ad 26 sq.)? — : plutôt ce dernier, puisque la forme romane 
Bovenneias, qui désigne Bovigny , suppose un primitif pluriel. M. de Noüe 
dit, p. 155 : « La légende de saint Remacle rapporte qu’en 882, son corps fut 
transporté à Bovignes et de là à Choz , où les moines restèrent jusqu'à ce que 
leurs couvents eussent été reconstruits ». Il entend sans doute par ce nom 
Bouvignes, près de Dinant, selon l'opinion vulgaire (voy. par exemple Dewez, 
p. 50 sq.); mais nos chartes montrent que le mot Boviniacum a élé mal inter- 
prété par ou dans la légende, puisqu'il est bien certain que la ville de Bouvi- 
gnes, si jamais elle appartint aux Abbayes (ce dont je ne connais pas d'indice). 

Towe XXVI. 5 


54 MÉMOIRE 


en était tout à fait indépendante à cette époque, et n’a été ni pu être donnée 
par elles. — Inutile après cela d'ajouter que la charte de 1156 dit, en par- 
lant de Boviniacum, que cette villa nunc in solitudinem redacta et absque 
habitatore facta est, ce qui est également inapplicable à la ville de Bouvignes. 

95 sq. (1156). L'église de Heran—118 (1143) Herran — est cédée à Azon, 
abbé de St-Gilles , en Publémont (dépendance de Liége). Le même nom figure 
aussi dans un diplôme de 1152, ap. Mir., IF, 341 (sous la première des formes 
ci-dessus} et ailleurs. — Héron, dans la Hesbaie wallonne? Hern-St-Hubert, 
près de Looz? 

102 (1158). Cession de biens et de dimes à Female, faite à l'église St-Martin 
à Liége. — Le nom de Female reparait dans une charte namuroiïse inédite 
de 1259. On pourrait done croire que l'endroit désigné est Fumal, sur la 
Méhagne, qui appartenait au comté de Namur; mais, ni cette forme française, 
ni la forme wallonne Foumäle, ne coïncident avec la nôtre. Vechmael, en 
roman Fymale, se rapproche littéralement davantage. 

125 sq. (1148). Bailus, quae juxta Lemburch est. sepultus est. Baelen 
près de Limbourg. Nota. Ernst, 1, p. 5, note 2, dit qu'il a rencontré le nom 
de Limbourg écrit de plus de soixante manières différentes. 11 en énumère 
comme exemples une cinquantaine, parmi lesquelles ne se trouve ni la 
nôtre, ni celle que nous verrons dans la série suivante. 

126 sqq. (lettre de Wibald , sans date). Au nombre des lieux mentionnés se 
trouvent : 1° Wellines, possession des Abbayes où le père de Reinerus de 
Rupe (c’est-à-dire de La-Roche) #L solidos de antiquissimo beneficio tene- 
bat. Ce nom figure aussi dans la liste de Wibald et sans doute dans celle 
de 4150, sous la forme (1. ou 2.) Wellin; mais je n’ai pu découvrir quel est 
l'endroit désigné : je renvoie, pour les conjectures que j'ai à offrir, à la pre- 
mière de ces listes. 2° Brunefa, près de Nova-villa (128). La conjonction des 
noms (126) : apud Novam-villam et Suwm-Vitum, montre que le premier 
désigne Neuville, entre Viel-Salm et S:-Vith, lequel appartenait effectivement 
aux Abbayes, d’après le Catalogue des vicariats (p. 495 med.); or le seul nom 
de ces parages qui réponde à peu près à Brunefa est Braunlauf : voy. au n°12 
de Ritz. 5 Duflum, (127) Dulfum; 4 (128) Kefosse, (127) Chefosse; 5° (128) 
Richolfi-villa : tous endroits situés intra bannum Malmundariensis oppidi : 
Diflot, Chefosse, La-Vaulx-Richard? 6° Lonfait : Longfaye, au N. de Mal- 
médy. Nota. Il vaut la peine de remarquer la transformation de la désinence 
um en ot dans Duflum : Diflot. Ce fait est complexe : 4° wm s’est solidifié en 
on, au lieu de se perdre en un e muet; peut-être parce que cet um n’est point 
la terminaison de la seconde déclinaison latine (comp. Bornom + Burnot : 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 55 


voy. la 3° série); 2 la nouvelle désinence on s’est contractée en 6, lequel est 
exprimé par la combinaison ot (comp., ci plus haut, Fielon : Filot, etc.). 

La correspondance de Wibald mentionne en outre : 

264. Daverdeus. Daverdice. 

295. Hanzines; Hanzineles. Hanzinne ; Hansinelle (près de Florenne). 

362. Nameka, Namecha. Namèche : voy. la 5° série. 

460 (1151). Comes Namurcensis…. Cinei, nostram dominicalem villam (scil. 
episcopi Leodiensis) ….penitus succendit. Ciney (voy. plus loin, p. 45 sq). 

463. Harizeis. Harzé. 

568. La villa de Paletenmet, appartenant aux Abbayes, est envahie par le 
comte de Salmes (Salm). 

Ibid. Beringerivallis. Bergivalle. 

588. Aiuncurt. Incourt : voy. la 2e série. 

Nous transcrirons la liste des biens sous l'abbé Poppo, ainsi que celle dres- 
sée par ordre de Wibald , après les extraits qui vont suivre : 


ÎL.— DOCUMENTS PUBLIÉS PAR M. RITZ. 


Ne 4 (748) (1). Hoc est in loco nuncupate Linarias quae est sita in terra 
fundum Ardenne. N° 4 (entre 770 et 779). In villa quae vocatur Lineras 
sitam in pago Condustrense super fluvium Chandregia.—Lignières, sur la 
Hedrée. Des deux différentes désignations de contrées, la première est celle 
qui a cours aujourd’hui : il faut donc en conclure qu’il y a simplement erreur 
topographique dans le second document. 

No 2 (755). Vinea in castro Rigomo super fluvium Burdist. 

No 5 (même date environ que le précédent). Omnibus non habetur inco- 
gnitum, le precante rem aliquam in * Wadlino, id est ecclesiam S' Martini... 
sümili modo et in alio loco cognominante * Machanto super fluviolo ’V'emena…. 
quo usque ad vixeris usufructuario prestitum fecimus. *Wellin : ci-dessus 
(ad col. 20) Wadalino, plus loin (n° 46 sq.) Watlino, Wallinio. Pour les 
deux noms suivants, voy. plus loin une conjecture, ou plutôt une remarque , 
au commencement de nos extraits du Cantatorium. 

Ne 5 (824). In pago Condustrinse, in villa que dicitur * Navania.. In vico 
* Deonanti manso uno... Actum Namuco, sub die III kal. aprilis, anno XT 


() Date calculée par l'éditeur. Où il n’en donne pas, j'y supplée approximativement au moyen de la 
liste chronologique des abbés, de M. de Noüe (p. 497 sqq.). Je remarque, du reste, que ces deux auteurs 
ne sont pas d'accord dans leurs supputations ; ainsi la première pièce, qui serait, selon Ritz, de 748, a été 
donnée sous l'abbé Anglinus, lequel serait mort, d'après de Noüe, en 746. 


36 MÉMOIRE 


imperii domni nostri Ludowici imperatoris. * C'est la même villa assurément 
qui est appelée Wavania dans la pièce suivante (an. 825). Aucune des deux 
formes ne se rencontre ailleurs et ne répond à un nom moderne que je con- 
naisse. D'après l’analogie de certains noms qui ont ou paraissent avoir perdu 
leur w initial (Wisippen= Ychippe, Wandelaicus-mansus—Anloy?), je con- 
jecture qu'il faut lire Wavania, et que l’endroit désigné est Awagne, dépen- 
dance de Lisogne. * Dinant. 

No 8 (842). Possessionem quam genitor noster et genetrix ad monasterium 
Stabulaus tradidit in villa Chaystris et in alia villa que vocatur Chaunsindis. 

N°9. Bonuaria IT in villa Firmina. Probablement la ferme dite Fermine, 
près d’Izier, au nord. 

N° 10 (922). Domno... Gisleberto comiti et abbati ex monasterio Stabulaus, 
Guntbertus. Expetivi a vobis de rebus S° Petri et S' Remacli de monasterio 
Stabulaus que sunt in pago et comitatu Arduenna in loco et villa que dicitur 
! Romonia et in alio loco et villa que dicitur *Morceias sitas super fluvium 
Urtam.… ut ad usum benefitii mihi concedere deberetis ; quod et ita fecisus. 
‘ Remagne, * Moirey. 

No 11 (895). ]n pago Condustrinse in villa nuncupate * Hamor mansum 
unum.…. el terram fiscalem sive stratas publicas atque perveniunt in fluvium 
Orte(:) duos campos conjacentes inter * Fielon et Hamoe cum silva optima.— 
Les mots : et terram fiscalem , etc., peuvent se rapporter à la désignation des 
limites et non à la cession; mais il n'importe; il suffit que Hamor étant proche 
de l’Ourthe, c’est de Hamoir qu'il est question et non de Hamois, au nord de 
Ciney, comme pourrait le faire croire la seconde forme, par conséquent fau- 
tive, Hamoe. * Filot, vis-à-vis de Hamoir. — Actum in castro Hoyo (Hui). 

No 12 (915 ou 922). Ego Gerardus et conjunx mea Freduidis…. expetivi- 
mus a vobis de rebus S' Petri et S° Remacli de monasterio Stabulau que sunt in 
pago et in comitatu Arduennense in loco et in villa qui dicitur ‘ Ausegias….. hoc 
est mansum dominicatum cum edificiis suis, alia mansa X XV IUT, molendi- 
nis IT, cambas IL, silva ad saginandum porcos D, mancipiis CCC.LX …..Etut 
firmior sit hec precaria ita e contra dederunt Gerardus et uxor ejus Fredevidis 
ex sua proprielale ad partem jam dicti monasteri in supradicto pago et 
comilatu Arduennense in villa et loco qui vocatur « *buety nebura » , quicquid 
ibi visi fuerint habere et tenere, hoc est a loco consurgitrivulus * Reddebach, 
usque stralam que pergit ad * W'ambais, ipsa strata sequitur usque ad * Urso- 
fontanam, et sequitur usque ad fluvium ‘ Urvam. Iiem in ipso comitat, in 
loco qui vocatur * Wisonbronna, inter hosce confines : rivulum * Rebach, usque 
fluvium * Vivam, inde usque rivulum * Brunafa, ipsam sequitur usque 
“ Harnebach, inde usque strata publica.…. In tertio loco, in ipso comitatu, in 


tue diet dé 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 37 


villa ® Glaniaco, infra fines nostros, etc. — Bien que Ausegias fût un endroit 
très-important, je n'ai pu le retrouver. Peut-être était-il situé dans la partie 
allemande du comté d'Ardenne, pour laquelle je manque d'aides suflisants. 
Parmi les noms qui figurent dans le Cartulaire, on peut, il est vrai, rapporter 
au nôtre Osois (ci-dessus, ad 78 sq.) et Oseis (liste de 1130); mais je perds 
également la trace de ces derniers (Osois ne peut désigner Ozo, qui est appelé 
Ozon dans une pièce ci-dessus [ad 86 sq.], ni Oseis : Oizy, puisque ce dernier 
endroit figure sous la forme Oyseis dans la même liste que Oseis); la seule lo- 
calité que je trouve même à comparer conjecturalement (pour tous ces noms, 
ou pour l’un, ou pour deux d’entre eux), est Aucy, village détruit qui était 
situé au nord de Houffalise (Annales de la Soc. archéol. d’Arlon, p. 173 med.). 
Wambais est certainement un des Wampach : ce doit être Weis-Wam- 
pach, puisque Ober- et Nieder-Wampach sont séparés par la Woltz de l'Our 
(Urva), qui limite d'un côté la concession; mais je ne puis déterminer si la 
villa du nom, sans doute défiguré, de buety nebura doit être cherchée au 
nord ou au sud de Weis-Wampach, attendu que je ne vois pas de Redde- 
bach dans la carte de Ferraris. Pour Ursofontana, M. Ritz conjecture Ouren, 
qui est au nord de Weis-Wampach, mais il est évident que le nom ancien 
de cet endroit devait être en rapport, comme le nom moderne, avec celui de 
la rivière Our sur laquelle il est situé — : ne pourrait-on pas comparer 
Urspelt, au sud de Weis-Wampach? — Nous avons reconnu plus haut 
que Brunefa désignait Braunlauf (village) ; le rivulus Brunafa est donc le 
Braunlauf : dès lors Wisonbronna (littéralement : la source du bison, en anc. 
haut-all. wisunt) peut être Viesenbach , près de St-Vith, au sud-ouest. Il est 
remarquable que, dans le même document, deux endroits rapprochés et de 
dénominations semblables portent l’un un nom latin (Ursofontana), l’autre 
un nom germanique (Wisonbronna). Cela prouve, ce me semble, qu'au 
dixième siècle il existait encore des traces de latin du côté allemand de la 
frontière ; la forme romane Wambais mérite aussi d’être signalée. Quant à Gla- 
niaco, nous avons déjà dit que ce nom désignait le village détruit de Glains. 

Ne 13 (890). In pago Condustrinse, in villa nuncupante* Amarne.. bonua- 
ria V qui jacent confines S Petri et S' Remacli et * Helvius sive strata publica 
et pervenil usque in fluvio * Marne. —1 Amas (commune d'Ocquier), qui figure 
dans le Catalogue des vicariats? Comparez aussi Petit-Houmart (à l'est 
d’Amas), où se trouve la fontaine du Houmart, et Hémane, près du précé- 
dent, au nord. *D’après Ritz, le mot allemand helhveg : chemin de traverse. 
*Je n'ai pu découvrir l'attribution du fluvius Marne ; il est manifeste que de 
ce nom dérivait celui de la villa Amarne, pour 4d-Marne. 


58 MÉMOIRE 


No 14 (vers 950). Un bien situé in loco qui dicitur Villa, in comitatu 
Laumacense est donné aux Abbayes contre un allode quod est in pago 
Waverense, in comitatu Evodiense, in loco qui vocatur Carboch. Dans le 
n° 21, où cette donation est de nouveau mentionnée, pour #’illa on lit Ville, 
et pour Carboch : Karbau. Ce dernier endroit est Charbeaux , que nous avons 
vu plus haut sous les formes Garbool, Garbal, ete.; le pagus Waverensis, 
plus anciennement V’abrensis, est la Voivre (mot qu'il faudrait écrire Wavre); 
le comitatus Evodiensis est le comté d’Yvoi : Yvoi, ou Carignan, en allem. 
Ipsch, s’est d’abord nommé Epoissus (Itinéraire d’Antonin), puis Eposius 
(Grégoire de Tours, VII, 15), ensuite Evosius (Vita S° Gaugerici episc. Cam.), 
d’où la forme française, qu’on écrivait mieux anciennement : Ivois. Quant à 
la forme Evodium, d’où l'adj. Evodiensis, il semble, malgré son ancienneté, 
qu’elle est néo-latine, c’est-à-dire qu’elle provient d’une désinence latine 
ajoutée au nom roman, alors que la forme antique était déjà oubliée. Pour 
plus de détail sur les formes anciennes de ce nom, voy. Bôcking, Not. Dign., 
I, 1104 sq. 

No 45 (922). In pago et comitatu Arduennense, in villa et loco qui dicitur 
Asko — : Esch, sur la Sure : l'emplacement est indiqué par le passage qui 
termine la pièce : « montem autem ubi firmitatem facere cupitis, et illa terra, 
quicquid inter illum montem et fluvio Sura est ».— In supradicto pago et 
comitatu Arduenna, in villa et loco qui vocatur Beveras — : Bivers, au sud 
de (Weis-) Wampach et de Bellain (Ritz). 

No 16 (même date). Ego Lantbertus…. tradidi… mansum unum qui jacet 
inter Restanniam (n° 47 Restenniam, n° 25 Restania) et Cansleum (n° 48, 
an. 41105, Kanlui) super fluvium qui vocatur Letia — : Resteigne et Chanly, 
sur la Lesse. — Quapropter accepimus e contra …scilicet de W'atlino (Wellin) 
mansum XXXIS bonuariorum in villa quae Halmarchia (ne 37 Holmarch) 
nominatur super fluvium supradictum Letia. — Cette villa ne parait plus 
exister, du moins sous ce nom, mais la carte de Vandermaelen porte un ruis- 
seau de Halmaiche, qui se jette dans la Lesse, proche de Daverdisse. Le mot 
Halmarchia signifierait-il : marche, limite de Halma : Halmae-marchia (on 
peut admettre que Halmarchia , un peu au sud de Halma, formait de ce côté 
la limite du domaine)? Cela paraitrait assez vraisemblable, si on ne voyait 
dans la même carte un moulin de Halmache , au sud de Paliseul et loin, par 
conséquent, de Halma. — Le document suivant, n° 47, reproduit le même 
échange en sens inverse, c’est-à-dire qu'il émane du comte et abbé Giselbert, 
qui était l’autre partie contractante : In W/allinio concessi ei (scil. Lamberto) 
et tradidi mansum 1 de XX XI bonnarits in villa que nominatur…. (sie — : 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 39 


ce nom illisible doit être celui de Halmarchia) super fluvium quod vocatur 
Letia.…. E contra ipse reddidit... mansum dimidium cum VIII bonuariis 
in villa Restennia super ipsum fluvium quod supra commemoravimus.….. (:) 
inter confines Advenientium-Francorum et Sti-Remacli confessoris hac redi- 
tio consistit. Acta in villa W'allinio. Ce nom singulier de 4dvenientes-Franci, 
qui remplace celui de Cansleum (Chanly), employé dans l'autre pièce, dési- 
gne nécessairement le village d’Ave (commune d’Ave-et-Auffe), qui joint 
Resteigne, Chanly et Wellin. Nota. Les deux pièces ont été primitivement 
dressées le même jour (die WI non. octobris, quarto anno regnante Heinrico) , 
mais la première porte à la fin la mention qu'elle a été renouvelée, (r’)écrite 
et corrigée sous l'abbé Odilon (mort, selon de Noüe, en 954). Bien qu'il n'en 
soit rien dit, il n’est pas douteux que la seconde, dont les formes paraissent 
beaucoup plus modernes (Wallinio, Restennia, Lambertus, pour : Watlino, 
Restannia, Lantbertus), aura subi plus tard le même sort. C’est à cette cause 
et à la négligence des rédacteurs primitifs qu’il faut attribuer le manque de 
concordance dans ces formes mêmes et dans les désignations des localités. 

Ne 18 (950). Dono tibi res meas proprias in pago Condustrinse, in villa 
Harfia, super fluvio Alblivi. H doit y avoir corruption dans ces deux noms. 
Pour le premier comparez cependant Herpha (liste de Wibald). Je remarque 
que le suflixe livi semblerait être celtique : voy. la 5° série , au mot Live. — 
Acta in villa Wahart — : Waha. 

No 49 (952). De nostris hominibus in Scuritias — : Xhoris. Ce mot que 
nous avons vu plus haut sous la forme Scurcieias, qu'il faut, je pense, corri- 
ger en Scuricias , est probablement dérivé du moyen-lat. scuria (écurie), ou 
immédiatement de lance. haut-all. seur, scüra (proprement : abri contre les 
intempéries), par analogie avec porcaritias (porcherie), etc. 

N° 20 (vers la même époque que la pièce précédente). Dedit mihi …advo- 
catus cum voluntate ducis (Gisleberti) et omnium monachorum villam nomine 
Geneticio, in pago Condustrio.—Nous avons déjà comparé plus haut (ad 28 sq.) 
le vocable Genedricio, ainsi que les noms modernes Gènes et Jeneret. 

No 22 (954). Idcireo noverint fideles sancti Dei ecclesiae qualiter convenit 
inter abbatem Odilonem et quendam virum.… nomine Adelelmum ut inter se 
quandam facerent commutationem. Quam et fecerunt. Dedit igitur predictus 
Adelelmus.… Odiloni. (de) terra propria mansum unum ingenuilis in pago 
Condustrinse in villa  Wasipia….. (sie) in comitatu etiam Hoio…... Quapropter 
e contra accepit Adelelmus.. de rebus monasterii in concambium... mansa due 
ingenuilis inter duas villas * Fals et *Olhais; que terra jacet inter confines 
«  Arx *Suva et °Mosenc et * Ma... (sic) in comitatu Hoio ». — ‘ Nous avons 


40 MÉMOIRE 


déjà identifié plus haut les noms Warsipio, Wasipia, Wisippen et Ychippe 
(ad col. 20); *Faulx , dépendance de Mozet; ® Ohey; ‘ et'. 4rx est très-proba- 
blement soit la forêt d’Arche, qui s'étend entre Faulx et Ohey (ne pas con- 
fondre avec le bois d’Arche, auprès de la Meuse); —en ce cas, il faudrait cor- 
riger Suvam en silvam, — soit un village détruit qui aurait donné son nom 
à la forêt. ° Mosenc ; dans des pièces romanes de 1184 et 1204 (Mon. Nam. L, 
pp. 128, 151) Mosain, dans d’autres pièces manuscrites du XIVe siècle: Mosen, 
Moseng, Moisaing, etc., est positivement, paraît-il, d’après la suite des docu- 
ments, Mozet (d’ailleurs on pourrait comparer Mozain- ou Mazain-fosse, dans 
la forêt d’Arche; dénomination , du reste, qui provient peut-être précisément 
du nom de Mozet, sous cette ancienne forme, = fosse de Mozet). ’ Premières 
lettres, probablement, du nom de Maizeroule — : je ne connais pas la forme 
ancienne de ce nom, mais il est un diminutif de celui de Maizeret, qui est 
appelé Maizerees, Maiserey , dans les derniers documents cités. Nota. Je re- 
marque que le parallélisme des formes Mosain, ou Mosaing, et Mozet, n’est 
nullement suspect; la même transformation de la désinence existe, par exem- 
ple, dans Botheit, Wartet, Artet, Boquet, qui s’appelaient en roman : 
Bothaing, Warthaing, Artaing, Bokaing. 

No 95 (956). Un certain Evrard fait don de six mansos, etc., dans la villa 
de Resteigne qua propter e contra in recompensatione tradidit abbas Odilo 
de terra S° Petri et S° Remacli….. in villa Hillei mansos AIT, etc. Le Catalogue 
des vicariats, p. 493 inf., indique comme chapelle dépendante de l’église de 
Comblain et Fairon : Chantremelle alias Heledas : cet Heledas est-il notre 
Hilleï, ou bien Halleux , dépendance de Comblain-au-Pont? 

No 24 (même date, environ). Idcirco Odilardus et uxor mea Judith pariter 
tradimus res nostras proprias, videlicet mansos III, id est ad ‘ Rouz man- 
sos IT et cambra una, ad * Rohum autem mansos IT, silva ad porcos sagi- 
nandos. W'aida bona et ampla inter duos confines * Paulegia et ‘ Isna.... 
Quapropter accepimus ex ipsis monasteri rebus in precaria…. scilicet man- 
808$ VIII qui in his locis conjacent : in villa videlicet * Caventonia mansus E, 
ad * Faid mansus I, ad * Colnidum mansus 1, ad ® Carbium mansi V. In 
comilatu Hoio, de potestate Lenion, familia XII. —‘et*. Rouz est peut-être 
l’un des deux Rudis, par suite l’un des deux Reux. S'il n’était naturel de sup- 
poser que l’autre Rudis et l’autre Reux se répondent également, on pourrait 
rapporter Rohus ou Rohum à l'un de ceux-ci. *, et”. Chevetogne (au S. de 
Leignon), Foy (entre Dinant et Conneux) et Conneux, comme l’a bien vu 
M. Ritz, mais ‘ Carbium ne peut être Corbion (ci-dessus Curbionem), à moins 
que la forme ne soit altérée. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 41 


No 25 (même date, environ). Tradidit itaque prefatus Engo de terra sua 
propria…. villam que vocatur Tanton…. inter confines aquarum W'enbria et 
Cenelia , in comitatu Hoio.. E contra accepit... villam que nuncupatur Ceneils, 
in qua consistunt tria mansa, et quartum in loco qui dicitur Joherina, cum 
silva prata que conjacent inter confines supradictos et in ipso comitatu. — 
Tanton (dépendance de Vonnéche), entre la Wimbe et la Senoye : le comté 
n'est pas celui de Huy, mais un autre moins connu qui tire son nom de la 
Houille (Huia), petite rivière qui coule au S.-0. des endroits cités. Ceneils 
est Senaye ou Sinaye, dépendance de Wancenne. 

No 27 (972). Igitur dedit ipse Rambertus ad altare S" Petri et S' Remacli… 
in pago Condustrio duo mansa super aquam ‘ Suminara et inter confines 
* Busiu et * Barevel. Itaque contra hanc donationem accepit.… in precariam.... 
ab abbate loci ipsius.…. mansa 11IT in eisdem confinibus supranominatis in comi- 
tatu Hoio.—" La Somme; * probablement Buzin; peut-être Bonsin ; * Barvaux- 
Condroz, ou Barveaux, près du village de Somme. Nota 1. Sur les bords de 
la Somme sont situés les villages de Somme et de Leuze. Je crois reconnaître 
leurs noms anciens dans les signatures : Guntrannus de Sume ou Summe (ci- 
dessus ad 72 sq.), Bovo de Lotauso (col. 59, vers 1055). Comparez pour ce 
dernier : Leuze, dans le Hainaut — : Lutosa, dans le Partage de 870; Lothusa, 
ap. Lac., 1, 26 (?); Leuse, département de Seine-et-Oise — : Lodosa, dans 
le Polyptique d’Irminon (1, 879 sq., I1, 241). Nota 2. Nous remarquerons : 
1° que le nom de la rivière parait se décomposer en Sume, nom du village, 
in, suflixe de dérivation, ara , nom-suflixe signifiant probablement : eau, ou 
cours d'eau; 2 que cette forme Suminara, Sumara, répond mieux au mot 
Somme que Samara, qui, à conclure de Samarobriva, était le nom de la Somme, 
rivière de Picardie. Samara, à son tour , cadre mieux avec le mot Sambre que 
ne le fait Sabis. Pour ma part, je ne doute pas que le nom de la première 
rivière, S'il n’était Sumara, avait au moins cette forme, et, de même, que la 
seconde rivière, outre le nom de Sabis, dont je ne conteste pas l'authenticité, 
portait aussi celui de Samara : comparez l'art. Sambra, dans la série suivante. 
: No 28 (966). Dedimus itaque... ad monasterium Stabulau….. hoc est curtem 
nostram indominicatam « ad demekema et cominam » que que protenditur ab 
ima arbore que vulgo dicitur « Pekervol » usque ad terram S* Mariae. 

N° 29 (968). Dedit itaque idem predictus Norbertus ad altare ejusdem eccle- 
sie... locum qui dicitur ‘ Dottinga quod erat de alloda * Perroith…. E contra 
dedit ei prescriptus abba…. XVI bonuarios super fluvium * Alsoncia in loco 
qui dicitur ‘ Hosinga in comitatu * Bastinije sicut ut superius. — * Parret ou 


Pärette (au N. d’Arlon, près de la frontière du grand-duché de Luxembourg): 
Towe XXVI, 6 


42 MÉMOIRE 


* l'Alzette; ‘ Essingen ; ‘comté de Bastogne. Nota. Que l’Alisontia d’Au- 
sone (Moselle, vers 371) soit ou non notre Alsoncia, c’est en tous cas le même 
mot sous une forme plus ancienne. Le radical se retrouve aussi, à ce qu'il 
semble, dans les noms 4lsena, Alisna, que nous avons vus plus haut; com- 
parez aussi Aliso où Ex», rivière de Westphalie, maintenant l’Alme (Tac., 
Ann., W; Dion Cassius, LI, 33), Elsa ou Alsa, rivière d’où l'Alsace a tiré son 
nom, etc. (Le rapport entre ces formes peut être exprimé par le tableau sui- 
vant : 10 Alis-on-tia, Als-on-cia; 2° Aris-on-4, Auis-Ex-4 : a. Al’s-en-a, 
b. Alis-n-a ; 5° Azis-a, Als-a). 

No 50 (966). Æ contra accepit (Hardvicus)... III mansa in loco qui dicitur 
Fractura.…. in comitatu Hoyensi. — Fraiture, près de Tinlot (voy. la pièce 
suivante). 

No 51 (956). Dedit itaque predictus Robertus... id est in pago Condustrio in 
villa  Stratella mansa III... et in villa ? Tilnou mansa VI... Denique in com- 
mulatione earundem rerum accepit a predicto abbate... id est in pago Hasban- 
nio villam * Grimides super fluvium * Gatia. — ‘ Probablement une dépen- 
dance de Strée (ci-dessus, ad col. 26 sq. : Strata), qui est à l'O. de l'endroit 
dont le nom suit ; * sans doute Tinlot, entre Strée et Fraiture; ° Grimde, près 
de Tirlemont; ‘ la Geete. 

No 52 (959). Tradimus... ad altare S® Petri in Stabulaus... in pago videlicet 
Condustrio in villa * Aterino mansum indominicatum.. que terra jacet. juocta 
terram S' Remacli de * Okeries. in comitatu Hoyensi. — ‘ Atrin, au N. du 
suivant; ? Ocquier. 

No 55 (970. Quicquid habere videmur super Mosellam in villa publica que 
dicitur Crovia. — Crüv. 

No 55 (1004). Tradimus (scil. Gerardus cum conjuge). quod in Glamacho 
tenemus. — Lisez Glaniacho (Glains)? 

No 40 (vers 1040). Ego Hadewidis ingenua.…. tradidi S Petro et S° Remaclo.…. 
pro salute anime mee et filii mei Hadewidi « Hennereit de Brucherothes » cum 
omnibus que visa sum possidere.. addidi etiam « Sparfir de Erarmunz » cum 
suo Mansu. 

No 41 (1095). Est nobis (scil. monachis Stab.) possessio antiquitus in loco qui 
dicitur ‘ Ad-Fractam-pontem, pertinens ad possessionem eque nostram que 
appellatur * Lovineias, quam videlicet possessionem rustici juxta manentes in 
vico * Alno, qui sunt S' Alberti Aquensis, ete. —" Fraipont ; * Louvegnez; * Olne. 

N° 42 (la date manque). Allodium quod erat ad * Roleuz juxta curtem nos- 
tram H.... (sic : leg. Hurionem).... (sic) et ad * Florzeias…. Tres solidi Colo- 
nienses qui exeunt in festo S' Johannis Bapt. de W'akendor….. Coloni insuper 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 43 


nostri de * Remaja... Non omisimus autem C ova... que de * Blizirhes.…. sol- 
vuntur. * Ce nom, qu'il faut lire Rolluz ou Roluez, désigne Roloux, en Hes- 
baie, près de Horion; * Florzée, commune de Sprimont; * Wachendorf, dans 
le cercle de Lechenich (Ritz); ‘ Remagen (sur le Rhin). 

No 47 (4105). Mormont. — Un des endroits de ce nom situés dans le 
Luxembourg. — In villa super Jairam sila Bacenges — : Bassenge, sur le 
Geer (Hesbaie). Allodium nostrum Holonge — : Hollogne, dépendance de 
Waha, ou un des Hollogne situés en Hesbaie. 

N° 48 (même date). Ego frater Fulmarus..., Stephano de * Alba-fontana 
homine nostro sine heredibus defuncto, beneficium quod a nobis habebat , idem 
molendina IT, unum ad * Kanlui super fluvium Letia….., aliud sub * Okerias in 
loco qui * Urzula dicitur.…. fratribus meis Stabul. tradidi…. Redemi praeterea 
a Roberto castellano nostro de Longia... IT eambas, unam ad° Feroin etalteram 
ad * Fielignel....quas simili modo fratribus meis.. contradidi, et ipsi eas Hillino 
villico de * Reuurun hereditario jure possidendas reddiderunt. — : Arbre- 
fontaine, ou Blanche-fontaine, l’un et l’autre près de Viel-Salm ; * Chanly ; 

Ocquier; * Fairon; * Filot (ci-dessus Filionio)? * Lisez Kevurun : Chevron. 


Pour compléter notre travail sur le cartulaire de Stavelot et de Malmédy, 
nous transcrirons in exlenso deux listes des possessions de ces monastères, 
encore que ces listes répètent beaucoup de noms connus et qu’elles soient 
généralement très-fautives. La première, écrite vers 1130 , donne l'état des 
biens du temps de l'abbé Poppo, mort en 1048. (Dans l’Ampl. coll., 89 sq.). La 
seconde, de 1155, ou environ, a été dressée par ordre de l'abbé Wibald, qui 
la fit graver sur une plaque de vermeil. Elle nous a été conservée par Miræus, 
1,686, mais, comme nous l'avons dit, d’une manière très-incorrecte, proba- 
blement par la faute du transcripteur, qui manquait des connaissances paléo- 
graphiques nécessaires et du zèle qui aurait pu y suppléer. (Notons à l'avance, 
afin que le lecteur puisse juger plus aisément des corrections à opérer , que la 
corruption parait avoir atteint surtout les formes commençant par con et par 
0). Néanmoins, les principaux endroits devant être nécessairement mention- 
nés dans l’une et l’autre de ces listes, ainsi que dans les extraits précédents, on 
peut essayer avec quelque espoir de succès de rétablir les formes au moyen 
de cette triple comparaison. Pour éviter les longueurs, nous avons fait suivre 
chaque nom de la première liste de celui qui parait lui correspondre dans la 
seconde. — P. S. Cette partie de mon travail était achevée, lorsque j'ai trouvé, 
à la page 32 d’une Notice historique et descriptive des archives de l’abbaye et 
principauté de Stavelot, publiée par M. Gachard dans le tome XXI des Mé- 


44 MÉMOIRE 


moires de l’Académie royale de Belgique, une transcription de la liste de 
Wibald, faite au XVIe siècle et beaucoup plus exacte que celle de Miræus. Je 
ne pouvais négliger d’en tenir compte, quoiqu'il fût trop tard pour substituer 
les nouvelles données aux anciennes dans le corps de l’ouvrage. Je donne 
donc cette transcription en supplément, avec celle de Miræus en regard , et je 
note en même temps les observations qu’elle suggère : j'ose dire qu'elles con- - 
firment généralement mes conjectures : le résultat de mon travail subsiste, 
mon labeur seul est perdu. Que si le lecteur me reproche à ce sujet de ne pas 
lui fournir une œuvre plus achevée, je répondrai qu’explorer toutes les sources 
est chose matériellement impossible ; qu’on est done forcément exposé à 
devoir reprendre en sous-œuvre telle ou telle partie de son travail, voulüt-on 
épuiser la matière; que pour moi, loin d’avoir cette prétention, je voulais 
et devais me borner à un simple essai : s’il est suffisamment complet pour 
être utile, mon but est atteint, 

Oyseis (col. 118, an. 1145, Oiseis\. Oizy, au S. de Graide. 

Graisde. Graide. 

Olfait — Consfait? Haut-fays, au N. de Graide? Ou comparez ci-dessus 
Lonfait (Longfaye)? ou « Houffen[?], dont la fortereste tient en fief de Stavelot, 
salve une thour mouvante de Luxemburgh » (Liste du XVre siècle, p. 320)? 

Osisines — Consines? Hosne (entre Amel et Manderfeld)? Comparez ci- 
dessus Olisna ? 

Fineval — Fieneval. Finnevaux , près Beauraing. 

Spontin. Même nom moderne. 

Haletin (col. 79, an 1104, Halentina). Haltinne. 

Jupille. Même nom moderne (près La-Roche). 

Izers (col. 85 inf. Iziers). Izier. 

Longia. Logne. 

Hoseumont (lisez Hosenmont : col. 118, an. 1145 : Hosammont, qu'il faut 
peut-être lire Hosainmont , d’après la leçon suivante; Mon. Nam., I, p. 508, 
an. 1183, Hosainmont [deux fois], ibid., p. 130 sq., an. 1209, Hosenmont.. 
Hosémont, en Hesbaie. 

Rochelevenges. 1° Rochelinval, près de Fosse et de Bodeux, au S. de Sta- 
velot? Cette supposition parait la plus vraisemblable ; car il suffit d’un tilde 
sur le second e de Rochelevenges (— Rochelenvègne), pour produire le son 
de Rochelinval , sauf la terminaison , dont l’origine est facile à comprendre. 
2o — Rocoue-et-Vences : Rock et Vien, deux villages au N. de Fairon? 3° Ro- 
clenge, en Hesbaie, anciennement Rokelenges, en flam. Ruckelingen ? 

Awogne. Sans doute Awagne, mais alors il faut très-probablement lire le 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 45 


nom ancien Awagyne, comme le nom moderne: comparez ci-dessus, p. 35 sq. 
Navania où Wavania. 

Lovigneis — Louveigneis. Louvegnez. 

Verviers. Même nom moderne. 

Keren. Cherain. 

Buiteback. Butgembach. 

Bolenges. Büllingen. 

41. Wellin (:in curte Wellin XVI libras). Plus loin, le même nom revient 
avec la menticn : in Wellin XL arietes. L’un de ces endroits est le Wellin 
moderne, appelé de ce même nom dans la Liste de Wibald; l’autre est celui 
qui est désigné plus haut (ad col. 126 sqq.), et dans cette dernière liste, sous la 
forme Wellines. 

1. Nova-villa. Un des Neuville : voy. 2. Nova-villa. 

Walendor. Walsdorf : voy. ci-dessus ad col. 56. 

Bacinga — Bacenga (ci-dessus — Ritz, n° 47 — Bacenges). Bassenge, en 
Hesbaie ; en flam. Betsingen. 

Leignon. Même nom moderne. 

Comblenz — Comblen. Comblain-au-Pont. 

Seignaces — Scheniaces. Sous ces formes, les deux noms ne correspondent 
pas, mais il est probable que le premier doit être lu Scignaces : on ne pour- 
rait, en effet, étayer Seignaces que par la seule forme Seniaces que nous 
avons reconnue étre fautive; de plus, le seul nom actuel à comparer serait 
Ciney, qui était une manse dominicale de l'évêque de Liége (voy. plus haut, 
p. 55) et qui porte des noms différents dans les anciens documents (voy. la 
remarque). Scignaces, Scheniaces , au contraire, répondent parfaitement au 
Xhignies, Xhineis, Xhignes, du Catalogue des vicariats, qui désigne Xhi- 
gnesse, église-mère de Lorcé, My et Xhoris, d’après ce même document, 
p. 494 inf. Nota 1. Il est bon de noter que la désinence aces ne vient point 
d’un singulier ax, comme on pourrait le penser, mais que le e y est simple- 
ment, de même que dans la plupart des terminaisons en es, l’atténuation 
d’un a primitif : comparez pour la forme acas : Pronisiacas et Angelgiagas: 
pour la forme atténuée aces : Semaces. Nota 2. Je n'ai découvert pour le nom 
ancien de Ciney que les formes suivantes, qui sont nécessairement secon- 
daires , si elles se rapportent toutes à cet endroit, ce que je ne puis garantir, 
spécialement pour la première : Ceumacum, Cennacum, Ceynacum, Kine, 
Cunei (Chap. E, 212, ef. 56, 58; 11,106, 109, 308, 510; Mir.. LI, 825. 2 med.. 
827.1, IE, 11, note 9, 617. 2 sup., etc.). L'instabilité de la voyelle du radical 
et la confusion constante entre la lettre m et les lettres ni ou nn, sont cause 


46 MÉMOIRE 


que, par l’énonciation seule du mot dans un document, on ne peut jamais 
reconnaitre si l'endroit désigné est Ciney, Chiny, ou Chimay. Dans le Hai- 
naut, ou dans ces contrées, se trouvait un endroit dont le nom moderne 
m'est inconnu, mais qui est appelé dans les dernières pièces où il figure, 
Ciney et Chivenis : la forme la plus ancienne est Chuinegas (laquelle repré- 
sente vraisemblablement un primitif Cuniacas), d’où successivement Kui- 
neias, Kiunei, Chuneiï, Ciney, et, d'autre part, venant de la forme Kivweras, 
que la combinaison des deux premières, que nous venons de citer, permet 
de poser comme réelle, Chiweneis, Chivenis (voy., pour ce nom, Lac., I, 4, 59, 
296, 449). Si, tenant pour bonnes toutes les formes attribuées ci-dessus à 
notre Ciney, il me fallait conjecturer quel primitif en résulte probablement, 
Jopinerais pour CEuniacum qui aurait été lu par erreur Ceumacum : cette 
forme est la plus ancienne (1006) et, moyennant cette correction, rendrait 
compte de toutes les autres. 

Oscis. Nous avons déjà comparé Osois et Ausegias. 

Aiflois. 

Okeriis (ici à l’ablatif, mais cette même forme est employée à l’accusatif, 
col. 461 : villam nostram Okeris devastavit). Ocquier. 

Bra. Bras. 

Lernau — Ledernau. Lierneux. 

Baldau — Baldou. Bodeux. 

Rahieres — Rahir. Rahier. 

Chevrons — Kevuruns. Chevron. 

(èn) S° Vito. St-Vith. 

(in) Tumbis — Doma? Thommen. 

(in) Waimis — Waymes. Weisme. 

Amblavia. Amblève. | 

Lorenceis — Lorenzeis. Lorcé. 

2. Nova-villa. L’Alphabet a : « Nouville-en-fond Famenne » , et : « Nou- 
ville-à-St-Vith », maintenant Neuville. 

2. Wellin. Voy. 1. Wellin. 

Lengun. Une lettre adressée à Wibald, en 1148 (col. 280), porte : De eo 
autem quod mihi injunæistis, ut Godinum de Barsiez villicationt in Lemgum 
imponerem, etc. Barsiez paraît être Barsy, près de Schaltin : c’est peut-être 
un indice pour retrouver Lengun ou Lemqum. (Inutile de faire observer que 
ce n’est point Leignon, puisque ce nom figure déjà plus haut sous cette forme). 

Olzieres. 

Generez — Genuerez (lisez Gennerez). Jeneret. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 47 


Le document mentionne ensuite de nouveau, mais sous d’autres rapports. 
les noms de Lovengeis, Lernau , Chenruus (lisez Chevruns) et Rahieres. 

La liste de Wibald contient en plus : 

Stabulaus. Stavelot. 

Rona. Roanne (près de Stavelot), probablement. (Alors le nom moderne 
serait ainsi écrit pour Roine). 

Consines. 

Josses. Lisez Fosses : Fosse, près Bodeux. 

Consdaignes. Comparez Condeine, dépendance de Baelen, dans une pièce 
de 1212, ap. Ernst, VI, p. 178. 

Horrion. Horion. 

Tourinnes. Tourinne. 

Mudrescheidt. Lisez Madrescheidt : Manderscheiïdt, au S. de Büllingen. 

Rhorices. Lisez Xhorices : Xhoris — ? c’est en tous cas l'endroit désigné, 
mais je doute fort que le signe wallon xh, pour h aspiré venant de se, soit 
aussi ancien. 

Causeis. Lisez Canses : Chanxhe —? L’Alphabet mentionne un Chauche, 
qui répond au moins aussi bien; mais ce vocable parait corrompu, et il faut 
probablement lire Chauehé, — Chauveheiïd (dépendance de Chevron), qui est 
une forme tout à fait adéquate. 

Fielon. Filot. 

Ferieres. Ferrières. 

Sprimont. Même nom moderne. 

Conson. 

Fieziennes. Fizenne, près de Soy. 

Herpha. Herve, ou le Harfia, en Condroz, mentionné dans le n° 18 de Ritz? 

Conkieres. 

Sealtin. Schaltin. 

Feraiges. Ferage, près de Finnevaux. 


Silvestrecourt. Voy. ci-dessus p. 24 sup. 
Doroit. La liste du XVre siècle mentionne Dourot comme « cour venant à 


Wellin », puis elle cite Douroit, immédiatement avant Alhoumont (près de 
Houffalise). L’Alphabet et le Catalogue des vicariats portent Doreux ; mal- 
heureusement (car je ne puis retrouver cet endroit) une faute d'impression 
empêche de reconnaitre à quel concile il appartenait. 

Palisul. Paliseul. 

Consfait. 

Calcum. Chaud. 


48 MÉMOIRE 


Bovingeis. Bovigny , ou Bouvigny. 

Germineiz. Germigny (en Champagne). 

Kerbou. Charbeaux (près d’Yvoi ou Carignan). 

Doma. Probablement Thommen. 

Wakendorph. Wackendorf. 

Lukesenges. On voit, coll. 64, 65, que cet endroit ressortissait auparavant 
à l'évêché de Bamberg, mais qu’il était assez rapproché des Abbayes. 

Malmundarium. Malmédy. 

Francorchamps. Même nom moderne. Francorchamps vient sans doute de 
Francorum-campus, mais je n’ai pas rencontré ce nom dans un document 
ancien. 

Hoscenlaer. 

Basenheim. Sans doute le même nom que Basen-villare, d’où est daté le 
diplôme d’Othon, de 950 (col. 44). 

Dalehem. Dalheim ; lequel? 

Fairon. Même nom moderne. 

Pressoir. Presseux. 

Walevia. Waleffe (en Hesbaie). 

Sclacin. Sclessin. 

Linsceis. Lincé, ou Linchet? — : l’Alphabet a l’un et l’autre (« Lincé ». 
« Linché »). 

Landermenges. Lantremange (en Hesbaie), probablement. Comparez Lu- 
tremange , près de Bastogne. 

Boccholtz. Bockoltz; en français, d’après Ferraris, Behault (à l'E. de Bovigny). 

Wellines. Nous avons vu plus haut (ad col. 126 sqq.) qu’un seigneur de 
La-Roche avait un bénéfice en cet endroit. Ici il est associé à des lieux situés 
en pays allemand (à l’exception peut-être de Travant, qui est douteux). La 
première donnée empêche de comparer Willinne, dépendance de Berloz, 
non loin de Lantremange, qui vient d’être cité; la seconde rend improbable 
que ce soit Wellenne, proche de Namur. 

Travant. Cest le même mot que Trabanam, que nous mentionnerons plus 
loin (d’après Lacomblet, IT, 155) et qui désigne Traben. Cependant, d’après 
l'état de corruption où les formes nous sont données , on peut aussi comparer 
Vallis de Xhavant (Vaux-Chavanne, probablement), dans le Catalogue des 
vicariats, p. 493. 

Grimesburg. 

Ludenestorph. Dans un document à peu près de même date (col. 92) Lode- 
nesdorp. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 


Liste des biens dressée par l'abbé Wibald. 


RSR RERO ER SRSRREENS | nesnes 


TRANSCRIPTION 


D 


D. 


EXTRAIT PAR M. GACHARD, 


TRANSCRIPTION 


DE MIRÆUS. 


EXTRAIT PAR M. GACHARD. 


49 


Stabulaus. 
Rona. 
Consines. 
Josses. 
Ledernau. 
Baldou. 
Rabir. 


Kevuruns. 


Consdaignes. 
Louveigneis. 
Horrion. 
Tourinnes. 
Mudrescheidt. 
Rhorices, 
Causeis. 
Fielon. 
Ferieres. 
Castellum Longia. 
Sprimont. 
Conson. 
Fieziennes. 
Genucrez. 
Herpha. 
Conkieres. 
Scaltin. 
Leignon. 
Feraiges. 
Fieneval. 
Wellin. 
Silvestrecourt. 
Doroit. 


Tome XXVI. 


It. 

It. 
Osnes. 
Fosses. 
It. 

It. 
Rahieres. 


It. (écrit par erreur 
Kewruns.) 


Oldanges. 
Lovingeis. 
Horion. 
Turnines. 
Muderscheit. 
Scorices. 

It. 

It. 

LLA 
Castellum Longie. 
It. 

Oson. 
Fiezma, 
Generez. 

It. 

Okeres. 
Scalentin. 
Lengion. 
Ferarga. 
Fineval. 

It. 
Silvestricourt. 
It. 


Palisul. 
Consfait, 
Calcum. 
Bovingeis. 
Germineiz. 
Kerbou. 
Doma. 
Wakendorph. 


Lukesenges. 


Malmundarium. 


Waymes. 


Francorchamps. 


Nova-Villa. 
Amblavia. 
Hoscenlaer. 
Basenheim. 
Dalchem. 
Bacenga. 
Lorenzeis. 
Scheniaces. 
Fairon. 
Comblen. 
Pressoir. 
Walevia. 
Sclacin. 
Linsceis. 
Landermenges. 
Boccholtz. 
Wellines. 
Travant. 
Grimesburg. 
Ludenestorph. 


It. 

Olfait. 

It. 

It. 
Germineis. 

It. 

It. 
Wakenedorff. 
It. 

It. 


Waimes. 


Francorcamp. 


It. 

It. 
Hascenlar. 
It. 

It. 

It. 

It 
Scuniaces. 
It 

It. 

Pressoer. 
Walavia. 

It. 

It. 

It. 

Bocholt. 

It. 

It 
Grimesbura. 
Ludenestorf. 


à 


50 MÉMOIRE 


La comparaison de ces listes donne lieu aux observations suivantes. Dans 
la première, les vocables Consines, Consdaignes , Conson, Conkieres, Cons- 
fait, sont, en effet, corrompus. Il faut les remplacer par Osnes, ou mieux 
Osines, — Osisines (liste de Poppo), Oldanges (Odeigne), Oson (070), Okeres, 
ou mieux Okreres, = Okeriis (liste de Poppo), Olfait = Olfait (ibid.). De même, 
pour Josses, Rhorices et Genuerez, il faut lire Fosses, Scorices et Gennerez, 
comme je l'avais proposé. En revanche, la correction Mudrescheïdt, en Man- 
drescheïidt, devient douteuse, quoique je la regarde toujours comme pro- 
bable; Travant et Causeis sont certifiés conformes à l'original. À Tourinnes, 
Scaltin, Leignon, formes modernes arbitrairement introduites par le copiste 
de Miræus, il faut substituer Turnines, Scalentin, Lengion. La leçon Ferarga 
semble également préférable à Feraiges. Il est plus douteux que Hascenlar, 
Scuniaces et Grimesbura vaillent mieux que Hoscenlaer, Scheniaces, Gri- 
. mesburg. Fiezma est sans doute mal lu pour Fiezina. 


LIL. — EXTRAITS DE LA CHRONIQUE DE S'-HUBERT , EN ARDENNE, DITE CANTATORIUM. 
rédigée dans le premier quart du xu siècle. 


Limites du territoire concédé par Pepin d’Herstal, d’après un faux diplôme 
auquel on a donné la date de 687. — Voici d’abord les termes du document 
lui-même (ap. Mir., IE, 1125 sq.): Quum supremus coeli terraeque Dominus.. 
castrum Ambra, Amberlacensis fisci caput…. in servorum suorum patri- 
monium dignatus sit eligere, Ego Pipinus.. notum facio omnibus. quod 
praedictum ditionis meae castrum ab Ardennae principatu avulsum, cum 
limitibus et confinis infra designatis, ila. trado, ete. Noverint universi hac 
donationis karta contineri totum terrae tractum constrictum inter lapides 
metas et fossas, in praesentia filiorum et procerum meorum designatas : inter 
Divisiones, ad Meridiem : ad Orientem, inter Mollem Campellum , Campilo- 
nem et Haletum , ferreum montem : ad Aquilonem , inter Nasaniam et Awan- 
nam, Tabulae fontanam : ad Occidentem, Fluvium Lumnam et Rupem Sul- 
moniensem ; scilicet cum banno, ete. — L'auteur de la Chronique rend ainsi 
le texte ci-dessus (p. 568 sq.) : In pago Arduennensi quoddam castrum Ambra 
dicebatur, eo quod Amberlacensis fisei capud haberetur….. Locum perpetuo 
habendum Beregiso donavit (scil. Pipinus), et perlustratis finibus ejusdem 
donationis, certas metas per subnotata confinia disterminavit : ad meridianam 
plagam inter Divisiones, ad orientalem plagam Mollem campellum , ad aqui- 
lonem inter Campilonem et Haletum, Ferreummontem, inter Nasamiam et 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 51 


Awanam, Tabulae fontanam, ad occidentem rupem Sulmoniensem et fluvium 
Lumnam. 

Ambra, nommé ensuite par Bérégise Andaginum (626, 1. 48 sq.), serait 
St-Hubert, mais il y a apparence que ce nom a été controuvé, précisément 
pour que St-Hubert parüt avoir été dans l’origine le chef-lieu d’Amber- 
loux, tandis qu’en réalité il en dépendait, sans doute. 11 est certain, en 
effet, que ce dernier village existait à l’époque romaine (!), et, d'autre part, 
on ne voit pas pourquoi, étant assez éloigné d’Ambra, il aurait tiré son 
nom de celui-ci, et ensuite pourquoi, cela même admis, c'est de lui 
et non d’Ambra, le prétendu chef-lieu, que le nom du fisc serait dérivé 
(Amberlacensis-, et non Ambrensis- ou Ambracensis-fiscus) ; de plus, au point 
de vue linguistique, la ne parait nulle part comme suflixe de dérivation. 
Quoi qu'il en soit d'Ambra, le nom ancien d’Amberloux était Amberlacus ou 
Amberlacum, comme on le voit déjà par l'adjectif ci-dessus , et comme il est 
appelé effectivement par l'auteur de la vie de Bérégise (Cantatorium. p. 568, 
1. 29 sq. : temporibus autem Pipini … uxor ejus Plectrudis Amberlacum , 
suaë dictionis fiscum , parabat adire), d’où ensuite Amberlaus où Amberlau. 
Les autres noms sont ainsi rendus par M. de Robaulx , un des éditeurs du 
Cantatorium (?) : le mot Divisiones indiquerait les limites du district de Neuf- 
château, marquées jadis par des bornes en pierres; Mollem -campellum : 
Mochamp [le bois de Mochamps, au droit sud de S'-Hubert, ou le hameau 
du même nom, au nord de ce lieu? P.5$. L’Ant. ecel. And. indique ce der- 
nier endroit, mais en doutant de l'attribution. Elle conjecture à tort Mier- 
champs (p.10 sup.), qui est probablement le lieu appelé, p. 56 med., Mericam- 
pus]. Campilonem : Champlon; Haletum : Halleux ; Ferreummontem : une 
ligne d’amas de minerai de fer entre Champlon et Halleux [?]; Vasaniam : 
Nassogne [dans le code Théodosien — voy. pp. 540, 748, etc., de l'édition de 
Haenel — : Nasonacum ou Nassonacum]; Aivanam où Awannam : Awenne : 
Tabulae-fontanam : la Masblette, ruisseau qui traverse la vallée de Font-à- 
Bulat [voy. note 2]; rupem Sulmoniensem : la roche Sulmont [voy. note 5]: 


(*) Au-dessus de la porte de l'église se trouve une pierre portant l'inscription CURIA ARDUENNAE, 
et au-dessous du maître-autel on a découvert, en 4825, un autel romain dont les quatre faces représentent 
en relief les effigies de Mercure, d'Hercule, de Minerve et de Diane, du moins selon l'interprétation qu'en 
donne L'Évêque de la Basse-Moûturie, p. 5 sq. Cet autel est conservé au musée de Luxembourg. 

(*) J'avais achevé de rédiger mon travail sur le Cantatorium lorsque j'ai eu connaissance d'un opuscule 
intitulé : Antiquitas ecclesiae Andaginensis S° Petri, que M. de Reiffenberg a publié dans le t. VIII des 
Mon. Nam., p. 5 sqq. : j'ai inséré en post-seripta, et en les indiquant par l’abréviation Ant. eccl. And., les 
renseignements, du reste peu nombreux, que j'y ai puisés. 


59 MÉMOIRE 


Lumna : la Lomme. Nota 1. Le hameau de Mochamps est situé proche de 
la Wamme : si sa position ne semblait l’assigner presque inévitablement à 
l'abbaye de St-Hubert, j'aurais interprété par ces deux noms, ceux de 
Machanto super fluviolo Femena, du n° 3 de Ritz : alors ce serait l’autre 
Mochamps qui serait désigné par le nom de Mollis-campellus, si toutefois 
cette dénomination n’est pas fabriquée. Nota 2. Je suspecte fortement l’exis- 
tence d’une vallée de Font-à-Bulat, mot qui paraît formé d’après le nom 
latin du document : fons Tabulae. Ce qui existe positivement, si mes souve- 
nirs et mes renseignements ne me trompent point, c’est une vallée étroite et 
profonde, dite fond de Boulade, où prend naissance un ruisseau nommé 
ruisseau de Boulade (lisez ainsi, dans la carte de. Vandermaelen, au lieu de 
Roulaide), et dans laquelle coule la Masblette à partir de sa jonction avec ce 
ruisseau. D’après cela, la Tabulae-fontana de notre document serait le plus 
probablement ce dernier cours d’eau , dont le nom est reproduit littéralement 
par cette expression; Boulade venant d’ailleurs de Tabula (par inversion), 
ou, au contraire, ce qui me parait pour le moins aussi probable, Tabula 
ayant été choisi comme primitif convenable du mot Boulade. (Voir simple- 
ment Fond de Boulade, dans Fontana Tabulae, serait aller trop loin?). 
P. 5. Voici le passage de l’Ant. eccl. And., qui est relatif à cette partie de la 
délimitation : Quae sit illa Tabulae-fontana, sive Tabulae-fons, obscurum 
est : de fluviolo illo, quem accolae Masblette vocant, intelligendum arbitror,: 
forte Tabulae-fons olim dictus quod ex horrida illa valle silvestri, quae Fond 
à Bulat nuncupatur, effluat, etc. On voit donc que, pour cet auteur aussi, 
l'expression Tabulae-fontana s'explique uniquement par Fond-de-Boulade : 
qu'elle désigne d’ailleurs la Masblette, est pure conjecture. Cette même auto- 
rité parait, il est vrai, justifier d’un autre côté la dénomination font- ou 
fond-à-Bulat, au moins pour cette époque (XVITw: siècle). Il se pourrait que la 
vallée s’appelât primitivement Bulat, puis, par abus, Fond-à-Bulat, d’après le 
nom du ruisseau : font — c’est-à-dire fontaine — à Bulat. Nota 5. Existe-t-il 
une roche Sulmont? Dans la négative, il faudrait traduire la roche de Smuid 
— endroit situé sur la Lomme, à l’ouest de St-Hubert et au sud d’Awenne, et 
nommé plus bas Sulmodium —, ce qui entrainerait la correction Sulmodiensis. 

Les noms suivants, jusqu’à Ernau, inclusivement, sont tirés d’un diplôme 
délivré entre 814 et 816. Je continue à donner l'interprétation de M. de Robaulx, 
en exprimant le plus brièvement possible mes doutes et mes observations. 

Aprovilla. Arville. 

Lotvilla. Louville. [Village maintenant détruit. Il était situé près de Rech- 
rival, commune de Tillet]. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 53 


Nelina. Naomé. [?? Comparez plus bas, p. 56, Vevies]. 

Palatiolum. Paliseul. 

Gamedella. Gemelle. 

Telins. Telin. 

Lesternivis. Lesterny. [Dans le texte de la Chronique (595. 44) Lesterneias|. 

Ruvonia. Revogne. 

Frandilionis. Frandeux. [ « Froylieu » (Froïdlieu, commune de Sohier?). 
selon l’Ant. eccl. And., p.13 inf.]. 

Gabelium. Givet. 

Anseromia. Anseremme. 

Rumendinis. Romedenne. 

Melsun. Maissin. 

Martilinges. Martelenges. [Martelange]. 

Builaidas. Boulaide. 

Tervonia. Terwagne. 

Teuledum {plus loin Tieletum]. Tilleur [près de Liége; en wallon Tileu|. 

Marlida. Marloye. 

Aldamum. Aye. [Aye est cité, en effet, immédiatement après « Marlidée » , 
dans le diplôme de l'an 1159 (ap. Mir., IV, 170 sq.), par lequel le pape Inno- 
cent IL confirme les diverses possessions de l’abbaye de St-Hubert]. 

Alventium. Avent. 

Nentina. Nettine. 

Florias. Florzée. [Non! mais Florée, dans le Condroz namurois. Florzée 
se disait Florzeias, comme nous l'avons vu plus haut]. 

W'owonium. Wanlin [??]. 

Arduanium. Ardenne [ou Hardenne]. 

Bractis, quae alio nomine nuncupatur Episcopi-villa. Braz, Vesque-ville. 
[Cet endroit, considéré comme unité par notre diplôme, forme maintenant 
trois localités distinctes : Bras-bas, Bras-haut, Vesqueville]. 

Lisura. Lizere. [Lizere ne se trouve pas dans les dictionnaires. — Lisura 
désigne sans doute le même endroit que le Liceuria mentionné dans le diplôme 
d’Innocent II, entre Haverenne (au N. de Rochefort) et Masbourg (au S. du 
même lieu), et comme appartenant au décanat de Béhogne (voy. plus loin 
Bohania) : or, je ne vois d’autre lieu répondant à ces diverses indications que 
Lissoir, sur la Lesse, proche de Hardenne. — P. S. Cette attribution ne con- 
vient qu'à Liceuria. D'après l’Ant. eccl. And., p. 28 med., Lisura désigne 
Lieser, au confluent de la rivière de ce nom (Lesura, dans Ausone, Mos., 
vers 365), dans la Moselle ]. 


54 MÉMOIRE 


Evernicorten [ailleurs Eberneicurtis]. Evernicourt [près de Neufchâtel, sur 
l'Aisne, comme on le voit p. 575, 1. 12]. 

Sulpiacum. Soulpy. [Dans les environs de Mézières? Comp. Sulpium , 
628. 3]. 

Nogarias. Noyers. [Près de Sédan]. 

Buthesaim. [Sans explication. C’est peut-être le même que le Butheheim 
d’un diplôme de 965, ap. Ernst, VI, p. 95 med. — P. S. D'après l’Ant. eccl. 
And., où il est écrit par erreur Buthesami, ce nom désignerait Buzin (proche 
de Havelange)]. 

Vineam unam cum manso ad se pertinente in territorio Leodiensi nuncu- 
pato Vingitis. [Vingitis, prononcez Vignilis, est sans doute le primitif de 
l’ancien liégeois vignis : vignoble. A peu de distance au N. de Liége se trouve 
le village de Vivegnis, c’est-à-dire vieux-vignoble : vi-vègnis. — Comp. 
Vineias, cité, p. 595, L. 45, comme une antique possession, perdue par FAb- 
baye. P.$. L’Ant. eccl. And., p. 14 sup., en rapportant notre passage, écrit 
effectivement Vivegnis, au lieu de Vingitis : c’est, du reste, au fond, plutôt 
une explication qu’une correction du texte]. 

Tavernas. Taviers. [Probablement Tavier, en Condroz. Plus loin il est 
question de Tavier, en Hesbaie. — Inutile de remarquer que Tavernae est 
le lat. fabernae]. 

Ernau. Ernau. [Ce nom, en tant que moderne, m'est inconnu; en tant que 
nom ancien, il désigne Yernawe, en Hesbaie — : MS. n° 188, p. 41 med. 
(Mir., IE, 298, 2 sup.), an. 1016; ibid., p. 37 med. (Compte rendu de la 
Comm. d'hist., IX, p. 24 ult.), an. 1104 (ici : Ernaus). Cet endroit est situé 
aux sources de l’Yerne , nommée anciennement Erna (MS. cité, p. 54, L 2, 
an. 1084: ….. ad flumen Ernam : Vextrait donné dans le Compte rendu, p. 25 
med. lit à tort Ernaw; — ajoutons que le praedium Domini Cyrici, auquel 
se rapporte cette désignation, est, d’après une note marginale, « Doncheel » 
maintenant Donceel, qui est, en effet, sur l'Yerne). Il est donc évident que 
Ernaus, pour Ernacus, ou Ernau, pour Ernacum, dérive de ce nom de 
rivière. Voy. plus loin l’art. Ortao]. 

Mirvold, Mirvolt, Mervold; adjectif Mirowaldensis (591. 14). Mirwart. 
Dans un document de 4127, ap. Chap., Il, 101, ce nom est écrit Mirewalt, 
ce qui s'accorde avec l'adjectif ci-dessus. 

Calviciacum, Calviciacus fiscus ; ailleurs (voy. p. 571, note 38) Calventia- 
cum. Chauvency, près de Montmédy. 

Cunis (dans notre texte, seulement sous la forme adjective Cunensis). 
Cons. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 55 


Litteris autem perditis in Leuga quae dicitur Mala inter Hoium et Leodium. 
La Mallieue : voy. la 3° série. 

Chiniacum, Chisniacum. (Ne se trouve également dans notre texte que 
comme adjectif [Chiniacensis, etc.]. La seconde forme, qui est sans doute la 
plus ancienne, se rencontre, p. e., ap. Bertholet, ILE, xxxi, an. 4071). Chiny. 

Addens ei quicquid inter Marbais et Fanium (Fainon) sui juris erat. Le 
diplôme original (Bertholet, HE, xxxu sq., Mir., IV, 504, an. 1068) porte : 
in ipsa villa Pyrorum (Priez) do totum allodium quod jacet super Marbaiz ex 
utraque parte, ete. Ces lieux sont en France, près de Mézières, ce qui montre 
que, ni le suflixe bais, en général, ni le nom de Marbais , en particulier, ne 
sont d'origine spécialement flamande. 

Dederunt ecclesiae quicquid habebant apud Linaium et Carnetum , et quar- 
tam parlem pontis quae erat eorum apud Gabelium.— Carnetum est sans 
doute Charnoy, près de Givet , au S.; pour Linaium, je ne vois à comparer 
que Linay , près de Carignan. 

Huia. La Houille. 

Fiscalium, Fescals. Feschaux. 

Virvia. Vierves. Ce village est situé sur le Wirwin, que l’on écrit d’ordi- 
naire Viroin. En combinant ces deux formes avec f’irvia, on voit que le nom 
ancien de la rivière devait être J’irvinus. 

Houhaia. Selon de Robaulx : « Hontheye ». Ce nom, ainsi écrit, ne se trouve 
pas dans mes dictionnaires : il est probable qu'il faut lire Onhaye, et, d'autre 
part, que le nom ancien doit être corrigé en Honhaia. Comparez ci-dessus 
Onhaia, Hunhaia, qui désignent sans doute aussi ce même endroit. 

Bohania. Béhogne (dépendance de Rochefort) : c'était le chef-lieu d'un 
décanat. 

Abbas..., sepulto Gozilone [ comite Bohaniae], Summeium allodium cum 
matre ecclesia et familia ab Ermentrude uxore illius…. legaliter ecclesiae dona- 
tum acquisivit. Dans le diplôme original, ap. Bertholet, HE, xxx (an. 4064), 
on lit Stimey. — Je vois dans les Chron. de l’Ardenne et des Woepvres, de 
M. Jeantin, t. Il, p. 504, que, auprès de Brouenne (village au N.-E. de Ste- 
nai), se trouvait un village, actuellement disparu, nommé en lat. Sumeiacum 
(cf. 485 sup. 496 sup), et en rom. Ximey, Simey, Stimey, Cimay, Chimay 
(la carte de Ferraris porte encore à cet endroit un ermitage dit St-Pierre de 
Chimay): c'est sans doute notre Summeium ou Stimey, et peut-être un des 
Cimay ou Chimay que nous avons vus plus haut. 

De fisco Anslaro. Anlier. 

(580. 26 sqq.) Nostris autem temporibus Godiscalcus abbas Hasteriensis 


36 MÉMOIRE 


Palatienses cruces (*) fraudulenter temptaverat imminuere, et muneribus pres- 
biteros villarum seducens, ‘ Harneas, * Gabelium, * Wilerceias, ‘ utrasque Bur- 
sivas et ‘utrasque Letires, °Nevies , "Gedinam, * Granthes detrahens nostrae, 
suae attraxerat ecclesiae. *Hargnies; *Givet; * Willerzies. ‘Selon Romuald 
Hancar, moine de St-Hubert, qui annota notre chronique vers lan 1630 : 
« Borsine la viele et neuve », c’est-à-dire, d’après l'orthographe actuelle, 
Bourseigne-la vieille et Bourseigne-la neuve, villages situés entre Givet et 
Willerzies. Cette explication me paraît la plus vraisemblable, seulement elle 
exige la correction de Bursivas en Bursinas (on aura lu Bursiuas, d’où on a 
üré Bursivas), surtout que dans le diplôme d’Innocent IT, c’est sous la forme 
Borsines que Bourseigne est désigné : « Loytres, item Loytres-Borsines » — : 
lisez plutôt : Loytres, item Loytres [les deux Louette : voy. le nom suivant], 
Borsines. — P.S. Bourseigne-la-Neuve est appelée (à l’ablatif) Novis-Bursinis 
dans un diplôme de 1076, ap. Mir., IV, 504 inf; d'autre part, lAnt. ecel. 
And., mentionne, p. 56 inf., un don d'immeubles « apud Bursinas ». D'après 
cet ensemble de preuves, on ne peut douter de l'exactitude de l'attribution 
et de la correction. — “Les deux Loytres du diplôme d’Innocent; aujour- 
d’hui Louette-St-Pierre et Louette-St-Denis : remarquez que cette orthographe 
moderne est tout à fait vicieuse, et qu'il faudrait écrire Loitte, comme le fait 
encore Hancar. ‘Sans doute le Virves du diplôme d’Innocent (p.171 , col. 4 
med.). Selon Hancar : Naomé , interprétation tout aussi invraisemblable de 
notre mot que plus haut de Nelina. J'avais cru d’abord que Nevies, Nirves, 
désignait Nives, au N.-E. de Neuf-château, mais cet endroit paraît être trop 
écarté de ceux qui sont ici mentionnés. * Gedinne, proche des deux Louette. 
* Selon Hancar : « Grandhez », lieu qui m'est inconnu. 

Grades, dans le diplôme d’Innocent Graides, dans les documents précé- 
dents Graisda. Graide. 

Astinetum. Assenoïs (proche de Paliseul, à l'E. ). 

Caviniacum, Caviniacus fiscus. Chévigny, maintenant Ste-Marie, entre 
St-Hubert et Neuf-chàteau. 

Duo allodia, scilicet * Sulmodium satis contiquum monasterio, et *Tavers 
in Hasbania, legali donatione ecclesiae Beati Huberti in perpetuum collata 
oplinere mereretur. ‘ Le diplôme original porte, selon Mir., IV, 185 (an. 1071), 
Summoulum (Bertholet, ILE, xxxui, écrit, d’après lAmpl. coll., Soummoulum); 


(*) Pour l'explication de cette dénomination, je me bornerai à rapporter ce que le chroniqueur dit quel- 
ques lignes plus haut : Tribus per annum oblationibus circa festum Beati Johannis Baptistae ecclesia Beati 
Petri et Beati Huberti solempniter honoratur, quae vulgo cruces Falmenienses, Palatienses et Arduennenses 

LP. » 9 
dicuntur. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 57 


mais la forme de notre texte parait préférable. Le nom moderne est Smuid 
(proche de St-Hubert à l'O.). * Dans le diplôme qui vient d’être cité, Thaviers 
(Bertholet : Thavers) : Taviers, dans la Hesbaie namuroise. 

Divum. Dun-sur-Meuse. 

Gruispontem. Grupont, sur la Lomme. 

Seranus ou Seranum. Seraing-sur-Meuse, près de Liége. 

Moroldiheis. Morhet, proche de Bastogne , à l'O. 

Henricus autem imperator filius Conrardi praedictum fiscum | Amberla- 
censem | cum castro quod dicitur Rupes Seremanni duci Frederico mutuavit 
pro quibusdam ejus possessionibus , quae in Saxonia opportuniores erant 
sibi. 

Mons-Pincionis. Pinsamont. 

Tudiniacum castrum. Thuin. — Coviniacum castrum. Couvin. — La dési- 
nence acum sert dans ces noms à former l'adjectif : ailleurs on lit Tudetianum 
castrum. Les primitifs sont Tudinium, Covinium (plus anciennement, d’après 
Wastelain, Cubinium ). 

Clarus-mons. Clermont, entre Liége et Hui. 

Fredegorium. Freux. 

Burs. Bure. Ce village est situé entre Masbourg et Tellin, ce qui est con- 
forme à l’ordre dans lequel le diplôme d’Innocent énumère ces lieux : Mas- 
bour, Burs, Telins. 

Ecclesiam matrem de Saltiaco rivo ; dans le diplôme qui vient d’être cité 
(p. 171, 1e col.) Salsenrivus, et dans un autre de 1094 (Annales de la Soc. 
archéol. d’Arlon, p. 159) Sansarieux. — Sansanruth ou Sensenrutz, selon les 
diverses orthographes. 

Bulonium. Bouillon. La forme la plus ancienne, d’après Oseray, Histoire 
du duché de Bouillon, cité dans le Dict. géogr. de Vandermaelen, serait 
Buillon (an. 852); on trouve ensuite : Bullo, Bullio, Bullon. 

Allodium de * Fele, quod est prope Nasaniam, a Conone comite |* Montisa- 
culi]... praesente Bovone de Wahart et Walterio de * Ambluz donatum eccle- 
siae comparavit. * Les éditeurs n’expliquent point Felc, et je n'ai, non plus, 
rien trouvé à comparer, si ce n’est peut-être (dans la carte de Ferraris) le 
bois de Ferre, au N. d’Ambly. Voyez à la fin de ces extraits, où ce lieu est de 
nouveau cité. * Montaigu, château déjà mentionné (p. 32 sq.); * Waha:; ‘ plus 
loin Ampliz (625. 19); dans la seconde série Ambliz — : Ambly. La compa- 
raison de toutes ces formes montre qu'il faut probablement lire ici Ambliez. 

Durboium (accusatif). Durbuy. Des différentes formes anciennes qu'on 
rencontre pour ce nom, celle-ci paraît la plus sûre. Elle est également em- 


Tous XXVI. 8 


58 MÉMOIRE 


ployée, par exemple, dans la Généalogie de Godefroïd de Bouillon, pièce 
écrite du vivant de ce prince (Mon. Germ., IX, 301 pr.). 

Dedit Waltero de Ampliz allodium de Seriel. Ce nom, qu’on peut aussi 
lire Senel, d'après l'éditeur, m'est inconnu sous l’une ou l’autre forme. 

Castrum Dolhem sub Leodio. Daelhem, près de Visé. On trouve d’autres 
formes anciennes de ce nom dans Ernst, 1,51, et Ch. Rahl, Histoire de la ville 
et du comté de Dalhem, p. 11, mais la plupart sont douteuses, soit parce 
qu'elles paraissent corrompues (p. e. Dolvin, ap. Ernst, I. 1.), soit parce que 
rien ne garantit qu’elles s'appliquent à notre Daelhem. Je remarque que des 
cinq formes citées par Ernst, trois ont la voyelle o dans le radical, et seule- 
ment deux la voyelle a. 

Ipsum quoque allodium (scil. Felc) totum cum partibus etiam quae erant 
sui juris in Monz et Heis et Cella …. post decessum suum Beato Huberto 
perpetuo habendum.... destinaverat (scil. Cono, comes Montisacuti). Selon de 
Robaulx : Mont, Heyd [Heiïd ou Haiïd, commune de Serinchamps ? |, Salle 
[l'endroit de ce nom qui dépend de Rotheux-Rimière ? ]. 


IV. — DIPLÔME DÉLIVRÉ PAR LE ROI ARNULPHE EN 888 , AVEC COLLATION DES PIÈCES 


PARALLÈLES DE 950, 966 er 1226. 


Ces diplômes confirment et augmentent une donation primitive de la none 
de 44 villae (le rédacteur dit 45, parce que deux noms ont été par erreur écrits 
en un mot), faite à l’église de Ste-Marie à Aix-la-Chapelle par le roi Lothaire, 
et, en outre, de la villa de Bastogne, celle-ci due à Charles le Gros. 

Nonas partes omnium rerum de X LIT villis, id est de : 

Aquis palatio. Aix-la-Chapelle. 

Geminis. Peut-être Gemenich, près d’Aix-la-Chapelle, bien que cet endroit 
soit mentionné par le diplôme de 1226 en sus de Geminis, et qu'il porte 
dans des pièces postérieures à la nôtre la forme Giminiacum, etc. 

Marsna. Meersen. — Réginon (Mon. Germ., 1, 582 ult.) emploie la forme 
probablement primitive Marsana. 

Warachte. 

Linnika. Linnich. 

Nuimaga. Neumagen. 

Harna. Selon Ernst (E, 521) et Lacomblet : Walhorn. Je ne pense pas 
qu'après l’assertion de ces savants, on puisse douter de lattribution; cepen- 
dant, comme le diplôme de 1226 mentionne à la fois Harna et Walharne, il 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 59 


serait probable, si cette répétition ne provient pas simplement d'erreur, que 
c'étaient deux endroits voisins, dont l’un (actuellement détruit ou confondu 
avec le premier) était distingué par le surnom : le Wallon. 

Aschlo, Ascloha (930). Elsloo. La seconde de ces formes se trouve égale- 
ment dans les Ann. Fuld. ad an. 882 (Mon. Germ., 1, 395 sq.). Voyez la série 
suivante, à l'article Eyselo. 

Bailus. Baelen. Cette forme officiellement adoptée : Baelen, n'est autre 
chose que le nom thiois. En wallon on continue à appeler l'endroit Bailous. 

Richeim. Ni Richelle, comme le pense Lacomblet, ni Reckeim , comme le 
croit M. Wolters : Richelle se disait Rikela (Ernst, VI, p. 84 med.) et Rec- 
keim : Radekeim, puis Redekem (voy. le même M. Wolters, Notice sur 
Reckeim, pp. 150 sq., 132 sqq.; dans d'Hemricourt, p. 128 med. : Ray- 
dekem ); mais Rechain, près de Verviers, comme le dit Ernst. 

Tectis. Theux. 

Spirismonte. Sprimont. 

Haristallio. Herstal. 

Jopilla. Jupille. 

Astanid, Astaneit (966), Astenhert (1226). Astenet (près de Walhorn), 
comme le montre la suite des archives, d’après Lacomblet. Nous avons vu 
plus haut (p. 22) qu'un endroit du même nom était concédé à l’abbaye de 
Stavelot, mais que cet homonyme désignait très-probablement Esneux. Ce 
nom est, du reste, des plus fréquents. Nous avons vu dans cette série : Asta- 
netum (Staneux), Astanid, Astaneit (Astenet), Astanido (Esneux), Astene- 
burno (Esselborn — : burno, born signifie : source, fontaine), Astinetum 
(Assenoy). Essen , au N. de Dusseldorf, se nommait aussi Astnide (Lac., I, 69, 
an. 874; 81, an. 898), ce qui indiquerait une origine germanique. M. De Smet 
(1er mémoire, p. 15 sq.) tire le nom Astene, Astine, du flam. ast, lieu où l'on 
carbonise le bois : cette forme, qui est dialectique et, à ce qu'il semble, 
adoucie de harst, ne rend d’ailleurs pas mieux compte du mot, que, par 
exemple, le tudesque ast (rameau). 

Glaniaco. Ce nom figure également dans le passage que nous venons d'al- 
léguer. M. de Noüe le rend par La Gleize, sans autre motif, je pense, qu'une 
ressemblance insuflisante de formes. Il paraissait plus rationnel de supposer, 
Glaniaco étant un dérivé liltéral de Glanis, que le lieu désigné était auprès 
de ce cours d’eau et qu'il était actuellement détruit ou avait changé de nom. 
Cette conjecture est confirmée par ce que dit M. Prat (Ann. de la Soc. archéol. 
d’Arlon, p.172), à l’article Bovigny : « Au S. et à peu de distance de Rogery, 
on trouve les vestiges de quatre villages : Glains, Giveny, St-Martin et La- 


60 MÉMOIRE 


merly » : or le Glain ; dit aussi ruisseau de S'-Martin, coule proche de Rogery, 
du S.-E. au N.-0. je remarque à ce propos que la disparition totale des vil- 
lages et des châteaux est une des causes qui empêchent le plus de rétrouver 
les noms anciens. Dans le travail que je viens de citer, M. Prat énumère pour 
le seul arrondissement de Bastogne dix-sept villages détruits dont à x ve 
uns n’ont même laissé que des vestiges sans noms. 

Charango. Cherain. 

W'actarmala. Watermal. Nota. La première partie de ce composé est 
sans doute l'anc. haut-all. wahtäri : gardien, sentinelle. Le suffixe , que nous 
étudierons dans la 3° série, au mot (2) Hermalle, paraît signifier: lieu, endroit, 
mais avec un sens accessoire que nous ne pouvons déterminer. 

Novavilla. Un des nombreux Neuville, Noville ou Nouville : peut-être 
Noville, au N. de Bastogne. 

Blaniaco (966). Peut-être Blegny, commune de Trembleur (province de 
Liége); plus probablement Blagny : voy. ci-dessous l’article Linai. 

Tumba. Thommen. 

Corvia. Dans le diplôme de 1226, par erreur, probablement, Coriva. Gouvy, 
entre Cherain et Watermal — ?? 

Linai (966). En admettant que le rédacteur du diplôme a intercalé au 
hasard les noms de Blaniaco et de Linai, il serait vraisemblable qu'ils dési- 
gnent Blagny et Linay, près de Carignan. Nous avons vu que le second de 
ces noms paraissait être aussi désigné dans le Cantatorium sous la forme 
Linaium. Sa forme primitive, conservée seulement à ma connaissance dans 
une pièce de 1157 (Jeantin, Chron. de l'Ardenne, p. 496 sup., ef. 484 sq. , 
mais suffisamment garantie par l’analogie, était Linacum. D'ailleurs, pour 
Linai, considéré isolément, et, en tous cas, pour le mot en lui-même, com- 
parez Lanaye, anciennement Elnais , entre Liége et Maestricht (voy. la 2e et 
la 3° série). 

Amblava. Amblève. 

Wadeninnas, Wactennias (930), W'aldenminas (966: , W'aldeminas (1226). 

Blendofia (966). Blendeff. 

Bulinge. Büllingen. 

Heldun (966). Helden, près de Venloo —? 

Manderwelt, Mandervelt (950). Évidemment Manderfeld , au S.-0. de Cro- 
nenbourg, comme le dit Lacomblet. Selon Ernst, ce serait Mesch mais, outre 
la différence totale du nom, il y a encore cette objection que ce dérniée 


endroit figure à côté du nôtre dans le diplôme de 1226. 
Lizau (966). 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 61 


Compendio. Au XVe siècle Cumpze, maintenant Contzen (Lacomblet). 
Nota. Un diplôme de 4145, ap. Ernst, VE, p. 158, porte : novale quoddam 
in Ardenna, prope villam Compendium. Pour le cas où cet endroit serait 
différent du nôtre, comparez Compogne, au S.-0. de Houffalise —? 

Satanai (966). Stenai. — Plus anciennement Satanacum (p. e., ap. Hinc- 
mar, Mon. Germ., E, 501 , note 83). 

Dura, Duira (930). Düren. 

Villare. Weiler. 

Aschwilra, Asewilra (930). Eschweiler. — Dans Eginhard, cité par Ritz. 
p. 161, Ascvilarem (aec.). 

Flattima. Vlatten. 

Heim (930). 

Moffendurp. Muffendorf. 

Burz (950), Amblavaburz (1226). Le Burs du Cantatorium (Bure)? 

Lenspalisiola ; Lens, Linsan, Basiolo (950), Lenspalisiolo (966), Lenspasi- 
siolo (1226). Il faut évidemment disjoindre Lens (Lentzweiler, dans le grand- 
duché de Luxembourg?) et Palisiolo (Paliseul) : c’est à la réunion fortuite de 
ces deux noms en un qu'est dù le chiffre de 45 villae , au lieu de 44. 

Linsan (950). 

Urio. Orgeo, proche de Neuf-château (en Ardenne). — L’adj. Uriacinsis , 
que nous avons vu plus haut (p. 13), montre que la forme ancienne était 
Uriacus ou Uriacum, d'où Uriao (comparez Amberlao, de Amberlacum) et . 
par élision de l’a, Urio. 

Casapetrea. Chassepierre, sur la Semois. 

Calvincioco, Calvintiaco (930). Chauvency, proche de Montmédy. Nous 
avons vu dans le document précédent les formes Calventiacum, Calviciacum. 

Gammunias. Jamognes ou Jamoigne , sur-la Semois. 

Longolare. Probablement Longlier, près de Neuf-château; d’ailleurs, on 
peut comparer les noms identiques Langlir, près Bihain , et Lengeler , entre 
Thommen et Bellain. Je ne sais ce qu'entend Wastelain (p.257) par « Glare, 
proche de St-Hubert ». Voy. pour l’étymologie du suflixe, l'article Laer dans 
la série suivante. 

Caviniaco. Chévigny. 

Maslario, Marslario (930), Maslapio (966 et 1226). La première forme , 
qui parait déjà préférable par sa confrontation avec les deux autres, est 
garantie par la souscription d’un diplôme de 764, ap. Bertholet, Il, xzm 
sq. : Actum Maslario , palatio publico. — Mellier , au S.-E. de Neuf-château ? 
— : les différentes circonstances relatives à Mellier rendent cette attribution 


62 MÉMOIRE 


très-probable : la position du lieu, son ancienneté, qui résulte, entre autres 
preuves, de ce qu’il renferme les ruines d’un château et de ce qu'il est men- 
tionné dans une charte de 1199 (Ann. de la Soc. d’Arlon, p. 1614) , enfin la 
forme ancienne du nom roman, qui est, dans la charte susdite, Mailier. 

Cloduna. Clotten, selon Lacomblet (IT, p. 73, note 4; comp. n° 114). 

Ambarlao. Amberloux. Remarquez que cette forme se rapproche de Awar- 
LAUS (ci-dessus, p. 27). 

Bastonio. Bastogne. Dans la suite du diplôme : villam Bastonicam; de 
même dans le n° 74 de Lacomblet (an. 887). Une charte de 634 rapportée en 
extrait dans le Compte-rendu des séances de la Commission d'histoire, IE, 
p. 204, dit Bastoneco. 

Ortao. Ourth. — Il n’est pas douteux que la désinence de notre mot repré- 
sente, comme celle de Ambarlao, un nominatif en au ou aus, lequel vient, 
par syncope, de acum ou acus, ainsi que nous l’ont montré plusieurs exem- 
ples. Orracum, — Urracum, situé proche de l’une des sources de l’Ourthe, 
Urta, tire son nom de celui de cette rivière, comme Glaniacum de Glanis, 
Frusciacum de Fauscis, Ernacum, Ernau, de Erna, Lethernacum de Leraerna 
(la Lienne), etc. 

Le diplôme de 1226 contient quelques noms en plus; je citerai : 

Gimenich. Gemenich. Dans les chartes de 1041, 1042, ap. Lac., I, nos 474, 
178 : Chiminiaco, Giminiaco. 

Mortirs. L'attribution de ce lieu offre une sorte d’énigme. Un diplôme pri- 
mitif de 910 (Lac., I, 86) donne à l’abbaye de Chèvremont (dont les biens 
furent transférés 62 ans plus tard à l’église de Ste-Marie d’Aix-la-Chapelle : 
voy. Lac., [, 115) : prescriptas res in comitatu Leuchia sitas Mortariumque 
locum vocatum cum omnibus suis appendiciis », ete. : Lacomblet rend ce nom 
par Mortier (village au N.-E. dediége), et il semble, en effet, que cette inter- 
prétation ne peut faire doute. Pourtant le tableau des revenus de l’église de 
Ste-Marie, dressé au XIlme siècle et conservé par Ernst, VI, 83 sqq., distingue 
formellement, à ce qu'il semble, Mortier et Mortarium ou plutôt Mortarius : 
In Rikela (Richelle) sunt FI dominicales mansi…. Curtilia solount XVII de- 
narios et de Mortier similiter. In Harmala (Hermalle) est dimidius domini- 
calis mansus. Aspiciunt ibi duo mansi….. Est ibi ecclesia….. In Mortario sunt 
duo dominicales mansi et dimidius, ete; et voilà que, confirmant en quelque 
sorte cette distinction, Ernst (1, 317) attribue le Mortarius du premier 
diplôme au village de Mortroux , lequel est situé à peu de distance au N. de 
Mortier. Nous croyons toutefois que cette attribution est inexacte et que la 
distinction établie par le tableau des revenus entre Mortier et Mortarius, n’est 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 65 


qu'apparente, c’est-à-dire que ce nom, écrit par hasard une fois sous sa 
forme romane, et l’autre fois sous sa forme latine, est répété, comme il arrive 
souvent dans les pièces anciennes, par la négligence du rédacteur qui s'y 
prend à deux fois pour énumérer les divers revenus émanant d’un même lieu. 
Nos motifs sont 4° que la forme Mortroux ne peut venir immédiatement de 
Mortarius, mais bien d’un diminutif Monraniozs; 2 que cette forme, par 
cela même qu’elle est diminutive implique que l'endroit par elle désigné est 
d’origine plus récente que Mortier, — Mortarius, dont le nom constitue son 
primitif : or, l’existence plus ancienne de ce dernier lieu rendrait déjà présu- 
mable, si même les formes des noms ne le disaient pas, que c’est de lui qu'il 
est question dans une pièce d’une date aussi reculée que le commencement 
du Xe siècle. 

Erclenciam. Erkelenz. En 966 (Lac., 1, 107) Herclinze. 

Walharne. Walhorn. Voy. plus haut, p. 59 sup. 

Mesche. Mesch, en wallon Mexhawe. 

Luncin, Lontzen , d'après Lacomblet. En 1076 et 1098 (Lac., 1, 227, 254) 
Loncins. Nota. Près de Liége se trouve aussi un village nommé Loncin. 

Seffunt. Seffent. Le nom ancien était Septemfontes ( Lac., [, 78; Ernst, VI, 
p. 88). 

Senzeke. Sinzig. Nous avons vu plus haut la forme primitive Sintiacum. 

Trabanam. Traben. 

Hariva. Transposition probablement involontaire pour Harvia (Herve), 
comme le portent l'acte de donation de 1042 (Lac. , 1, 178) et l'acte confir- 
matif de 1059 (ibid., 193). Selon Ernst, 1, 318 sq. , ce Harvia serait Walhorn : 
erreur surprenante, puisqu'il dit lui-même, p. 321, que Walhorn se nommait 
Harne. IL est vrai que, dans deux diplômes de 1076 et 1098 (Lac., 1, 227,254), 
certaines éditions lisent par erreur Harve au lieu de Harne ; mais ce fait ne 
peut naturellement influer en rien sur l'attribution de Harvia, là où il est 
authentique , comme dans les deux diplômes cités en premier lieu. 


Je termine ces extraits, formant la 4re série, par la mention de quelques 
noms anciens tirés de sources diverses : 

Dans le Partage de 870 (Mon. Germ., 1, 489) on lit : sicut flumen Urta 
surgit inter Bislanc et Tumbas. Cette détermination indique clairement que 
Bislanc est Bellain, en all. Besslingen. Le Belsonancum situé, d'après Grégoire 
de Tours (VIIL, 21), in medio Arduennensis silvae, et le Belslango d’un 
diplôme de Carloman de 770 : centena Belslango infra vasta Ardennae 
(Mon. Germ., 1. 1., note 2), semblent être le même nom; du moins les mots 


64 MÉMOIRE 


ne diffèrent pas : le premier n de la forme la plus ancienne Belsonancum 
s’est changé en {, par suite probablement de la syncope du o ; d’où la forme 
subséquente Bels’lango; puis l'assimilation du premier / dans celle-ci a pro- 
duit la forme tertiaire Bislanc. 

Aqualia (Mir., 1, 358, an. 1088). Aywaille, sur lAmblève. 

Meduanto (carte de Peutinger). Moyen (sur la Semois)? C’est la position 
indiquée dans la carte de Spruner (n° 9), et le mot répond mieux à Meduan- 
tum (comp. le fr. moyen, de medianus), que ne le fait Mande (St-Étienne), qui 
est l'interprétation ordinaire. 

Altafalesia. — Après avoir fait longtemps de vaines recherches pour véri- 
fier s’il était vrai, comme on l'avait avancé, que Houffalise signifiait : haute- 
roche, j'ai enfin trouvé un passage qui confirme effectivement cette conjecture. 
Une pièce de 1147 (Cod. Loss., n° 90) est signée par Winandus, dominus de 
Altafalesia, miles; or, ce personnage paraît être le même que le Winandus de 
Hulfalisia, c’est-à-dire de Houffalise, qui épousa Béatrice, fille de Mathilde et 
petite-fille de Henri Ie, comte de La-Roche, mort avant le 5 juin 1138 
(Ernst, Des comtes de Durbuy et de La-Roche, p. 15 sq.). Les formes que j'ai 
d’ailleurs rencontrées sont : Hyfalis, Hutzfalie, Hufalize, Hoffalis (Ernst, 
VI,161,164,199, 210, ann. 1190, 1192, 1222, 1298), Huffalize, Huffalizia 
(Bertholet, V, xxnr, xxv, an. 1245), etc. En allemand, selon le dictionnaire 
de Vandermaelen , on dit Haufflescht. Toutes ces formes ne suflisent certaine- 
ment pas à rendre la première suspecte, mais elles prouvent que le tudesque 
avait de bonne heure disparu complétement du pays. 

Angelgiagas. Un diplôme de 779 (Lac., I, 1) confirme la donation faite par 
Pepin à l’abbaye de Chèvremont, nommée biüré Église de Ste-Marie in Novo 
Castello, de... et aliquos mansos in Angelgiagas in pagella Leuchio ; ce qu'un 
second acte de 844 (ibid., 59) réitère en ces termes : ef in pago Lenkyo, in 
villa Angelgiagas, mansos duos cum omnibus appendiciis. L'église de Ste-Marie 
à Aix-la-Chapelle ayant hérité, comme nous venons de le dire, de tous les 
biens de l’abbaye de Chèvremont, il n’est pas douteux que Angelgiagas ne 
soit l'endroit dont le tableau des revenus de la première église, déjà cité plus 
haut, fait la mention suivante (Ernst, VI, p. 84 ult., sq.) : in Engelzeies est 
I dominicalis mansus. Aspiciunt ibi duo mansi, etc. Je n'ai pu suivre plus 
loin ce nom, mais sa forme est par elle-même digne de remarque, en ce 
qu’elle révèle une des sources de l’une des désinences romanes les plus fré- 
quentes (eias, eies), savoir acas, dont agas n’est, en effet, que l'expression 
barbare : comparez la forme Walderiego, ap. Lac., 1, 4, dont le primitif 
W'aldriaco apparaît par hasard dans un diplôme subséquent (ibid., 59). 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 65 


11 faut que le g précédent ait aussi exprimé un c encore guttural et qui s’est 
conservé dans le pays même, en devenant sifflant, car le g comme tel ou 
comme équivalent de j n'aurait pu produire le z roman. 

Novum-castellum, Capraemons, ete. Ainsi que nous venons de le dire 
(d’après Lac., 1, 4, note 1), l'abbaye de Chèvremont se nommait d’abord 
Eglise de Ste-Marie in Novo-castello. Je trouve, pour la première fois, la 
dénomination Capraemons, d’où le nom moderne Chèvremont, dans un 
diplôme de 897 (Lac., 1, 79); mais on ne peut guère douter qu’elle ne soit 
plus ancienne que l’autre, étant le nom de la montagne même, tandis que 
celle-ci désigne proprement le château construit sur cette montagne. Ce nom 
de Capraemons s’est changé dans la bouche des Allemands en Kevermont, 
Kivermunt (Lac., 1,98, 113, ann. 947, 972). Au moyen âge, on imagina une 
transformation plus ingénieuse, qui fut donnée comme étant l'appellation 
primitive : Enim vero Caput Mundi nobile castrum, sic nominatum eo quod 
antle Carolum Magnum sedes regni, quam ille Aquis transtulit, ibi esset, dit 
Rupert (mort en 1135), dans sa chronique de l’abbaye de St-Laurent (Mon. 
Germ., VIIT, 264, A sq). 


DEUXIÈME SÉRIE. 


—.— 7 


PREMIÈRE SECTION. 


Noms contenus dans les Gesra AgpaTum TRUDONENSIUM. 


La majeure partie de ces noms ont été consignés soit par Rodulphe, abbé 
de St-Trond, mort en 1158, soit de son vivant, et, sans doute, sous sa direc- 
tion (!.. Rodulphe était né à Moutiers-sur-Sambre, par conséquent en pays wal- 
lon (voy. p. 272 et la préface de Koepke, p. 213 sq.), mais, selon Trithemius 


(*) Par Rodulphe même, jusqu'à Cuns; par son continuateur contemporain, jusqu'à Hesbines, inelu- 
sivement. 


Toue XXVI. 9 


66 MÉMOIRE 


(à cette dernière page, note), de parents thiois (natione Teutonicus); sa pre- 
mière éducation, jusqu’à l’âge de dix-huit ans, se fit à Liége, puis il habita 
Borcette (en allem. Burtscheid), près d’Aix-la-Chapelle, et ensuite d’autres 
monastères allemands; en 4108, il fut élu abbé du monastère de St-Trond, 
où il résidait déjà, sauf quelques intervalles, depuis 1099. II résulte de cette 
biographie que les formes romanes et tudesques devaient être également 
familières à Rodulphe, bien qu’il ne connüt pas encore le flamand lorsqu'il 
vint pour la première fois à St-Trond (1); mais il est à présumer que, écrivant 
sa chronique en qualité d’abbé de St-Trond , il a employé de préférence les 
secondes, du moins lorsqu'il avait à mentionner des endroits appartenant au 
monastère, ou qui élaient en relation avec lui, et dont les noms figuraient 
déjà dans ses archives. Une particularité de son orthographe qu’il nous faut 
signaler dès à présent, est de rendre généralement le w et même le par gu, 
p. e. Gualonica pour W'alonica, Guisez pour V'isez: il en est d’autres que nous 
mentionnerons aux articles respectifs. Pour éviter les répétitions, nous avons 
fait suivre chaque nom des formes employées par les continuateurs. 

Nous commencerons par extraire un diplôme du 7 avril 742, qui est rap- 
porté p. 371... Notum facio….. quod ego Robertus [comes]... dedi... quiddam de 
allodio meo ad basilicam S° Trudonis, que est constructa in villa nomine ‘ Sar- 
cinio… Tradidi ergo supradicto [abbati] in pago Hasbaniensi loquum quendam 
qui dicitur * Dungo…., tam ipsum locum quam reliquas villas vel loca ad 
supradictum locum de mea possessione pretitulata, scilicet * Halon , Scaffnis, 
* Felepa et * Marholt. Ista loca supradicta sunt in pago ” Hasbaniensi et °Masua- 
rinsi…. ‘La ville appelée depuis St-Trond, du nom du monastère. On ren- 
contre postérieurement à la nôtre, les formes Sarchinium, Sarchinia, Sarchin. 
Les noms suivants sont reproduits par le chroniqueur, qui les écrit : Dung, 
Halen, Scaffen (ailleurs : Scafae), Velpem, Merhout; les formes modernes sont : 
* Donck, * Haelen, ‘ Schaffen, * Velpen, ° Meerhout— : nous retrouverons dans 
la suite de cette série la plupart de ces noms. * La Hesbaie; mais ce n’est pas 
la plus ancienne mention de cette contrée, comme l'avance Wastelain (p.192), 
car un diplôme d'environ 675, ap. Mir., I, 126, désigne déjà certains endroits 
comme étant situés in pago Hasbanio et Ribuario. Cette forme Hasbanium 
est aussi employée dans le Partage de 870 (d’ailleurs, et par exemple dans 
notre document, Hasbania); mais les Flamands disaient Haspingow (charte 


(*) Gravissimum autem sustinuit [Rodulphus] laborem.…. cum ipse loqui eis [scil. pueris] Theutonicam 
nesciret, el quidam puerorum parvitate adhuc scientiae et nativa illis lingua Theulonica neque Latine neque, 
ut ila dicam, Gualonice possent eum intelligere, p. 275, 1. 31, sqq. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 67 


de 1040, ap. Mir., 1, 264), Hespengow : je remarque que la pièce citée à 
l'instant mentionne un comté de Haspinga, situé en Hesbaie : comitatum 
Arnoldi comitis, nomine Haspinga, in pago Haspingow situm. Cette déno- 
mination Hasbanium, Haspin-gow,me parait tirée du nom de l'endroit appelé 
au temps de Rodulphe Hesbines (voy. plus loin) et aujourd’hui Hespen, lequel 
est situé près de Tirlemont, à l'E.; du moins le parallélisme des formes : 
Hesbines — Hesbaie, qui vient de Hasbanium ; Hespen — Hespen-gow, qui 
vient de Haspin-gow, montre que la seule différence existant entre les voca- 
bles, qui est celle de la voyelle du radical, vient uniquement de ce qu’ils nous 
sont donnés dans des documents de dates très-distantes. Les formes de ce 
nom que nous avons vues au commencement de la série précédente, indi- 
quent qu'il faut probablement le lire (avec Mir., 1, 493) Mansuarinsis. De cela 
seul on pourrait conclure que le pagus Mansuarinsis n'avait rien de commun 
avec le Mase-gau (Masau, dans le Partage de 870; ailleurs Masaugo, p. e. 
Mir., 1, 48, an. 968, etc.), si ce fait n’était démontré déjà par la position des 
lieux, qui sont tous à l'O. de Herck-la-Ville (ajoutez que celui qui occupe 
la position la plus orientale, Donck , est expressément placé par le diplôme 
in pago Hasbaniensi). Si le primitif de la dénomination ne peut être cherché 
dans le mot Mosa, en flam. Maes, nous croyons, par contre, comme nous 
l'avons déjà dit, le découvrir évidemment dans mansuarius, synonyme de 
laetus : le pagus Mansuarinsis serait donc un canton peuplé primitivement 
par des lètes : comparez le laetus postliminio restitutus d'Eumène, qui eulti- 
vait les Verviorum arva jacentia —? 

Un autre diplôme, de l'an 858 (p. 373), porte : Ego Hotbertus... dono rem 
proprielatis mee in loco nuncupante Hasnoch, super fluvio Merbate, in pago 
Hasbaniensi sive Dyostensi, curtem cum casa, etc totum.... tradidi, et … 
confirmavi perpetualiter possidendum « inter confines S“ Trudonis et casaleti 
et mancipia 24 ». Actum in Sarcinii monasterio S' Trudonis, ete. — Hasnoch 
est écrit par le chroniqueur Hasnoth. Le lieu et la rivière sur laquelle il était 
situé sont également inconnus. On a conjecturé, sans motif, je pense, que 
l'endroit désigné est Halen ; pour ma part, je ne vois à comparer que Assent. 
village qui appartenait à l’abbaye dès le temps de Rodulphe (327. 5), et qui 
est situé au S. de Diest et proche d’un ruisseau nommé actuellement Meule- 
ou Beggyne-beek, mais qui portait peut-être jadis le même nom que le vil- 
lage de Meerbeek (corruption de Merbate? — : plutôt Merbate pour Merbace), 
qui est sur la rive opposée et presque vis-à-vis d'Assent. 

Maintenant je viens au texte de la chronique (à partir de la page 253). 

Huic successit Adelardus secundus, liberis ortus parentibus de Brabantia, 


68 MÉMOIRE 


de vico qui dicitur Lovinium juxta Lovanium, alque inde diminutivato. — 
Anselme, chroniqueur liégeois, qui écrivait à peu près un siècle avant Ro- 
dulphe (de 1052 à 1056 : voy. Mon. Germ., VIT, p. 150 inf.), fait mention 
du même endroit en exprimant la même remarque étymologique (|. 1., 
p.196 sup.) : Possessiuncula quaedam est hujus ecclesiae [Leodiensis?| nimis 
contiqua oppido , quod Lovanium nomine, diminutivum ex suo nomine eidem 
villulae indicit vocabulum ; cognominatur enim Loviniol. Cette dernière 
forme est conservée dans le nom moderne, qui est Lovenjoul : il y aurait 
donc lieu de suspecter l'exactitude de celle de notre texte. Nota. Les Annales 
Vedastini ad ann. 884, 885, 891 (Mon. Germ., 1, 522, 527) nomment Lou- 
vain : Luvanium : je pense qu’on peut tenir ce nom pour la forme primitive. 

Villarium (255. 11). C’est l'appellation et la forme ordinaires. On lit une 
fois (316. 12) J'illeyr, et, dans un autre passage (382, 47), villa sua, quae 
vulgariter Fillarium Popliir nuncupatur —: puisqu'il veut rapporter le nom 
vulgaire, le chroniqueur aurait dû dire : Villeyr-li-Popliir, comme l'endroit 
est effectivement appelé dans un diplôme de 1207, ap. Mir., IV, 717, col. 4 
(« Vileir-le-poplir » ). Il se nomme aujourd’hui Villers-le-Peuplier (proche de 
Hannut), ce qui est une dénomination inexacte, car l'ancien mot poplür ne 
veut pas dire : peuplier, latin populus, wallon plop, mais bien : plantation de 
peupliers. Si done l’on voulait franciser le roman popliir ou poplir, il fallait 
dire : Villers-le-Plopier. 

Moscha. Mohain, près de Waremme? Les biens qui étaient situés en cet 
endroit avaient été acquis dans la seconde moitié du XI siècle, du comte de 
Hengebac. Comparez plus loin Moysc. 

Stades, Staden, Stadem. Stayen, proche de St-Trond. 

Harches. Un des Herck. P. 327, 1. 1, il s’agit de Herck-la-Ville. La rivière 
la Herck est appelée 4rcha par Notger (mort en l'an 4008), dans sa biographie 
de Landoald (Chap, !, 109). Le À initial est-il omis dans cette leçon, ou est-il 
de date postérieure? 

Musal. Moha, près de Huy , ancien chef-lieu de comté. Cette forme est la 
seule qui soit employée dans tout le cours des Gesta et elle figure encore dans 
la dernière continuation (442. 23), écrite vers l'an 1567, quoique l’on ren- 
contre ailleurs un siècle et demi plus tôt les formes intermédiaires Musau, 
Muhal et Muha (celle-ci déjà dans une pièce de 1204, ap. Chap. IE, 202). 

Alburg, Alburch (in Testrebant, 315. 9; dans le Veluwe, selon Foppens, 
Mir., IV, 564, chap. xxvi). 

Gutiala, Wimales. Wychmael, Wichmael ou Vechmael, à l'O. de Peer : 
comparez l’article suivant. Nota. Vechmael, à l'O. de Tongres, est appelé 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 69 


par d’Hemricourt (p. 272 med. 514, etc.) et s'appelle encore en wallon : 
Fymale ; il est probable qu’il faut aussi lui attribuer l’ancien nom flamand 
Vechtmale, dans une charte de 1237, Not. sur Rummen, p. 279 pr. : bien 
que semblable à l’une des formes de notre mot, celui-ci est donc un vocable 
différent. P.S. Je lis, en effet, dans Joh. de Los (Documents publiés par 
M. de Ram), p. 51 inf. : ipse.... stetit prope Heis (Hex), in villa quae dicitur 
Vechtmael. — Immédiatement après Guimala, est mentionné : 

Pirae. Peer. — Nota. Je rends par ae le signe e, ou e avec cédille, du 
texte. — Ce nom est sans doute identique avec Pirges qui figure plus loin: 
d'autant que ce Pirges est également mis en rapport avec Wichmael, qui est 
voisin de Peer : in villa Guimala cum ecclesia de Pirges ea quae ibi habere 
videmur, ete. (515.10 sq.). D'après le système orthographique de notre auteur, 
le vocable Pirges ne représente d’ailleurs, ce semble, rien autre que Piries, 
c'est-à-dire Pirias (comp. les articles Meruguelges, Meldreges). Pirae est 
done simplement une forme syncopée de Pirges et qui constitue la transi- 
tion entre cette dernière et le nom actuel. 

Guebecheym, Guebechem, Webecheim, Wibekem. Webbecom, près de 
Diest : cette transformation du heim primitif en om ou um est en quelque 
sorte normale dans la partie orientale du pays flamand. Selon un continua- 
teur de Rodulphe (564 inf.), le nom qui nous occupe viendrait de celui de 
Wicboldus, père de saint Trudon et ancien propriétaire de l'endroit — (?). 

Mere. Les analogues modernes ne manquent pas, mais je ne puis recon- 
naître lequel d’entre eux est ici désigné. 

Bevinges. Bevinghen , au S. de St-Trond. 

Horel, Orel, Orele. Oreye. Les continuateurs de Rodulphe écrivent Horte, 
Hoerle; dans les chartes on trouve souvent Urle (p. e., Not. sur Rummen , 
p. 508 med., an. 1290), forme qui semblerait être la plus ancienne de celles 
que nous connaissons, si, dans un document de 965, il faut lire Urlis, d’après 
la version donnée dans le Compte rendu de la Commission d'histoire, IX, p. 22, 
et non F’elez, comme le fait Ernst dans son édition de ce document, VI, p. 95 
med. — : remarquez que, d’après cette leçon, on pourrait corriger Urlis en 
Urtes, c’est-à-dire Urlas ; — toutefois l'attribution de cet Urlis à Oreye n'est 
en tout cas qu'hypothétique; d’'Hemricourt écrit Oreilhe. Ces différentes 
formes obscurcissent le primitif du mot; pourtant le plus probable nous 
parait être encore orella, d’où aussi l'italien orlo, espagnol orla, anc. franc. 
orle, et, par suite, le verbe franc. ourler, c'est-à-dire border (cf. Diez, Lex. 
etym., p. 245). Nota. Nous citerons comme termes de comparaison : 1° Heure- 
le-Romain, en ancien wallon Oire-le-Romans, en latin traditionnel Ora- 


70 | MÉMOIRE 


romana; Heure-le-Tiexhe, c’est-à-dire le Thiois, en ancien wallon Oire-le- 
Tiexhe. 2 Heer (sur la Meuse, entre Givet et Dinant), en lat., à l’ablatif, 
Ore (Mon. Nam. p. 6 sup., an. 1200), en roman Oùre-sour-Mueze (ibid., 18 
inf., an. 1280, etc.), puis Hoir. 3° L’Heure, rivière qui se jette dans la Sambre, 
se nommait aussi Oire, en roman : il est probable que le village d'Heure , au 
N. de Marche-en-Famenne, portait également ce nom. 4° Horne ou Heurne, 
près de Vechmael , anciennement (à partir de 1366), Horne , Hoorne, Hoerne 
(Not. sur Hornes, p. 173 sq.), est appelé par d'Hemricourt, p. 314, Heurs 
deleis Fymal. 

Jemapia, Gemmapia. L'éditeur doit s'être trompé en interprétant : Ge- 
nappe, en Brabant : Genappe se disait Genapium (voy. notre texte, 412. 28), 
Genapia (Mir., 1, 77, an. 1096, etc.), tandis que Jemapia était bien le nom 
ancien de Jemeppe (village proche de Liége), comme on le voit d'autre part. 
Or, la circonstance qu'un ministériel de l'évêque de Liége avait envahi un 
pré situé dans la villa susdite (284. 41 sq.) semble démontrer que c’est effec- 
tivement de Jemeppe qu'il est question. Voy. pour le nom à la 3° série. 

Salechem. Probablement Zeelhem, près de Diest, à l'O. 

Sesninc, Sesnin. Sény, en Condroz. Page 366, 1. 16, on trouve la forme 
Seni, et l'on voit que cette villa fut donnée à saint Trudon vers l’an 656. — 
Nota. On peut comparer pour la désinence de la première forme, Mosenc, 
que nous avons vu dans la série précédente. Il parait que le c dans cette dési- 
nence est parfois arbitraire; ainsi, dans une liste manuscrite de noms anciens, 
rassemblée par M. Schayes et qu’il a bien voulu me communiquer, je vois 
que Jandrain est appelé Jandrenc, en l'an 1178; or le diminutif Jandrinul, 
qui est antérieur de plus d’un siècle (voir la 3° section de cette série), exclut 
dans le primitif une terminaison de cette forme. 

Los. Looz. Un document antérieur au nôtre, que nous avons extrait dans 
la 1e série (p. 32), écrit ce nom Loz, Lotz. La forme flamande est Lon, 
Loen, mais je ne vois pas que Rodulphe en fasse usage, si ce n’est dans l’ad- 
jectif Lonensis (299. 45); du reste, en la qualifiant de flamande, nous vou- 
lons seulement dire qu’elle est employée en cette langue, et non qu’elle lui 
appartient en propre. car ce même nom Loen figure dans le Cartulaire de 
l’abbaye de St-Père de Chartres (éd. Guérard, p. 312, etc.) : voy. une con- 
jecture étymologique sur ce nom à l’art. Berle. 

Meruguelges. Cette forme développée ne se rencontre qu’une fois; ailleurs : 
Merqueles ; plus tard : Merwel, Merwile, Mervile (cette dernière, p. 404, L 1); 
Hocsem (ap. Chap, IE, 513 inf.) écrit Merville, d'Hemricourt, p. 270 : Marvele 
deleis Saintron; dans les anciennes cartes Meriwelen, et maintenant : Mel- 


VS ET RE eee 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 71 


verem (proche de St-Trond, au N.) : des corruptions de ce genre empéchent 
trop souvent de déchiffrer les noms anciens. — Nota. Nous ne savons s’il 
faut étendre l'accusation de corruption aux formes en vile, ville. Elles sont, 
il est vrai, sensiblement postérieures à celle qui est en tête de cet article, 
mais le suflixe de celle-ci, quelges, ne représente sans aucun doute rien 
autre que we-lies — : cela résulte 1° de ce qu’en thèse générale le 4 a, dans 
l'orthographe suivie à cette époque, la même valeur après { qu'après n, 
c’est-à-dire celle de à consonne ou j allemand (je me borne ici à citer pour 
exemple Ramelies, ap. Mir., 1, 287, an. 1184, qui, dans la pièce parallèle, 
ibid., IV, 7145. 1 inf., an. 41197, est écrit Ramelgeis ; maintenant Ramillies. 
province de Brabant); 2 de ce que dans d’autres combinaisons encore , notre 
auteur semble donner au g cette valeur du j allemand, par exemple dans les 
noms Pirges, Meldreges ; 3° de ce qu’en effet le g est ici élidé dans les formes 
subséquentes, tandis qu'il se serait conservé s’il eût été guttural , comme on 
le voit par les mots thiois Bevinges, Bovinges, etc., qui ont fait Bevinghen, 
Buvinghen ; — or, ce vocable welies ou velies (comparez Guisez = Visé) que 
Rodulphe a donc voulu exprimer, ne peut-il pas être une altération de villas? 

Renhrode. Reynrode, au S.-0 de Haelen. 

Burlo, Burlos, Borlou, Burlou. Borloo, au S. de St-Trond. Voyez pour le 
suflixe à l’article Berle, Berloz. 

Moysc juxta V'illarium. Moxhe, sur la Méhagne, près de Villers-le-Peuplier. 
En roman Mois, Moix (p. e. Mon. Nam., p. 11, an. 1274). Moxheron, qui en 
est une dépendance, se disait Moisseron, Moixeron. 

Hallei. Hallet, au N.-0. de Hannut, et non Halle, comme le dit l'éditeur : 
voy. ci-après au mot Hales, et, dans la 3% section de cette série, l'article 
Halley. 

Nodewet. Noduwez. M. Schayes avance dans le Bull. de l'Académie, XVII, 
1, 161, que Noduwez s'appelait jadis Nodevort : je trouve effectivement cette 
forme dans les notes manuscrites que je viens de citer, sous la date 1252; 
or, la nôtre étant antérieure de plus d’un siècle, il en résulte que Nodevort 
ne peut être nullement tenu pour le nom ancien de Noduwez, mais seule- 
ment pour le nom que lui donnaient, et que lui donnent sans doute encore, 
les Flamands. Comparez plus loin Baccunguez. 

Horfale. Sans doute — Horpale : voy. cet article. 

Distae, Disthae, Diesteh. Diest. La forme primitive, que nous montre 
l'adjectif Dyostensis rapporté plus haut, était Dyosta ou Diosta. 

_Paltae. Probablement Pelt ou Peelt, au N. de Peer. 

Haletrae. Ce nom ne parait qu’une fois. Je remarque pour la position du 


72 MÉMOIRE 


lieu qu'il fut cédé à un seigneur de Diest, en même temps que Guebechem 
(Webbecom), Paltae (Pelt) et Guimala (Wychmael). Dans ces conditions, 
s’il n’y à pas faute pour Halchtrae (Helchteren), je ne vois à comparer que 
Haeltert, anciennement Haletrut (Mir., Il, 811 , an. 1046), au S. d’Alost. 

Hales. Haelen. — Halles. Halle. La distinction à établir entre les deux 
noms de Hales et Halles, résulte non-seulement de leur différence formelle, 
mais de ce qu'ils figurent simultanément dans une même énumération (315. 
12, 16); de même, l'attribution de Hales à Haelen, n’est pas motivée sur le 
seul rapport des formes, mais sur le passage suivant (315 inf., sq.), qui in- 
dique la position du lieu : inter ea quae pertinent ad Guebecheym et Hales. — 
Halla, qui se lit 316. 10, 528. 15, parait être identique avec Hales. 

Mosum. Selon l'éditeur, Muysen (ou Meussem), au S. de St-Trond. Cela 
me parait fort douteux, car cet endroit est appelé Musin dans un document 
de même date (Chap. IL, 102), Musen, en 1219 (Mir., IV, 556, 2e col., vers 
le milieu), et assez probablement Musinium, dans un diplôme d'environ 
673 déjà mentionné (Mir., 1, 126): In pago Hasbanio et Ribuario : Haim- 
becha, Halmala, Torona, et inter Altheim, Maridas, Ambron, Musinium , 
Groseas (Grasen?). Le contexte ne donne d’ailleurs aucune lumière sur la 
position du lieu. 

Lemburg. Limbourg, ancien chef-lieu du duché de ce nom. 

Corbecçe, Corbeche. Corbeek , sur la Dyle. 

Duraz, Durachium. Duras, proche de St-Trond, au N.-0. L’Index cite de 
plus la forme Durac, que je n'ai point retrouvée, mais Duracum se lit dans des 
diplômes de la même époque (1125, 1156), ap. Ernst, VI, 124 sq., 125 sqq. 
(ce dernier est reproduit Cod. Loss., n° 63), Not. sur Averboden, p. 82 sq. 
(au bas de la première de ces pages, par faute typographique , Durato), etc. 

Kircheym ; chez les continuateurs Kirkem, Kerkim. Kerkom. 

Guisez. Visé. Voy. la 3e série. 

Mallines. Malines, en flam. Mechelen. Rodulphe emploie également les 
formes flamandes Mechele, Machele, et les continuateurs disent Machlinia, 
Maglinia. La forme romane remonte au Partage de 870 (note 24; comp. t. I, 
Lequm, p. 517), où on lit Maalinas ; en 910 (Mir., IL, 806, 2we col. sup.) Mas- 
linas ; en 981 (Chap., 1, 209) Maslines ; en 1008 (ibid., 225) Maclines. Une 
pièce de 123, citée par Kreglinger (Mémoire sur les noms des communes de 
la province d'Anvers, p. 222), et d'Hemricourt (p. 159. disent Marines : 
comparez pour cette forme, d’une part, les deux noms français et flamand 
d'un village à deux lieues S.-E. de St-Trond, savoir Marlinne et Mechelen, et, 
d'autre part, pour la transformation du s en r, dans des combinaisons identi- 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 75 


ques, Maslania, Maslaigne (Annales de la Soc. archéol. de Nam. E, pp. 100 inf. 
105 sup.) forme, sans doute primitive, de Marlania, Marlaigne, Marlagne 
(forêt proche de Namur), et l’ancien français masle (lat. masculus), qui est 
devenu en ancien wallon marle. (Nous verrons aussi dans la 5m section que, 
de Asnatica, Asnatgia, on a fait Ernage). — Il me parait fort diflicile de 
déduire du rapprochement de ces formes le nom primitif. On doit, sans doute, 
les ranger d’abord sous ces deux types : roman Maslinas, flamand Machele, 
mais je ne vois pas lequel de ces deux types pourrait avoir produit l’autre, car 
ch ne peut venir de s, qui est cependant plus ancien d’à peu près un siècle et 
demi (en prenant Waclines pour première apparition de la forme flamande), 
ni, à l'inverse, s de ch, surtout à cause du rapport des dates, qui est en sens 
contraire. Le meilleur moyen de résoudre cette difficulté (car on ne peut 
supposer que les deux noms soient radicalement distincts) est peut-être de 
statuer une forme primitive réunissant les deux consonnes, telle p. e. que Wac- 
selinas où Magselinas, Masclinas, ete. (Comparez pour le radical, dans la pre- 
mière combinaison, le mot celtique magus, ancien cymrique mages : champ : 
voy. Zeuss, p. 5, note **—?). Machelen, en Flandre, se disait aussi en 967 : 
Maglina : voy. le Mémoire de M. Willems, p. 304; d’ailleurs Machlinium , 
Maglinium : De Smet, 1 Mémoire, p. 19. Ce dernier auteur conjecture. 
d’après M. le professeur Bormans , que le mot vient, soit de l’anc. flam. 
machela (jeune fille, fiancée), soit de Machtelt : Mathilde. Nota. Dans deux 
diplômes de 1018 et 1222, ap. Lac., 1, 452; 11, 102, il est question d’un ager 
imperü à Morlmes où Marlanes, et Crenval. Ce dernier nom peut indiquer 
« Grenville » (dans d'Hemricourt, p. 242, Grenvilhe sor Gayre, Grenne- 
vilhe, maintenant Grandville), comme le dit M. Lacomblet ; mais est-il bien 
certain que le premier désigne « Moumale » (Momale }? Les formes ne coïnci- 
dant pas, et ce dernier endroit n'étant, d’ailleurs, jamais nommé dans les 
anciens documents autrement que Mosmale, je croirais plutôt que Morlmes, 
Marlanes est mal lu pour Warlines, le Marlinne , proche de St-Trond, que j'ai 
mentionné à l'instant. 

Hasflangia. Havelange, en Condroz. Dans Chap. IT, 106, un document, de 
même date environ que le nôtre, donne déjà la forme moderne. 

Cuns. Cons , près de Mézières (France). Nous avons vu dans la série précé- 
dente l'adjectif Cunensis. 

Sambra. La Sambre. Nous avons déjà remarqué dans la 1"° série (p. 41) 
que ce mot, dont la dérivation de Sabis serait difficile, a pour primitif pro- 
bable le nom celtique Samara, avec lequel il est, pour ainsi dire, identique. 
Cette identité est même cause qu’on ne sait si c’est à la Somme ou à la Sambre 


Toue XXVI. 10 


74 MÉMOIRE 


qu'il faut attribuer la flotte mentionnée par la Notitia dignitatum : Sub dis- 
posilione viri spectabilis ducis Belgicae secundae..... : Praefectus classis Sam- 
bricae in loco Quartensi sive Hornensi, éd. de Bôcking, t. IL, p. 409 sup. Le 
savant éditeur se décide, non sans hésitation , pour la Somme, bien qu'il ne 
puisse découvrir le Hornensis locus, et qu'il ne trouve à comparer pour le 
Quartensis, que Quentavic, maintenant St-Josse-sur-Mer, ce qui l'oblige à 
la conjecture que Quartensis pourrait bien être une mauvaise leçon pour 
Quantensis ou Quantiensis (1. 1. , p. 841). Les défenseurs de l’autre opinion 
(voy. là même, p. 839 sq.) voient généralement dans Quarta : Quarte, sur la 
Sambre, à quatre lieues gauloises de Bavai; quant au Hornensis locus, les 
uns le placent à Marchienne-au-Pont, les autres à Hargnies, sans qu'ils aient, 
du reste, aucun, de raison bien plausible à alléguer. 

Villa, quae sita est supra Sambram fluvium, nomine Monasterium. Mou- 
tiers-sur-Sambre. 

Porcetum. Borcette, en all. Burtscheïd. D'ailleurs (en 1016 et 1018, Lac. 
1, 100, note 2) Purcetum, Porchetum, Porcied. — Ce mot est à noter, 
comme indiquant une des sources, au moins, du suflixe allemand scheid. 

Gladebac, Gladebach. Gladbach , entre Dusseldorf et Erkelens. 

Seplemburias. Zepperen, près St-Trond , à l'E. La synonymie de ces déno- 
minations résulte de la comparaison du passage, p. 562, I. 45, avec celui 
p- 568, 1. 22. Nota. D’après M. Guérard (glossaire du Polyptyque d’Irminon), 
buria signifierait : hangar : ce serait done le mot ane. baut-all. bur, etc. 
(wallon br, baur). Les continuateurs de Ducange (1, 1565, éd. de 1735) at- 
tribuent à ce suflixe dans notre nom même, la signification : source, fon- 
taine. Cette interprétation, fondée uniquement, à ce qu’il semble, sur un 
rapprochement erroné, n’est d’ailleurs pas vraisemblable au point de vue 
linguistique, car, quoi qu’ils en disent, il serait anormal que le saxon burn, 
flam. born (goth. brunna) eùt produit buria. 

Falmia. Vellem ou Velm, proche de St-Trond, au S. — Nous avons re- 
marqué, p. 24 sq., que notre mot est formé du même radical que Falminne. 

Tyele. Thielt, près d’Aerschot, selon l'éditeur. 

Hulsela. (?)— : est indiqué, la seule fois qu’il en est fait mention, comme 
possession de St-Trond. 

Vianne (ablatif). Vianden , dans le grand-duché de Luxembourg; en franc. 
Vienne, en lat. Vienna. Ce dernier nom étant le même que celui de Vienne, 
en Dauphiné, déjà cité par César, il serait intéressant de rechercher jusqu'où 
il remonte et s’il est positivement la forme primitive. D’après ce que dit Ber- 
tholet , IT, p. 424, il semblerait que les dates les plus anciennes où ce nom 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 75 


apparaisse sont 928, 981 ou 986 ; mais on ne le trouve pas dans les diplômes. 
que je sache, avant 1096 (ibid., xziv, par faute d'impression Liv), puis 1124 
(cn. Dans cette dernière pièce, il figure à côté de celui de notre Rodulphe : 
Abbates : … Rodulphus de S° Trudone. De laïcis : … Comes Fridericus de 
Vienna). Bertholet ne parlant toutefois de Vienne ou Vianden qu'à propos 
de ses seigneurs, il est probable que son nom est mentionné encore dans 
d’autres documents anciens. Je remarque que le faubourg de Vienne, à Blois, 
dont j'ignore le nom primitif, est appelé Ficus Vianae, dans une pièce de 
1070 (Cartulaire de St-Père, p. 124). Dans la Flandre orientale, arrondisse- 
ment d’Alost, se trouve aussi un village nommé Viane, mot, dit M. De Smet, 
4e mémoire, p. 27 ult., « qui ne semble se prêter à aucune explication vrai- 
semblable » : d’où je conclus qu’il pourrait bien être d’origine étrangère. 

Ambliz. Ambly , au S. de Marche. Voy. plus haut, p. 57. 

Halmala. Halmael, près de St-Trond. Le document d'environ 675, cité à 
l'art. Mosum, mentionne déjà ce nom, comme on la vu. — Entre Halmael 
et St-Trond se trouvait un mansus que deux frères prétendaient tenir en fief : 
Everardus de Overheym et Hezelo de Comite. Ce dernier tirait peut-être son 
surnom du château nommé maintenant Gravenshuys (maison du comte), au 
N.-E. de St-Trond. 11 y a aussi près de ce dernier endroit un moulin dit de 
Grevens. 

Mahange. La Méhagne; dans les documents écrits en lat. Mahania, Meha- 
nia. Nous avons déjà dit plusieurs fois que le g, dans la combinaison ng, 
principalement, ne représentait que le à consonne : c’est ainsi que dans les 
Glossae Cassellanae (F 4) intrange est la reproduction du latin vulgaire éntra- 
nea, ancien franc. entreigne. Il est regrettable que l'orthographe française 
exprime par le même signe gn les deux combinaisons différentes qui pro- 
duisent ce son, savoir ni suivi d’une voyelle , et gn. 

Mecerin. Endroit où se trouvait un moulin (285. 8) et jadis une forêt de 
. haute futaie (516. 11 : Meruguelges et Mecerin et Stades densissimae et magna- 
rum arborum silvae habebantur). Meceres , dont la forêt, qui était proche du 
château de Duras, dut être rasée au profit du Monastère pour éviter qu’elle 
ne füt prise en détail par la population voisine (286. 34 sqq.; comp. 541. 51, 
36 sq.), Mecheren et Meetseren, que mentionnent les continuateurs , sont 
assurément des formes du même nom, qui désigne par suite Metzeren, au 
N. de St-Trond et au N.-E. de Duras. J'observe que l'orthographe Mecheren 
prouve que le e de Meceres, Mecerin était primitivement guttural (de même 
que dans Sarcinium , écrit plus tard Sarchinium), tandis que la forme Meets- 
eren montre le passage de ce son en la sifflante, comme cela a eu lieu pour 


76 MÉMOIRE 


la langue romane dès son berceau (vers le VITe siècle pour € devant :, et vers 
le VIILe pour c devant e : voy. la grammaire de Diez, 1, 196 sqq.). 

Nissen. Nyssem , au S. de Halmael. 

Scurehove, Schurovem. Schuerhoven, faubourg de St-Trond. 

Godeledaleth. Nom d’une forêt. Il est probable que le suflixe est le mot dal 
(haut-all. {hal) : vallée; de sorte que le th serait paragogique, comme ch dans 
Langerodech, h dans Diesteh, etc. 

Rode. Rhode, au S. d’Aerschot. 

Barduwich in Testerbrant. Baardwyk, à l'O. de Bois-le-Duc. 

Pumirs, supra Mosellam ; chez un continuateur Pomerium. Pomerieux , à 
3 lieues de Metz. — Pumirs vient évidemment du lat. pomarius (pour poma- 
rium). 

Runchirs. Endroit qualifié, p.291, 1. 15, de locellus. Selon l'éditeur, Runc- 
kelen, proche de S'-Trond. Cette conjecture est appuyée par la mention d’un 
Runckeren, dans la Not. sur Milen, ad an. 1541 (p. 130), qui parait désigner 
effectivement Runckelen. — La comparaison du nom précédent montre 
assez l’origine de la désinence : le radical est-il identique avec le fr. ronce, 
dont l’étymologie n’est pas bien certaine, ou vient-il du lat. runcare? Quoi 
qu'il en soit, runcarius, primitif incontestable de notre mot, est rapporté par 
Ducange comme signifiant : champ inculte. 

Gursumdrul, Gursemdrul. Je ne vois pas qu’une autre forme soit employée 
dans cette partie de la chronique; les continuateurs écrivent Gorsembruel ; 
de même un acte de 1269 (Gursembrul), Not. sur Milen, p. 65; et, dans des 
pièces de 1421 et 1455 (même Notice, pp. 100 inf., 112 inf.), on lit Gors- 
semeroel. L'endroit désigné est Gorssum, proche de St-Trond, au N.-0., ou 
plutôt sans doute une dépendance de Gorssum , car le nom moderne se trouve 
dans des pièces fort antérieures à la dernière date citée (p. e. Cod. Loss., 
p- 215, an. 1315: « Gorsem » ; Not. sur Milen, p. 86, ad an. 1320 : « Gursem »), 
ce qui prouve qu'il ne doit pas sa forme à une apocope du suflixe. J'avoue . 
que je ne sais que penser de ce dernier. Bruel est à la vérité un mot bien 
connu qui signifie : terrain marécageux (Lac., 1, 151, 152, an. 1018 : de cruce 
videlicet usque ad murum [le flan. moer] qui vulgo vocatur bruel); mais com- 
ment Rodulphe aurait-il pu méconnaître ce mot, lui qui avait précisément 
habité le pays auquel se rapporte le passage que nous venons de citer? et 
d’ailleurs , je ne vois pas que bruel soit usité comme nom commun en flamand 
(les différents termes dont on se sert en cette langue sont goor, broeck, veen 
ou venne, ven, moor ou moer, meer); vel représenterait bien le diminutif lat. 
olus, ulus (comp. plus haut Loviniol), mais la date à laquelle apparait ce 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 77 


suffixe est trop récente pour qu'on puisse lui attribuer cette origine. — 
P. 340, 1. 7, est mentionné un moulin du nom de Gorsine : est-ce encore 
Gorssum, comme le pense l'éditeur? Comparez, soit pour le nom, soit pour 
le mot, Gors-Opleeuw, au N.-0. de Tongres. 

Bruderholt. Nom d'une forêt. 

Dunch. Donck. Nous avons déjà vu ce nom, dans le diplôme qui ouvre 
cette série, sous la forme Dungo; d'ailleurs on rencontre dans le texte (d’après 
l'Index): Dunc, Donc, Dungh, Dung. Ce mot, qui est un des suflixes employés 
le plus fréquemment dans les noms de lieux des pays flamand et rhénan 
(Lac. [, 428, an. 1168 : Crandunck , Milendunck , ete.), signifie une éminence 
entourée d’eau, comme le disent Gramaye et Heylen (ap. Kreglinger, Mé- 
moire, ete., p. 212 sq.), et comme le confirme une ancienne traduction du 
nom de lieu Kraandonck : locus eminentior ad aquam ubi grus sive moles 
adtractoria (1. 1., p. 215). Une éminence entourée d’eau ou de marécages 
(locus e palustribus emergens, Gramaye; ligt verheeven plaets tusschen laege 
en waleragtlige gronden, Heylen) formant nécessairement un lieu de refuge 
convenable, ou un fort, on pourrait peut-être dériver le mot français donjon 
de notre dungo, dong (forme citée par Heylen), aussi bien ou mieux que de 
l'irlandais dün, d’après Diez , ou de l'irlandais daingean, d'après Zeuss, qui 
signifient aussi lieu fortifié. La preuve, du reste, que notre mot avait pris 
une acceplion voisine de celle que nous lui avons attribuée par induction, est 
dans l'explication que donne un ancien biographe de saint Ghislain du nom 
primitif de l'endroit appelé depuis d’après celui du saint : Ursidongus, ideo 
sic dictus, quod ibi solita erat ursa catulos -fovere (ap. Schayes, les Pays-Bas, 
ete., IL, p. 145, note 5), c’est-à-dire donc : {anière de l'ourse. 

Bruches, in latere Aquisgrani. Broich, entre Aiïx-la-Chapelle et Eschweiler. 

Meldreges, non longe a villa Lencholt. Meldert, au N. de Linckhout. Ce que 
nous avons dit à l’occasion des mots Pirges et Meruguelges fait déjà voir que 
Meldreges représente une forme Meldreias : la comparaison d’un autre Mel- 
dert, situé dans le Brabant, qui se nommait, selon Wastelain, p. 197. 
Maldaria, confirme cette induction et donne en même temps la forme primi- 
tive du mot (Maldarias : Mezveras, par inversion : Meldreias). Je remarque 
que la forme actuelle doit provenir d’une altération récente, car des cartes 
dressées vers la fin du XVIIm ou le commencement du XVIII» siècle, 
écrivent encore Meldre. P.S. Je vois que le Meldert, proche de Tirlemont . 
est nommé Meldrada dans une pièce d'environ 1050, ap. Mir., 1, 550, re col. 
sup. Ce nom, pour lequel on peut supposer une forme Maldarda, rend 
assurément mieux compte, soit de Meldert, soit du nom franç. Maillard 


78 MÉMOIRE 


(d’après la carte de Vandermaelen), que Maldaria : Wastelain a-t-il pris une 
forme postérieure et latinisée pour le nom primitif, ou les deux formes sont- 
elles parallèles, ou, encore, la forme Meldrada serait-elle déjà (déjà, si elle 
est authentique) le nom flamand dérivé, avec une terminaison latine? 

Baccunguez; dans un diplôme de 1096, ap. Chap. IF, 52 sqq., Bacunwetz, 
et, dans la suite de notre document, Bechenweiz. Sans doute Beckevoort ou 
Becquevoort, au S.-0. de Diest et non loin d’Assent, « qui fut brülé par un 
seigneur de Baccunguez » (527. 5). Si l’on ne trouve pas la forme flamande 
du nom antérieurement à l’an 1096, il faudra donc conclure que le suflixe 
primitif était roman dans ce mot encore , aussi bien que dans Nodewez. 

Assebruc, Assebruch. Asbroek, à l'O. de St-Trond, près de Halmael 
(manque dans la carte de Vandermaelen). 

Steinvert. Très-probablement Stevoort, près de Herkenrode, encore que 
cet endroit soit nommé Stinvort en 1147 (Cod. Loss., n° 90) et Steynvorde 
en 1264 (Not. sur Herkenrode, p. 82 sq.), car les mots vert, weert (insula 
amnica, Kilian), et vort, voort (vadum) ont été souvent pris l’un pour l'autre; 
ainsi, dans la première pièce citée, le fief de Weert est appelé feodum Wur- 
tense, et Vert, que nous verrons plus bas, désigne probablement Voort. 

Engeramnus vir nobilis de Horpale.. pro anima sua in villa quae dicitur 
Herebac, tantum allodii nobis reliquerat, etc. (292. 5 sqq.); plus haut (285. 
18 sq.) l’auteur, en mentionnant le même fait, écrit le dernier nom Here- 
bach. Horpale ni Herebac ne se rencontrent plus sous ces formes, mais nous 
croyons que l’on peut reconnaitre les endroits désignés au moyen des don- 
nées suivantes : 4° dans une pièce de 1256 (Not. sur Milen, p. 62) on lit : 
… quinque bonnaria et dimidium.….. terre arabilis , de quibus tria bonnaria sita 
sunt in territorio de Horpale.…., horum et dimidium in territorio de Bertshere 
descendentia a Roberto filio domini Ecberti, militis de Bertshere, ete.; 2° d'Hem- 
ricourt parle, p. 214 med., d’un Daneal de Hex, dit de Horpale. Hex étant 
voisin de Horpmael (situé à la source d’un ruisseau nommé Horp-beek), il 
devient déjà probable que Horpale n’est autre que ce dernier endroit. L’ex- 
plication des noms Herebac, Bertshere doit confirmer ou infirmer cette 
conjecture : or, le vocable Here, isolément, répond à Heers (voy. plus bas) 
qui est le nom de cinq endroits voisins entre eux et proches de Horpmael : 
Heers, Middel-Heers, Op-Heers, Bas-Heers, Vry-Heers. Cela posé, on ne 
peut douter, croyons-nous, que Herebac, ou Herebach, et Bertshere ne soient 
un des Heers et, le plus probablement, Bas-Heers (du moins les trois pre- 


miers ont des dénominations certaines dans les documents anciens : Hairs, 
Hers , ou Here, Heere ; Medianum-Hairs : Cod. Loss.. n° 36, an. 1034; Obhere : 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 79 


ei plus loin). Disons cependant qu'il n’est pas facile de découvrir la filiation 
de ces diverses formes, car on ne peut suspecter l'adjectif bas, puisqu'il est 
parfaitement motivé par la dénomination du lieu voisin Op-Heers, et qu'en 
flamand, d’ailleurs, d’après le dictionnaire, on dit Neer-Heers; tandis que, 
d’un autre côté, le suflixe bac et le préfixe berts seraient certainement des 
altérations singulières de cet adjectif. De même, il y a lieu de s'étonner que 
le suflixe mala, mael, qui est d’un emploi si fréquent en Hesbaie, ne se 
trouve dans Horpmael que par suite d’une corruption moderne. Que penser 
de la forme Horfale employée plus haut pour désigner le même endroit 
(245. 25 sq. : virum.... genere nobilem.….. nomine Engeramnum, cujus inter 
caelera dicitur fuisse villa de Horfale, et fuit)? — : le plus probable, ce me 
semble, est que la lettre f y est mal lue pour p. P. $. Je m'aperçois que 
d'Hemricourt mentionne plusieurs fois Bertshere, sous la forme Bertinhers 
(p. e. 190 med., 240 med.). Ceci ferait croire que le préfixe est le nom 
d'homme Bertin. Alors Herebac devient un autre nom, et il faut sans doute 
disjoindre aussi Bas-Heers, dont la dérivation de Bertinhers n’est guère vrai- 
semblable. 11 s’ensuivrait donc qu'il y avait probablement une sixième, peut- 
être même une septième localité dénommée d’après Heers; ce qui ne chan- 
gerait rien, naturellement, quant à la probabilité que Horpale était dans le 
voisinage de cet endroit. 

Manedac. Ce nom, qui n'apparaît qu’une fois, est peut-être une forme 
corrompue de Montenaken. 

Lare. Laer , au N.-0. de Landen. Le mot tudesque laer signifie incontesta- 
blement : terre non occupée; par suite : terre où chacun peut mener paitre 
ses bestiaux ; de l’anc. haut-all. et bas-saxon léri : vide. Le même vocable 
existe aussi en d’autres langues, par exemple en gaélique et en dialecte de 
Man (lar, laare : Leo, Ferienschriften, L, p. 55 sq.), où il signifie sol, ter- 
rain : il est évident que ce sens est trop général pour servir de désignation à 
un endroit déterminé. 

Grosmec : « molendinum de Grosmec ». Dans un diplôme de 1064 (Lac. 1. 
201 , Cod. Loss., n° 45), cet endroit est appelé Grusmithis : Dedit item ipse 
episcopus... allodium suum Grusmithis nomine, in Hasbanio, juxta monas- 
terium S° Trudonis. Le c final de Grosmec est sans doute pour ch, et nous 
avons déjà fait remarquer plus haut (p. 17, note 1) que ce signe permutait 
souvent avec {h.— La seconde partie de notre mot se retrouve dans Brismike, 
Brismeco, Brismecho (ablatif), nom d’un endroit dans le canton de Mühl et 
de Juliers, ap. Lac., I, 81 (an. 898), 257 (XIw siècle), et les deux composés 
ont, en outre, certaine analogie. Le nôtre, si on l'écrit Grusmicke ou même 


80 MÉMOIRE 


Grusmec, en combinant les deux formes ci-dessus, pourrait s’interpréter 
par le flam. gruysmicke (pain de son), désignation ironique applicable à un 
moulin (comparez pour le suffixe, mon dictionnaire au mot michot). 

Ham, in Texandria. Sans doute Oost-Ham, entre Meerhout et Beverloo. 
Selon l'éditeur : Hamme, proche de Louvain, mais cet endroit est bien en 
dehors de l’ancienne Toxandrie, qui était bornée au S. par le Demer (voy. 
Wastelain, p. 214). 

Clarus-mons. Clermont, entre Liége et Huy. 

Mons-acutus. Montaigu, en flam. Scherpenheuvel, à l'O. de Diest. 

Falcomons. Fauquemont, en flam. Valkenberg, en ancien flam. Falchen- 
berch et V’alchenburch (Lac., 1, 175, 220, ann. 1041, 1075), entre Maestricht 
et Aix-la-Chapelle. 

Eyselo castellum. C’est évidemment Elsloo, au-dessous de Maestricht, et 
non Eysden, au-dessus de cette même ville, comme le veut l'éditeur, puisque 
le texte dit : a Trajecto autem descendens Eyselo castellum. On comprend 
d'autant moins cette interprétation qu’elle est aussi contraire aux mots 
qu'aux choses: les formes anciennes Ascloha, Aschlo (voy. la 1re série), Ahslon 
(Reginonis Chron. ad ann. 881, 884), Eslo (Cod. Loss., p. 70 sup., an. 1204), 
Elslo (Not. sur Herkenrode, pp. 58, 60, an. 1215), etc., sont en effet aussi 
rapprochées de Eyselo que les noms modernes Elsen (voy. à la fin de cet 
article), Elsloo, Eesloo (dictionnaire de Vandermaelen), tandis que les noms 
anciens d'Eysden : Haspere, Aspre, Asple (Ernst, VI, 181 , 196, etc.), en dif- 
férent plus encore que celui-ci. M. Koepke croit, il est vrai, qu'Elsloo est 
désigné plus loin par le mot Eltae ; mais cette interprétation est aussi malheu- 
reuse que la précédente, car la forme Elsen sur laquelle il s’appuie évidem- 
ment (« Elsen vel Elsloo »), et que je ne connais d’ailleurs que par la seule 
carte de Ferraris, paraît n’être qu’une variante locale. 

Leugues, Lewes. Leeuw ou Zout-Leeuw, en français Léau. Nota. Au 
N.-E. de Looz se trouve un autre endroit du nom de Leeuw ou d’Opleeuw, 
formant avec le village de Gors, la commune de Gors-op-Leeuw, ou Gors- 
Opleeuw. D’Hemricourt le nomme Opliewes, Opliews (157) : comparez 
Liews , cri du seigneur de Heers, d’après le même (305 inf.), et l’on dit encore 
en français Oplieu. Denderleeuw , en Flandre, s'appelait aussi, en 1145 et 
1148, Lewes (super Teneram) : voy. le mémoire de M. Willems, p. 512. Selon 
ce savant, ce mot serait « la prononciation allongée de lee , autrement lede, 
qui signifie : ductus aquae » : cette étymologie me parait complétement erro- 
née, car ce n’est pas au XIIme siècle que le mot {ede, leyde (du verbe leden, 
leyden : conduire) aurait été contracté en lee, puis allongé en lewes. — Je 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 81 


remarque que le Cartulaire de St-Père de Chartres mentionne à plusieurs 
reprises, mais seulement à l’ablatif, un lieu du nom de Leugis, une fois, 
entre autres, dans le même document que Loen (p. 312 — : voy. ci-dessus 
l'art. Los) : y a-t-il un rapprochement à établir entre ce mot et notre Leugues, 
Lewes? 

Cotteym. Sans doute Gothem, en 1247 (Not. sur Milen, p. 44) Gotheym, 
entre Looz et St-Trond. 

Mons-publicus. Publémont, montagne sur lequelle est assise une partie de 
la ville de Liége. Le nom le plus ancien de Liége : Leodicus vicus, signifiait, 
comme nous le verrons dans la 3% série : vicus publicus : on peut donc pré- 
sumer que la dénomination de Mons-publicus ne vient pas de ce que la 
montagne était du domaine publie seulement par rapport à la ville, mais 
qu'elle est un reste et un monument de l'antique nom de la cité. 

Masesele. Mazenzeele , à l'E. d’Alost. 

Bovinges. Buvinghen , au S. de St-Trond. 

Brustemia, Brustemium. Brusthem. On lit, de même, Brustem, Mir., IV. 
388, {re col., an. 1205, Brostam, Cod. Loss., n° 147 , an. 1207, etc., d'où il 
suit que le suflixe hem serait attribué abusivement à notre mot. 

Engelmunthove, Enghelmunshoven. Engelmanshoven (au S.-E. de St- 
Trond), comme ce lieu est nommé à la fin de la Chronique; dans certaines 
cartes anciennes il s'appelle, par une autre corruption, Egmonshoven. 

Bredal (sur la Moselle). 

Pagus Rin non longe ab Andequerp (Anvers).. C'est le Riensis pagus, sur 
lequel on peut voir Wastelain , p. 216. 

Eltae. On lit p. 515, 1. 28 sqq. : Didicimus quoque a nostris antiquioribus , 
cum pace et opulentia et religione aecclesia nostra floreret, quod Eltae villa 
magna et aecclesia ejus nostra fuisset, quae non longe a Trajecto supra 
Mosam posita est. Je n'ai retrouvé dans aucun autre document ce nom, qui 
n'apparait ici que cette seule fois, et je ne vois point à quel nom moderne 
cette forme Eltae pourrait être attribuée. En admettant qu'elle soit altérée, 
on pourrait comparer : Elve ou Elven, nom flamand de Navagne, village 
entre Visé et Maestricht; Eelen, entre Stockeim et Maeseyck; Echt (Echta, 
en 1128 : Not. sur Montfort, p. 48), vis-à-vis de cette dernière ville. Quant à 
Elsloo, il nous parait, comme nous l'avons dit tout à l'heure, que l'on ne 
peut y penser. P. $. Voici l'explication la plus vraisemblable : Eltae est le 
même nom que Edla, lequel désigne Maeseyck dans un diplôme de 1006. 
selon Foppens (Mir., II, 411 sq., note 10). La différence totale du nom mo- 
derne, loin de rendre suspecte cette attribution, donne lieu de croire, au 


Tome XXVI. 11 


82 MÉMOIRE 


contraire, que Foppens ne l’a pu poser en fait que d’après des témoignages 
formels. Du reste, cette ressemblance des noms qu’il ne soupçonnait pas, 
pourrait cependant exister. Il semble, en effet, qu'il a écrit Maes-Eyck, 
par erreur pour Alden-Eyck, nom d’un endroit voisin (« Edla, alias Eyka, 
vulgo Maseyck » — : Eyka, c’est-à-dire Eyck, est toujours pris pour Alden- 
Eyck : voy., p. e., Wast., p.205 sq.); or, cela étant, il serait possible que 4{den, 
au lieu d’être l'adjectif qui signifie vieux, fût cet antique Edla ou Eltae. La 
dualité des noms, car Eyck remonte plus haut encore que Edla (Echa, dans 
le Partage de 870, Eiche, Mir., 1, 258, an. 944), s’expliquerait peut-être par 
ceci, que Eyck, — haut all. ecke (coin), était proprement le nom de la contrée 
comprise dans le coude que décrit la Meuse en cet endroit. 

Wilre. D'après la forme du mot, on pourrait croire, comme l'éditeur, qu’il 
s’agit de Wylre près de Maestricht, mais, d’après le contexte, je crois que 
c'est plutôt Wildre ou Wildere, proche de Stayen ,; Halmael et Kerkom , dont 
les noms suivent immédiatement. Or, Wülre n'étant rien autre qu’une trans- 
formation thioise du lat. villaris (comparez dans la série précédente Asc- 
wilra— Ascvilaris), il s'ensuit que le mot , d'apparence si flamande, Wildere, 
serait d’origine romaine. 

Salembrucca. Saarbrück (Allemagne). 

Durmale. Dormael , au S.-0. de S'-Trond. 

Hacchedor. Haekendover , à l'E. de Tirlemont. Un diplôme de 1243 (Cod. 
Loss., p. 118 inf.) écrit Hackendeur ; mais dans la première continuation 
postérieure à Rodulphe, on trouve déjà la forme actuelle. Nota. Le suffixe 
dor admet plusieurs explications. Nous mentionnerons ici le celtique dobur, 
dubr, dwfr (prononcez düfr), dour, dwr (prononcez dr): eau — Zeuss, 
pp- 156, 1119—, qui rendrait compte de la double forme dor, dover. 

Bevere. Beverloo ? Beverst? 

Langerodech (dépendance de Webbecom). Nous avons déjà remarqué (à 
l'art. Godeledaleth) que le ch est probablement paragogique, le suffixe étant 
le mot rode (en bas all. aussi rade, rath, en haut all. réuti, reut) qui signifie : 
lieu défriché, sart, comme nous disons en pays wallon. 

Assent. Même nom moderne. Nous avons conjecturé plus haut que ce lieu 
était peut-être celui que le diplôme de 742 désignait sous le nom de Æasnoch. 

Seleche. Zelk (entre Diest et Haelen )? 

Hers. Heers, au N. de Waremme. Dans trois pièces de 1034 (Cod. Loss., 
p.27, Mir., I, 500, 4re col. inf., 304, {rc col. med.) : Hairs ; d'Hemricourt : 
Heers, Hers. Voy. plus bas l’art. Here ou Heere. 

Hepene. Heppen ( dépendance de Beverloo }? 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 83 


Woremia. Waremme. Voici les formes anciennes de ce nom que j'ai pu 
recueillir : an. 965 (Ernst, VI, 95 med.) Woromia, an. 4078 (Mir. IV, 505. 1) 
Worommes, an. 1155 (Chap., IE, 106, 108) Worumme, Woroime. Plus 
tard apparaissent les formes syncopées ou autrement altérées : en 1180 (Ber- 
tholet, IV, xxvu; Mir., Il, 831 sq.; Cod. Loss., n° 116), le nom flamand actuel 
Borch- Worm (Waremme-le-Château), et déjà la première partie de notre 
texte emploie cette forme (326. 25) en conservant la désinence latine 
( Wormia). Les continuateurs écrivent d'ordinaire Waremia ; l'un d’eux dit : 
villa Warum aliter dicta Warennia. Comparez, ann. 1035, 1089 (voy. la 
4re série) : Corworomo, Corworommo, Corworoimo, Corworoimon; an. 1177 
(Mir., IL, 1183. 2 sup.) Corswerom ; en 1180, déjà , (dans la pièce de cette date 
qui vient d'être citée) Corswarem, qui est la forme française actuelle (1) : 
Cruysworm, en flamand , du moins selon plusieurs cartes anciennes; — nom 
d’un village avoisinant Waremme et appelé, sans doute, d’après celui-ci. 
Nota. La diversité des terminaisons permet peut-être de regarder le radical 
worum où worom comme la forme primitive du mot. Ce vocable pourrait 
être le datif pluriel d’un des deux mots tudesques wor, qui signifient, lun : 
« clausa »; « clausura » ; stagnum (Schmeller, Bayerisches Wôürt., IV, 137: 
Ettmüller, Lexicon anglos., p. 81), Fautre : bruyère (signification qui ne se 
retrouve plus que dans les composés : anglo-saxon vôrhana, anc. flam. woer- 
haen : coq de bruyère; isolément, ces mots vôr, woer signifient : algue 
marine). Sur l'emploi du datif singulier ou pluriel dans les noms de lieux, 
on peut comparer Grimm, Grammatik, UX, 420, 425; la dissertation de 
M. Weigand: Oberhessische Ortsnamen, dans le 7m vol. des Archiv für 
Hessische Geschichte, p. 252 sqq. ; Pott, Die Personnennamen , p. 478. 

Curtenaken. Cortenaeken , au S. de Diest. Nous verrons plus loin que naken 
est la reproduction flamande de la désinence celto-latine niacum. Le radical 
de notre mot paraissant être latin (eurtis), il est très-vraisemblable que sa 
forme primitive était Curtiniacum, vocable d’ailleurs connu, par exemple 
comme nom ancien de Courtenay , village du Gâtinais (France). 

Alesta. Aelst, près de St-Trond, au S.-E. 

Miles. Mielen, au N. de St-Trond (Nonnen-Mielen), ou l'endroit du même 
nom , au S. de cette ville (Mielen-boven-Aelst). 

Niel. Même nom moderne (au S. de St-Trond). 


() La même pièce donne aussi le nom flamand moderne de Looz, savoir Borch-Loën : ceci me fait 


douter de l'authenticité de toutes ces formes, bien que la copie de Bertholet soit « authentiquée par le 
notaire Barthélemy ». 


84 MÉMOIRE 


Wesheym. Wessem, sur la Meuse, au S. de Ruremonde. 

Hosduies. I faut assurément lire Hosdines : comparez ci-dessous Hoesden, 
et, Not.sur Milen, pp. 84, 90 (ann. 1295, 1337), Hosdinne, Hoesdine; d’ail- 
leurs une faute de lecture toute semblable se retrouve dans les mots Awaus, 
Crestengueies, qui doivent être lus Awans, Crestengneies; comparez aussi 
l’art. Gengleheym.—Il est probable que les quatre formes qu’on vient de voir 
sont identiques et qu’elles désignent Heusden, près de Beeringen , à l'E. On 
pourrait aussi penser à Hosden, dépendance de Latinne, mais la forme ancienne 
de ce nom parait être Hosdaing (Mon. Nam. E, p. 158, an. 1229), dont la dési- 
nence diffère. Je remarque que ce vocable Hosden figure aussi dans le Car- 
tulaire de St-Père de Chartres, comme nom ancien de Houdan. 

Mosmale. Momale, dans la Hesbaie wallonne. 

Gengleheym. Gingelom , au S. de St-Trond. Dans un diplôme de 966, ap. 
Mir., 1,654, Gingolonhaim, car c’est ainsi sans doute qu'il faut lire ce mot, 
au lieu de Guigolonhian. 

Hesbines, Hesbin. Hespen , près de Tirlemont, à l'E. Nous avons déjà dit 
plus haut que le Hasbaniensis pagus paraissait être dénommé d’après ce lieu. 

Alym, Aleym (cette dernière forme aussi dans le Cod. Loss., n° 95). Alem, 
dans le Maasland (Brabant septentrional), selon une note de Miræus, E, p. 408, 
chap. LxxxvI. 

Berle. Berloz, près de Waremme. La forme Berle se lit aussi Not. sur 
Milen, pp. 45 inf., 55 inf., 56 sup.; mais dans la Not. sur Averboden, n° 1, 
an. 1151 , on trouve Berloz, et dans la pièce de 1180, mentionnée à Fart. 
Woremia : Bierlos. Berlo figure de nouveau dans le Cartulaire de St-Père : 
« Berlo fluviolus : le ravin de Bellou ». Il s'ensuit donc déjà que ce nom n’est 
pas spécifiquement flamand; mais nous croyons de plus que, dans les noms 
des pays qui furent soumis à la domination romaine, le suffixe lo vient aussi 
souvent du lat. locus que du tudesque Lo, 00, loh, loch, lôch, qui signifie : bois 
ou bocage (selon Pott, Die Personnennamen, p. 510 : lucus, nemus, Wald- 
wiese. Folcuin, mort en 990, traduit Lobach par : obumbraculi rivus : «lo, 
quidem, vocant|Teutones] obumbrationem nemorum » , Mon. Germ., IV, 56. 7 
sq.). Nous citerons en preuves : Bullou, dans ce même Cartulaire de St-Père, 
qui se disait Buslo et, plus anciennement, Bustus-locus ; Castrilocus (Mons 
— : le nom de cette ville vient de ce que, au centre du Castrilocus , se trou- 
vait un mons ab antiquo firmatus, Chron. Gisleberti , ap. Schayes, LE, p.145, 
note 1. De là on a dit : Mons-Castrilocus, Mon. Germ., VI, 375 pr., puis, par 
abréviation : Mons); Begae-locus, qui répond très-probablement au Begelot 
de d’'Hemricourt (voy. à la fin de cette série); Tessenderloo, qui est très-pro- 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 85 


bablement aussi le Taxiandria-locus d'Ammien Marcellin (XVIE, 8), comme 
l'ont déjà vu plusieurs savants et entre autres Schilter, qui mentionne aussi 
un Drusilo (?) = Drusi-locus (n'ayant pas dans ce moment l'ouvrage de 
Schilter sous la main, je cite d’après Kreglinger). Les différentes formes 
anciennes du suflixe de Tessenderloo que j'ai rencontrées , sont : lo, loe, loy; 
lon, loen (Not. sur Averboden, pp. 80 sup., 110 med., 109 inf., 90 sup., 98) : 
ces dernières formes permettraient de comparer, par exemple, Thierlon, 
Dierloch, maintenant Dirlau (Lac., 1, 299, 341, ann. 1124, 1140) et même 
peut-être, en supposant une ellipse, Los, en flam. Lon, Loen. Du reste, il 
faut encore tenir compte pour le Nederland d’un troisième suflixe de même 
forme, savoir l’ancien frison loch (dat. sing. loge, dat. plur. logum), anglo- 
sax. oh, ete., qui signifie : lieu , endroit (voy. Richthofen, 4ltfriesisches Wôr- 
terbuch). Comparez aussi anc. et moy. haut-all. {uoc, luog : caverne; lieu où 
l'on se met à l'affût. 

Fuich. L'abbé Wiric étant allé chez « Franco de Dumella » , done proba- 
blement dans le voisinage de Peer (voy. plus loin l’art. Dumella), y fut assailli 
et blessé , inde a fidelibus suis ad oppidum Fuich evectus, et non multo post ad 
monasterium exinde relatus. Fuich étant une ville et sa position , par sureroit, 
étant assez bien déterminée (ajoutez qu'un certain « Franco de Fuich » était 
citoyen de St-Trond), il semblerait qu'il doit être fort facile de reconnaitre 
quel est l'endroit désigné; néanmoins, je ne trouve rien à comparer, si ce 
n'est peut-être le faubourg de Wyck, en lat. V'icus (Eginhard, cité par Was- 
telain, p. 205), à Maestricht. 

Lambertus de Palude. Traduction du nom flam. Puel, Pule, que l'on ren- 
contre plus loin (en flam. moderne poel). Ce mot était aussi rendu en lat. par 
lacus, comme on le voit à la p. 400, 1. 22 : Jordanus de Puel, alias dictus de 
Lacu. 

Nova-domus (faubourg de St-Trond). 

Curterse (343. 35). Cortessem , au N. de Looz. Le nom ancien était Curte- 
racum. Cette synonymie importante est établie par les passages suivants : 
Cod. Loss., n° 142 (an. 1206), Rasse de Curtheraco ; ibid., n° 147 ull. (an. 1207). 
Razun de Curtray; Not. sur Herkenrode, n° 1 (an. 1213), Raso de Corteseim ; 
ibid., n° 6 (an. 1218), Raso de Curtereseim; n° 9 ult. (même date), Raso de 
Cortessem. Il est probable que le Memery de Curtereceis qui figure dans une 
pièce de 4445, ap. Ernst, VI, p.137 , était aussi dénommé d’après ce même 
endroit. On voit par ce tableau que quatre formes très-différentes étaient 
employées à la même époque (celle de notre texte date de la seconde moitié 
du XÎle siècle) : je dis employées et non usitées, car la forme celto-romaine 


86 MÉMOIRE 


n'existait sans doute plus que dans la langue des diplômes, et Curtray est une 
transformation isolée. De Curteracum (comparez Cortoriacum : Courtrai), il 
parait que l’on a fait d’abord Curtereces, puis, par deux syncopes différentes, 
Curterce ou Curterse, et Courtrece, Courtreche, qui sont les noms usités par 
d'Hemricourt (30 med., 348, xxx1); d'autre part, l'addition du suffixe thiois 
heim a produit Curtereseim, d’où enfin, par abréviation, Cortessem. 

Bertreys. Bertrée, près de Hannut. Ailleurs (p. e. Cod. Loss., n° 61) Ber- 
trees. 

Dumella. Le « Franco de Dumella », dont nous avons déjà parlé, possédait 
la dime d’Exel (348 inf.) : ceci indique que la villa appelée Dumella tirait son 
nom du Dommel (au VIllme siècle Duthmala : Mir., E, p. 12, note 6), petite 
rivière qui coule entre Peer et Exel. 

Bilisium , Bilisia. Bilsen. Dans des pièces de 1040 et 1096, Belisia, Belesia 
(ces deux pièces se trouvent dans la Not. sur Munsterbilsen, pp. 43, 45, mais 
la seconde doit être corrigée d’après Ernst, VE, 113 sqq., qui l’a copiée sur 
l'original); en anc. wallon Blixhe (Documents publiés par M. de Ram, 
pp- 558, 567). — La première forme (Bilisium) est identique avec le nom 
donné dans les Annales de Prudence (Mon. Germ., 1, 452. 7) à Belley, ville 
de France (département de l'Ain ). 

Calmunt, Kaelmont. Colmont, au N.-0. de Tongres, et non Chaumont (?), 
comme le dit l'éditeur. Ce nom se rencontre fréquemment sous des formes 
semblables : Not. sur Munsterbilsen , p. 46 ult., Ernst, VE, p. 114 (an. 1096), 
Kalmont ; dans le dernier ouvrage cité, p.137 (an. 1145), Calmonth ; Renerus 
Si Jacobi, ap. Chap. Il, 224 sq. (milieu du XIIIwe siècle), Ghalmont ; d'Hem- 
ricourt : Chamont, et son traducteur : Chaumont (si c’est à le Chaumont de 
M. Koepke, il n’y aurait donc erreur que dans l'emploi d’une forme surannée). 
L'endroit qu'il désignait est aussi clairement indiqué; ainsi dans notre texte, 
on lit (360. 23) : « Calmunt usque Tungris ; dans d'Hemricourt, plus expli- 
citement encore (340 , xvur pr.) : Herke (Herck ou Ridders-Herck, dépen- 
dance d’ Overrepen) deleis Chamont al desos de Tongres ; néanmoins, je crois 
m'apercevoir que la plupart des antiquaires, même limbourgeois, n’ont pas 
reconnu que ce nom, sous ces différentes formes, devait être attribué au 
célèbre château de Colmont. Je ne veux pas rorkiestlies ici si le Calmontis du 
Partage de 870 désigne aussi notre endroit , ou bien , comme le dit Wastelain, 
p. 197 : «un lieu peu éloigné de Tirlemont, où saint Bavon avait fondé un mo- 
nastère d'hommes, qui ne subsiste plus » (sans doute le Calmund mentionné 
en même temps _ Meldrada, c’est-à-dire Meldert, dans la pièce d'environ 
1050, ap. Mir., 1, 550, et proche de cette localité : in vicino monte, qui 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 87 


teutonice Calsmont dicitur, dit Molanus cité par Foppens), ou encore (si cet 
endroit diffère de celui que Wastelain avait en vue) le Kalmont, maintenant 
Chaumont, à quelques lieues au S.-0 de Tirlemont , que nous verrons figurer 
dans la section suivante de cette série. Je n’examinerai pas non plus si le 
castrum Calvum-montem, mentionné dans un diplôme de 41455, ap. Mir., HE, 
826 , 2me col. med., doit étre attribué à notre Colmont; mais cette attribution 
ne parait pas douteuse quant au Wenricus ou Werricus de Calvo-Monte, qui 
figure comme témoin dans deux diplômes de 1125 (Ernst, VI, 124 sq. 
125 sqq.), à côté de Otto, filius Gileberti de Duraco. En tous cas, les vocables 
coïneident complétement, sans qu'on puisse toutefois affirmer que le mot 
Calmont ou Chaumont vienne de Calvus-mons, car plusieurs des endroits 
qui portent ce nom s’appelaient en latin Calidus-mons. L'acte le plus ancien 
où j'ai rencontré la forme Colmont, que l’on peut regarder comme une cor- 
ruption flamande , date de 1219 (Mir., IE, 847) : par une nouvelle altération , 
le peuple dit aujourd'hui Colmot, selon M. Driesen, Recherches historiques 
sur Tongres et ses environs, p. 49. 

Montenaken. Village portant encore le même nom, au S. de St-Trond. Il 
s'appelait en latin Montiniacum (Aegidius Aureae-vallis et Johannes Pres- 
byter, ap. Chap., II, 198, 437), et en roman Monteigni (Mir., IV, 588, 1e col. 
sup., an. 1205 ; Cod. Loss., n° 295, an. 1284), Montegnys, Montengnies, 
Montegni (d'Hemricourt), etc. Ce nom est donc le même que celui de Monti- 
gnies, Montigny, qui est si fréquent en France et en Belgique (un Dictionnaire 
géographique, soi-disant universel, énumère 65 endroits sous cette dernière 
lettrine seulement, pour les deux pays). La forme des mots prouve, du reste, 
que Montiniacum est bien le primitif de Montenaken et non une latinisation 
de ce nom, car de Montenaken on n’eût pas tiré Montiniacum, Montegni, mais 

bien Montenacum, Montenai : ajoutez que Montiniacum est latin par son 
radical, tandis que Montenaken n’est point flamand. Une autre remarque, 
qui s'applique à tous les noms de cette désinence, est que le suflixe acum ou 
iacum est précédé dans la majeure partie des cas de la lettre n. Je n'ai ici 
qu’à constater le fait, sans rechercher d’où il provient : or je vois que sur 
31 noms en acum, ou qui semblent dérivés de ce suffixe , que j'ai rapportés 
dans la 4re série, il y en a 18 de cette catégorie (‘); d'autre part, en parcourant 
les Tables alphabétiques de Wastelain et de Lacomblet, je trouve en quantité 


(*) Ladernacum, Nasonacum , Satanacum , Cennacum , Linacum, Boviniacum , Germiniacum , Chisnia- 
cum, Blaniacum, Caviniacum, Tudiniacum castrum, Coviniacum castrum, Glaniacum, Scheniaces , 
Tavernou , Tilnou, Bastoneco, Chuinegas. 


88 MÉMOIRE 


des noms de cette même désinence, tels que Antunnacum (Andernach), 
Arenacum, Avenacum, Calnacum, Carbonacum, Sparnacum, Turnacum , 
Cruciniacum (Kreuznach), Crasciniacum (Gressenich), Henniacum , Her- 
moniacum, Oriniacum, Pinquiniacum, Sterpiniacum, etc. On peut done en 
conclure que bon nombre des noms flamands et rhénans terminés en naken, 
nach, nick, nich, viennent de primitifs celto-latins en nacum ou niacum 
(niacum produit naken ou nick, selon que le à ou le a est élidé), et cette sup- 
position acquiert un haut degré de vraisemblance, lorsque le radical des noms 
est latin ou celtique, ou lorsque les lieux ont une origine reculée, ou, enfin, 
lorsque à côté du nom tudesque, ils ont un nom roman qui ne peut venir de 
celui-ci : comme exemples de ces différents cas, je citerai : Curtenaken, que 
nous avons vu tout à l'heure, Carbach, dans le pays rhénan, qui se nommait 
autrefois, d’après saint Quintinus, patron de la localité, Quintinach, ce qui 
suppose presque. nécessairement un primitif Quintinacum, enfin, le village 
nommé en flamand Roosenaken et en français Russignies (Mémoire de Wil- 
lems, p. 324). 

Campinia. La Campine, en flam. Kempen. C’est la contrée qu’on nommait 
au moyen âge Taxandria, comme le dit notre auteur lui-même, p. 367, 
1. 37 sq. Je croirais volontiers que ce dernier nom provient de celui du peuple 
qui a occupé ce pays plat et sablonneux, et que le nôtre, le même que 
Campania, est l'ancienne dénomination romaine. 

Cisindria, Cysindria. La Cicindria, ruisseau qui passe par St-Trond, et 
qu'on nomme plus communément aujourd’hui : Melterbeek. 

Dongei. Dugny, près de Verdun (France). 

Okinsala; ap. Theodericum Ekinsala. Steen-Ockerzeele, au nord-est de 
Bruxelles? 

Tylia. La Dyle. Dans une pièce de 1008, ap. Chap... I, 225, Thila. 

V'elpe. La Fleppe, en flam. Velp. Cette rivière prend sa source au village 
de Haute-Fleppe, en flam. Op-Velp, entre Tirlemont et Louvain. Sur la 
partie inférieure de son cours, près de Haelen , est situé le village de Velpen, 
qui est probablement celui que le diplôme de 742 nomme Felepa. H n’est 
pas douteux que cette dernière forme ne soit le primitif de tous ces noms. 

Jacia, Jacea. Jauche (comparez Hocsem, liv. IE, ch. xvu : et usque ad Gel- 
doniam [Jodoigne], citra Jaceam, villas plurimas incenderunt). La forme 
Jauche, en roman Jauce (p. e. Mon. Nam., p. 196 ult., an. 1284), ne vient 
pas de la nôtre, mais bien de Jalce, que nous verrons dans la 3° section de 
cette série. Il semble, qu'au contraire, Jacia ou Jacea n’est qu'une latinisa- 
tion de la forme romane, 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 89 


Aquiria (nom. sing.). Awir, village sur la rive gauche de la Meuse, entre 
Liége et Hui. (On dit ordinairement au pluriel : Les Awirs, parce que la 
commune comprend les deux villages de la Haute- et de la Basse-Awir). 

Walevia. Waleffe. Walavia dans la liste de Wibald (voy. p. 49, 4° col.). 

Steps. Steppes, près de Montenaken. Dans Mir., 1, 264 , an. 1056 : Sceppes, 
mais il faut sans doute corriger Steppes, comme il est écrit dans le texte 
parallèle, HT, 17, an. 1079. Cet endroit, jadis chef-lieu d’un comté et célèbre 
par une bataille dans laquelle les Liégeois vainquirent les Brabançons (en 
1215), ne figure plus sur les cartes modernes. On l’appelait communément 
(ainsi fait notre auteur même) : custodia-, en roman warde- de Steps ou 
Steppes. Que signifie cette dénomination? 

Maidieres. Village près de Pont-à-Mousson, département de la Meurthe. 
La forme antérieure du mot (ap. Chap., IF, 44) était Magidera. 

Parweis. Perwez, qui est nommé de même dans des pièces de 1242 et 
1266 (Not. sur Milen, pp. 55 , 63). Plusieurs villages du pays flamand portent 
aussi le nom ou le surnom de Parwys, mais il leur a été donné, selon Kreg- 
linger (Mémoire, p. 291), pour indiquer qu'ils avaient fait partie du domaine 
des anciens seigneurs de Perwez, origine qui leur valait certains droits par- 
ticuliers (ainsi Zoerle-Parwys, nommé dans le dénombrement de 1526 
Zoerle-onder-Perwys). Sans contester cette assertion, je comparerai Pervyse, 
commune de la Flandre occidentale, dont le nom, qui d’ailleurs n’est pas 
nécessairement identique, doit avoir une autre origine (M. De Smet, 2 mé- 
moire, p. 50, ne donne pas la forme ancienne de ce nom: il conjecture qu'il 
est formé de l’anc. haut-all. wisa : prairie), et, pour le suffixe, Durwis, près 
d'Eschweiler, et Werwis, près de Clotten (Lac., 1, 186).—Perwez est-il, 
comme on le croit généralement, le Perniciacum ou Pernacum de l'itiné- 
raire d’Antonin et de la carte de Peutinger? Sans repousser cette synony- 
mie, je ferai observer qu’elle présente trois difficultés : le n, qu'il faudrait 
changer dans le premier mot en v et dans le second en vi; la transformation 
de la désinence, qui serait irrégulière (comparez cependant Wadriacum : 
Gaudrez [Cart. de St-Père]; f’odgoriacum, ou plutôt Fogodorgiacum : Wau- 
drez); enfin le désaccord dans les distances (voy. Wastelain , p. 183 inf.). 

Follonia. Fologne, en anc. flam. V’oelne (Cod. Loss., 175, an. 1219), 
Voelen ; maintenant, dans la même langue, Veulen. 

Heylesem, claustrum Heylecinense, ete. Heylissem. Voyez dans la section 
suivante l’art, Hercines. 

Boneef. Orthographe flamande de Boneffe (province de Namur). 

Vothem. Vottem, près de Liége. Nota. Page 412, I. 12, ce nom est écrit 

Tome XXVI. 12 


90 MÉMOIRE 


Voethim; mais le passage est extrait de Hocsem (Chap, IE, 349), lequel em- 
ploie la forme ordinaire Vothem. 

Repe. Repen, près de Tongres. Repes se lit dans Mir., I, 827, an. 1155; 
mais une pièce antérieure de 60 ans (Ernst, VI, p. 114 med.) emploie la forme 
moderne ou flamande : doit-on regarder la première comme primitive ou 
comme une latinisation de celle-ci? 

Pratum W'illonis, alias dicti Wilbanid (399. 12). 425 ult. : Slusa de prato 
Willonis, alias wilbant. Le premier texte, pris à la lettre, signifierait que 
Willon s'appelait aussi Wilbanid, mais il est manifeste qu'il faut tout à la fois 
changer dicti en dictum et, pour Wilbanid, lire Wilbamd : bamd, en effet. 
(pour cette forme comparez, 439. 11, Engelbamd), maintenant beemd, si- 
gnifie : pré, et Wil est évidemment une abréviation de Will. 

Tvenne. «Johannes dux Brabancie. usque opidum Lewis progressus, super 
vadum vulgariter Tvenne nuncupatum tentoria fixit » (4053. 42 sqq.). Sans 
doute l'endroit nommé Het Venne (c’est-à-dire La Fange), à l'E. de Léau et 
au N. de Duras : on sait que la langue flamande abrége l’article het en ‘t. 

Temera. Le Demer. Dans une pièce de 910, ap. Mir, IF, 806, 1°e col. sup., 
Tamera. 

Ghulpen. Galoppe. Cette forme Ghulpen est flamande et déjà moderne. Le 
nom ancien (p. e. ap. Quix, Codex diplomaticus Aquensis, p. 30, n° 43) 
était Golopia. 

Wuronc. Woringen, au N. de Cologne. Dans Lac., 1, 376, an. 1153, Wo- 
runch : cette forme et la nôtre sont encore très-proches du nom ancien 
Buruncus, qui figure dans l'itinéraire d’Antonin. 

Herke, Herka. Merck (village et rivière); antérieurement, comme nous 
l'avons vu : Harches, Harcha (Archa). 

Rumiens, Rummiens. Rummen, au N. de St-Trond. Le ie équivalant, dans 
l'orthographe de notre auteur, à ? et même à à (comparez Latiens— La- 
tins, etc.), la forme ci-dessus ne diffère pas de Rumines, qui se lit dans une 
pièce de 1078, ap. Mir., IV, 505, 1* col. inf. (dans son édition de ce 
diplôme, tirée de je ne sais quelle source, M. Wolters [ Not. sur Rummen , 
p. 576 sq.] lit : de Rummenis), ou du Romynes de d’Hemricourt (pp. 225. 
356, etc.). « D’après la tradition » , dit M. Wolters, Notice citée, p. 4, ef. 409 
sqq., « le nom de Rummen proviendrait d’un ancien camp ou établissement 
romain. On y trouve, en effet, une vaste et belle campagne, nommée Roomen- 
veld, qui offrirait encore aujourd’hui toutes les convenances désirables pour 
l'assiette d’un camp; elle est traversée par un gros ruisseau, jadis nommé 
la Cicindria, aujourd’hui Melterbeek , et par un autre cours d’eau, nommé le 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. "1 


ruisseau romain : Roomenbeek », ete. Rumina ou plutôt Ruminis (dat. plur.) 
serait donc une altération de Romanis, scil. castris : comparez ci-dessus 
Campinia , qui serait, selon notre conjecture , = Campania. Au N. de Looz se 
trouve le village de Rommershoven : ce nom parait signifier aussi : métairies 
ou fermes des Romains. 

Awaus. Awans. La forme Awaus n’est autre chose qu'une mauvaise pro- 
nonciation ou, plus probablement , une faute de lecture (comparez Hosduies , 
Crestengueies, pour Hosdines, Crestengneies). En 841 (MS. n° 188 de la biblio- 
thèque de l'Université de Liége : comparez le Compte rendu de la Commis- 
sion d'histoire, tome IX, p. 19 inf.) on disait Hawans. 

Warois. Waroux. Dans d’'Hemricourt : W'arous. Warois est une forme pro- 
pre à notre auteur : comparez l’article suivant. 

Velrois. Velroux. Hocsem (Chap. IF, 399 ult.): F’ilrouz; d'Hemricourt : 'el- 
lerous. La bonne forme romane, qui se trouve implicitement contenue dans 
celles que nous venons de rapporter, était sans doute Y’illerous, du lat. 
VizLaRIOLUS. 

Erdenburgh. Page 409, 1. 19 sq. : « Que [scil. Bruga] consurgens contra 
regis [scil. Franciæ] nuncios, omnes occidit, et electo uno capitaneo… per 
illum omnes communes populi contra regem conspirant…. in tantum ut in 
opido Erdenburgh IF milia hominum occiderent ». L'endroit désigné doit 
être Ardenburg, en Zélande, à 4 lieues au N.-E. de Bruges, et non Erembo- 
deghem, sur la Dendre, comme le dit l'éditeur. (Ce fait est rapporté sous la 
date de 1501 : je ne vois pas que d’ rs coeé ou M. Kervyn de Lettenhove, 
en fassent mention). 

Thenismons. Tirlemont, en flam. Thienen. L'adjectif est tantôt Tenensis 
(424. 1), tantôt Montistenensis (450. 22). Le substantif est écrit: Mons Tienes, 
dans un diplôme de 1175, ap. Mir., I, 489. I1 n’est pas douteux que le radical 
est le même mot que Thyne ou Thynes (province de Namur), qui est proba- 
blement désigné par cette même forme Tienes dans une pièce de 1155, ap. 
Chap., 11,108; Thisnes (province de Liége), nommée, à ce qu'il semble, Thenæ, 
dans une pièce de 1229 (Mon. Nam., E, p. 158); enfin Thines ou Thinnes, en 
Brabant. 

Vert, Veerte. Probablement Voort, à l'O. de Looz : d'après le contexte, 
l'endroit désigné doit se trouver non loin de la ligne idéale qui s'étend de 
Waremme à Colmont ; quant à la confusion des mots vort et vert, voyez ce 
que nous avons dit plus haut, à l'art. Steinvert. MVota. D'Hemricourt, qui 
raconte aussi l'événement où notre nom figure (p. 340), ne désigne pas l’en- 
droit où il a eu lieu. 


92 MÉMOIRE 


Ferme. Faime, au S. de Waremme. Les cartes du siècle dernier emploient 
encore cette forme Ferme. 

Latiens. Latinne. Dans un diplôme de 1143 (Mir.,IV,14. 2inf.) Latins ; dans 
Hocsem (Chap. LE, 5381) Latines : Latiens, comme nous l'avons dit, est l’ortho- 
graphe flamande. 

Landriis. Endroit d’où une branche des Cortessem tirait son surnom, mais 
dont j'ignore l'emplacement. Hocsem (Chap.,1E, 381) écrit Landris, et d'Hem- 
ricourt, ainsi que ses traducteurs Salbray et Jalheau, Langdris. Notre auteur 
emploie donc encore ici une orthographe particulière : je ne dis pas qu'il 
emploie la forme flamande, car celle-ci est évidemment Langendriesch , 
Langhedrisch (mot à mot : longue-friche, en wallon : long-trixhe), comme 
on lit dans deux pièces de 1255 (Not. sur Milen, p. 61, Not. sur Rummen, 
p. 505). 

Crestenqueies. Lisez Crestengneies : il s’agit du village nommé par Hocsem 
(Chap., Il, 581) Crestengnes, par d'Hemricourt Crescengneez, par Salbray 
Crisgnée, et aujourd’hui Crisnée. 

Fehe. L'un des deux Fexhe. — Fehe est une forme mutilée. Fexhe, qui est 
usité dans tous les anciens documents romans, suppose un primitif tel que 
fiscus. 

Ascendit montem Arbone (la montagne — en langue du pays : le thier — 
d’Arbonne, Arbon ou Nierbonne), vulgariter appellatum De Kaie te Hoie. 
— Vulgariter appellatum, c'est à savoir en flamand; en français on disait : 
La roche à Huy, comme portent d'anciennes cartes. 

Arkenteil. Argenteau , sur la Meuse. Voyez à la 5° série. 

Bovengistier. Bovenistier. Une pièce de 1186, ap. Mir. IE, 555, porte Bovin- 
gestir; en 1515 (Paix de Fexhe , ap. Louvrex, Il, 142 sqq.): Bovingnistier ; 
dans d’Hemricourt: Bovengnistier, Bovengnistir, Bovengnistiers, Bovengnis- 
tirs. Le mot doit probablement se décomposer en Bovinge-stir (et non en 
Bovinges-tir), stir ou stier étant un nom de lieu fréquent, comme nous le 
verrons dans la 3° section de cette série, au mot Sferia-monticula : notez que. 
près de Bovenistier même, il se trouve un endroit de ce nom (Stier, Stiers, 
Stir, Stirs, dans d'Hemricourt). D’après ce que nous avons remarqué plus haut. 
la désinence du premier vocable pourrait s'expliquer, soit par le tudesque 
ing, qui est patronymique, soit par le latin inius, etc. : la prononciation de la 
désinence ing comme ign (Bovingnistier, Bovenistier) indique cette dernière 
origine, Car si le g eût été guttural, on eut dit en wallon Bovingistier. 
comme en thiois (sauf la prononciation du g en j). Bovingestir étant donc — 
Bovinie-stir, parait devoir se rapporter à une forme telle que Bovinii-Sterium 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 95 


ou Steria. Nota. La combinaison primitive ni a été reproduite successivement 
par ag, ngn, gn : la seconde forme, qui est celle de l’époque de d’'Hemricourt 
(Wyhongne, Holongne, Holengnoul, Vivengnys, Souweggneez [Sougné], ete. 
vient uniquement de ce que la valeur du premier signe orthographique n'étant 
plus comprise, quoiqu’on le conservät par tradition, on a dü ajouter un n# au 
4 pour l’exprimer à nouveau. II s'ensuit donc que le premier n dans cette 
combinaison ne se prononçait pas. 

Jechora. Le Jaer ou Geer, ou, sous une forme plus archaïque, Jecker. Le 
nom ancien est aussi écrit, sans aspiration, Jecora, par exemple Cod. Loss.. 
n° 36, an. 1054. 

Heere, Here. Ce mot désigne Heers, de même que ci-dessus Hers, Hairs. 
et non Héron, comme le dit l'éditeur, et c'est même la forme la plus com- 
mune (c'est probablement à Héron qu'il faut attribuer le nom ancien Æeran, 
que nous avons vu dans la 1re série, et qui se rencontre maintes fois, par 
exemple chez d'Hemricourt, 258 sup., 244 med.). Dans notre document même 
Obhere (440. 43) est Opheers; dans Mir., IV, 537, an. 1242, Cono de Here, 
advocatus de S° Trudone : de même très-souvent; un acte de 1273 (Not. sur 
Milen, p. 81 med.) fait don de la moitié d’une dime à Fologne « juxta Heere 
castri », ce qui ne peut s'appliquer qu'au château de Heers ; comparez aussi 
ci-dessus Herebach. Bertshere; enfin Jalheau, p. 1614, note /, dit : « Heers ou 
Heere ». Du reste, il se peut que Æere füt en même temps le nom d’un autre 
endroit, car on lit dans une énumération des biens de l'église St-Jean, à 
Liège (Mir., HE, 355, 2% col. med., an. 1186 : allodium in Halembaie, et in 
Here, Rokelenges, Hers et Formala. 

Hardwemont. Harduemont (commune de Verlaine), dont il est si souvent 
question dans d'Hemricourt. Où l'éditeur a-t-il pris que c'était Hargimont? 
Nota. Dans les dix ou douze passages que j'ai vérifiés, d'Hemricourt écrit 
constamment Harduemont (jamais Hardumont) : il faut donc sans doute pro- 
noncer Harduëmont, d'où l'orthographe de notre auteur. 

Oborne. Dépendance de Glons. L'éditeur conjecture, encore cette fois à 
tort : Obourg. 

Hanutum, Hanuet. Hannut. Le ue, pour w, de la seconde forme, est fla- 
mand. 

Geldonia. Jodoigne, en flamand Geldenaken. La désinence de la forme 
flamande rend très-probable que le primitif se terminait en acum : GeLpoxra- 
çquu, par abréviation : Geldonia : comparez, dans la 1re série, Vasania de 
Nasonacum (c'est-à-dire Nasonia de Nasoniacuu?); mais la combinaison el 
n'ayant pu produire le o du nom français, il est vraisemblable que cette 


94 MÉMOIRE 


forme primitive était (en restituant en même temps à la première consonne 
son degré antérieur) CALEDONIAGUM. 

Dola. Dool? j 

Hamale. Hamal, près de Tongres. Le diplôme n° 100, ap. Lac., 1, de 
l'an 947, mais qui est la reproduction d’une pièce beaucoup plus ancienne 
(vers 700), mentionne un Liüttemala sublerior (i. e. inferior), très-énigma- 
tique, pour lequel l'éditeur compare à la fois Lude, c’est-à-dire haies 
(voy. plus loin), et Hamal. Il parait probable, à la mit. que cet endroit se 
trouvait effectivement dans le voisinage de Russon, mais je n’ai rien trouvé 
qui confirmât l’une ou l’autre attribution : voyez pourtant l'article cité, à 
la fin. 

Miremort. Millemorte. Hocsem (Chap., 11, 491 med.) écrit Miremoort. 

Tourins. Tourinnes. Encore une forme flamande. Le nom primitif, que 
nous avons vu dans la 4re série, était T'urninas. 

Bodenhoven. Boyenhove, près de Léau. Le d a été syncopé comme dans 
Slaye — Stades. 

Ludike (dans une pièce flamande). Liége. 

Sentrüde. (même observation). St-Trond. 

Loen (même observation). Looz. 

Hoesden. Probablement Heusden, près de Beeringen : voy. ci-dessus l'art. 
Hosduies (Hosdines). 

Halchtere, Halchtre, Halchter. Helchteren , au N. de Hasselt. 

de Lummene. Lummen, au N. de Herck. Un document de 1186 (Cod. Loss.. 
p. 62 sup.) écrit (à l’ablatif) Lumis, mais il est probable qu'il y avait un sigle 
dans l'original et qu'il faut lire Luminis; en roman on disait Lumay (ibid... 
p. 65, an 1205), en anc. franc. Lumaing (Not. sur Rummen, p. 396 inf.). 
Des pièces latines et flamandes de 1459, 1460 et 1462 (Not. sur Steyn, p. 43 
sqq.) écrivent Lumpnis, Lumpenen, Lumpmene, si toutefois il s’agit de 
Lummen. 

Trudonica : « Johannes de Trudonica, nepos Roberti abbatis ». Ce Robert 
était lui-même de Craenewic (452. 45), c’est-à-dire de Creenwick (dans 
d’'Hemricourt : Crenewy), village entre Waremme et Hannut et joignant Tro- 
gnée, dans d'Hemricourt (290 med.) Truwengneez, qui est probablement 
notre Trudonica. D'autre part, on lit dans Mir., 1, 276 inf.,an. 1124 : W'alte- 
rus de Trudeneris, liber homo, praedium quod habebat in minori Avernas, 
in comitatu de Steps, tradidit.. ad altare B° Laurentii. I n’est pas douteux 
que ce Walter est le même personnage que le Walterus de Trudignies ou 
W'alierius de Trudignei, qui, par un diplôme de la même année (Mir., HT, 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 95 


325 sq., en entier, 1, 574 inf., en extrait), tradidit S* Petro et fratribus Clu- 
niacensis Monasterii ecclesiam de Bertreis (al. Bertrees) cum... appenditiis suis 
in Hanud et in Puceis et in Trudenei (plus loin Trudineis) et in Evrenais. 
Trudeneris est donc une mauvaise leçon et doit être corrigé en Trudeneiis, 
ou Trudenicis, vu l'identité probable de ce mot avec Trudonica. S'il y a déjà 
apparence, en effet, que Trudonica, considéré indépendamment des der- 
nières formes , désigne Trognée, cette attribution peut être regardée comme 
certaine pour celles-ci, à raison de la proximité des endroits mentionnés 
dans le contexte : Minor-Avernas est Cras-Avernas , puisque, d’après Fop- 
pens, Evrenais (autre forme pour Avernas) est Avernas-le-Bauduin ; Bertreis. 
Bertrees ou Bertreys, Hanud ou Hanutum, désignent, comme nous l'avons 
déjà dit, Bertrée et Hannut; enfin Puceis, ap. d'Hemr., 127 med., Puchey 
deleis Hanut, désigne Poucet : comparez dans la 3" section Pucivs. 
Puceu. Dès lors il ne reste pour clore le cercle de la démonstration relative- 
ment à Trudonica, qu'à établir le rapport de cette forme avec toutes les 
autres : nous croyons qu'il se trouve dans la série suivante : Trudonicas, 
Trudenicas ; Trudineis, Trudignies, ou Trudeneis, Trudegnies; Truwengneez 
= Truwegneez = Tru-egneez (le w n’est intercalé que pour prévenir l’hiatus 
produit par la syncope du d), Trugnée (ap. Salbray), Trognée. Trudonicas 
dérive évidemment du nom d'homme Trudo, gén. Trudonis, et signifie : 
possessions de Trudon. 

lei (à l’an 1364) se terminent nos extraits des Gesta abbatum Trudonen- 
sium. Avant de passer aux sections suivantes, qui ont plus particulièrement 
rapport aux provinces de Namur et du Brabant méridional, nous donnerons. 
pour compléter nos études sur la Hesbaie wallonne et flamande, une petite 
liste supplémentaire de noms tirés de sources diverses. 

Je commence par quatre noms dont les formes se ressemblent en un 
point : 

Baldeneis, Baldineis (Mir., IV, 377, 1 et 2 sup., an. 1146), Badengeies 
(id. IF, 411853. 2 med., an. 1178). Sans doute Bodegnée. 

Altei (Not. sur Herkenrode, n° 4, 5, ann. 1217, 1218) : Othée, en flam. 
Elch (pour l'attribution de ce nom, que portent généralement les anciennes 
cartes, voy. Lac., II, 105). Une pièce de 1270 (Not. citée, n° 21) désigne 
le même endroit sous le nom d’Ochey. Cette forme se prête à deux inter- 
prétations : où Ochey est mal lu pour Othey, erreur dont nous avons cité 
plusieurs exemples, ou, ce qui dans ce cas-ci parait plus vraisemblable 
à cause du nom flamand, Ochey est une forme dérivée parallèlement du 
radical commun. On pourrait représenter ce radical par un vocable ALrecara . 


96 MÉMOIRE 


d'où, d’une part, Altei, Ore, Othée, et de l’autre : ALcuer, Ochei (forme 
romane ), Elch (forme flamande apocopée ). 

Odoir-le-Romans (d'Hemricourt, 107 inf.) : Odeur, en flam. Elderen (Not. 
sur Reckeim , p. 29 ult.). Odoir-le-Tiexhe (d'Hemricourt) : S'Heeren-Elderen 
(Jalheau, p. 322, note a). L'origine commune du 0 roman et du el thiois - 
étant la combinaison al, on peut supposer un primitif ALborIu. 

Galmina (Lac., I, n° 107, an. 966) : Gelmen, en franç. Jamine. Ici, par 
exception, la forme romane nous donne un a au lieu d'un o (Badengeïes, 
que nous venons de voir, est une forme isolée et peut-être fautive) : cet a est- 
il abrégé de au, ou y a-t-il eu syncope de la syllabe médiale dans la forme 
primitive, qui serait, par exemple, Gazomna? Nota. La transformation de al 
en 0, pour le roman, est assez justifiée par les exemples ci-dessus et par ceux 
que l’on a vus dans la re série (Baldacum : Bodeux : Aldanias : Odeigne), 
nous citerons cependant encore le nom suivant, bien qu'il soit étranger à la 
Belgique, d’autant plus qu’on le rencontre souvent dans les diplômes relatifs 
à la province de Limbourg. 

Altena. « Ancienne seigneurie sur la rive droite de la Meuse, un peu au- 
dessous de Heusden » (Not. sur Hornes, p. 17, note 1.). On trouve aussi les 
formes Autena(Mir., 1, 407, an. 1212) et Authona (Ernst, VI, 246 ; an. 1255). 
En roman on disait Othenay, et par abréviation Thenay : cette synonymie 
est prouvée, entre autres passages, par le Cod. Loss., p. 150 inf., an. 1255, 
où on lit: « Willaumes d'Othenay », comparé avec la désignation, Not, sûr 
Herkenrode, p. 80, an. 1256 : « Wilhelmo domino de Altena ». Al s’est ici 
conservé en thiois, mais il a subi la transformation ordinaire en el, dans 
Elten (abbaye proche d'Emmerick, sur le Rhin), qui est nommé Altina dans 
un diplôme de 970 (Lac., 1, 112). Du reste, cette transformation en el n'est 
peut-être que dialectique, car, de même que Altena a pris passagèrement la 
forme Autena, nous voyons que Baltersem (Mir., II, 817, 2m col. inf., 
an. 1195), — Bazrersneim, est devenu Bautersem en flamand , d’où, en roman 
(d’Hemricourt, 112, 137) Badresen, Badressen. Nous avons insisté sur ces 
transformations, parce que, toutes ‘simples qu’elles sont, elles servent à 
expliquer beaucoup de noms; je me bornerai à citer celui d'Otreppe, ou 
Autreppe, qui appartient à plusieurs endroits, anciennement : Otrepe (du 
moins pour celui qui est proche de Bierwart : voy. Mon. Nam., I, p. 15, 
an. 1276, Chap. IE, 104), qui doit venir du tudesque Alt-Repe (non pas de 
Alla-ripa, ce mot étant devenu Hauterive ou Atrive : voy. à la 3% section). 
Pour l'origine et l’étymologie ultérieure de ce nom, comparez Oltrep, en 
Frise, appelé en 845 : Aldgrepeshem, selon Ledebur ap. Lac., E, n° 61 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 97 


(p. 28, note 1), et voyez plus haut, et à la 3e série, les articles Repe, Reppe. 

Leude, Lude (ablatif), Luiden, Luden (Cod. Loss., pp. 128 sup., 146, 
Not. sur Milen, 67 sq., ann. 1255, 1265, 1272, ete). Une pièce de 1319, citée 
par Lac., [, p. 56, note 5, fait mention de ce lieu (sous la seconde forme) 
comme ayant certain rapport avec la paroisse de Russon, et, en effet, la 
plupart des cartes anciennes portent un village du nom de Luden, Ludem 
ou Louette, proche de Russon, à FO. et sur le Geer. Toutes ces détermi- 
nations ne peuvent s'appliquer qu’au village nommé L'wege ou L’ Wege en 
roman et en wallon (voy. plus bas), Lewaige en 1467 (Cod. Loss., n° 509), 
Lowaige en français, et Alwege en flamand moderne. Beaucoup d’autres 
questions des plus complexes se rattachent au même endroit: 4° Cest ce 
Lowaige , appelé par eux Luaige , que les pères Boucher et Wastelain (pp. 40, 
179; ef. Not. dign., I, 1115 sq.) regardent comme le Lagium de la Notitia 
dignitatum. Mais, d'abord, il n’est point fait mention dans ce document d’un 
Lagium, mais seulement d’un Praefectus Laetorum Lagensium prope Tungros 
Germaniae Secundae (H , 120, n° 11) : or, si l’on suppose que cet adjectif 
dérive d’un nom de lieu, ce n’est pas la forme Lagium qu'il faut donner à ce 
nom, mais plutôt Lagus, Laga ou Lagum, comme le remarque déjà Bôcking. 
Secondement, on voit qu'il n’y a aucun rapport entre Lagus, ou même 
Lagium, et Lude ou L'wege, où même Luaïge. 2 I est un autre nom ancien 
dont l'attribution à notre endroit parait plus vraisemblable; c'est celui que 
présentent les passages suivants, ou seulement les derniers d’entre eux, car 
ceci encore fait question : deux diplômes de 1034, ap. Mir., 1, 500 sq., font 
don à l'abbaye St-Laurent, à Liége, de centum mansos in Wasegga (même 
forme dans la Chron. de Rupert, Mon. Germ., VII, 270. 45, et dans Gilles 
d'Orval, ap. Chap., 1, 260. L. pr.; Wasagga, d’après un ancien manuscrit cité 
par Chap., 1, 274). Dans un troisième diplôme de même date (Cod. Loss.. 
n° 56) Réginard, évêque de Liége, auteur de cette première donation, 
déclare qu’au nombre des biens cédés par lui à l’abbaye de St-Laurent se 
trouve le molendinum de Warlege super fluvium Jecoram, lequel il avait 
acquis avec 12 bonniers moyennant échange. Enfin, l'extrait d’une charte de 
1186 donnée par M. Wolters, Cod. Loss., n° 121, porte que « Gérard, comte 
de Looz, déclare exempter l'église St-Laurent des droits qu'il était dans 
l'usage de percevoir dans la terre de Warseggia, dans le comté de Heer ». 
Si ces différentes pièces ont en vue la même localité, comme il semble pré- 
sumable, cette localité portait donc le nom de W'asegga, W'arsege (correc- 
tion évidente dans cette supposition), ou Warseggia, était située sur le Geer 
et dans le comté de Heers : or, je ne puis trouver d'autre lieu placé dans ces 


Tous XXVE. 15 


98 MÉMOIRE 


conditions, et dont le nom ait quelque analogie avec les formes ci-dessus, 
spécialement, si l’on veut, avec Warlege ou W'arsegqia (pour ne pas préjuger la 
question d'identité — : Wasegga, isolément, pourrait désigner Wasseiges, sur 
la Méhagne), que celui de L’wège, L’ Wège ou Lowaige. 3° L’examen des for- 
mes mêmes de ce nom donne lieu à de nouveaux problèmes qu’il faut d'abord 
résoudre. La syllabe initiale de la forme romane et wallonne appartient-elle 
au radical ou représente-t-elle l'article? Y a-t-il ou non un rapport entre 
cette forme et le nom français Lowaige, et, en cas d’aflirmative, quel est ce 
rapport? Citons d’abord les textes : Watrekinus del Wege (Not. sur Rummen, 
p- 565 inf., an. 1275), Jonatas delle Wege, esquevin de Tongre; Lowy delle 
Wege; une dame delle Weige (d’'Hemr., 255 inf., 250 pen., 278 sup.), Rene- 
chon de le Wegge, député de Tongres (Documents relatifs aux troubles du 
pays de Liége, publiés par M. de Ram, p. 530 méd.). La constance de Fortho- 
graphe qui sépare { ou le de W'ege montre que, dans la pensée des écrivains 
ou des transcripteurs, la première syllabe était l’article , et Salbray manifeste 
cette opinion en traduisant « de la Wege ». On ne peut objecter que le mot 
Wege ne se retrouve pas comme appellatif, puisqu'il peut s'être perdu , ainsi 
que tant d’autres ; en outre, l'existence à Jupille (selon Delvaux) d’un ancien 
château jadis nommé {y thor del W'eige semble confirmer qu'il était signifi- 
catif. D'un autre côté, cependant, une pièce de 1467, émanée de Charles le 
Téméraire (Cod. Loss., n° 509), est datée de « Lewaige, au pays de Liege, 
estans sur la riviere de Jare », et il parait assurément très-naturel, d’ac- 
cord avec cette orthographe, de faire venir Lewaige et ensuite L’wège, de 
Lowaige. Sans doute! à ne considérer que les formes en elles-mêmes; mais 
l’ordre où elles apparaissent dans les documents que j'ai pu recueillir est dia- 
métralement contraire à cette dérivation , puisque L’Wege est du XHImesiècle 
et Lewaige du XVme, tandis que Lowaige ne m'est connu que comme nom 
moderne. D'autre part, quant à cette dernière, s’il est contraire aux données 
historiques de la tenir pour primitive, il n’est pas moins contraire aux lois 
grammaticales de la dériver de Li Wege ou même de Lewaige. En l’état des 
choses il faut donc, malgré l'apparence, regarder Lowaige comme un nom 
distinct, au moins par son préfixe, de Li Wege. Dès lors il devient probable 
que le premier contient le mot Lude, d’où aussi Louette et le véritable 
nom flamand moderne (d’après ce que j'apprends sur les lieux) : Lauw ; ainsi : 
Lude, Loue, flam. Lauw ou Low, Louette, Louaice, d’où : Lowaige, Luaige, 
le suffixe étant une simple désinence, ou plutôt le nom #ege, Weige, done : 
Lowaige, pour : Loue-Waige. Par une induction semblable, nous conclurons 
également que Wege, Weige est une forme vulgaire contractée de Warlege 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 99 


ou Warseggia. Tout ceci, nous le répétons, en l’état des choses, car il se peut 
que de nouvelles indications viennent détruire tout cet édifice. Reste la forme 
Alhvege : nous la croyons formée de à l Wège : comparez Stamboul, de 
és va nou : en tirer Lowaige, par l'intermédiaire de Owèce, serait une com- 
plication gratuite et inadmissible à raison des dates. Avant de terminer, je 
rappelle le nom Littemala subterior, dont la première partie pourrait avoir 
rapport avec Lude. P. S. Je m'aperçois que le député de Tongres appelé 
Renechon de le Wegge, dans la pièce française que nous avons citée plus 
haut, est nommé dans une pièce flamande de même date (1465), Documents 
cités, p. 536 med. : « Renchon van Luye » : ceci met donc hors de doute l'at- 
tribution de Lude (d’où Luye, par le même adoucissement du d en i que 
nous avons vu dans Boyenhove de Bodenhoven, Stayen de Staden ; comparez 
aussi le holl. Luyk de Ludik), et prouve en même temps que ce nom était 
propre aux Thiois, comme Li Wege aux Wallons. Nota. Je remarque, rela- 
tivement à l’existence supposée dans ce qui précède d’un nom double pour 
le même endroit, que ce phénomène n’est pas rare pour les lieux situés sur 
la limite des langues. Nous avons déjà cité Haspere et Eysden; on peut 
ajouter Sussen (entre Tongres et Maestricht), qui est appelé par les Wallons 
Xhans ou Xhons (voir plus loin l’article Scanz); Cuisnon et Hamal (in loco qui 
Cuisnon et Hamal dicitur, jacuit, Chap., Il, 258; de là le nom écrit Aum, 
Hum, Coum, sur plusieurs cartes anciennes?), ete. Cependant, sur les cin- 
quante ou soixante noms qui différent le long de la limite, depuis l'Alle- 
magne jusque dans le Brabant, il en est fort peu où l’une des formes soit 
exclusive de l’autre : d'ordinaire, l’une est une altération de l'autre, ou ce 
sont des dérivations différentes d’un même radical, ou enfin ce sont des 
noms qui, pour être absolument différents, ne sont pas contradictoires; ainsi 
Wihogne (anciennement W'ihonia : Hocsem, ap. Chap., II, 405 med.; en 
wallon Ouhogne) se dit en flamand Neudorp : cette désignation, qui 
signifie nouveau village , n'implique pas que les Flamands ignoraient le nom 
Wihogne, mais seulement qu'ils ont donné à ce village un nouveau nom 
(proprement un surnom) par suite d’une circonstance particulière, telle que 
sa reconstruction. D'ailleurs, Weerst et Warsage, Bolsbeek et Bombaye (an- 
ciennement Bubais, en wallon Boubaïe }, Sichen et Seine , et même peut-être 
Elven ef Navagne, etc., ne sont que des formes d’un même vocable. 

Riuti (Lac., 1,150, Cod. Loss., 51, an. 1018). Russon , en flam. Rutten, vil- 
lage près de Tongres , au sud. Riuti parait être le mot anc. haut-all. de même 
forme , qui signifie : défrichement (en flam. et en bas all. rode, rade, ete.). En 
1270 et postérieurement, on rencontre la forme Rutthis (Not. sur Herken- 


100 MÉMOIRE 


rode , n° 21; Joh. de Los, éd. de Ram, p. 121 sup. etc.) : elle constitue le 
passage de Riuti à Rutten. La forme primitive serait, selon la conjecture de 
Lacomblet, le Breotio mentionné, en même temps que Littemala, dans l’an- 
cien diplôme dont nous avons parlé au mot Hamale (p. 94), et qu’il faudrait 
lire Hreotio, h n'étant ici que l'expression d’une aspiration arbitraire. Nous 
voyons la confirmation de cette conjecture dans le nom wallon, qui ne s’ex- 
plique bien que par une désinence tion ou tiôm (acc. sing. ou dat. plur.), tant 
à cause de la sifflante que de la terminaison on. L'ancienne forme wallonne : 
Rewechon, Rivechon, employée par d’'Hemricourt (231 inf., 281 sup.), 
représente dans sa première partie la diphthongue iv de la forme secon- 
daire Riuti ; chon n’est qu’une altération de sson : le nom roman était donc 
Riuson, Riweson (s sifflante). Nota. On n'objectera pas à notre explication 
du mot Riuti; ce passage de la Wie de S'-Evermare (citée par Schayes, Les 
Pays-Bas, I, p. 125, note 5) : Cum apud Trajectum adire vellet S'"" Serva- 
tium, cum seplem comitibus venit ad primos aditus silvæ quæ Rutlis nomina- 
tur, car il est clair que le village même nommé Riuti était en dehors de la 
forêt : c'était originairement un sart pratiqué dans cette forêt. P. S. L’expli- 
cation du mot est donnée par Gilles d’Orval, ap. Chap. 1, 196 sup., en ces 
termes : Cum venerabilis Eraclius….. erat in villa, quæ, jam extirpata sylva, 
nomen retinuerat Rhutis. Cela semble signifier, il est vrai, que la villa avait 
conservé le nom de la forêt détruite. Peut-être, cependant, notre auteur a-t-il 
voulu dire que la villa était toujours dénommée sart, bien qu’il n’y eût plus 
de trace d’une forêt , et qu’elle füt située en rase campagne; ou, encore, 
s'est-il simplement trompé sur la vraie signification du mot: je ne vois pas en 
effet à quel primitif on pourrait rattacher la signification : forêt, car celle de 
l’anglo-sax. hreod, anc. haut-all. Lriod ou hriot : roseau, est trop distante. 
Castris (dat. plur.). Lieu dans une ile, en face de Maestricht (Compte rendu 
de la Commission d'histoire, IX, p. 28, ann. 1150, 1151). Caster (orthographe 
de Ferraris), Caestert, Castert (Dictionnaire de Vandermaelen) est aussi le 
nom de deux autres endroits dans le voisinage de cette ville : l’un, dépen- 
dance de Lanaye; l’autre, d'Eysden. 
 Glauns (Compte rendu, etce., ib. p. 29, an. 1146), Glaons (Chap... [1,622 inf.). 
Glons, en flam. Glaen. Nota. C'est sans doute cet endroit que des cartes an- 
ciennes désignent par le mot Galheim ; mais cette forme est-elle correcte? 
Hastaples (Mir., IV, 44. 2 inf., an. 1145; IT, 553. 2 med., an. 1186). 
Herstappe, en flam. Herstappel. La Vie de S'-Evermare, que nous venons de 
citer, nomme cet endroit Herstaplia. Cette forme, bien qu’elle soit probable- 
ment postérieure à la nôtre, prouve néanmoins qu'il faut corriger ou rétablir 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 101 


celle-ci en Harstaples, mot évidemment composé de Hari-stapel: pour le voca- 
ble hari (—nouv. haut-all. heer : armée), voyez à la 5% série Harimala, Hari- 
stallium. (P.S. Un extrait de la même Vie, ap. Chap., 1, 197 ; IE, 17, écrit le 
mot Æarscelapia : faute de lecture et inversion vicieuse pour Æarstaplia). 
Stapel se prète à plusieurs interprétations (comparez les diverses significa- 
tions données par Kilian, et particulièrement la seconde : stabulatio, sedes, 
statio) ; la plus vraisemblable, cependant, est qu'il signifie ici, comme dans 
la Loi des Ripuaires, xxxur. 4 (ad Regis staplum, vel ad eum locum ubi mallus 
est; comparez Jac. Grimm, Deutsche Rechtsalterthümer, p. 804), le perron 
où se rendait la justice. 

Schendermala (pièce de 1070, ap. Chap., I, 14), Skendremale (Chap... I, 
622; d'Hemricourt). Xhendremael. 

Longus-campus. Mir., IV, 505 (an. 1078) : horum prædiorum jacentium 
apud villas W'orommes et Longum-campum. Longchamps, près de Waremme. 

Jusanam villam Raulcurt (Mir., HI, 555, an 1186). Sans doute — Raccourt, 
près de la (Petite-) Gette. Ce surnom, pour lequel je renvoie à la section 
suivante, lui aura été probablement donné pour le distinguer de Rauzcurr = 
Rocour, près de Liége ; dans d'Hemricourt : Rocourt. Raccourt se dit en fla- 
mand Raetshoven (déjà dans un acte de 1271 : Not. sur Rummen , p. 289 sq.) : 
inutile de dire que hoven est la traduction de court, ou l'inverse (d’Hemri- 
court se sert encore du mot court pour signifier : ferme, p. e. p. 270 med.); 
quant à Raul, Raet, je liens que ce sont des abréviations du nom d'homme 
Radulphe. 

Berncham, Bernscham (Not. sur Rummen, p. 340 sq. , an 1306). Bernis- 
sem, plus anciennement Bernesheim (Mir., IL, 989, 2e col. sup.). Je rapporte 
ces formes, bien qu’elles soient évidemment mutilées, à cause de la forme 
particulière du suflixe dont nous parlerons plus loin (dans la 3% section, 
aux mots Walaham , Bavenchin). Je citerai aussi par la même raison : Bruns- 
ham où Brunshamme : Brunnsum , à l'E. de Maestricht (Mon. Nam. , 1, Table 
onomastique; Ann. Rod. ant. [Ernst, VII}, p. 65 med. — Un document roman 
de 1282, ibid., p. 184, écrit : Brunshaim ). 

Lenaie (Chap. IE, 108; Mir., IE, 827, an. 1155). Lanaye, en wallon L'naiïe, 
en flam. Nay, Ter-Nayen, village entre Liége et Maestricht. Au premier as- 
pect il ne semble pas douteux que le préfixe des formes Lenaie, L'naïe, ne 
soit l'article, d'autant que cette manière de voir est ici confirmée par l'or- 
thographe oflicielle et par la seconde forme flamande (= à la Naye). Nous 
croyons pourtant plus probable que cette syllabe fait partie intégrante du 
nom , attendu que naie n'est pas connu comme nom appellatif, du moins dans 


102 MÉMOIRE 


un sens qui conviendrait à un nom de lieu, tandis que, par contre, Linaium 
— j'ajoute, d’après la remarque que nous avons faite dans la {re série, p. 60, 
Linacum, Liniacum—, primitif parfaitement adéquat à Lenaie, Linaïe, est 
un ancien nom de lieu qui se rencontre fréquemment (Liniacum , en Hes- 
baie, dans un diplôme de 852 — Cod. Loss., n° 4 — s’il ne désigne Ligney, 
doit être probablement attribué à notre Linaïe). Naye, au lieu d’être le pri- 
mitif, ne serait donc qu’une aphérèse provenant précisément de ce que la 
première syllabe du mot a été prise pour l’article. 

Nivella (Godeschalc, ap. Chap., 1, 348 med.; Chap. et Mir. aux endroits 
cités). Nivelle, en flam. Nyvels, pa proche de Lanaye. D'Hemricourt écrit 
Nyvelle-, ou MuréllessaorMhuto (206 inf.). 

Tria allodia Diepenbeche, Repe (alias Repes), Scanz (alias Scans): Chap. IE, 
104,106, 109; Mir., IT, 825, 827; Compte rendu de la Commission d'histoire , 
IX, 50 sup., ann. 1154 sq. Les deux premiers noms désignent Diepenbeek 
et Repen. Le troisième est sans doute celui de Sussen que l’on appelle en 
wallon Xhans ou Xhons. Nota. Je répéterai que l’ancienne combinaison sc 
est devenue en wallon liégeois un h aspiré qui s'écrit selon l'orthographe 
traditionnelle par xh (x représente, je crois, sc, qui aura été interverti com- 
munément en cs = x; le À indique l'aspiration survenue plus tard): Xhans 
est donc la reproduction parfaitement exacte de Scans. 

Formala. Je n’ai pu déterminer quel est cet endroit dont le nom revient 
souvent (p. e. ap. Mir., IL, 553, où on lit: Hers et Formala). C'est assez 
probablement Fumal, sur la Méhagne : for, en effet, devient en wallon foù, 
or le nom wallon de Fumal est Foumäle. 

Capelli-villa (ap. Chapeauville, IF, 227 med. : cet auteur même, comme on 
le voit, tirait son nom de cet endroit), Chapialvile, dans un MS. de 1515. 
Chapeauveau, à l'O. de Raccourt, dans les anciennes cartes : Chapiavaux. 

Et in pago Hasbaniense Awanlia et Imburcio (Lac., I, 59, an. 844; Awanlia 
est aussi mentionné isolément dans le n° 1, an. 779). Je ne trouve pas de 
noms modernes qui répondent exactement à ceux-là. En admettant que la 
première syllabe du second se soit perdue, on pourrait comparer Borsu , ou 
Borset (pour la terminaison de ce dernier, comparez Puccium qui est devenu 
Pousset [?1). Quant au premier, il faudrait en même temps changer le { en s 
pour trouver un analogue (Wanze : — Awans est appelé Hawans dans un 
document contemporain des nôtres). 

Wesere-Gallicorum (Not. sur Rummen , p.295 med., an. 1508). Le surnom 
indique qu'il est question de Wezeren , au N.-0. de Montenéket; nommé en 
wallon Wisserin (même Notice, p. 300 inf., an. 1342), Weserain (Ferraris) : 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 103 


l’autre Wesere (comme écrivent encore les anciennes cartes) s'appelle aujour- 
d’hui Melck-Wezer, et se trouve à l'O. de Léau. Wezeren , qui est maintenant 
sur la limite des langues, mais plutôt du côté flamand, était done purement 
wallon au commencement du XIVe siècle. Il en a été évidemment de même 
de Walsbetz ou Waels-Betz, selon l'orthographe de Ferraris, village con- 
tigu à Wezeren et placé dans les mêmes conditions : la signification du 
préfixe Wals, qui en d’autres circonstances pourrait être douteuse, est en 
effet parfaitement garantie ici par cette épithète Gallicorum donnée à We- 
zeren, et ensuite par la dénomination flamande : W'als-Houthem, du village 
de Houtain-l Évéque, qui est voisin des deux précédents, mais un peu au 
sud de la frontière et plutôt wallon. Ce mot Houthem, anciennement 
Holtham (Hollam in comitatu Steppes , Mir., 1, 264, an. 1056; HE, 17, an. 
1079), d'où Æoutain, est du pur thiois. W'esere (Weser dans une pièce de 
1271 , Not. sur Rummen, p. 290 sup.) parait appartenir à la même langue. 
Quant au mot Betz, dont la forme ancienne était Betsica (Notice citée, p. 246 
med., an. 1244; mais le Betz qui est ici désigné est sans doute Geetz-Betz, 
c'est-à-dire Geet's-Betz, ou Betz-sur-la-Gette), s’il ne porte pas par lui-même 
le cachet tudesque, il semble trahir cette origine par son rapport, réel ou 
seulement formel, avec le nom de peuple Betasi. Il s'ensuit donc ces vicissi- 
tudes singulières : Wezeren et Walsbetz, purement thiois à leur origine et 
l’étant encore à cette heure pour la plus grande partie, comme l'indique déjà 
la prédominance des dénominations flamandes, doivent avoir été purement 
wallons à une époque intermédiaire. Houtain n’aura subi que le premier 
changement, puisque ici le fait, c’est-à-dire l'usage de la langue wallonne. 
témoigné aussi par la prédominance de la dénomination wallonne du lieu, 
est d'accord avec le nom flamand : W'als-Houthem. Montenaken, qui touche 
du côté de l'O. à Wezeren et à Houtain, a peut-être éprouvé, au contraire, 
une vicissitude de plus : d’origine celto-latine , il sera sans doute tombé aux 
mains des envahisseurs germaniques; la proximité de Waels-Houthem, Waels- 
Betz et Wesere-Gallicorum se combinant avec l'emploi fréquent du nom 
roman Monteigni, donne lieu de supposer que ce village a été aussi wallon 
au moyen âge; maintenant il participe des deux éléments, cependant l'usage 
exclusif du nom flamand fait voir qu'on le considère comme appartenant à ce 
dernier côté. Vota. Pour faciliter l'étude du phénomène de la fluctuation 
des deux races sur ce point de la Hesbaie, je vais énumérer ici les divers 
endroits, situés immédiatement au S. des précédents, dont les noms sont 
cités dans ce Mémoire : Steppes, Avernas ou Evrenais, Trudonica, Bertreis. 
Puceis, Hallei, Wasmont, Pellonias (lisez Pellanias? — ces deux noms dans 


104 MÉMOIRE 


la 3e section), Raulcurt, en flam. Raetshoven. Un diplôme de 1271, évidem- 
ment écrit par un Flamand , celui même où se trouve la forme flamande que 
nous venons d'inscrire en dernier lieu (Not. sur Rummen, p. 289 sq.), men- 
tionne trois bonniers de terre sis entre cet endroit et Wamont (qu’il appelle 
Waesmont, toujours d’après l'usage flamand) juxta Mersberghe : les cartes 
n'indiquant d'autre localité quelconque entre Wamont et Raccourt qu’une 
tombe romaine, il n’est pas douteux que ce ne soit cette tombe que désigne 
le mot Mersberghe, qui est par conséquent une aphérèse de Romersbergh. 
Remarquez d’ailleurs l'emploi dans ce document du suffixe roman Waesmont 
à côté du suffixe tudesque Mersbergh : pour ce dernier nom, qui est appel- 
latif, l’auteur se sert de son idiome; pour le premier, qui est un nom propre, 
il est obligé d'accepter le nom vulgaire. Il s’ensuit donc que la langue parlée 
à Wamont au XIIIe siècle était exclusivement romane : comme Wasmont se 
lit déjà dans une pièce antérieure de près de trois siècles et demi (946), on 
peut en conclure que le latin n’a jamais cessé d’être en usage dans cet endroit. 

Tous les endroits mentionnés jusqu'ici dans ce supplément appartiennent 
à la Hesbaie. Nous ajouterons avant de passer à la section suivante trois noms 
en dehors de cette contrée, et même des limites que nous nous sommes tra- 
cées , à raison de l'intérêt qu'ils présentent sous différents rapports. 

A l'O. d’Aix-la-Chapelle, dans le Limbourg hollandais, se trouve le village de 
Simpelveld, c'est-à-dire simple-champ. Cette forme est corrompue de l’ancien 
nom flam. Simplevei (Ann. Rod., pass.), lequel est à son tour une corruption 
de l’ancien nom latin Simplex-via. De ce même nom on a tiré en roman, par 
une corruption beaucoup plus singulière , la dénomination Saint-Plovoir ou 
-Plouvoir, qui est devenue habituelle, même dans la langue des diplômes 
(voy. p. e. Ernst, VI, p. 181, an. 1215, p. 316 sup., an. 1285) : ecclesiam 
S Remigüi de Simplici-via, quod in vulgari corrupte sonat Saint-Plovoir, dit 
une charte de 1205 citée par Ernst, III, p. 524, note. Gilles d’Orval, ap. Chap. 
IT, 255 sup., dit aussi Simplex-via. Ce sont, je crois, les seuls passages où 
ait subsisté ce nom. 

Le Roy, auteur du XVIIe siècle, cité par Kreglinger, p. 251, dit que le 
village de Contich, entre Malines et Anvers, était connu au VII: siècle sous 
le nom de Condacum castrum. On pourrait suspecter ce témoignage, sil 
n'était appuyé par les deux circonstances que la terminaison ich est en effet 
la transformation normale, non pas de acum, mais de iacum , et qu'une pièce 
de 1255 , ap. Mir., EL, 578 sq., est effectivement signée par un Franco persona 
de Contaico, forme qu'il faut, sans aucun doute, corriger en Contiaco. L’at- 
tribution de ce Contiacum à Contich étant d’ailleurs très-vraisemblable , 


Re SE à 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 105 


attendu que le diplôme se rapporte au monastère de St-Bernard qui est proche 
de cet endroit, il s'ensuit donc que le primitif Condiacum castrum peut étre 
admis sans difficulté, 

Un diplôme de 725 ou 726 que nous ont conservé Miræus , !, 10, et Ber- 
tholet, IT, xxxu sq. (celui-ci d’après les archives de l’abbaye d’Epternach), 
porte ce qui suit, d’après le premier texte: Æ£go Rohingus el conjux mea 
Bebelina.. pro ipsa ecclesia… venerabili viro Firmino, abbati de monasterio 
Quorcolodora, locellum nostrum nuncupatum Tumme in concambio dedi- 
mus ; d'après le second texte : Ego Rauchingus et conjux mea Bebelina.… pro 
ipsa ecclesia.… venerabili viro Firmino abbati de monasterio Quortolodora, 
locellum nostrum, nuncupatum Tumine, in concambio dedimus. Le monas- 
tère dont il est question était situé à Deurne, tout proche d'Anvers. C’est 
ce Deurne qui est assurément désigné par les vocables Tumme, Tumine, 
qu'il faut lire : Turnine. Quant au nom du monastère, il est écrit par Waste- 
lain (p. 216) Quercolodora, par Thysius (/ndex topographicus Belgiüi ex Bol- 
landiano opere, dans les Comptes rendus de la Commission d'histoire, VI, 
p. 200 sqq.) Querkelodora, adjectif Querculodorense monasterium. Rien ne 
prouve sans doute qu'il soit celto-latin, car on pourrait rapporter le suf- 
fixe aussi bien au mot tudesque dur, dura, dor, ete., qui signifie : porte, 
qu'aux divers mots celtiques de formes semblables qui signifient : fort, eau, 
forêt; cependant , la forme du radical qui parait latine (quercuzus : petit 
chène—?) fournit, ce nous semble, une présomption en faveur de cette ori- 
gine. Nota. Nous avons rencontré le même suffixe dans Hacchedor, également 
en pays flamand. Il se pourrait que le lieu du nom d’Angledura , mentionné 
comme dépendance de Meersen (à l'E. de Maestricht) dans deux diplômes 
de 968 et 1145, ap. Mir., 1, 48, 105 (tradimus quoddam praedium.. vocabulo 
Marsnam, in comitatu Masaugo, cum omnibus ad ipsum praedium pertinenti- 
bus, id est Clumam [Climmen, près de Fauquemont] et Litam [al. Littam]... 
Hertram |al. Hertam] et Angleduram...), qu'Angledura, dis-je , fût aussi situé 
dans cette contrée, au lieu de désigner Angleur, près de Liége, comme le dit 
Miræus. J'ajoute, comme moyen de le retrouver, dans cette hypothèse et s’il 
n'a point disparu, qu'il se sera probablement transformé en Excezsporr. 

mn 


Tome XXVI. 14 


106 MÉMOIRE 


DEUXIÈME SECTION. 


On lit dans Gilles d’Orval ( Aegidius Aureae-vallis), ap. Chap.. IF, 44, ad 
an. 1099 : 

His diebus facta est contentio magna inter Obertum Leodiensem episcopum 
et comitem Lovaniensem de comitatu de Brunengeruz quem tenet comes Na- 
murcensis ab episcopo Leodiensi. Qui comitatus incipit a Pollo mortis et inter 
duas villas Hercines usque ad Canitium pontem. Ab hinc vadit inter Jusanam 
villam et Scitrud, ad Mallum, ad Brunengeruz, ad rupem quae vocatur 
Sotaelfouarge, ad puteum Longae villae, totam vallem Hachewadat, ad S. Ba- 
vonis quercum juxta Kalmont, ad Kalmontem, aquam ipsam sequendo usque 
ad S. Quintinum sicut currit Tylus. De S. Quintino vadit usque ad Roberti 
vadum, sequendo aquam ad Corbeth. De hinc vadit usque ad Lovvil, ad vellam 
Chisechim, ad villam Bechechim, ad villam Glabeche et ad Pipini vadum , et 
de Pipini vado usque ad transitum Grimene, et inde usque ad pontem Alde- 
vort, per gyrum redit ad priorem terminum Pollo mortis. 

Pour Brunengeruz, on lit ailleurs (Mir., I, 807, an. 984; Chap., 1, 2411) 
Brunengerunz, et (Mir., 1, 264, an. 1056) Brunengurt. Butkens, Trophées 
du Brabant, T,153, et Wastelain, p.196, emploient la forme Brugeron, qu'ils 
ont prise je ne sais où, car il ne parait pas qu'il soit fait mention de l'endroit 
ou du comté, ailleurs que dans les passages cités ci-dessus : Butkens se 
borne, en effet, à traduire notre texte, en ajoutant : « à! semble que la chef- 
ville de ceste comté est la ville de Thillemont, car les bornes susmentionnées 
sont tout autour de la dicte ville » ; et Wastelain allègue seulement le diplôme 
de 984. Ce que nous avons à dire, d’ailleurs, du mot, trouvera sa place lors- 
qu'il sera question du chef-lieu. 

Pollo-mortis parait être une latinisation barbare de Meeren-Poel, nom 
d’un petit endroit voisin et au midi de Gossoncourt (en flam. Goidsenhoven) : 
cette forme mortis viendrait du flam. m00r, moer, qui est un quasi-synonyme 
de meer (le premier mot parait signifier proprement une tourbière maréca- 
geuse; le second : mare, étang). 

Les deux Hercines sont les deux Heylissem. Dans Mir., IV, 371. 2 sup., 
an. 4140, et 577. 1 med., an. 1146, on trouve aussi la forme Herecines (lisez 
ainsi dans le premier passage au lieu de Herecinel). De là on a fait d’abord 
Helecines, Helencines, Helencinium (Chap., IE, 106, 108; pièce de 1179, 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 107 


dans le tome IV des Mon. Nam, p. 425 sq.), puis , afin de donner au nom une 
signification religieuse en rapport avec la sainteté que l'endroit reçut par la 
fondation d’un monastère : Heylissem (du flam. heyl : salut). IT suit de cette 
exposition que la forme Helissem dans une pièce de 837, ap. Mir., f, 20. 
2 sup., est controuvée (« ef curlem nostram in pago Moila, quae vocatur He- 
lissem »). 

Le Canitius-pons est probablement désigné dans Mir., IV, 717. 4 sup., par 
les mots : a ponte de Linsmael (lisez Linsmeal, comme le mot est écrit qua- 
tre fois par d’Hemr., p. 16; maintenant Linsmeau) usque ad pontem de Kui- 
mont : par lincorrection qui règne dans l’ouvrage de Miræus, on peut en 
effet sans témérité corriger le mot Kuimont, qui resterait d’ailleurs inexpli- 
qué, en Kinpont (kin = rouchi et picard kien : chien). Quoi qu'il en soit, 
l'emplacement doit être cherché dans le triangle formé par Hamptiau, Pel- 
laines et Noduwez. 

Scitrud est Zetrud-Lumay. La villa Jusana est donc ou Ste-Marie-Geest, 
ou bien Genville (carte de Vandermaelen), entre ce dernier endroit et Ze- 
trud-Lumay : tous les deux sont situés sur la Grande-Gette, ce qui s'accorde 
avec l'explication que nous avons donnée plus haut de l'adjectif Jusana. I 
est bien vrai que je n’ai pas rencontré le nom ancien de la Gette, qui serait 
le primitif de cet adjectif (Gatia, que nous avons vu dans la 1r° série, est le 
primitif de la forme Geete, Gette); cependant le nom de Gias donné à la 
grande Gette par plusieurs cartes anciennes, et entre autres par celles de 
Visscher (tandis qu’elles donnent à la petite celui de Gheete), me parait in- 
diquer manifestement que ce primitif a existé. 

Mallum désigne le village de Melin ou Mellain. 

Ni Brunengeruz, ni la roche de Sotaelfouarge, ne semblent avoir laissé de 
traces reconnaissables. Le puteus Longae villae étant sans doute celui de 
Longueville, Brunengeruz était probablement situé vers la Tour-de-Beau- 
lieu ou vers Roux-Miroir. 11 semble même que ce dernier nom n'est pas 
étranger au nôtre, quant à sa première partie, car l’adjonction du mot Miroir 
a évidemment pour but de distinguer ce Roux d’un autre endroit voisin et 
du même nom, lequel ne se retrouve plus : il se pourrait donc qu'il fallüt le 
chercher dans Bruninge-Ruz, Bruninge étant un nom patronymique. Quant 
au mot Sotaelfouarge, je crois y reconnaitre Soteal-foirge, c’est-à-dire forge 
du sotai : le sotai, autrement dit lüton ou nüton, est, d’après la croyance 
populaire, une sorte de petit homme qui habite les grottes : or, d’après 
M. Marlin, Revue belge, t. IX, p. 68 sq., le pays où nous sommes est effecti- 
vement sillonné de galeries souterraines, qui, selon « une tradition populaire, 


108 MÉMOIRE 


auraient servi autrefois de demeure à une peuplade étrangère, nommée 
Lutons ou Nutons ou Sottais ». 

Kalmont est Chaumont, village immédiatement au sud de Longueville 
(pour le mot, comparez dans la section précédente l’article Calmunt). La di- 
rection de la vallée Hachewadat est donc bien déterminée, mais je ne re- 
trouve pas le nom, qui parait d’ailleurs altéré. (I y aurait apparence que la 
dernière syllabe doit être lue dal : vallée. Au nord de Longueville se trouve 
un endroit du nom tout à fait comparable Haquedeau ; mais la position de- 
vrait être inverse pour s’accorder avec notre texte), 

Le ruisseau qui passe à Chaumont se nomme maintenant le Train, d’après la 
carte de Vandermaelen (Ferraris écrit Trine) : c’est nécessairement celui que 
notre pièce appelle Tylus, et les noms mêmes ne différent probablement pas. 
Le Trin (car l'orthographe par ai est sans doute arbitraire) se jetant en effet 
dans la Dyle, anciennement Tylia, Thila, comme nous l'avons vu plus haut, 
on peut conjecturer que le nom primitif, peut-être même la vraie forme du 
mot Tylus, était Tylinus (scil. rivus ; proprement : affluent de la Dyle —: si le 
dérivé avait le même genre que le primitif, il faudrait l’interpréter plus sim- 
plement : petite Dyle); or Tylinus a pu facilement devenir Tlin, d’où Trin. 
La Dyle elle-même formant limite, sans que son nom soit d’ailleurs pro- 
noncé, on pourrait être tenté de lui attribuer celui de Tylus ; mais, outre 
que ce nom, quoique plus rapproché de Thila que de Trin, en diffère ce- 
pendant encore, il y aurait en ce cas interruption dans le tracé des limites. 
Nota. Un autre affluent de la Dyle se nomme la Thile (il passe par le village de 
ce nom, l’ancienne abbaye de Villers, et Court-S'-Étienne, au-dessous duquel il 
se jette dans la Dyle) : il est manifeste que les noms sont identiques et que le 
ruisseau était considéré comme une des branches de la rivière. Celle-ci est 
appelée Tier dans une charte de 966, ap. Mir., [, 654. 1; sans doute par erreur. 
Un peu plus loin est mentionné le fluvius Til, sans que je puisse reconnaitre 
si é’est encore la Dyle qui est désignée. 

S. Quintinus m'est inconnu, de même que Roberti-vadum. H est certain 
que ce dernier endroit doit être cherché sur la Dyle, mais je ne puis déter- 
miner si la limite suivait les cours d’eaux (le Trin, puis la Dyle) jusque-là, 
ou si elle quittait le Trin à St-Quentin pour se diriger en droite ligne sur le 
gué de Robert, où elle atteignait la Dyle. Cette dernière supposition est 
cependant la plus vraisemblable, puisque, autrement, la mention des deux 
endroits eüt été inutile. 

Corbeth (pour Corbech) est Corbeek-Dyle. Lovvil doit être Lovenjoul, 
d’ailleurs nommé, comme nous l'avons vu, Lovinium et Loviniolum. Chise- 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 109 


chim : Kieseghem (Ferraris : Kiesecom); Bechechim.: Binckom; Glabeche : 
Glabbeek ; Pipini-vadum : Pipensfort (Ferraris), Pupinus-fort (Vandermaelen): 
Grimene : sans doute Grimde, dépendance de Tirlemont, bien que, dans un 
document antérieur au nôtre (1"e série, p. 42), ce lieu soit appelé Grimides, 
conformément à la forme actuelle, 4ldevort, enfin, est encore nommé dans 
les anciennes cartes Aldevord et Alt-woordt; sur celle de Vandermaelen : Ar- 
devoor (au-dessous de Neer-Heylissem).— W'olmereis, cum dimidia ecclesia, 
quae jacet in comitatu Brunengurt (Mir., 1, 264. 1, an. 1056), doit être le 
village de Wulmerson (= Wolmereis-heim), qui est situé entre ces deux der- 
niers endroits (‘). 


TROISIÈME SECTION. 


Extraits des Miracula S Wicberti et des Gesta abbatum Gemblacensium. 
(L'auteur du premier ouvrage est inconnu ; le second a été écrit par le célèbre 
Sigebert de Gembloux, de 1060 à 1070, et continué par un certain Godescalc 
jusque vers 1140). 


Minacuza St Wicgerri. — Gocileis. Gosselies. Je ne comprends pas d'où 
l'éditeur est venu à conjecturer qu'il s’agit ici du château de Gottendeys, 
près de Malines. Le texte est très-clair : Everelmus s’évade du castellum quod 
vocatur Gocileis (p. 520), il voyage la nuit et arrive le matin ad Fraxinensem 
aecclesiam, c’est-à-dire à Frasnes (Fraxino, Fraxina, dans des pièces de 779, 
844 et 1099, ap. Lac., [, 1, 59, et Mir., 1, 557, 670), endroit situé à une 
lieue et demie au N. de Gosselies. 

Brania. Braine. 


(*) Après avoir suivi notre essai d'interprétation, le lecteur sera peut-être curieux de comparer la 
traduction de Butkens : nous la transcrivons donc ici : « Ceste comté estoit située dans l'Hasbaing, entre 
les rivières Thile et Gecte. Ses limites sont décrites par certain autheur ancien, qui dict qu'elle commen- 
çoit à Poillemort, passant entre les deux Hercines, Jausane, Setrud ou Sittert, Mallein, Brugeron et la 
roche qu'on nomme Stalfoüarge de la vat au puys de Longue-ville, comprenant toute la vallée de Hache- 
wade, jusques au chesne de St Bavon près Chamont, et de Chamont suivant le cours de la rivière jusques 
à S' Quintin tout ainsi que la Thile court, et de là au gué-Robert, tout en costoyant la dite rivière 
jusques à Corbeck, et de là à Louveiel ou Lovenioul, à Kisechim, à Betechim, à Glabbeche et au gué- 
Pepin jusques au passage de la Grimene, et de là au pont d'Aldevoirt, d’où de rechef l’on rencontre le 
premier terme de Poillemort susdict ». 


110 MÉMOIRE 


Villa Hasbaniae quae vocatur Pellonias. Pellaines. Dans une pièce de 41132, 
ap. Mir., IV, 565, on trouve déjà la forme actuelle , ce qui me fait croire qu'il 
faut lire ici Pellanias. 

W'anga (« castellum quod dicitur Wanga »). Wanghe, au N. de Landen. 

Morealmes. Morialmé. 

GEsrA ABBATUM GEMBLAGENSIUM. — Cette chronique débute par un diplôme de 
946, sanctionnant la donation de biens faite par Wichpert (saint Wibert ou 
Guibert) à l’abbaye de Gembloux qu’il avait fondée. En voici l'analyse : 

In comitatu Lomacensi atque Darnuensi villam Gemblaus. Gembloux. Cette 
forme Gemblaus est également employée dans deux documents de 964 et 964 
(p. 529 sq.); un autre, de 9853 (p. 527) , écrit Gemblaos. Il résulte évidemment 
de l’analogie des mots Stabulaus, Amberlaus, Ledernau , Baldau, Urio (pour 
Uriao — Uriau), Templus (pour Templaus : voy. ci-plus loin), ete., qu’elle 
provient de Gemblacus : bien que ce primitif ne se rencontre à ma connais- 
sance que dans une seule pièce, où il pourrait être d’ailleurs suspecté (diplôme 
du pape Benoît VII, de l'an 984, ap. Mir., I, 507, d’après l’histoire manuscrite 
de Dintherus), son existence n’est donc pas douteuse. Est-ce par hasard que 
je ne l'ai pas rencontré dans aucun autre document ancien, non plus que la 
forme Gemblacum dont on se sert habituellement en latin moderne (Miræus 
donne celle-ci dans son édition du diplôme de 983 ci-dessus mentionné, mais 
notre texte, où on lit Gemblaos, mérite plus de croyance), ou cette forme 
était-elle déjà complétement remplacée au dixième siècle par la forme 
romane? L'exemple des noms que nous venons de comparer et de ceux qui 
vont suivre résout clairement, à notre avis, la question dans le second sens. 
Pour nous il est certain que dans la plus grande partie de la Belgique 
actuellement wallonne, les formes romanes étaient seules en usage dès le 
dixième siècle et même le neuvième (comme le montrent plusieurs des noms 
inscrits dans le Partage de 870), les formes primitives, latines ou thioises, 
n’existant plus à cette époque que dans la langue traditionnelle des diplômes. 
Il est plus difficile d'apprécier s’il existe un rapport entre notre nom et le 
Geminiacum de l'itinéraire d’Antonin, ou le Geminicus-vicus de la carte de 
Peutinger. La forme Gemmelaus, dont se sert habituellement Sigebert, mo- 
tiverait une réponse affirmative si elle n’était d’une date postérieure, car 
Gemellacus viendrait aisément de Geminus (primitif de Geminicus), par l’in- 
termédiaire du diminutif Gemellus. Notons, pour terminer, que le nom mo- 
derne Gembloux vient de la forme élidée Gemblus, qui se rencontre déjà 
dans notre Chronique. On trouve aussi, même dans des pièces anciennes (de 
1151 : Mir., I, 383), la forme corrompue Gemblours. En wallon on dit Giblou. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. [RE 


— On a voulu tirer le nom du Darnuensis comilatus (en roman Dargnart, 
dans une pièce manuscrite de 1315), de celui de la rivière Orneau. Mais, 
d’abord , comment s'appelait jadis cette rivière? Arnua, dit Dewez, Géogra- 
phie ancienne du département de Sambre-et-Meuse, p. 27. En admettant 
l'authenticité de ce nom, qui me parait pourtant douteuse (car il ne coïncide 
qu'imparfaitement avec Orneau ou même Arneau), le d initial, dans Dar- 
nuensis , serait encore un obstacle considérable à cette dérivation. 

In eodemque pago villam Bufiols. « Selon Paquot, dans ses notes sur De- 
marne (Dissertation sur l'ancien comté de Lomme), Bufiols serait peut-être 
l'endroit appelé les prés de Bouffioulx , près de Gembloux » (communication 
manuscrite). Sans cette indication, à laquelle il faut sans doute se tenir. 
j'aurais cru qu'il s'agissait de Bouflioulx, au S. de Charleroi. Un diplôme 
confirmalif des biens de l'abbaye de Gembloux délivré par Innocent III, en 
1245 (Mir., IV, 52 sq.), cite un locus qui dicitur Beferolus —: ce nom désigne 
sans doute notre endroit, mais il est probablement mal écrit. 

(In) villa Asnatgia. Ernage, près de Gembloux. Ce lieu est nommé dans 
la Chronique même : Asnatica, Esnatica, qui est la forme latine et primi- 
tive : Asnatgia est du pur roman (dipl. d’Innocent : Esnagia). Nous avons vu 
à l'art, Mallines, p. 72 sq., plusieurs exemples du même changement du s en r, 
également devant une liquide. 

Villam Salvenerias. Sauvenières, dans le même voisinage. 

Unumque mansum.... vocabulo Ruoz. Le nom moderne, si l'endroit existe 
encore, est sans doute Roux, mais je ne le rencontre pas dans ces environs. 

Alterumque mansum fiscalem in loco qui dicitur Vilers. Villers-la-Ville ? 

In pago Asbain apud villam Herines mansum unum. Probablement Le- 
rinnes, entre Tourinne-St-Lambert et Walhain , car il n’y a point de Hérinne 
en Hesbaie; ou bien il faudrait lire avec Miræus dans son édition de notre 
pièce (E, 140): Hermez, qui pourrait désigner Hermée, au canton de Glons 
(Hermeis, ap. Mir., IV, 30. 2 med., an. 1206). — Le Herenium S'* Mariae 
apud Brenam, cum ecclesia, mentionné dans le diplôme d’Innocent IE, n'a 
aucun rapport avec notre mot, car il faut sans doute lire Heremum : voyez 
plus loin , à l’article Dudinsart, P. S. Dans les Documents publiés par M. de 
Ram , il est fait mention, p. 717 inf., de Petrus dominus Roquart, de Herina, 
villicus Leodiensis : Herina, Herines, (diminutif de Here?) désigne peut-être 
Hern (Herne, dans une pièce flamande de 1462, Not. sur Steyn, p. 150 sup.). 
proche de Tongres, au nord. S'il en est ainsi, Héron resterait la seule attri- 
bution probable pour Æeran. 

Les endroits cités immédiatement après les précédents sont en dehors de 


112 MÉMOIRE 


la Belgique. Le Comitatus Wastenacus, qui vient d’abord, est en effet le 
Gâtinais, quoi qu'en dise Wastelain, p. 196. Sans avoir poussé bien loin mes 
recherches sur l'interprétation des noms de lieux qui y étaient contenus, et 
que je vais énumérer, je crois en avoir reconnu plusieurs : Vaslei (?), Corbeis 
(Corbay), Ævoncurt (Avon?), Curceles (Courcelles, près de Montereau), 
mansum unum ad curtem Romenei(?), Molins(?), silvam Boisotgis vocitatam 
(? — Lisez Bois-Otgis), Ailant (Aïllant-sur-Milleron), Urei (Ury-en-Bière ). 
Les circonscriptions mentionnées ensuite, sont : le comitatus Lazensis (?), la 
civitas Sens (même nom moderne) ; le comitatus Stampais (comté d’ Étampes). 

In comitatu Maisou, in villa quae dicitur Masuic….. Meeswyck, au N. de 
Maestricht (Ferraris : Maeswick). Si Maisou n’est point une mauvaise leçon, 
c'est en tous cas une mauvaise forme : partout ailleurs on lit Masau (par 
exemple, outre les exemples déjà allégués au commencement de la première 
section, dans un diplôme de même date environ que celui-ci, inséré dans 
notre document, p. 528 | L. 23 |). 

In eodemque comitatu villam quae dicitur Biettine. Dans le texte de la 
Chronique : Bietine (528. 18), in Biettinis (539. 45) — : d’après ce dernier 
passage, probablement à proximité de Susteren. 

In comitatu vero Rewers (Mir. : Reniers) villam Molivort dictam cum inibi 
pertinentibus, ac in quadam villa ejusdem comitatus Bergam vocitatam super 
fluvium Rim (Mir. : Rin) vineam obtimam. (?). 

In comitatu Breibant , in loco Melin….. Melin, près de Jodoigne ? Mais c’est 
l'endroit nommé Mallum dans le document que nous avons examiné dans la 
section précédente; plus probablement donc : Meslin-l'Évèque, entre Ath 
et l'endroit dont le nom va suivre. 

Et decem mansos de Lietzinis. Lessines. 

Et apud eundem pagum medietatem villae Putiau, medietatemque Beurene. 
Ce dernier nom, qu'il faut lire Bevrene, désigne Bievène, à l'E. de Lessines. 
Pour Putiau (Mir. : Putian) je ne vois à comparer que Ponchaux ou Pon- 
cheaux, près d’Ath (Dictionnaire de Vandermaelen), ou Panceau, au N.-0. 
de Lessines et près de Ghoy, qui parait être mentionné dans le diplôme 
d’Innocent III sous le nom de Goe.— Nota. Bevrene est sans doute une altéra- 
tion de Beverna : ce dernier nom était aussi selon Paquot, cité par Reiffen- 
berg, celui de Biesme (surnommée : la-Colonaise), qui est appelée Bievene 
dans un document de 1297 (Mon. Nam. 1, p. 294 sqq.). 

In comitatuque Darnuensi medietatem villae Curtils dictae. Cortil , proche 
d'Ernage. 

Ac medietatem villae Walaham dictae. Walhain , au N. de ce même endroit. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 115 


Le nom de Walhain, qui est en plein pays wallon, est incontestablement 
germanique; mais, chose fort singulière, il parait signifier : demeure du 
Wallon (voyez la remarque). {1 s'ensuivrait donc que ces contrées ont été 
pendant quelque temps tout à fait thioises, sauf des enclaves telles que 
Walhain. Je dis enclaves, car si la dénomination avait été donnée à l'endroit 
parce qu'il était le point où commençait la race wallonne (et, en effet, la 
très-grande majorité des lieux situés au S. de Walhain portent des noms 
purement romans), cette dénomination n'aurait cours que chez nos voisins: 
l’ancien et vrai nom roman aurait subsisté et serait le seul dont les Wallons 
se serviraient. — Mais alors comment expliquer que les noms des lieux cir- 
convoisins ne soient pas eux-mêmes thiois, pour la plus grande partie? Il 
faut donc conclure, ou bien que le nom n’a pas cette signification, ou bien 
qu'il y a eu dans les races un mouvement oscillatoire analogue à celui que 
nous avons exposé à la fin de la première section de cette série. Nota. Pour 
résumer le plus succinctement possible ce qui a rapport au mot, je dirai que 
le suffixe peut être (de même que, ap. Kilian : « hamme, ham, vetus sax. ï. q. 
heym : domus, habitatio »), soit l’anglo-sax. hâm : domus, praedium, villa 
(Ettmüller, Lex. Anglos., p. 486), soit le frison et anglo-sax. ham, hamm. 
qui signifie en général tout lieu enclos (Leo, Rectitudines , p. 32; Diefenbach , 
Vergl. Würterb. der gothischen Sprache, H, p. 500). Quant au radical, on 
pourrait l'interpréter par l’anc. haut-all. wal, anglo-sax. väl : caedes, clades, 
strages (cf. Graf, 1, 802), ete.; mais la signification de ce mot et d’un grand 
nombre d’autres de même forme que nous omettons de rapporter (voyez 
par exemple Kilian, aux lettrines Wael, Wal, Wale, Walle) parait moins 
apte à se combiner avec celle du suffixe, que ne l’est Wala ( Glose malber- 
gique) : Gaulois, Romain, Wallon. 

Medietatemque Wasmont in pago Asbain. Wamont, dont il a déjà été 
question. 

lei se termine le diplôme de 946. Par une charte d'environ 950 (selon 
Miræus, 1, 141), Fulquinus concède à l'Abbaye : quoddam praedium in pago 
Braimbant, in loco qui dicitur Dorp, cum dimidia aecclesia et cum una camba 
et sedecim mansis, etc. Selon l'éditeur de Miræus, !, 141 , note 6, ce serait le 
village de Tourneppe, en flamand moderne Dworp ou d’Worp, antérieure- 
ment Dorp ou Dorpe (du moins c’est le nom que portent les cartes anciennes 
et c’est lui qui motive, sans doute, l'attribution de Foppens). Je crois que 
cette explication est erronée. On ne rencontre plus le mot Dorp dans la suite 
de la Chronique, mais on y voit (542. 48) que la villa Turb in pago Brac- 
bantico appartenait à l'Abbaye; de même, dans le diplôme d'Innocent I 


Tour XXVI. 15 


114 MÉMOIRE 


figure in episcopatu Cameracensi villam de Turp cum ecclesia. On ne peut 
douter de l'identité de Turp avec Turb, ni de ces deux formes avec Dorp : 
or, outre que ceci affaiblit déjà le rapport entre les noms, s'il ne l’annule, il 
en résulte qu'il ne peut être question de Tourneppe, puisque église de cette 
villa (altare de Tornepia) avait été attribuée à l’abbaye du St-Sépulcre , à 
Cambrai, en 1138 (Mir., 1, 687), par conséquent antérieurement à la date du 
diplôme par lequel Innocent confirme à l’abbaye de Gembloux la possession 
de la villa et de l'église de Turp. Tourneppe étant donc écarté, je ne vois pas 
d'attribution plus vraisemblable que celle de Tourpes, près de Leuze, ville qui 
était jadis comprise dans le Brabant : voy. Wastelain, p. 415 sqq. (Lothusa 
in pago Brabant, dit une charte de 802, ap. Lac., I, 26; mais il est douteux 
que Lothusa désigne Leuze — d’ailleurs nommée Lutosa, par exemple dans 
le Partage de 870 — , puisque d’après la tradition de l'abbaye de Werden 
elle-même, à qui ce fisc fut donné, il se serait agi de Zele près de Termonde. 
Je ne parle pas des doutes élevés sur l’authenticité de l'acte, parce que le 
fait même, y compris la désignation de la contrée, est garanti par d’autres 
témoignages). Un moyen de vérifier notre conjecture, au moins à l'égard de 
Turb , est dans cette remarque du chroniqueur, que le lieu est placé sur une 
eau que les habitants appellent Oilla (huile), à cause de sa douceur et de sa 
bonté. Je ne puis rien dire de bien précis sur ce détail local , pourtant je vois 
que près de Tourpes se trouve le village de Chapelle-à-Oie, lequel est traversé 
par un ruisseau qui passe aussi dans la commune de Tourpes: le nom de ce 
ruisseau , qui m'est inconnu, serait-il l'Oie, notre Oilla? Nota. Si Dorp est — 
Turb, Turp, comme nous le croyons, il s'ensuit que ce vocable n’est pas le 
mot flamand qui signifie : village, mais seulement une forme flamande don- 
née à un nom d'autre origine. Il en est de même probablement de l'ancien 
nom flamand de Tourneppe, qui serait aussi une altération de Tornepia, 
Donner. Les notes manuscrites de M. Schayes me fournissent un troisième 
cas identique, car j'y vois qu'un même endroit est nommé au XIVe siècle 
Doreppe, Doerpe et Dorpe : je dis un troisième cas, pour autant que ce ne 
soit pas précisément là les formes intermédiaires entre Tornepia et Dorp. 
Ainsi donc, voilà deux ou trois exemples où ce seul mot Dorp pourrait don- 
ner lieu à des inductions ethnographiques complétement fausses. - 
Suit un diplôme de 961 dans lequel on lit : Supradictus abbas Erluinus 
quandam aecclesiam in villa quae nuncupatur Agioniscurta dedit firma stabi- 
litate supradicto fideli Christi Ermenfrido propter villam quae adjacet in comi- 
tatu Asbanio, quaeque ab incolentibus vocatur Steria-monticula. — Agionis- 
curla, nommée ensuite Aiuncort, Ayoncourt, Aincourt (Mir. , 1, 263; LT, 17, 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 115 


28) est Incourt, au S.-0. de Jodoigne. Steria-monticula est appelé simplement 
Sterias par Godescale, et Stirs dans le diplôme d’Innocent : je pense que 
monticula est une expression imaginée par le rédacteur du diplôme (qui en 
a fait par inadvertance un adjectif) pour rendre le mot vulgaire tombe : Srenia- 
AD-MONTICULUM , En rOM, : STIR-LY-TOMBE (On sait que les nombreux monticules 
élevés par les Romains dans toutes les parties de la Hesbaie sont appelés par 
les habitants : tombes romaines , ou simplement : tombes). Je ne découvre pas 
de Stier ou de Stiers à proximité d'Incourt (propter villam quae adjacet), 
mais ce nom se rencontre d’ailleurs assez fréquemment : outre Stiers , proche 
de Bovenistier, et ce dernier nom lui-même, que nous avons déjà mention- 
nés, je citerai le moulin de Stiers, sur la Fleppe, au $. de Cortenaken. 

Une autre charte, de 964, cite la villam Soteiam nuncupatam in comitatu 
Darnuensi; elle est appelée dans une pièce de 841 , ap. Mir., 1, 646 : villa 
Sodeia, in pago Laumensi, super fluvium Geldione. Sigebert écrit Sotheia. 
C’est le village de Soye, sur la Sambre et vis-à-vis de Floreffe. Le ruisseau 
se nomme maintenant Mignat; mais son nom ancien s’est conservé dans celui 
du hameau de Jodion , lequel est proche de Soye et sur le même cours d’eau. 
Jodion, de Geldionem , est un cas tout à fait semblable à Jodoigne, de Geldo- 
nia : nous croyons donc, par les raisons déjà alléguées à ce dernier article 
(p. 93 sq.), que la forme primitive de Geldione était aussi Cazenro ou CaLepio. 

In loco Sonegias dicto. Soignies. Si le Sunniacum du Partage de 870 désigne 
le même endroit, il faut en conclure que la forme ancienne exacte était Sun- 
niacas (d'où Suxiecas, puis, par transposition de l’i : Sunegias ). 

Hercliacum. Probablement Erquelinnes, sur la Sambre , proche de la fron- 
tière française et de l'endroit qui va être mentionné. Pour le mot, comparez : 
Ercliacus, villa in pago Laudunensi (Index topographicus de Thysius), et 
aussi : Herclinze ou Erclencia, cité ci-dessus, p. 65. Malgré que ces noms in- 
diqueraient une autre origine, il est vraisemblable que Hercliacum dérive de 
Hercules : voy. dans Zeuss, Grammatica celtica, p.772 inf., des exemples du 
suflixe acum ajouté à des noms de divinités. 

Fontanas villam , quam Sambra alluit, petunt. Fontaine-Walmont, à l'E. 
d'Erquelinnes. — Profectus tunc fuerat Erluinus ad villam Bermeriacas. 
Quem fratres. insequuntur. À considérer isolément le mot Bermeriacas, il 
faudrait le rendre par Biesmerée (au N.-N.-E. de Florennes), qui est appelé 
Bermerees dans une pièce de 4297 (Mon. Nam., 1, 295), mais comme cette 
attribution ne peut guère s’accorder avec le fait indiqué, à cause du trop grand 
éloignement de l'endroit, il est plus probable que notre Bermeriacas (je dis 
notre, car il n’est pas douteux que ce nom était aussi celui de Biesmerée) 


116 MÉMOIRE 


désigne soit Biercée, au S. de Lobbes, ou Bomerée, au N.-E. du même lieu. 

Gandrinul, Jandrinul. Jandrenouille, près de Jandrain. Ce dernier nom 
est écrit Jandrenc dans une pièce de 1178, selon M. Schayes (notes manu- 
scrites) : notre diminutif, qui est antérieur de plus d’un siècle, montre, 
comme nous l'avons déjà fait observer , que le c final est ici une de ces lettres 
parasites qu'introduisait souvent l'orthographe du moyen âge. 

Templus. Temploux, au S. de Gembloux. Dans le diplôme d'Innocent : 
Templiacus (« censum villae quae dicitur Templiacus »), ce qui est sans aucun 
doute la vraie forme ancienne et non une latinisation arbitraire, car on ne se 
füt certes pas douté au XIII» siècle que Templus pouvait venir de Tem- 
pliacus, par élision de l'i, d’abord, puis syncope du ce, et enfin élision de l'a 
(comparez Montenaken, de Montiniacum; Stabulaus, de Stabulacus: Gem- 
blus, de Gemblaus). De femplum?? Comparez Templeuve, en 1294 : Tem- 
plueve (Mon. Nam., 1, 255), nom d’un endroit proche de Lille. 

Silva obtima.. super fluvium Dions vulgo nuncupatum (Diplôme de la fin 
du Xwe siècle). Ce doit être le ruisseau qui passe par Dion-le-Val et qu'on 
nomme actuellement le Pisselet. Ce village même, ou bien Dion-le-Mont, qui 
en est voisin, est mentionné dans le texte de la Chronique , sous cette forme 
Dion. Le diplôme d’Innocent écrit Diona : « villam de Diona, cum ecclesia , 
terris », etc. : il semblerait donc que Dions est pour Dionus : Dionus fluvius, 
Diona villa. Qu'est-ce que l’allodium de Dium de Walehein (sic), qui figure 
plus haut dans le diplôme d’Innocent? 

Lederna, in confinio Sambrensis pagi. Leernes , près de Fontaine-l'Évèque. 
La même forme se trouve dans une pièce de 1104, ap. Mir., 1, 673 : cum 
ecclesiis in Tudinio (Thuin) et Lederna positis. Comparez pour l’ensemble du 
mot : Lethernacum ou Ledernacum (Lierneux); pour la désinence : Beverna 
cité plus haut, et les noms appellatifs : caverna , lucerna, etc. 

Bavenchin. Beauvechain, en flam. Bevecom. Chin, pour chim (comparez, 
dans la section précédente : Chisechim, Bechechim), est sans doute une forme 
franque de heim (pour la correspondance du ch franc avec le k haut allemand, 
voy. J. Grimm, Geschichte der deutschen sprache, 545 sq.). Ham (par exem- 
ple dans Ham, Bernscham, Brunsham, Holtham, Walaham), qui joue le 
même rôle, s’il n’est point dans tous les cas le même mot (outre la remarque 
au dernier nom cité, comparez Pott, Die Personennamen, 475 , note), appar- 
tient manifestement à un dialecte très-différent. La présence simultanée des 
trois suffixes heim ou haim, chim ou chin, et ham, indique donc que trois 
races thioises différentes ont occupé le sol flamand. Nota 1: Je citerai ici, sans 
m'y arrêter, les passages du diplôme d’Innocent qui ont ou paraissent avoir 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 117 


rapport à notre mot : Ecclesiam de Bossuth, ecclesiam de Baverechin, cum 
terris… Vigesimam partem totius allodii de Bevechin… Ecclesias quoque de 
Bossuth et de Bavenchien, cum omni jure... Decimam sartorum totius silvae 
episcopi Leodiensis apud Bauvenchein. — Nota 2. Nous n'avons rencontré, je 
pense, dans le cours de ce Mémoire, d'autre exemple de la forme ou plutôt 
de l'orthographe haim, qui est gothique (haims), que Gingolonhaim, qui 
n'est encore qu'une correction, à la vérité très-probable, de Guigolonhian. 
Elle n’est cependant pas rare dans les diplômes: ainsi je vois dans celui même 
où se trouve le dernier nom cité (Mir., 1, 654, an. 966) : Adelardus [tra- 
didit| mansam unam in Verechaim super fluvio Sambra, in villa quae dici- 
tur Culiaco, mansas duas (il faut probablement une virgule après le mot 
Verechaim , la détermination : super fluvio Sambra, devant se rapporter 
[aussi?] à Culiaco, si ce nom désigne Couillet, comme il y a apparence) : — 
le e qui précède haim appartient-il au radical ou au suffixe? Dans ce dernier 
cas, ce serait donc une forme mixte. — In pago Brabantinse super fluvio 
Ippinghohaim mansas quinque, silvas ad porcos centum (le suffixe haim n'é- 
tant pas convenable pour un nom de rivière, on peut supposer que le texte 
portait : super fluvio [le nom en blanc], in villa Ippinghohaim , ete.). 

Heis. Autre nom pour Mellery, comme on le voit à la page 546, L. 15, où on 
lit : ên villa Melenriu, quae etiam Heis dicitur a contiqua silva quae ita nomi- 
natur. Le nom actuel de cette forêt est Bois-de-Hez (à l'O. de Mellery) : elle 
s'étendait probablement jusqu'a Sombreffe, qui est au S. de cet endroit: 
du moins un interpolateur a intercalé (à la page 538, 1. 30) entre les mots èn 
silva Heis : « Sombresiae et » (in silva Sombresiae et Heis). 

Sombresia a été également intercalé dans un passage auquel nous amène la 
suite de nos extraits. Après les mots ef novellam aecclesiolam in Heis, le texte 
original ajoutait : decimam quoque in Bernunfait Gemmelacensi tradidit aec- 
clesiae : une main du XIIe siècle fait suivre « Bernunfait » des mots : seu in 
Sombresia. Ce nom serait donc synonyme de Bernunfait (lequel ne semble 
pas avoir laissé de trace) et, comme il n'apparait dans notre texte que sous 
forme de glose, il daterait d’une époque postérieure à celle de Sigebert? Que 
penser, d'autre part, de la forme Sombresia? Nous doutons, à la vérité, qu'elle 
soit correcte, car déjà le diplôme d’Innocent écrit Sombreflia, et une pièce 
de 1209 (Mon. Nam., p. 152) porte, de même, Sombreffe. Néanmoins, dans cet 
état de choses, il faut provisoirement renoncer à l'étymologie, d'ailleurs si 
séduisante, de l’auteur du Désert de Marlagne : Pont-sur-Son (tel est le nom 
du ruisseau qui passe par Sombreffe). Du reste, pour ne rien celer, cette éty- 
mologie présente d'autres motifs de doute : où rencontre-t-on encore dans le 


118 MÉMOIRE 


reste de la Belgique le suflixe briva? nulle part , que je sache : il serait donc 
bien étonnant qu'il se fût conservé justement dans un endroit situé sur un 
ruisseau de si peu d'importance que l'on ne peut croire que nos ancêtres, les 
Celtes, eussent besoin d’un pont pour le traverser. Ensuite, est-ce que briva 
serait devenu brefjia? Je croirais plutôt, d’après l’analogie de Samara, Sam- 
bra, Suminara, que le nom ancien du ruisseau était Sumara (ou même 
Suminara) : d’une part en viendrait par apocope le nom moderne Som (com- 
parez Somme de Suminara : voy. p. A); de l’autre, par adjonction du suf- 
fixe esia ou efjia, le nom du village bâti sur ses bords : Sum’r'eflia, puis 
Sombreflia, par l'intercalation presque nécessaire du b entre les lettres m 
et r. Ce dernier suflixe effia (effe), que j'ai attribué de préférence au mot, est 
trés-fréquent en pays wallon et surtout au nord de la Sambre et de la Meuse. 
ce qui ajoute beaucoup à la vraisemblance de notre conjecture. 

Florinis (ablatif). Florennes. Au cas direct: Florinas : « in loco qui dicitur 
Florinas » (diplômes de 1050 et 1120, ap. Mir., IV, 4). Nous avons déjà fait 
remarquer que la terminaison as s’employait en ancien roman pour le nomi- 
natif singulier de la première déclinaison latine (voy. Wilh. Grimm, Glossae 
Cassellanae, ad D 16); Florinis, cependant, est au pluriel : sans doute parce 
que les rédacteurs des chartes confondaient la terminaison romane as avec la 
terminaison latine de même forme. 

Fundum proprietatis suae quod Tortosa vocatur, in parochia Basciu, tra- 
didit Gemmelacensi loco. Et quia.… comes infra parochiam Gemmelacensem 
habebat aliquot mansos... in viculo Eyneis dicto, facto iterum justae commu- 
tationis ratiocinio, Tortosam ipse recepit.. Eyneis vero proprietati aecclesiae 
Gemmelacensis transcribi fecit. — Basciu, qui figure immédiatement après 
sous cette même forme dans un diplôme de 1018, est Baizy, au sud de Ge- 
nappe. Il ne parait plus exister dans son voisinage de Tortosa (pour tortuosa ; 
ou est-ce le même nom que Tortose, en Espagne?). Eyneis, écrit aussi Eineys 
et Eneis, désigne Énée, proche de Gembloux. 

Le diplôme dont nous venons de parler fait mention de l’aecclesia Nivigel- 
lensis, c’est-à-dire de Nivelles. Cette forme, ou le substantif Nivigella, se 
rencontre fréquemment (p. e. Mon. Germ., VI, 448. 50, 558. 39), mais on 
trouve aussi souvent Miviala (Mir., 1, 503, an. 897 , sous la forme adjective 
Nivialensis), Nivalis (Mon. Germ., VI, 154. 54), Nivella (Mir. L, 502, an. 877). 
Une variété de forme, plus singulière encore, vu l’époque à laquelle elle appa- 
rait, est Niella, dans le Partage de 870 (Mon. Germ., Script., 1, 489, note 14, 
Leg., V, 517, 1. 30). Zeuss, qui rapporte d’après les Bollandistes les formes 
Nivella, Nivialla, Nivigella (Gramm. celt., p.68), cite aussi d’après les mêmes 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 119 


(Sept., 5, 601) : Nuella. Comparez ci-plus bas le mot Wiel. P. S. Sur les mon- 
naies mérovingiennes (Guillemot, Catalogue des légendes des monnaies mé- 
rovingiennes) : Nivialcha. 

Puceu ; diplôme d’Innocent : Puccium (accusatif). Poucet, près de Hannut 
(dans la section précédente Puceis, Puchey), ou Pousset, près de Waremme ? 
Dans la première alternative, et les formes étant à peu près contemporaines, 
il faudrait changer celle du diplôme d’Innocent en Puceium , nom. Puceius. 

Ferolt, Pheroth. Feroz, au S. de Gembloux. 

Mainil, Mannil, Manilz, Masniz, etc. Grand-Manil, à l'O., ou Petit-Manil, 
au N.-N.-E. du même lieu. 

Ici commence le texte de Godescale. Il est bien entendu que nous avons 
déjà inscrit aux articles qu’elles concernent les formes des noms employées 
par cet auteur. 

Niel. Nil-St-Vincent (ou l’un des trois autres endroits du même nom qui 
sont voisins de celui-ci), au N. de Walhain. Si ce nom de Miel n'était aussi 
commun en pays flamand et rhénan (un, non loin de Trèves, à l'O. de 
Bittburg, un autre près de Cologne , celui-ci nommé Miele en 927, Lac., 1. 
88, etc.), on pourrait croire, d’après l'exemple que nous avons vu à l'instant. 
qu'il vient de Vivella (Nivigella) ou de Vigella (un lieu de ce nom figure dans 
le Cartulaire de St-Père de Chartres). P. S. J'apprends de M. Franquinet , 
archiviste à Maestricht, que le vrai nom flamand du village de Nivelle sur la 
Meuse (voy. ci-dessus, p. 102, et à la 5° série) est Miel. Il devient donc vrai- 
semblable que cette forme est effectivement une altération thioise de Nivella. 

In villa etiam quae Castris dicitur (542. 46). In villa quae dicitur Castra 
(346. 1). Chastre, à l'O. de Walhain. 

Lirul. Liroux, hameau proche de Gembloux. 

Genitinis (ablatif). Gentinnes, près de Mellery. 

Waresch. Waret. La même forme existe dans une pièce de 1209 (Mon. 
Nam., 1, 132 med.); dans le diplôme d’Innocent : Wares ; dans un document 
de 1276 (Mon. Nam., p. 11 sq.) : Wareis. Il n’est pas douteux que ce nom 
porté par plusieurs villages voisins ne fût primitivement celui de la con- 
trée où ils se trouvent et qui s'étend depuis Waret-l'Evèque , à l'E., jusqu'à 
Warisoux (= Perrr-W ares) , à l'O. : c'est ce que montre la FRA ER de 
Ville-en-Waret donnée à un village proche de Franc-Waret. Notre texte, 
cependant, entend déjà un des villages par ce nom, mais je ne puis dire 
lequel. Comparez pour le mot les noms de peuples Warasci, Waresci (ap. 
Graff, V, 740) et le pagus Warasch (en Franche-Comté) mentionné dans le 
Partage de 870 (489. 1). 


120 MÉMOIRE 


Harenton; diplôme d’'Innocent : Harentun. Harton, à VE. de Gembloux 
et près d’Argenton, comme le dit une charte de 1229, ap. Mir., 1, 302 : 
locum qui dicitur Argenton prope Harenton. 

V'alle (ablatif). Sans doute Alvaux (= à l Vaux), au S. de Gembloux. 

Belriu ; dans un diplôme de 41123 (552 inf.): Belrius ; dans celui d’'Innocent : 
Bellorivo (ablatif), forme employée aussi par notre auteur (548. 27). Beau- 
rieux , près de Mont-St-Guibert. 

Melenriu. Mellery. Dans le diplôme d’Innocent on lisait sans doute : 
Villam de Welenrivo ; mais le copiste ou l’imprimeur en a fait Meleurnio. 

Suvrei, Sovrei. Souvret, entre Gosselies et Fontaine-P Évêque. 

Corcellis (ablatif). Ganrcalloé , proche de Souvret. 

Marebaco (ablatif), Mahobeis Marbaix, entre Gembloux et Nivelles. Une 
pièce de 1099, ap. Mir., [, 670 sq., porte la forme actuelle; dans une autre, 
de 1101 (ibid., 672 sq), on lit (au génitif) : Marbasiae; dans une troisième de 
1155 (Chap., IF, 108) : Marembais. 

Lupun, Lopun. Loupoigne, près de Genappe. En 966 (Mir., EL, 654) : Lupo- 
nio (pour Luponium), d’où la forme actuelle. Il est probable que les nôtres 
doivent être lues Lupung, Lopung, comme il est écrit dans une pièce de 
4197 , ap. Mir, IV, 745. 

Warnerus comes tradidit unum mansum in Dion, et uxor ejus duos in 
Morceshem, et unum in Malbrovias, quod dicitur in Ruoz. Ille mansus in 
Dion solvit 4 solidos et 8 gallinatios. Hi duo in Morceshem solvunt 10 solidos 
Lovaniensis monetae et 4 gallinatios. Ile in Malbrovias 5 solidos Nivigellensis 
monelae, et ila ut immunes essent ab omni servitio, nisi Gemblensis aecclesiae. 
À l'exception de Dion, dont j'ai parlé plus haut, je n’ai pu découvrir aucun 
de ces endroits. Morceshem doit se trouver en pays flamand , d’après la forme 
du mot, et non loin de Louvain, puisque la redevance s’y payait en mon- 
naie de cette ville. Malbrovias, par cette même raison , doit être cherché dans 
le voisinage de Nivelles. Je remarque que, d’après la ponctuation de l'éditeur, 
Ruoz serait le nom vulgaire de Malbrovias. Je croirais plutôt que les mots 
quod dicitur doivent être placés entre deux virgules, la phrase signifiant alors 
que Malbrovias était une localité dépendante de Ruoz—: au lieu dit Malbro- 
vias, à Ruoz — : le fait de la dépendance est, en effet, aussi fréquent que 
celui d’un surnom l'est peu. 

Halley. Hallet, proche de Hannut, comme nous l'avons déjà vu dans la 
4re section de cette série (p.71). 

Villa S° Gaugerici. St-Géry, à l'O. de Gembloux. 

Jalce (ablatif). Jauche. 11 à déjà été question de ce nom (p. 88 inf.). 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 121 


In villa quae nunc Mons-S"-Guiberti dicitur. Mont-St-Guibert. 

(de) Vileyr. Un des Villers qui sont dans le voisinage de Gembloux. Cette 
forme V'ileyr , au lieu de Vilers, comme porte le diplôme de 946, vient-elle 
du cas ablatif? 

Cortem Gemmelacensem quae Capella dicitur. Je ne puis désigner l’en- 
droit d’une manière certaine; peut-être est-ce Chapelle-St-Lambert, près de 
Lasne (anciennement Lanehe : pièce de 1244, ap. Mir., III, 410). 

Culturas agroruin in villis et municipiis, hoc est Sterias, Jandriqul (lisez 
Jandringqul = Jandriniul), Sotheiam, Bavenchin, Dion, ‘ Genehen, * Sovrei, 
Niel, * Pictam-villam, Eyneis, Capellam, prout valuit bene et oportune dispo- 
suit. ‘ Je soupçonne une altération dans ce vocable, qui ne se rencontre pas 
ailleurs et auquel je ne puis trouver d'attribution. Les noms commençant 
par Gen sont d'ailleurs fréquents dans les parages où nous sommes; ainsi 
Jenvaux , près de Gembloux, à l'E. ; Genval, au N. de Lasne; Genleau, dans 
cette dernière commune même; Gentinnes (Genitinis), cité plus haut; 
Geninne, nom, du reste, également inconnu, qui est mentionné dans une 
charte de 1214 (Mir., 1, 299) immédiatement après Warisoul, ete. * Dans le 
diplôme d’Innocent : Sofrey. Sans doute, forme de Suvrei (Souvret). * Même 
forme dans le diplôme d’Innocent. L'endroit est proche de Gembloux , à l'O. : 
il est appelé Pondeville dans la carte de Vandermaelen, Pandeville, Pain- 
ville, etc., dans les cartes anciennes. Les autres noms nous sont déjà connus. 

In villa quae Rosiris dicitur. Dans le diplôme d’Innocent : Roseriis. Rosière, 
près de Perwez. ou Rosières, près de Wavre. Le radical du mot est-il le latin 
rosa, ou le gothique raus (d’où roseau) ? 

Wastin. Wastines, au nord de Perwez. 

Engrannus de’ Balastra. dedit nobis in Leodio unde annuatim persolvun- 
tur 30 denarii, et vineam in *Juniaco, et in Genitinis tres solidos , et in * Tillir 
et in ‘ Huten tres solidos, et in * Gondulpunt partem molendini.  Balâtre, à l'E. 
de Fleurus. *On lit dans le diplôme d’Innocent : Apud Leodium duos mansos… 
el vineam unam apud V'iniacum. I est évident que les deux textes ont en vue 
la même localité et que le second donne son véritable nom : finiacum doit. 
en effet, désigner ’ivegnis, nommé dans le Cantatorium, comme nous l'avons 
vu (p.34) : Vineias et Vingitis. * Tillier, près de Waret-la-Chaussée; dans 
une charte de 4197, ap. Mir., IV, 715 : Tülhir, Tilhier. ‘Houtain, près de 
Nivelles. Huten est absolument la forme actuelle, « se prononçant comme le 
ou français. La pièce que nous venons de citer écrit Holtain, ce qui se rap- 
proche de la forme primitive Holtham ou Holtheim (voy. plus haut, p. 105). 
* Gaudempont , dans les anciennes cartes: Godeuxpont. dans celle de Van- 


Tous XXVI. 16 


129 MÉMOIRE 


dermaelen, proche de Blanmont , au N. de Gembloux. Gondul est sans doute 
le nom d’homme Gundulphus. 

Campus quidam municipio Eineys erat contiquus. Hic a priscis temporibus 
a nostri loci abbate ruricolis fuerat contraditus, eo pacto ut, terra exculta, 
quartam garbam inferrent horreis aecclesiae. Tempore autem procedente, ob 
sterilitatem ab agricolis neglectus, vacabat urticis, rubis et sentibus. Hunc 
itaque vacantem domnus abbas Liethardus vestiario addidit.… Vestierarius ita- 
que terram marla et fimo inpinguatam aratro excoluit…, omni genere laboris 
IV'ineritilio (sic enim ager vocabatur) curam impendit. — Wineri-tilium est un 
composé tudesque dont les deux portions sont latinisées : winner, dérivé du 
verbe anc. sax., anglo-sax., etc., winnan, signifie en anc. flam. : cultivateur, 
colon (je ne trouve pas Le substantif dans les autres dialectes bas-allemands) ; le 
radical de tilium est le verbe anc. sax., anglo-sax., etc., tilian (cultiver la terre), 
mais je ne puis dire si ce substantif latin en a été formé directement, ou sil 
est tiré d’un primitif tudesque : dans le premier cas, c'est-à-dire s’il n'existe 
point dans les dialectes allemands de substantif auquel on puisse rapporter 
le mot tilium, il résulterait que ce vocable Wineri-tilium est factice et n’ap- 
partenait pas à la langue populaire. 

Dudinsart. La charte de donation porte dans la copie de Miraeus (car celle 
de notre auteur ne contient pas ce passage) : tradidisse Deo et S" Petro quod- 
dam praedium Dudinsart dictum , in Eremo juxta metas parochiales de Bra- 
nia (1, 585). Cet Eremus, ou désert, était probablement aux environs de 
l'endroit nommé l’Hermitage, au S. de Braine-le-Château. Les cartes indi- 
quent tout auprès une chapelle de Notre-Dame-au-Bois. Toutes ces circon- 
stances montrent qu'il faut lire dans le diplôme d’Innocent : Heremum 
S'*-Mariae apud Brenam , cum ecclesia, au lieu de Herenium , etc. 

Filforth. Vilvorde, entre Bruxelles et Malines. 

Birbais. Probablement Bierbais, près de Mont-St-Guibert. Une charte de 
1187 (Mir., IV , 245) est signée par Michael et Theodoricus fratres de Birbacis ; 
dans deux autres de 1260 et 1265 (Mon. Nam. I, Table onomastique, v. Bir- 
bais) figure un Theodoricus de Birbaco : je remarque que dans ces noms, qui 
peuvent désigner également Bierbeek au S.-0. de Louvain, le suffixe est haut- 
allemand. 

Orbais. Orbais, près de Perwez. 

Felliu. Féluy , au S. de Nivelles. 

Sivirei. Nom d’une villa où Henri de Loupoigne et Gérard de Marbais 
avaient des possessions qu'ils cédèrent à l’abbaye de Gembloux. Sans qu'il en 
dise la raison, l'éditeur tient ce nom pour une variante de Suvrei. Pour moi, 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 125 


en l'absence d'autre indication que la forme même du mot, j'aurais plutôt 
conjecturé Sivry, dans le Hainaut (au S. de Beaumont); mais comme le diplôme 
d'Innocent mentionne , outre Sofrey, qui est évidemment — Sovrei ou Suvrei, 
decimam quoque in villa Sarrei xz bonariorum terrae et amplius, je crois plus 
probable que Sivirei et Sarrei sont le même nom et qu'ils désignent Serrée, 
dépendance de Bothey (d’après le Dictionnaire; les cartes ne le portent point). 
Une de ces formes étant dans cette supposition nécessairement corrompue, 
on pourrait, à la vérité, s’en tenir à la première et par suite à l'attribution 
que nous avons d’abord proposée; mais Sivry est fort loin de Gembloux, 
tandis que Serrée en est très-rapprochée. — Ce nom clôt le dernier document 
que nous nous sommes proposé de compulser. Nous ajouterons pour complé- 
ter cette série quelques noms choisis dans nos listes parmi ceux qui parais- 
sent offrir le plus d'intérêt. 

Vendracum. Védrin, proche de Namur, au N. (Mon. Nam., E, p. 158, 
an. 4229), dans une pièce manuscrite de 1313 f’endring : cette transfor- 
mation de la désinence, qui est anormale , semble provenir de ce qu’on aura 
donné un son nasal au dérivé régulier VExDRar. 

Beqgae-, ou Begqae-locus : « Willelmus miles, dominus de Alta-ripa et de 
Beqgae-loco ». « Tam ex praedicta terra quam de terra Begqae-loci ». (Mon. 
Nam., 1, 157, 159, an. 1229). Alta-ripa est Atrive sur la Méhagne, entre 
Avin et Moxhe. Je ne trouve d’autre trace de Begae - ou Begqae-locus que 
Begelos, nom de famille, dans d’'Hemricourt, p. 243 inf. 

Indensis aecclesia (pièce citée , p. 138). Probablement Ines (Ines-les-Dames 
ou Ines-Sauvages), nommée Yennes, Ynnes, dans un MS. de 1315. Le primi- 
tif est sans doute Inda, qui était aussi le nom ancien de Cornelimünster , et 
qui prenait comme tel la même forme adjective Indensis (Lac. 1, 72, an. 878). 

Les noms suivants sont un peu en dehors du cadre que nous nous sommes 
tracé : leur importance nous a paru suflisante pour motiver une exception. 
Ils sont cités dans trois diplômes parallèles, ap. Mir:, [, 502 (an. 877), 505 
(an. 897), 510 (an. 1059); comparez 676 (an. 1112), 584 (an. 1156) : 

Rosbacem, Rosebache, Rosbecca : Rebecq, en flam. Rebeek. 

Tobacem, Tobacio et Thobace, Tubecca, Tubeca : Tubise, en flam. Tubeek. 

Gaugiaco, Gaugiaca (scil. villa), Goiaca, Goy : Ghoyck. 

Liniacum, Liniaca ( seil. villa), Lennecha : Lennick. 

Wambacem, Wambach, Wambecca, Wambecka : Wambeek. 

Remarquons d’abord que les trois derniers endroits sont situés sur une 
ancienne chaussée attribuée aux Romains. 

Le suflixe de Rosbacem, Rosebache et de Wambacem, Wambach , est le 


124 MÉMOIRE 


mot haut-allemand bah, pah, bach, — scandinave beckr, anglo-sax. becc, 
flam. beke, beek (ruisseau). Au premier aspect, il semble en être de même de 
Tobacem, Tobacio, Thobace, Tubecca; mais Tobach eût produit Tubais et 
non Tubise. Pour expliquer cette dernière forme, il faut admettre que le nom 
ancien était Tobiacum (comparez Tolbiacum : Zülpich), ce qu'indique déjà la 
leçon Tobacio qui parait due à une inversion volontaire où à une faute de 
copiste: la présence de la lettre b avant cette désinence iacum a dû néanmoins 
faire croire à la population thioise que le suflixe était bach, ce qui explique 
les formes Tubecca, Tubeca, Tubeek. Il s’ensuivrait donc que de ces cinq 
noms d'apparence flamande, sous leurs formes actuelles, trois seraient d'ori- 
gine celto-romaine et deux d’origine haut-allemande. 


TROISIÈME SÉRIE. 


ee 


Noms modernes et anciens des principaux endroits situés sur les bords de la 
Meuse, depuis Givet jusqu’à Maestricht. 


— 


Givet. — Gabelium, Givelium (voy. à la 1re série, pp. 29, 55, etc.). 

Heer. Sans doute l'endroit nommé Oire-sour-Mueze dans une pièce romane 
de 1280 (Mon. Nam. 1, p. 18) et, à l'ablatif, Ore, dans une pièce latine de 
l'an 1200 (Arnulpho de Ore, ibid., p. 6). M. de Reiffenberg rend ces deux 
noms par « Oret, commune du canton et à une lieue */, de Florennes ». Il à 
omis d'ajouter : à 4 lieues, environ, de la Meuse. 

Hermeton-sur-Meuse. Le ruisseau portant le même nom d’Hermeton. est 
appelé Ermenton dans une pièce de 1280 (Mon. Nam. L, p. 86 inf.) : il faut 
donc probablement corriger le « Hermeatones » d’un diplôme de 654 (Mir., 
IT, 2, d’après Gramaye) en Hermentones. 

Hastière. —Hasteria, « quae sita est in comitatu Coivense », dit un diplôme 
de 910 (Mir. IL, 805) : lisez Coviniense? —: le comté de Couvin? 

Waulsort. — Walciodorus (Mir. L. L.). En roman : Walchierre, Wachere, 
Wauchuerre (lisez ainsi, au lieu de Wanchuerre), Chap., Il, 247 sq., Wa- 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 125 


chuere, Mon. Nam., I, p. 295, an. 1297 (M. de Reiïffenberg, qui, soit dit en 
passant, ignore aussi l’attribution de ce nom, indique par erreur à la Table 
onomastique la p. 215), Wasseres, dans plusieurs cartes anciennes. Ces 
formes proviennent d’une prononciation négligée de Wazcwiome, qui $erait 
la vraie forme romane (en français on dirait Vaussieure : comparez Soleure 
de Salodorum | Partage de 870 |). D'après le biographe de saint Forannan 
(Boll., tome II d'avril, p. 816) cité par M. Schayes, Les Pays-Bas, 11, 568, 
ce nom, qu'il écrit Wälsiodurus, signifierait : vallis decora. Je ne puis dire 
si cette étymologie doit être prise au sérieux ni en quelle langue le mot 
aurait ce sens. 

Freyr. Entre S'-Hubert et Amberloux se trouve une forét du même nom. 

Anseremme. — Anseromia (Cantatorium, 570. 45). 

Dinant. — Deonant, sur les monnaies mérovingiennes (Guillemot, Cata- 
loque des légendes des monnaies mérovingiennes, La Rochelle, 1845); in 
vico Deonanti (Charte de 824, ap. Ritz, n°5); Deomant ( Partage de 870. Le 
m pour » est sans doute dü à une erreur de l'écrivain ou du copiste); Dinantis 
(Anonyme de Ravenne). On voit, d’après ces noms authentiques, que la forme 
ancienne vulgairement admise : Deonantum, est fautive quant à la termi- 
naison. Le suflixe paraît être le mot celtique bien connu nans, nant, qui 
signifie : vallée, et : ruisseau, torrent (comparez Zeuss, 1119. La seconde 
signification s’est conservée en Savoie jusqu'à ce jour); je ne me hasarderai 
pas à interpréter la première moitié du mot. Nota. Entre autres noms de 
même terminaison , je citerai celui de Warnant, qui appartient à deux villa- 
ges fort éloignés l’un de l’autre : l’un d'eux est à peu de distance de Dinant, 
au N.-0.; l’autre est situé en Hesbaïe. ( War = bas bret. war : sur, dessus, 
au-dessus, ou cymr. gwdr : doux, paisible —?). 

Leffe. — Lefjia (Mir., IH, 616, an. 1152). L'adjectif étant Lefflensis (Ber- 
tholet , IV, xlij , an. 4200) et la forme romane Leffle (Ms. de 1550), on peut 
douter de l’authenticité de Leffjia. (Liroza —: voy. plus bas l'art. Live, —?). 

Bouvignes. — Boviniacum, selon Dewez (Géog. anc. du dép. de Sambre- 
et-Meuse) et Schayes (Les Pays-Bas, Il, 491). 

Anhée. — Anheia (Mir., IV, 502. 1 inf., ancienne pièce sans date). 

Houx. — Herux (Annales de la Société archéol. de Namur, 11, 87 inf.)? 

Poilvache. Le nom véritable de ce château-fort était Esmeraude ou Me- 
raude, 


Mais la gent enviouse et baude, 
Cil de Hui et cil de Dinant, 


126 MÉMOIRE 


Si l’apieloient, par corine, 
Poilevaque, et par grant haïne, 
Por çou que devant leurs estaces 
Prendoient lor pors et lor vaces, 


dit Phil. Mouskés (mort probablement en 1242, année où finit sa Chronique), 
vv. 29762 — 29770. Poilevache, dans une pièce de 1245 (Ernst, VI, 227, 
n° 4653); ailleurs Poilvaiche.— Poiler est un verbe ancien-francçais bien connu, 
qui signifie : arracher les poils, et : peler; ainsi on lit dans le même Phi- 


lippe Mouskés , v. 18393 : 


La vile poilent com escorce. 


De là à piller, la transition est toute naturelle (ce que montre déjà le vers 
cité); mais poiler peut être ce dernier mot lui-même, puisque l’une des 
deux étymologies qu’on propose pour celui-ci (Diez, Lexicon etymologicum , 
p. 265 sq.) est précisément le verbe pilare (verbe que plusieurs auteurs, du 
reste, ne distinguent pas de pilare—selon Diez pilare= expilare— : piller ). 
De toutes façons, par métaphore ou au sens propre, Poilevache signifie donc: 
Pille-vaches. (Castrum, quod Smaragdus vel Pilans-vacca — lisez vaccas — 
ab incolis terrae illius vocatur, dit Gilles d’Orval, ap. Chap. , IT, 262 inf.). 

Yvoir. , 

Godinne. — Godines (Mon. Nam. 1, p. 18, an. 1280). 

Rouillon. 

Rivière. 

Burnot. Le Burnot ou Burnooz, qui se jette ici dans la Meuse, est nommé 
Bornon, Bornom, dans des pièces de 914 et 918, ap. Mir., IE, 806; 1, 542 : 
Bronium monasterium (Brogne, maintenant St-Gérard).. super rivum Bor- 
non situm. Il est évident que ce nom doit être attribué aussi au village, mais 
il a probablement ici la forme de l’accusatif , car ce dernier est appelé Bornois 
dans une pièce manuscrite de 1350. 

Profondeville. — Parfunde-ville, en 1240 (pièce manuscrite). 

Folz ou Fooz. 

Dave. — Daveles (voy. plus haut, p. 32, ad an. 1067; d'Hemr., pp. 15, 
17, etc.) — d’où ensuite Davles, Dave— ; d'autre part: Daules (Mon. Nam. I, 
passim) , qui est la forme romane commune, tandis que celle en v est spécia- 
lement wallonne (voy. la remarque). Pour Modave, en Condroz, on trouve de 
même Mandaules et Mandaveles (Mir., IV, 522. 2, an. 1185; d'Hemr..), ensuite 
Modaules, Modaveles (d'Hemr.); pour Stave, entre Sambre et Meuse: Staules 
(Mon. Nam., 1, 132, an. 1209); de même pour Étalle, province de Luxem- 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 127 


bourg, et, de plus : Estables (Jeantin, Chronique d'Orval, pp. 425, 427). 
Cette dernière forme donne l’étymologie de la désinence , qui doit être le lat. 
abulum, ou plutôt abulis (dat. ou abl. plur.), et, en effet. je vois que Étalle 
est nommé Stabulum dans une charte de 1097 (Jeantin, Chroniques de l'Ar- 
denne , K, p. 156 inf.) : comparez le roman estaule, le wallon stâve, stauve 
(en dialecte liégeois st), qui dérivent du nom appellatif stabulum. Ceci 
explique done les deux derniers noms, mais quant aux deux premiers, je ne 
vois pas ce qu'ils peuvent signifier. Nota. Les monuments les plus anciens de 
la langue romane présentent cette transformation de la combinaison latine 
ab°l en aul : ainsi estaule, = stabulum, se trouve dans les Sermons de saint 
Bernard (ap. Roquefort, s. v.) et diaule,= diabolus, deux siècles et demi plus 
tôt, dans le Chant de sainte Eulalie (v. 4). Le wallon a changé indifféremment 
le b en w (Diez, Grammatik, 1, 185) ou en v (ainsi {dve = tabula, dial, 
c'est-à-dire diaul, = diabolus). Si j'ai dit que les désinences aveles, aules , 
viennent plutôt du datif ou de l'ablatif pluriels que du nominatif singulier, 
c'est non-seulement à cause du s final, mais aussi parce qu'aucune de ces 
désinences n’a subi la contraction en à que présente le mot liégeois std. 

W'épion. — Wépillon (pièce manuscrite de 1409). 

Jambe.— Jamneda, Jameda (Mir., IV, 572, an. 1141; 11, 818, an. 1154). 

Enhaive. — Anheve. 

Namur. La forme la plus ancienne et qui est restée longtemps la plus 
usuelle est Namuco (Namucum ou Namucus?) : c'est celle que l’on trouve 
nommément sur les monnaies mérovingiennes (Guillemot, Catalogue, etc.). 
au bas d’un diplôme délivré en 693 par Clovis HI (ci-dessus, p. 20), d'un 
autre, de lan 824 (Ritz, n° 5), etc. Les Chroniques de Flodoard (mort 
en 966) ont déjà, cependant, la forme Namuurum (Mon. Germ., IH, 405. 
16), et la forme mixte Namurcum se lit déjà, aussi, dans quelques documents 
anciens (on cite la Vie de saint Bertuin, Acta SS. Belgü, V, 180). Enfin 
l'Anonyme de Ravenne (IX: siècle?) dit Namon, ce qui est le nom flamand 
actuel (Namen). Ces différents suflixes sont-ils effectivement des dérivations 
différentes du même radical, ou bien sont-ils réductibles en un seul suflixe 
primitif ? Je me bornerai à rapporter ici un cas analogue, celui de Remich 
(dans le grand-duché de Luxembourg), anciennement Remacum ou plutôt 
Remiacum, qui se dit en français Ramur (Itinéraire du Lux. germ., p. 157 sq.). 
Pour le suflixe wco comparez Aduatuci, Aduatuca; pour le mot Namuco: 
Nameka (voy. plus bas). Nota. Le mot a incontestablement une apparence 
celtique : nam figure comme radical dans Namnetes, nom d’un peuple gau- 
lois : comparez aussi nem : ciel; nemet : 1° temple; 2 forêt — Zeuss, pp. 11 


198 MÉMOIRE 


inf., 102 med., 186 sup. —? Pour le suflixe wc, voyez cet auteur, p. 772 sup. 

Beez. 

Live. Selon Eus. Salverte, Essai. sur les noms d'hommes, etc., 1, p. 32: 
« au-dessus de Nogent-sur-Seine, dans une digue destinée à soutenir la 
rivière au niveau nécessaire pour le mouvement d’une grande usine, le pas- 
sage ouvert au débordement des eaux surperflues s'appelle le Livon », mot 
qu'il dérive du celt. lif, liv : « débordement » (cymr. {lif, fém., bas-bret. 
livaden, fém. : déluge, inondation; du verbe bas-bret. liva ou linva : débor- 
der, inonder). : 

Brumagne. 

Marche-les-Dames (le surnom vient de ce qu’il s'y trouvait une abbaye de 
dames nobles). — Marka (Mir., IF, 617, an. 1152). 

Namèche. — Nameka (ci-dessus, p. 35 sup.). 

Sclayn.— Scladinium (Quix, Codex dipl. Aquensis, p.54, n° 80, an. 1136). 

Andenne. — Andana (Partage de 870). 

Seilles. — Seyllis, Seillis (ablatif), dans la pièce citée à l’art. Sclayn. On 
ne peut douter que seille ait été un nom appellatif pour : forêt. L'abbaye de 
Hauteseille, en Lorraine, s'appelait en latin Alta-Silva (Bertholet, IV, xxiv, 
an. 1174), et beaucoup de bois en Ardenne et en Condroz portent les noms 
de Baseille et de Haseille, c'est-à-dire : Basse- et Haute-forêt. Comparez aussi 
Forseille, nom d’un village situé au sommet de la côte qui s'élève derrière 
Seilles et, sans doute, hors de la forêt dont cette côte est encore couverte 
en partie. Mais d’où vient ce mot? Il ne semble pas que ce puisse être de 
silva , qui, d’après la théorie, doit prendre en roman la forme selve et qui l'a 
prise en effet (voy. le Glossaire de Roquefort, et, Mon. Nam, 1, p. 20, dans 
une pièce de 1281 : bos del grant selve). Je crois donc qu'il faut recourir pour 
l'étymon à l’ancien cornique kelli, gaél. caill (Zeuss, 1118, 824), qui a la 
même signification. Ce primitif expliquerait en même temps plusieurs formes 
ou noms dont il serait d’ailleurs fort diflicile de rendre compte, Ainsi, le 
village de Celles, en Hesbaie, est appelé par d'Hemricourt (p.246 sq.) Chayles, 
Chaylhes : cette forme, qui est incompatible à la fois avec les mots silva et 
cella, pourrait s'expliquer par la forme gaélique caill. Je remarque, pour 
prévenir l’objection que les deux dialectes ne peuvent avoir coexisté dans 
le même pays, qu'il ne s’agit même pas ici de ces dialectes comme tels, mais 
d’un ancien idiome celtique où pouvait exister sous une forme unique, ou 
sous deux formes rapprochées (p. e. keïl, kail?', le primitif qui s’est dédoublé 
en kelli, call. 

Reppe. Anciennement, sans doute, Repes, de même que Repen, près de 


ht mt tt ES à 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 129 


Tongres. 11 y a deux autres Reppe dans la province de Namur, l'un près du 
bois de Haute-Arche, l’autre près d’Andenne (selon la carte; d'après le Dic- 
tionnaire : Sur-la-Reppe). Nous avons vu dans la 2e série que Otreppe, comme 
s'appelle entre autres un village peu distant de Reppe, au N.-0. (près de 
Bierwart), parait signifier : vieux-Reppe. De l'identification de ce nom avec 
celui de Oltrep, en Frise, et de ce dernier avec Aldgrepeshem, il ne résul- 
terait pas nécessairement que le primitif est Grepes, car la gutturale est sujette 
à se préposer, comme à se perdre, devant la lettre r. Nota. Bierwart, que 
nous venons de mentionner, est une de ces formes altérées sous lesquelles se 
déguise complétement l’étymologie. Il suffit, cependant, ici d’un bien léger 
changement pour la rétablir : Bierwart, en effet, dans les anciens documents 
(p. e. dans un MS. de 1350) Bearewart, est pour Bia-r'wart — franc. beau- 
regard. Dans deux pièces romanes de 1274 et 1276 (Mon. Nam. 1, p. 11 sq.), 
cet endroit est désigné par le vocable Bialrnait : il faut lire Bialruait, qui est 
une orthographe vicieuse pour Bialr'wait : r'wait est = regard, du namurois 
rüvaili : regarder. 

Gives. 

Ben. — Bens. 

Oha. 

Statte. Faubourg de Hui, sur la rive gauche de la Meuse, et au pied du 
mont Arbonne ou Nierbonne, dont il a été question dans la 2e série (p. 92). 
Je connais en tout six endroits de ce nom : deux d’entre eux s'appellent La 
State ou La Statte; un autre, le seul que j'aie rencontré dans un document 
ancien (Mon. Nam., I, p. 295 med., an.-1297), était nommé Le State. Cet 
emploi de l'article montre que le nom a été appellatif, mais en cette qualité 
il m'est inconnu. D'ailleurs les primitifs possibles ne manquent point : je me 
bornerai à renvoyer au Dictionnaire gothique de Diefenbach, au mot Staths, 
en signalant seulement : 4° anc. haut-all. stat, stad, mase., anc. flam. staede 
(« vetus. Germ. Sax. Sic. ») : rivage, port, (mais cette explication ne pourrait 
convenir, je pense, à tous les lieux du nom de Statte; toutefois le fait devrait. 
être vérifié, les cartes en omettant plusieurs); 2 anc. haut-all. stata, fém., 
moy. haut-all. stat, mase., state, fém. : lieu, place, (mais cette signification 
parait trop vague); 5° anc. fris. statha, stala : bien-fonds, propriété foncière 
— Richthofen : grundstück, landgut ; Diefenbach : bauerstelle, landqut —, 
(aussi trop peu déterminé); etc. Inutile de faire remarquer que stadt : ville, 
est de tous les efyma le moins plausible, puisque la plupart des localités 
nommées Slatte n’ont aucune importance et que l’acception est d’ailleurs 
nouvelle (Grimm, Grammatik, II, 418). 

Towe XXVI. 17 


130 MÉMOIRE 


Hui. — Hoio (Hoius où Hoium?). La rivière qui passe par cette ville se 
nommait aussi primitivement Hoius (Mir., I, 955, an. 885 : hoc est in vico 
Hoio, super fluvium ejusdem nominis Hoio) , mais on a préféré ensuite la 
forme diminutive Hoiolus, d’où le nom actuel : Hoyoux. 

Tihange. — Tietantia (Hérigère, dans les Mon. Germ., VIE, 177. 46), 
Tytantia (Hocsem , ap. Chap., 11, 308); en roman Tisange (Compte rendu de 
la Commission d'histoire, IX, 48 ult., an 1263). Les modernes qui ont écrit 
en latin, par exemple Chapeauville, ont fabriqué la forme barbare Tyho- 
nium. Je remarque, du reste, que pour faire coïncider le nom latin avec les 
formes romanes, il faut le changer en Tieliantica : Tietantia aurait produit : 
Titanse, Titanhe. Nota. Tisrranrica serait-il dérivé ou composé du tudesque 
thiot: gens, populus? Comparez pour cette étymologie, et, en même temps, 
pour l’adjonction au radical de la voyelle à (comme suflixe de dérivation ?) : 
Leodicus vicus, Leodium, qui dérive du synonyme leod. La seconde partie 
du mot pourrait s'expliquer par le nom d’Antheit, anciennement Antey 
(Anteyum, Hocsem, ap. Chap., IE, 288), village situé vis-à-vis de Tihange. 
Je remarque que dans ce composé le préfixe thiot aurait peut-être la valeur 
d’un augmentatif, qu'il prend souvent en ancien saxon et en anglo-saxon, ce 
qui donnerait le sens : le grand Antheit. 

La Neuville. 

Ampsin. — Je n'ai point trouvé le nom ancien de ce lieu, mais celui 
d’Embressin : Ambesinum (Mon. Nam. TL, p. 138, an. 1229), s'adapte parfai- 
tement à notre mot. | 

Amay.— Amanium (p.e. Auctarium Gembl., ad an. 711 : Mon. Germ., VE, 
39 [ici: Ammanium |; Mir., HE, 509, an. 1092; IV, 571, an. 1140, ete. — 
On rencontre isolément la forme, sans doute corrompue, Almanium, p. e. 
ap. Chap., Il, 108, an. 4155);.en roman ÆAmaing, Amain; en wallon 4m. 
Une route romaine traversait ce village. Elle aboutissaït à un endroit nommé 
Ponthière, anciennement Pontyres (Mir. , IV, 545 ; an. 1232), où existent un 
gué «que beaucoup de personnes nomment Gué-César ou Gué des Romains » 
(Delvaux, Dict. géogr. de la province de Liége), et les vestiges d’un pont 
dont l’autre extrémité était à Ombret : en roman Umbray (Mir., 1. L.), dans 
une pièce latine (ibid., 546. 2) Umbracium, forme que l’on peut, je erois, 
corriger sans scrupule en Umbracum, puisque Umbracium aurait fait : Um- 
braisse. 

Flône. — Flona (Mir., IN, 309, an. 1092, etc.); en roman Floynes. — 
Nota. J'ai rencontré une fois la forme Flodne, l'attribution n'étant d’ailleurs 
pas certaine : « Theodorico abbate de Flodne », Mir., Il, 41181. 2, an. 4175. 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 151 


Hermalle -sous-Hui. Deux pièces de 1182 et 1185, ap. Mir., IV, 520, 522, 
ont la forme Harmala : le nom intégral était sans aucun doute le même que 
celui de Hermalle -sogs-Argenteau, savoir Harimala (Lae., E, 1, an. 779; 
59 , an. 844 [ici Harimalla); 98, an. 947). Voyez pour l'étymologie à ce der- 
nier article (p. 134 sq.). 

La Mallieux, Maillieux ou Mallieu. I semble vraiment qu’en écrivant le 
mot de ces diverses manières on ait voulu s’écarter exprès de la seule ortho- 
graphe raisonnable, car il est sensible par le genre de l’article que le suffixe 
est ici le mot lieue : la mâle lieue, c'est-à-dire : la mauvaise lieue. Cette 
étymologie est du reste confirmée par le passage du Cantatorium déjà cité, 
p. 5 sup.: litteris aulem perditis, in Leuga quae dicitur mala, inter Hoium et 
Leodium , ete. Un diplôme de 1232 (Mir., IV, 545) écrit : Maleue (lisez ainsi 
au lieu de Maleve) : cette forme est correcte quant au suflixe , car le mot leuga 
est devenu en wallon, où il est d’ailleurs peu usité (on compte par heures) : 
leue; mais il est évident qu'il faut restituer au préfixe les deux lettres le que 
le scribe aura sans doute omises croyant que cette combinaison était répétée 
par erreur dans le texte original : la forme véritable était donc Maleleue. 

Clermont. — Clarus-mons (Mir., I. 1.). 

Engis. — Engeih. Engihoul, vis-à-vis d'Engis , dont le nom actuel est un 
diminutif de ce dernier, s'appelait aussi Engeih : c’est ce que montre le 
diplôme de 1252, déjà plusieurs fois allégué , et dont nous allons extraire iei 
tout le passage relatif aux lieux susmentionnés : Totam decimam quam teneo, 
pertinentem ad dominium castri de Claromonte, jacentem inter Engeih villam , 
quae villa sita est supra littus Mosae versus castrum dictum, usque mon- 
tem de Umbray versus Pontyres, et eam quam habeo ultra Mosam et Maleve 
usque ad aliam villam quae vocatur Engeih. — Le primitif immédiat du 
nom, qu’il faut même, je pense, rétablir ici, est assurément Engeisc. 

Air. — Aquiria : voy. ci-dessus, p. 89 sup. P. S. Une charte de 1086 
(MS. n° 188, fol. 52) mentionne en même temps que Fleimala (Flémalle : 
voy. plus bas) et Caschariae (voy. l'art. suivant) un Auguria qu'il faut pres- 
que nécessairement rapporter à Awir. 

Chokier. Je n’ai pas rencontré le nom latin (dans d'Hemr., p. 62 : Chokiers. 
Chokirs), mais il est très-probable que le primitif du mot est calcarius, 
c'est-à-dire four-à-chaux. I y a encore plusieurs établissements de ce genre 
dans eet endroit, qui est situé au pied d'un rocher calcaire, et les deux mots 
correspondent très-exactement. P. S. C’est sans doute Chokier qui est désigné 
par le Caschariae que nous venons de citer; mais le o moderne venant régu- 
lièrement d'un al primitif, comme nous l'avons exposé plus haut (p. 96). 


132 MÉMOIRE 


tandis qu'au contraire la combinaison as n'aurait pu produire ce son, il n’est 
pas douteux, non plus, cetteattribution étant admise, que le texte original 
portait Calchariae. ï 

Ramet. Orthographe toute moderne pour Ramey. Proche de là : Ramioulle; 
dans d'Hemr. : Ramelhouz (35 med., 177 pass., etc.). Cette forme du dimi- 
nutif montre que Ramey vient de Ramel : comparez Ramelot, nom d'un 
village du Condroz, qui est un autre diminutif du même radical Ramel 
(= franç. rameau?). 

Yvoz. 

Flémalle-grande et Flémalle-haute. — Fleimala ; en 1086 : voy. l’art. Awir. 

Seraing. — Seranus (Cantatorium, 594. 4). Comparez le pagus Seranius 
(Chap., IT, 47); Serranus-campus (Mir., IE, 300, an. 1034), Seranius- 
campus (Gilles d'Orval, ap. Chap., F, 153) : Serinchamps (en Famenne); 
Serangio : Seraing-le-Château (re série, p. 29). 

Jemeppe. — Jamapia (Mir., IT, 501 , an. 1054), Jemapia, etc. (voy. plus 
haut, p. 70). Il y a deux autres endroits de ce nom en pays wallon : lun 
sur la Sambre, l’autre en Famenne, près de Marche. C’est le même mot que 
Jemmapes, anciennement Gamapia (Mir., II, 68, an. 1198), sans doute 
aussi que le Gamapio vico (ap. d’Achéry, IT, 86) et le Camapio ( dans un 
diplôme de 775), cités par Zeuss, Gramm. celtica, p. 757 med. En est-il de 
même de Gempe, nom de deux hameaux du Brabant, comme le croit 
M. de Reiïffenberg ? 

Ougrée. — Hulgrehes ( « villam Hulgrehes cum piscatione innuosa » , 
Mir., LI, 555, an. 1186 )? 

Tilleur. — Tieletum, Teuledum (ci-dessus , p. 55); en wallon Tileu, ce qui 
est la reproduction exacte de la première de ces formes. D'Hemricourt écrit 
déjà Tyleur (153, 197, 243). 

Sclessin. — Sclacyns (voy. plus haut, p. 35); d’'Hemricourt: Sclachins. 
Plusieurs autres endroits se nomment aussi Sclessin et Sclassin. 

Liége. Dans les documents les plus anciens, on trouve simultanément ces 
diverses dénominations : Leodicus vicus publicus (Ann. Laurissenses, ad 
an. 779 : Mon. Germ., 1, 148. 6 sq.), Leodium ( Godeschal, ap. Chap. 1, 556, 
— vers l'an 770), aput Leodium vicum publicum (Anselmi Gesta episcopo- 
rum Leod. : Mon. Germ., VII, 191. 531—an. 1056), Ledgia, Leggia, Legia 
(p- e. dans les Ann. Laub. et Leod., ad an. 774: Mon. Germ., IV, 15. 4 sq. : 
c'était, je crois, la forme la plus usitée par les anciens écrivains indigènes), 
Liugas (Partage de 870). On ne peut douter que le primitif de Leodicus et 
Leodium est le tudesque leod : populus (voyez sur ce mot Grimm, Deutsche 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 135 


Rechtsalterthümer, p.652, Grammatik, WW, 24, Diefenbach, Goth. W ürterb., 
1, p. 127, n° 14, ete.), d’où le sens : publicus (— roruzicus), puisque les 
annalistes prennent soin d'ajouter l'explication ou la traduction : vicus publi- 
eus. Le nom même que les Thiois avaient tiré de ce radical ne nous est pas 
connu : nonobstant la forme Leodium, qui est produite par l'adjonction d'un 
simple suflixe, il est probable que ce nom était une expression formée de 
l'adjectif leodic, plus un mot-suffixe répondant au latin vicus, et peut-être 
ce mot lui-même, qui fut adopté de bonne heure par les Thiois (goth. veihs, 
anc. haut-all. wihs, wih, anc. sax. wik : Grimm, Gramm., WI, 418): quoi 
qu'il en soit de ce dernier détail, Leodic, du moins, s’est, en effet, conservé 
dans l’anc. haut-all. Luticha (Graf, I, 205), nouv. haut-all. Lüttich, (qui vient 
de la forme ane. haut-all. liut, leut, = leod, d’où aussi dans les Ann. Prud., ad 
an. 854 : vicus Leuticus — Mon. Germ., 1, 448), anc. flam. Ludike (ci-dessus, 
p. 94 med.). Est-ce également à ce nom tudesque Leodie qu'il faut rapporter 
les noms romans Ledgia, Legia, Liugas, wallon Lige (la forme française 
Liége vient de ce que l’on a pris abusivement le signe ie —t, pour la diph- 
thongue ié)? Leonica, Livrica aurait produit : Liedgia, Liutgia (comparez 
Asnatgia, de Asnatica), ou, en supprimant le signe inutile d (puisque le 4 
roman se prononce dg): Liegia, Liugia : c'est donc la voyelle du radical des 
premières formes, et, au contraire, la terminaison de la troisième, qui font 
obstacle ; néanmoins ces légères difficultés ne sauraient empécher une réponse 
aflirmative, si l’une de ces formes n’admettait une tout autre explication : 
Legia, en effet, pourrait être proprement le nom du ruisseau la Légie, qui 
passe par Liége , comme il était celui de la Lys, à Gand (Mon. Germ., II, 185. 
4,188. 16, etc.), et de la Lay, près de Siegburg, vis-à-vis de Bonn (Lac., I. 
271, an. 1109). Quant à la forme Liugas, que ceci ne concerne pas, il suñlit 
pour en rendre compte d'attribuer au g le son 7 (as est le nom sing. ancien 
roman dont nous avons déjà parlé plusieurs fois). Il est plus difficile d’expli- 
quer les noms du pagus Leuchius, Leukius (Lac. E, 1, 59, ann. 779, 844) ou 
Leuvensis, Luviensis (diplômes de 882 et 915, 1re série, pp. 15, 26) : la con- 
traction que suppose la première forme apparaît, il est vrai, dans le nom 
hollandais de la ville: Luik, mais il ne parait pas présumable qu'elle ait été 
déjà effectuée au VIllme siècle. Leuvensis, Luviensis pourrait être tiré à la 
rigueur de Liuga : cette dérivation ne serait guère douteuse si on lisait 
Liuuensis, — Liuvensis, comme le fait Chap., 1, 168, dans son édition d'un 
diplôme de 908. Ernst, [, p. 515, donne aussi cette forme Liuvensis. 
Jupille, en wallon Joupèie. —Jopila (Ann. Mett., ad an. 714, et Einhardi. 
ad 759, Mon. Germ., 1, 322. 15, 142 sq. , etc.), Jopilla (ci-dessus, p. 59). Je 


134 - MÉMOIRE 


connais deux autres endroits de ce nom, dont l’un dans l’Ardenne française 
(Jeantin, Chron. de l’Ardenne, ete. , 1, 310). Comparez le diminutif Jupelella 
(Mir., I, 355, an. 4186), maintenant Juprelle, et le dérivé (?) Juplois : le 
premier, en Hesbaie, le second , dans la province de Namur. Nota. De quelle 
source est liré le prétendu nom ancien Jobii-villa ? 

Herstal. — Haristallium (Lac. 1, 75, an. 888, etc.). Ce nom, qui se ren- 
contre comme appellatif en anc. haut-all., est composé des mots hari, heri : 
armée; s{al : emplacement; on peut donc le rendre par camp. Graff, VI, 
675 sq., cite ce passage d’un ancien chroniqueur : (Carolus rex) positis 
castris apud Wisaram fluvium , locum castrorum Heristelli vocari jussit (ef. 
IV, 985). 

Wandre. — Wandria (Lac., 1, 82, an. 902). 

Chératte. 

Argenteau. — Argentel, en 1070 (Chap., Il, 44; comp. Ernst, Notice hist. 
sur les seigneurs d’Argenteau , p. vi). De ce nom prononcé avec le g guttural; 
à la manière des Espagnols et des Flamands, ces étrangers ont fait 4rkenteil 
(2e série, p. 92; Ernst, xix, note 2, xxv sq.), Erckentel, etc. 

Hermalle -sous- Argenteau. — Harimala (v. g. ap. Lac., [, 1, an. 779 : 
Harimala, in pago Hasbaniense ; 98, an. 947), parfois Harimalla (v. g. ap. 
eund. 59 ,an 844). La première partie de ce composé est le mot hari, que 
nous venons de voir dans Haristallium ; mais que signifie ce suflixe mala, 
que nous avons si souvent rencontré sur les bords et au nord de la Meuse 
(une fois aussi au S.-E., dans Wactarmala }? Nos recherches ne nous ont 
appris guère autre chose que ce qu'il ne peut pas être. Ainsi, ce ne peut être 
le mot franc mallum, parfois mallus (Grimm, Deutsche Rechtsalterthümer, 
746), anc. haut-all. mahal (= maal), mâl, anglo-sax. (Ettm., 225 ult.) mél , 
mael, etc. : sermo, causa, judicium , curia, concio, car ce mot est neutre et il 
a conservé les deux / dans les noms de lieux Mallum (ci-dessus, p. 106 sq.), 
Thiotmalli, Theotmelli, Dietmelle (Detmold : Grimm , 1. L.). Les autres mots, 
qu'on pourrait d’ailleurs comparer, s’éloignent également du nôtre, soit par 
le genre ou par la forme, par exemple l’anglo-sax. maal, mél (neutre) : macula 
(Ettm., 225 inf.), en goth. mail, en anc. haut-all. meili, meila ; langlo-sax. 
mael (neutre) : signum, crux (Ettm., 205), etc. Un seul vocable ne donne pas 
lieu à ces difficultés : le mot-suffixe anc. haut-all. mali (dans anamali : cica- 
trix; itmali : festivitas; fristmali : induciae; blahmali : plumarium; tous 
féminins); mais il ne parait pas qu’on ait pu reconnaître son origine ni sa 
vraie signification. Du reste, je pense que celle de mala était aussi assez 
générale, et je conjecturerais volontiers (si les conjectures avaient quelque 


SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 135 


valeur en cette matière) que notre mot est radicalement identique avec 
l'anglo-sax. maal, màl, que nous venons de citer : c'est ainsi que le corres- 
pondant logique de ce dernier en langue allemande : fleck, prend (d'ordi- 
naire sous la forme flecken) le sens : endroit, bourg. Comparez aussi le mot, 
sans doute de même famille, scandinave, anc. haut-all. mél (Diefenbach, IE, 
p.16,b): stadium, meta, scopus. Haristal serait le lieu où séjournait l'ar- 
mée , Harimala, celui qu’elle occupait momentanément dans un but parti- 
culier, Nota. Remarquez la présence de notre suflixe dans le nom de rivière 
Duthmala (voy. plus haut, p. 86). Le seul nom étranger où je l'ai rencontré 
est Furtmala (Lac., 1, 81 , an. 898). 

Richelle. — Rikela (pièce du XIe siècle, ap. Ernst, VI, 84 med). 

Visé; en flam. Wezet. — Feosatum (accusatif. — Partage de 870 ). 

Lixhe. 

Nivelle; en flam. Nyvels, Niel (voy. ci-dessus, p. 102). — Nivella (Gode- 
schal, ap. Chap., I, 548 med., etc.). 

Eysden. — Haspere, Aspre, Asple (Ernst, VI, 181 , an. 1213; 196, an. 
1221. La dernière forme s’est propagée jusque vers les temps modernes). Je 
pense que ce nom vient du lat. aspera (scil. ripa?) et qu'il est proprement le 
nom wallon (Eysden est situé sur la limite des langues, mais du côté flamand): 
comparez dans le Cartulaire de St-Père de Chartres Aspera, Asprae, main- 
tenant Apres (près Laigle): le À de la première forme serait dü aux Flamands. 
Dans la Flandre orientale , au N. d’Audenarde et proche de l'Escaut, se trouve 
aussi un Asper, nommé anciennement Haspra, Haspera : si l'antériorité de 
l'aspiration et la position du lieu en pays flamand combattent notre étymo- 
logie, en revanche elle me parait confirmée par les conjectures auxquelles a 
recours M. De Smet : dans son 4e Mémoire (p. 15 inf.) il déclare « ne trouver 
aucune étymologie qu'on puisse regarder comme probable » ; dans ses Cor- 
rections (2me Mémoire, p. 40), il suppose que « Asper jadis Haspera, est 
peut-être demeure |? | de Gaspard », ou « que ce nom dérive peut-être du 
mot aspe, qui désignait autrefois un lieu de pâturage pour les moutons » : 
cependant il préfère la première interprétation « parce que l’on trouve un 
lieu nommé de même Haspres, au pays roman, à mi-chemin entre Cambrai et 
Valenciennes ». 

Lanaye, en wallon Linaïe, L'naïe; en flam. Naye (c'est ainsi qu'écrit Fer- 
raris), Ter-Nayen. — Lenaie (Chap., LI, 108 ; Mir., Il, 827, an. 1155). Voyez 
plus haut, p. 101 sq. 

Oost. — Augstchirche, dans le Partage de 870 (p. 488 : abbatiam de Aquis, 
Hoenchirche|Hochkirchen? — : cet endroit, du moins, est appelé Hoinkirchin 


136 MÉMOIRE SUR LES ANCIENS NOMS DE LIEUX. 


dans un diplôme de 1064, ap. Lac. F, 202; comparez p. 132, notes 1 et2], 
Augstchirche)? —: Augst = Augusta, pourrait être en tous cas l’étymologie 
du nom. 

Canne. — Cannes (Ernst, VE, 95, an. 965). 

Maestricht. — Trajectum ou Trajectum-ad-Mosam ; en flamand vulgaire 
Trecht, en rom. Treict. Le faubourg de Wyck est nommé Vicus par Egin- 
hard , d’après Wastelain. Nota. Que Trajectus ou Trajectum signifie : ville, 
en langue gauloise, comme Sigebert, Chron. ad. an. 697, le dit expressément 
d’après ces paroles moins explicites de Beda, Hist. eccl., V, 12 : Pipinus... 
castello suo illustri, quod antiquo gentium illarum vocabulo Wiltaburg, i. e. 
oppidum Wiltorum, lingqua gallica Trajectus vocatur..., me parait reposer 
sur une double erreur : comparez Diefenbach, Celtica, 1, n° 227, Zeuss, 


p. 179 sq. 


hi) > msn 


TABLES ALPHABÉTIQUES. 


AVERTISSEMENT, 


Ainsi que je l'ai dit dans l'avant-propos, les listes suivantes reproduisent dans un 
ordre formellement et matériellement méthodique tous les noms qui sont mentionnés 
dans le cours du mémoire. 

J'ai ajouté quelques noms nouveaux : les uns, connus de tout le monde, comme, par 
exemple, ceux des peuples germains cis-rhénans, pour les rappeler en temps opportun 
au souvenir et faciliter la comparaison; les autres, recueillis après l'achèvement du 
mémoire, à cause de l'intérêt qu’ils offraient par eux-mêmes, ou parce qu'ils servaient à 
éclairer certaines difficultés, à rectifier certaines assertions. Ces derniers m'ont été 
fournis par différents ouvrages imprimés et par quelques diplômes originaux, cartulaires 
et anciens registres (je citerai un registre des possessions et revenus de l’abbaye de 
S-Trond — MS. n° 160 de la Bibliothèque de l’université de Liége —, un registre sem- 
blable de la cathédrale S'-Lambert — aux Archives provinciales —, tous deux du 
XII siècle), mais surtout par le manuscrit n° 188 de la Bibliothèque de l’université de 
Liége déjà cité. En l’examinant attentivement, en me familiarisant avec son écriture, 
j'ai reconnu que quelques-unes des formes que j'avais d’abord admises sur la foi des 
extraits publiés dans le tome IX des Comptes rendus de la Commission royale d'histoire, 
étaient entachées d’inexactitude; j'ai profité avec empressement de cette occasion de les 
rétablir, lorsqu'il était trop tard pour réparer l'erreur dans le corps même de l'ouvrage. 
Ces rectifications réitérées ne doivent pas surprendre: en nulle matière, je pense, il n'est 
aussi nécessaire d'appliquer le précepte saepe stylum vertas que dans les recherches sur 
les anciens noms de lieux , où , d'ici à bien longtemps encore, chaque jour peut amener 
une découverte. 

L'examen de l’exemplaire de l'Amplissima collectio qui appartenait à l'abbaye de Sta- 
velot, lequel porte à ses marges la traduction de plusieurs noms anciens (je dois — au 
moment de livrer ces listes à l'impression — la communication de cet exemplaire à 
l'obligeance de M. M.-L. Polain, membre de l'Académie) , ne m'a pas fourni malheureu- 


Tome XXVI. 18 


158 TABLES ALPHABÉTIQUES. 


sement matière à de semblables rectifications. La plupart des noms difficiles y sont passés 
sous silence, ce que l'explication des autres ne fait pas regretter, car on s'aperçoit de 
suite que l’annotateur procède par conjecture et très-légèrement. Ainsi Vervigium, selon 
lui, désignerait Verviers; or, d’une part, Verviers n’a jamais fait partie du Condroz 
(« in pago Condruscio villam Vervigium », coll. 26, 29), et, d’autre part, le même anno- 
tateur rend également par Verviers le nom tout différent Wiria (coll. 24, 44); selon 
lui, aussi (serait-ce Dom Bottar, — voy. plus haut, p. 26 —?), Blandonium et Baldau 
signifieraient l’un et l’autre Bodeux, et Feronio serait Forière (!). Ce peu de noms, que 
je viens de citer comme exemples, épuise du même coup presque entièrement la liste des 
noms douteux qui sont annotés. Je ne vois guère à mentionner ensuite, soit comme 
confirmation de mes conjectures, soit à titre de simple renseignement, que Wadalino 
(« Wellin »), Bovenneias (« Bovigne »), Biisanch (« Bichen » : de là le Bichen de la 
Liste chron. des édits?), Anglariam (« Anglire »), Rovoreiz (« Rovreux »), Nodorcit 
(« Noidres »), Walendor et Walendorp (« Waldorf »), Tavernon (« Taverneux »). A 
Condodono, on lit : « videtur Conde ». Pour ne pas quitter cependant ce document 
sans en avoir tiré aucun profit, je citerai deux noms que j'avais omis dans mes extraits : 
Bullardes (col. 74, an. 1088) : « Bulaide » (Boulaide, en all. Bauschleiden, dans le 
grand-duché de Luxembourg, au S.-S.-E. de Bastogne), Bavines (ibid.) : « Bavinne » 
(Bavigne, en all. Bôwen , au N. du précédent). 


I. 


LISTE 


Des lieux, mentionnés dans les trois séries, qui sont situés soit vers la partie supérieure du cours 
de la Meuse, jusqu'à Namur, soit au sud et à l'est de ce fleuve, à partir de Namur jusque vers 
Visé, c'est-à-dire jusqu'à la limite flamande, exclusivement. 


Les endroits qui n'appartiennent pas aux provinces de Liége, de Namur ou de Luxembourg, 
mais qui sont en pays roman, sont indiqués par un astérisque placé avant le nom. L'abréviation 
« (AL) » indique que l'endroit est situé en pays de langue allemande. 

Le signe d'interrogation signifie, lorsqu'il suit immédiatement le nom, que sa forme est dou- 
teuse; lorsqu'il est entre parenthèses , que la position du lieu est inconnue. 

Nous répétons que les noms en petites capitales sont des formes rétablies par conjecture. 


A. 
Advententes-Franci. Ave, très-prob. 39. Amarlar (Ant. eccl. And., p. 58 ult. : « Anselmus, miles 
Aiflois (?) 46. de Isier, dedit nobis allodium suum de Amarlar », etc.). 
1. Alba-fontana. Arbre-fontaine, prob. 14, 17, 18. Lambré, château près d’Izier, au nord — ? 
2. Alba-fontana. Arbre-fontaine, ou Blanche-fontaine, Amarne (prob. pour Ad-Marne : voy. ce dernier mot). 
45. Amas ? Houmart? Hémane ? 37 inf. P.S.— Æmarlar ? 
Alblivé? riv. 59. ou, indépendamment de cette comparaison, désigna- 
Aldamum. Aye. 53. tion de Lambré? 
Aldanias, Oldanges. Odeigne. 20, 49. 1, 50. Amberlacus fiscus, Amberlaus, Ambarlao. Amber- 
Aldemega. Endroit disparu qui était proche de Naomé ? loux. 50, 50, 51, 62 sup. 
21, 22. 1. Amblava, Ambleva, riv. L'Amblève. 14, 16, 98, etc. 
Alisna , riv. Le ruisseau des Rudes-Aleines, prob. 13, 42 | 2. Æmblava, Amblavia, vill. Amblève, en all. Amel. 
sup. (AN). 14, 15, 28, 46, 60. 
Alisontia, Alsoncia, riv. L'Alzette. 41 sq. Ambliz, Amplis, Ambluz (lisez Ambliez ou Amblyz ?) 
AunerTum, Æinith. Oneux. 26. Ambly. 57 inf., 58 sup., 75. 
Alno (abl.). Olne. 42 inf. Ambra (nom controuvé?). S'-Hubert. 50, 51. 
1. Alsena, riv. Ruisseau d'Ennal ou de Montlesoie, prob. Andaginum. S'-Hubert. 51 sup. 
14, 17, 42 sup. Andana. Andenne. 128 med. 
2. Alsena, riv. L'Eusen (AIl.) ? 17, note 2, 42 sup. Andastvillare, Audastevillare. 14, 17, 18. 
Altafalesia, Hulfalisia, ete. Houffalise. 64. AnGeLciacas, Ængelgiagas, Engelzeies. 64 sq. 
* Alt:-silva. Hauteseille. 128 med. Anglaria. « Anglire » : voy. l'Avertissement qui précède 
Alventium. Avent. 53. ces listes. 
Amarlans. Lisez Amarlaus — Ambarlacus, Amberlacus ? Anheia. Anhée. 195 inf. 
27 sq, cf. 62 sup. Anheve. Enhaive. 127 med. 


140 


Anseriellas. 21. 

Anseromia. Anseremme. 53, 125. 

Anslaro (abl.). Anlier. 55 inf. 

Antunnacum, Anternacha, Andernaico, Aitorena- 
cum. Andernach (All.). 22. 

Aprovilla. Arville. 52 inf. 

Aqualia. Aywaille. 64 sup. 

Arduanium. Hardenne. 53. 

Arduenna silva (Cæsar), silva Arduennensis. 15, 
65 inf.; pagus Ardenna. 21; comitatus Arduennen- 
sis. 25, 58. Forêt, canton, comté d’Ardenne. 

Argentel, Arkenteil, Erckentel. Argenteau. 92, 134. 

Aræ, forêt. Arche. 39 sq. 

Asc-vilaris, Ascwilra, Aschwilra. Eschweiler (AIL). 61. 

Asko. Esch (sur la Sure). (AIL.). 38. 

Astanetum. Staneux. 15, 17, cf. 59. 

Astanid, Astaneit, Aslenhert. Astenet (AIl.). 59. 


Bailus. Baelen, en wallon Bailous. 54, 59 sup. 

Baina. Bende. 23, 24. 

Baldacum, Baldau, Boldau, Baldou. Bodeux. 26, 
30, 46. 

Barevel. Barvaux-Condroz, ou Barveaux, près du village 
de Somme, 41. 

Barnia. Prob. mauvaise leçon pour Bonna. 

Barris? Lisez Burres? 26 sq. 

Barsiez. Barsy, prob. 46 inf. 

Barsina. Barsinne ou Barcenne. 20. 

Barz. Barse. 52, 

Basenheim. Même nom, sans doute, que le suivant. 
48, etc. 

Basenvillare (2). 48. Comp. l'art. précédent. 

PBastoneco, Bastonio, villa Bastonicu, Bastonia. 
Bastogne. 62. Bastionensis-, Baslinije -comitatus. 
28 ult., 41 sq. 

Bavines. Bavigne, en all. Bôwen (AL). Voy. l’Avertis- 
sement, à la fin. 

Belslango. Voy. l’art. suivant. 

Belsonancum, Belslango, Bislanc. Bellain, en all. 
Besslingen. 63 sq. 

Bens. Ben. 129 med. 

Beringerivallis. Bergivalle. 35. 

Bermeriacas, Bermerees. Biesmerée. 115 inf. 

Bethushardau. Beth? 21, 22. 

Beveras. Bivers (AIL.). 38. 

Beveris. Bièvre. 21. 

Bezfontana. 21, 

Bisanch. Bihain, 27. 


TABLES ALPHABÉTIQUES. 


Astanido, Asteneur, Asteneuxz. Esneux. 22, cf. 59. 
P.S. Au XIII: siècle, en roman: Astenoir, Astenoit 
(Reg. de S'-Lambert, fol. 56 v.). 

Asteneburno, Astenebruno, Astelebrunna. Esselborn 
(AIL). 51, cf, 59. 

Astinetum. Assenoy. 56 inf., cf 59. 

Astnide. Essen (AIL.). 59. 

Aterino (abl.). Atrin. 42. 

Athetasis (?). 20. 

Audaste-villare. Voy. Andastvillare. 

Aunanno? Avinianno ? (?). 22. - 

Ausegias. Aucy (village disparu )? Comp. Oseis, Osois. 
56 sq. 

Aviaco. Voy. Sicginno-Aviaco. 

Awanna. Aweñne. 50, 51. 

Awans Awans, 28. 

Awogne ? Lisez Awagne : Awagne — ? 44 sq. 


Bislanc. Voy. Belsonancum. 

Blandonium. Bodeux ? ? 26. 

Blaniaco. Blagny (France)? Blegny ? ? 60. 

Blendofia. Blendeff. 26, 60. 

Blizirhes (?).43 pr. 

Bocholt? Boccholtz?? Bockoltz, en franc. Behault (AIl.). 
48, 49. 2, 

Bodobrio. Bodberg (AIL)? 22, 25. 

Bohania. Béhogne. 55. 

Bolenges, Bulinge. Büllingen (AIL.). 45, 60 inf. 

Bonna? Barnia?? Prob. Bonn (Al). 22. 

1. Bornon, Bornom (acc.), riv. Le Burnot ou Burnooz. 
126. 

2. Bonnox, Bornom (acc.), Bornois. Burnot (vill.). 126. 

Bovenneias, Bouveignest. Bovigny. 25 sq., cf. 53. 

Bovingeis. Prob. forme du précédent. 48 pr., 49. 2 sup. 

1. Boviniacum. Bouvigny. 35 sq. 

2. Boviniacum? Bouvignes. 125 inf. 

Brabante. Voy. Bragbanto. 

Brachanta? Prob. pour Brachbanta; sinon comp. Bra- 
chaux. 24. 

Bractis. Bras, près de St-Hubert, 23, 24, 55. 

Bragbanto, Brabante, BracsanrA. Braïbant ou Brabant 
(village). 20, 21, 25, 24. 

Brastis, Bratis, Brattis. Bras, proche Lierneux. 

20, 26. 

Bredal. 81. Prob. Briedel, entre Trarbach et Zell (All). 

Bronium. Brogne ou S'-Gérard. 126. 

Brucherothes (?). 42. Comp. Æennereit. 

Brunafa, riv. Le Braunlauf (AIl.). 36 sq. 


TABLES ALPHABÉTIQUES. 


Brunefa. Braunlauf (village). (AIL.). 54. 

Buety-nebura ? (AL). 36 sq. 

Builaidas. « Boulaide ».53, Comp. Bullardes. 

Buiteback. Butgembach (AIL). 45. 

Bulgercias duas sorores ? 21. 

Bulinge. Voy. Bolenges. 

Bullardes. Boulaide, en all. Bauschleiden (AL). Voy. 
l'Avertissement , à la fin. 

Bullo, Bullon, Bulonium. Bouillon. 57. 

Burcido, Burcit. Bourcy. 26 sq., 29 sup. 

Burdist, riv. (?) 35. 


141 


Bunnes (pour « Barris »)? Buret ou Burret ? 27. 

Burs. Bure, 57. 

Bursinas, Borsines. Bourseigne. 56. 

Bursivas? (il faut sans doute lire Bursinas). 56 sup. 

Burz. = Burs? 61. 

Busiu. Buzin, prob., peut-être Bonsin. 41. Comp. l'art. 
Buthesaim. 

Butheheim. Même nom que le suivant ? 54 sup. 

Buthesaim. « Buzin » [?]. 54 sup. Comp. les deux art. 


précédents. 


C,K. 


Caberliaco. 21. 

Caeraest (Caesar). Un des peuples germains qui habi- 
taient l’Ardenne, 

* Calcum. Chaud. 25, 24, 29 sq., 47 ult., etc. 

Caldina. Lisez Calnido = Colnido, ou comp. Schaltin, 
ou Haltinne — ? 20, . 

Calla, riv. La Challe ou Eau-rouge. 17. 

Calviciacum, Calvintiacum, etc. Chauvency. 12, 54 
inf., 61. 

Campilonem. Champlon. 50, 51. 

(Fontana) Cancaronis. 21. 

Canses. Chanxhe. 51 inf. 

Cansleum (acc.), Kanlui (il faut prob. lire Aanliu). 
Chanly. 58, 43. 

Caprae-mons, Kevermont, Kivermunt. Chèvremont. 
65 sup. Voy. le suivant. 

Caput-mundi. Prétendu nom ancien de Chèvremont. 65. 

Carbium (acc.). 40 inf. 

* Carbool, Carbal, Charbou, Kerbou , Carboch ? Kar- 
bau. Charbeaux. 23, 24, 38, 48 sup. etc. 

* Carnetum. Charnoy. 55. 

Casae-Congidunus, Casegongindinus, etc. Cougnon 
ou Cugnon. 13. 

Casapetrea. Chassepierre. 12, 61. 

Causeis. Peut-être pour Canses; plus prob.=«(Chauché». 
47. 

Caventonia. Chevetogne. 40 inf. 

Caviniacum. Chévigny ou S'--Marie. 56 inf., 61 inf. 

Kefosse. Chefosse. 54. 

Celeias (?). 28. 

Cella. Salle. 58. 

Celobrium, Coelobrium, Zelobrium, Solubrium. Mont- 
Soleuvre, en all. Zolwer (AIL.). 

Ceneils. Senaye.41 sup. Prob. de Cexecius : comp. le suiv. 

Cenelia , riv. La Senoye. 41 sup. 

Cennacum. Voy. CeuxIACUM. 


Ceumacum. Voy. Ceuniacux, 

Ceuniacux (pour « Ceumacum »), Cennacum, Ceyna- 
cum, Kine, Cunei, Cinei. Ciney. 37, 45 sq. P. S. La 
forme (relativement) primitive était plutôt Ceunacum 
que Ceuniacum ; du moins le diplôme de 1084 men- 
tionné plus haut, p.54, à l'art. £rnau, que j'ai vu 
en original aux Archives provinciales de Liége, est 
signé par un Godescalcus de Ceunaco. 

Kevuruns, Chevruns, Chevrons. Chevron. 43, 46 med., 
47 sup., 49. 1. 

Ceynacum. Voy. CEuniacux. 

Chandregia, riv. La Hedrée. 35. 

Char, riv. Le Chiers ou la Chierre, en all. Chor, Kor. 30. 

Charancho ; Caranco, Charango , Keren. Cherain. 14, 
15, 22, 25, 45, 60 sup. 

Chauché? Lisez Chauehé : Chauveheid — ? 47 med. 

Chaunsindis (?). 36. 

Chaystris (?). 36. Peut-être un des nombreux endroits 
nommés Haistreux ou Hestreux, ce qui signifie : lieu 
où se trouvent des hétres. 

Chevruns. Voy. Kevuruns. 

Chiminiaco, Giminiaco, Gimenich. Gemmenich (AL) 
14, 62. Cf. Geminis. 

Chisniacum, Chisnei, Chiniacum. Chiny. 55 sup. 

* Chuinegas, Kuineias, Kiunei, Chunei, Ciney; Chi- 
weneis, Chivenis. (Hainaut ). 46 sup. 

* Cimacum, Cymacum, Cinacum ? etc. Chimai (Hai- 
naut). Voy. Scimacum. 

* Cimay. Chimai, dans le Hainaut, ou un endroit de ce 
même nom, qui se trouvait proche de Stenai ? 32 med. 
et note, cf. 55 inf. 

* Cinacum ? Chimai. Voy. Scimacum. 

Kine. Ciney ? Chimai? ? 45 inf. Cf. Ceuxracux. 

Clarus-mons. Clermont. 57, 80, 131 med. 

Clodonna, Cloduna, Clodena, Clottona. Clotten (AIL.). 
22, 62 sup. 


142 


Coivensis comitatus. Lisez Coviensis, pour Coviniensis : 
le comté de Couvin (voy. plus bas Cubinium) ? 124 inf. 

Colnidum (acc.). (Il faut peut-être lire Calnidum : comp. 
Caldina). Conneux. 40 inf. 

Comblenz. Comblain. 45. 

Comina? Voy. Demekema. 

1. Compendio, Cumpze. Contzen (All.). 61 pr. 

2. Compendium. S'il s’agit d’un endroit différent du pré- 
cédent, peut-être Compogne. 61 sup. 

Conded , Condend , Condod 

Condeine (dépendance de Baelen). 47. 

Condrusi (Caesar). Les habitants du Condroz, en wallon: 
les Condruzis, — Condruscius-, Condruscus-, Con- 
dustrensis-pagus, etc. Le Condroz. 20, 25, 24, 26, etc. 

[Conkieres]. 47. Lisez Okieres (voy. Okerias). 49. 1, 50. 


. Cond (AIL.). 29. 


Dalehem. Dalheim (?). 48, etc. 

Dawveles, Daules. Dave. 32, 126 sq. 

Daverdeus. Daverdice. 55. 

Demelema et Cominam (acc.) ? (?). 41 inf. 

Deonant, Deonanti (abl.), Deonanto, Dionanto (abla- 
tifs. — Ces formes sont sans doute des adjectifs se rap- 
portant à portu), Dinantis. Dinant. 25, 24, 55 sq., 
1925. 

Diddiloni, Dedilones, Didolones, riv. (AH). 14, 16 
sq., 18. 

* Divum. Dun. 57 sup. 

Dolhem. Daelhem. 58 sup. 

Doma = Tumba ?? 46, 48 sup., etc. 

* Dongei. Dugny. 88. — En 843: Dungheih : « In loco 
nuncupante Dungheih quod est juxta civitate Viri- 


* Eberneicurtis, Evernicortis. Evernicourt. 54 pr. 

Embrick. Emmerich (Al!.). 28. 

Enceisc, Engeih. Engihoul. 151. 

Episcopi-villa. Vesqueville. 55. 

*Epoisso (2° décl.), Eposio (it.), Evodium. Yvoi ou Ca- 
rignan. 58. (J'ai supposé sans motif dans le texte que 
les deux premiers noms étaient du genre masculin). 


Faid. Foy. 40 inf. 
Falcomons. Fauquemont, en flam. Valkenberg. (AI). 
80. 


TABLES ALPHABÉTIQUES. 


[Consdaignes]. 47. Lisez Oldanges (voy. Aldanias). 49. 
1, 50. 

[Consfait]. 47. Lisez Olfait. 49. 9, 50. 

[Consines]. 47. Lisez Osines (voy. Osisines). 49. 1, 50. 

[Conson]. 47. Lisez Oson (voy. Ozon). 49. 1, 50. 

Corvia ? Coriva?? (?). 60. 

CRansena (pour « Cransma »), riv. La Rancenne — ? 
21 inf., 22. 

Cransma ? riv. Voy. l’art. précédent, 

Crovia. Crüv. (All). 42. 

Cubinium, Covinium , Coviniacum-castrum. Couvin. 
57. Comp. l’art. Coivensis. 

* Cunis, Cuns , adj. C'unensis. Cons. 54 ult., 75 inf. 

Curbionem. Corbion. 25 inf. 


duna » , dit un diplôme de cette date cité par M. K. 
Schwartz, Der Bruderkrieg der Sühne Ludwig’s des 
Frommen, p. 96, note 5. Le diplôme ajoute que c’est 
en ce même lieu (dont M. Schwartz a vainement cher- 
ché le nom moderne) que fut conelu le pacte (dit de 
Verdun), entre les fils de Louis. 

Doraisdas (?}. 28. 

Doroit, Douroit. 28, 47 inf. 

Dottinga (AI). 41 inf. 

Dourot. 47 inf. 

Duflum, Dulfum ? Diflot. 34. 

Duira, Duiira, Dura. Düren (AL). 22, 61. 

Dulnosus, riv. Le Roannai. 15, 17. 

Durboium. Durbui. 57 sq. 


Erarmuns (?). 42. Comp. Sparfr. 

Erkentel. Voy. Argentel. 

Esmeraude, Smaragdus (par traduction ?). Nom véri- 
table du château-fort surnommé Poilevache. 125 sq. 

Estables, Staules. Étalle. Voy. 1. Stabulis. 

Evodium. Voy. Epoisso, 


F. 


Falemannia. Falmagne. 25. 
Falminne-pagus, Falmenna. La Famenne. 25, 24 sq. 
Fals. Faulx. 52, 59 sq. 


à. 


TABLES ALPHABÉTIQUES. 143 


(Jocunda) Fania. Voy. Jocunda-fania. 

Faniae (nom d'une région). Les Fanges, en wallon Fa- 
ÿnes. 15. 

* Fanium. Fainon. 55 sup. 

Fele. Le bois de Ferre ? 37 inf. 

Felscherolus. Fèchereux. 98. 

Ferarga ? Feraiges ? Ferage. 47, 49. 1, 50. 

Ferario ? Serario ? Pour la première leçon, comp. Fe- 
rière, village actuellement détruit, au N. de Forrière. 
21. 

Ferieres. Ferrières. 51 inf., 47, etc. 

Feronio, Feroin , Fairon. Fairon. 20, 45, 48, etc. 

Fielignel. 45. 

Pieneval, Fineval. Finnevaux. 44, 49. 1 inf. 

Fiezina ? Fieziennes ? Fisenne. 47, 49. 1, 50. 

Filionio, Fielon. Filot. 28, 53, 56, 47, 49, 1. 

Firmina. Fermine. 36. 

Fiscalium, Fescals. Feschaux. 55. 


* Gabelium , Givelium. Givet. 29 sq., 55, 55, 56 sup. 

Gamedella. Gemelle. 53 sup. 

Gammunias. Jamognes. 12, 61. 

Gedina. Gedinne, 56. 

GeisLarra (pour « Geislam piam », acc.) ; riv.? —: en ce 
cas, la Gileppe. 15, 19 sq. 

Geminis (?). 58. 

Genedricio. Sans doute forme intégrale de l'un des deu 
noms suivants, 25. 

Generez. Jeneret. 46 ult. 

Geneticio. Pour Gexenicio = Generez ; ou Gènes — ? 39. 
Comp. Genedricio. 

* Germiniacum , Germineiz. Germigny. 15 sq., 48 sup., 
49. 2. 

Giminiacum. Voy. Chiminiaco. 


Haist. Heïd? 29. 

Halentina, Haletin. Haltinne. 44. 

Hauss : Halleux? — : Voy. Æulisbach. 

Haletum. Halleux. 50, 51. 

Halma. Halma. 20. 

Halmarchia. Halmaiche. 38. Cp. Æolmarch. 

Hamor. Hamoir. 56. 

Hanxineles. Hanzinelle. 55. 

Hansines. Hanzinne. 55. 

Harfa. Cp. Herpha, sauf dans le cas où ce nom dési- 
gnerait Herve. 39. 


Flattima. Vlatten (AIL). 61. 

Florias. Florée. 53. 

Florzeias. Florzée. 42 sq. 

Fosses. Fosse. 47, 49. 1. 

* Fostias. Foiche, prob. 30 sup. 

Fracta-pons. Fraipont. 42. 

Fractura. Fraiture. 42 inf. 

Fnanxconum-camrus, Francorcamp ou Francorchamps ? 
Francorchamps. 48, 49. 2. 

Frandilionis. Frandeux, selon de Rob.; + Froylieu » 
(Froidlieu, commune de Sohier — ?), selon l’Ant. ecel. 
And. 55. 

(Merigis) Frauplum. 15 med., 19 med. 

Fredegorium. Freux. 57. 

Frusciaco. Prob. un endroit situé sur la Frouche. 21, 
22, cf. 62 med, 

Fundisneias? riv. 27. 


G.